Archive de mai, 2009

30
mai

Silent scream - Chapitre 8

   Ecrit par : admin   in Silent scream

Chapitre 8 écrit par Lybertys

Paris, 7 Avril 1800

Perdu dans un lieu inconnu, il me sembla que je me déplaçais, si légèrement que j’avais l’impression de voler. La chaleur que j’avais chérie de mon vivant, provoquait chez moi une sorte de répulsion. Mais je m’en moquais. J’étais là, sans l’être, sans et hors de mon corps. Toutes ces années d’errance pour en arriver là… Ezekiel aurait mieux fait de me laisser pour mort. Certainement pensait-il avoir gâché son temps avec moi, mais ne lui restait-il pas toute l’éternité ? J’avais survécu pour de mauvaises raisons, mes convictions n’étant finalement pas assez puissantes, s’érodant avec une facilité déconcertante. Pourquoi avais-je attendu si longtemps ? Ma haine envers mon créateur s’effondrait comme un château de carte. J’allais rejoindre Élisabeth, comme j’aurais dû le faire depuis le jour où j’avais osé mettre un terme à sa vie. Pourtant, j’avais beau me concentrer sur elle, sur son visage qui avait perdu de sa précision avec le temps, c’était l’odeur d’Ezekiel qui paraissait m’entourer, une odeur que je n’avais pas sentis depuis des décennies… Cruel destin que de penser à son bourreau avant de rendre son dernier souffle. La faiblesse due à mon jeune ne me rendait pas les idées claires. Jamais je ne m’étais senti aussi faible, ayant du mal à simplement aligner une pensée cohérente.

Du peu de pensées que je pouvais produire, tout finit par être réduit au néant. Plongé entièrement dans l’inconscient, je quittais la réalité pour sombrer loin d’ici…

Lorsque je repris conscience, je ne sus pas vraiment où je me trouvais. La terre humide sur laquelle j’étais allongé ne ressemblait en rien à la pierre froide de la tombe d’Elisabeth. Désorienté, je me redressais sur mes coudes, appelant inconsciemment d’une voix rauque, le seul être à s’être jamais véritablement occupé de moi :

- Ezekiel ?

Ce simple effort m’avait tellement demandé, qu’il me sembla rêver une réponse de sa part :

- Je suis là…

Quelqu’un sembla s’approcher de moi, me forçant à me rallonger.

- Reste tranquille.

Les yeux embrumés, je ne distinguais que très faiblement la silhouette qui se tenait à côté de moi et ne cherchait pas à découvrir son identité. Etais-je mort ? La sensation de mon corps extrêmement affaibli me faisait douter.

Je sentis soudain l’odeur qui sang qui en précéda le goût, quelques gouttes tombant sur mes lèvres closes. J’avais dépassé le stade de la faim, et l’idée même d’avaler une goutte de sang me donnait mal au cœur et m’était insurmontable. Une expression horrifiée passa sur mon visage, alors que je gardais obstinément les lèvres serrées, ne désirant pour rien au monde me nourrir une fois de plus de la vie d’un autre…

Combien d’humains avais-je du assassiner sous mes crocs ? Je me souvenais à mon plus grand damne de chacun de leur dernier souffle. Malgré l’insistance de la silhouette agenouillée à côté de moi, aucune gouttelette de sang ne passa dans ma bouche, alors qu’une faim déchirante hurlait en moi d’accéder à son assouvissement. Je ne la connaissais malheureusement que trop bien pour lui céder…

La présence à mes côtés sembla s’impatienter, un grondement d’énervement parvenant à mes oreilles. Soudain, sans douceur aucune, celle-ci s’empara de mes lèvres. Forçant la barrière de mes lèvres, mon vis à vis m’obligea à ouvrir la bouche et avec sauvagerie, sa langue entraîna la mienne dans un ballet sensuelle. Cette façon de prendre possession de mes lèvres me semblait familière… Dénué de volonté, je me laissais simplement faire, sans chercher à résister. N’ayant de toute façon assez de force pour me soustraire à ce baiser, je ne tentais pas de me rebeller. C’est alors qu’un liquide tiède sembla couler dans ma bouche, se mêlant au baiser. Si le goût du sang ravissait mon corps, c’était loin d’être le cas de mon esprit. Mais le désir de mon corps pris le dessus, chaque instant plus fort au fur que le sang coulait dans ma gorge. Nos langues s’enlaçaient fiévreusement, gagnant en force et en vigueur, le laissant cependant toujours maître. Je ne réalisais que trop tard qui me faisait revivre et m’arrachait à la mort. Alors qu’il se séparait de moi, je retrouvais mes forces en même temps que mes esprits. Repoussant brusquement mon créateur, j’essuyais du revers de la main ce que je m’étais juré de ne jamais boire à nouveau. Reportant mon attention sur Ezekiel, je le fixais un instant, n’arrivant à croire qu’il se trouvait juste à côté de moi. Alors que j’avais renoncé à attenté à sa vie, alors que j’avais trouvé le remède à cette vie de damné, Ezekiel m’en empêchait comme pour me tourmenter un peu plus. Que faisait-il ici ? Pourquoi me retrouver après tout ce temps et m’arracher à la paix que je concédais enfin à m’offrir ? Ayant du mal à croire ce que je voyais, je finis par murmurer d’une voix apeurée, retrouvant cette crainte viscérale face à sa puissance :

- Ezekiel…

- Tu semble surpris de me voir, constata-t-il avec un certain amusement. T’aurais-je manqué ? Ajouta-t-il avec une pointe d’ironie dont il ne s’était pas défait.

Ignorant sa question et en proie aux doutes, je m’exclamais sur la défensive :

- Pourquoi m’avez-vous sauvé ?

- Pour tout te dire, commença-t-il en s’installant à même le sol, j’avais quelques scrupules à laisser mourir la chair de ma chair ! Déclara-t-il en m’adressant un sourire radieux qui contrastait vivement avec son ton moqueur.

Il n’avait pas changé et n’avait agit que par caprice sans la moindre considération à mon égard. J’éclatais d’un rire nerveux, et la voix tremblante d’une rage renouvelée à son égard, je déclarais :

- Vous ne valez pas mieux que Darius…

En une fraction de seconde, avec la célérité de la lumière, Ezekiel se retrouva face à moi, me toisant de toute sa hauteur alors que sa main s’abattait sur ma joue avec une violence rare.

- Ne prononce pas ce nom ! Hurla-t-il d’une voix emplie de haine mal contenue.

Une main sur ma joue meurtrie, je lui adressais un regard assassin qu’il ne releva pas. Savait-il seulement combien je le haïssais de ne pas m’avoir coincé à nouveau dans cette vie qui n’en était pas une. Aucun vampire n’avait réussi à me supporter plus de quelques mois. Un retour en arrière m’étant impossible, j’étais condamné à errer seul et à souffrir de mes faiblesses et de mon humanité. Privé de ce que je désirais le plus au monde, il m’ôtait même la seule liberté que j’aurais pu prendre, ma seule échappatoire… Ma colère était si forte qu’elle prenait le pied sur ma raison. Alors qu’il s’était détourné de moi pour s’asseoir un peu plus loin, la volonté meurtrière que j’avais à son égard me revint aussitôt. Ne tenant nullement à la vie, mon geste désespéré était dénué de folie à mes yeux. Me redressant, je me retrouvais derrière lui en un quart de seconde, sachant pertinemment qu’il m’avait perçut. Mais je ne m’étais pas attendu à ce qu’il se tourna vivement vers moi, me prenant à revers. L’espace d’un instant, sans que je ne vois son geste de part sa rapidité, il me saisit par le cou, me soulevant à plusieurs centimètres du sol. Désirais-je seulement le tuer ? N’étais-je pas plutôt en train de chercher dans un dernier effort le moyen de mourir ?

- Tu croyais faire quoi ? Me demanda-t-il d’une voix dangereusement basse. Qui crois-tu être pour oser lever la main sur moi ?

Alors qu’il parlait, il raffermissait de plus en plus sa prise sur mon cou, comme s’il avait la ferme intention de me le briser. N’importe qui d’autre aurait tremblé, traversé par la peur de sa suprématie, envahie par la terreur de la mort. Mais ce n’était pas mon cas. Quel que soit le chemin emprunté, je voulais quitter ce monde, Ezekiel n’en été que le moyen.

- Tu es incroyablement grotesque Alakhiel. J’aurais eu meilleur compte à écouter Shaolan et te laisser griller.

Sur ses mots, il me jeta au loin avec dégoût, comme une victime dont il aurait perdu l’intérêt.

- Comment le conseil a-t-il pu croire que tu parviendrais à m’occire ? Demanda-t-il. Cette bande de bureaucrate sans cervelle est encore plus lamentable que dans mes souvenirs.

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, que sans l’écouter, je me ruais à nouveau sur lui avec la hargne du désespoir, désirant la mort de l’un ou de l’autre. Du revers de la main, il me renvoya au sol, riant de ma faiblesse.

- Pauvre larve, déclara-t-il. Des vampires de bas étage comme toi devraient savoir ce qu’il en coûte de braver un de leur aîné. Ravale ta fierté Alakhiel, tu ne fais pas le poids. Qu’as-tu donc fait toutes ces années ? Tu n’aurais pas dû négliger ton entrainement. Regarde-toi, misérable rat d’égouts que tu es…

Ignorant la douleur, je ne voyais en face de moi plus que l’Ezekiel qui m’avait forcé à ôter la vie de ma défunte bien-aimée. Un seule désir : faire taire cette voix à jamais… N’écoutant pas son conseil, aveuglé par la rage, je me jetais une nouvelle fois sur lui, les crocs découverts, le regard haineux. Avec une aisance déconcertante, il m’envoya valser.

- Garde ton rang, minable ! Cracha-t-il. Tu n’es pas digne d’être ma créature, pauvre petit pantin, vampire d’opérette.

Comprenant que je ne parviendrais pas à atteindre mon but ainsi, je n’esquissais plus le moindre mouvement pour me relever, me recroquevillant un peu plus pour moi-même dans les ténèbres du souterrain, à la façon d’une bête traquée. Tremblant, je me soumettais une nouvelle fois, cherchant un autre moyen de fuir à ses paroles. Ne me laisserait-il jamais en paix ? Pourquoi avoir fait de moi son vampire ? N’étais-je pas trop pitoyable à ses yeux pour le mériter ? Ma réaction eut l’effet escompté. Ezekiel se détourna de moi, regagnant sa place. Mais il n’emporta pas avec lui ma haine et mon désespoir.

Immobile, mon esprit tourmenté cherchait une autre façon de parvenir à mes fins. Emporter Ezekiel avec moi dans la mort donnerait peut être un sens à ma vie de vampire et vengerait Élisabeth des deux monstres assoiffé de sang que nous étions.  Lorsque la solution me vint après plusieurs heures, je ne cherchais pas plus longtemps à y réfléchir. Je connaissais depuis le début une de ses faiblesses, et ce n’était que maintenant que la solution me venait à l’esprit. L’approchant le plus silencieusement et le plus discrètement possible, je me retrouvais à côté de lui. Allongé sur le sol, je savais que son état d’assoupissement n’était qu’un leur.

Résigné, n’ayant pas d’autre choix, je m’assis sur ses cuisses alors que mes mains se posaient sur son torse de marbre. Sans lui laisser le temps de réaliser pleinement ce qui se passait, je m’emparait avidement de ses lèvres. Il resta un moment sans réaction, trop choqué par mon brusque changement de comportement, n’ayant jamais fait ce genre de chose auparavant. Ce fut au moment où mes doigts se faufilèrent sous sa chemise qu’il sembla revenir à lui. Ôtant sa chemise, ne pouvant que constater la beauté de ce corps que je n’avais jamais pris le temps de réellement apprécier, mes lèvres se déposaient avec douceur et sensualité dans son cou. La réaction que j’avais prévue ne tarda pas très longtemps, et Ezekiel s’empara violemment de mes lèvres pour un baiser enflammé. Ne sachant se contenir davantage, il me saisit par les hanches et me fit basculer sous lui, prenant d’autorité le contrôle de la situation.

A son regard, je compris que je ne pourrais faire marche arrière. L’ayant déjà vécu une fois contre mon grès, je me savais capable de le supporter une fois de plus, cela étant le seul moyen pour parvenir à ma fin.

Avec une avidité sans pareille, il s’empara de mes lèvres, suçant ma langue avec ferveur alors que lentement, son bassin entrait en mouvement, ondulant sensuellement contre le mien. Ne pouvant rester sourd aux sensations de mon corps, n’ayant pas besoin de me forcer à faire semblant, j’émis mon premier gémissement de plaisir. Enhardi par ce son, un violent frisson parcouru son corps. M’arrachant ma chemise, il déboutonna mon pantalon avec trop d’empressement. Ses lèvres quittèrent les miennes, m’arrachant un couinement de protestation qui le fit sourire, et allèrent se poser dans mon cou. Je ne pouvais nier le talent d’Ezekiel dans cette tache. Lentement, presque avec douceur, il planta ses crocs dans ma peau diaphane et aspira ce à quoi j’étais le moins attaché. Ondulant sous lui, pressant mon bassin contre le sien, je ne ressentais presque aucune douleur, enivré par le son de mon sang coulant dans sa gorge et de son souffle brûlant me caressant la nuque…

Attisant son désir déjà plus que conséquent, je m’agrippais à lui sous l’afflux de plaisir. Libérant mon cou, il cicatrisa la plaie d’un coup de langue, me provoquant un frisson de plaisir avant de s’emparer de nouveau des mes lèvres pour un baiser fiévreux. Alors que sa langue jouait avec la mienne, l’entrainant dans une chorégraphie toujours plus complexe et rythmé par son bon vouloir, je sentis sa main migrer vers la source principale de mon plaisir. Sadiquement, il effleura ma virilité sur toute sa longueur, m’arrachant un hoquet de surprise face à ce genre d’attouchement presque inconnu avant de continuer sa course, glissant lentement entre mes cuisses.

Rompant le baiser, haletant, il déposa de multiples baisers papillons sur mon visage avant de retracer du bout de la langue la courbe de mon cou, descendant le long de ma gorge pour s’attarder sur le creux de ma clavicule. Consciencieusement, il explora la moindre parcelle de peau, me faisant frémir sous son contact aérien. Ne perdant pas de vue mon but, je me laissais tout de même aller au plaisir de la chair. Il faisait preuve avec moi de tellement de douceur et d’attention que cela contrastait vivement avec sa précédente attitude.

A contrecœur, il finit par lâcher ma peau et s’écarta de moi. L’espace d’un instant, je sentis son regard appréciateur posé sur mon corps alanguis et abandonné à ses caresses. Avec empressement, il finit par ôter ce qu’il restait de mes vêtements avant de me contempler une nouvelle fois dans mon entière nudité. Je ne ressentais aucune gêne face à ce regard. Malgré l’obscurité, je pouvais tout de même discerner l’orage de ses prunelles. En le voyant se positionner à genoux entre mes cuisses en une position sans équivoque, le rouge me monta aux joues. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me donne autant…

Ezekiel happa ma lèvre inférieure avec tendresse, la suçotant avec un érotisme non feint.

Il était indéniable qu’il prenait un malin plaisir à me voir me languir et me tortiller sous lui en une demande muette mais explicite à ce qu’il s’occupe de moi.

Accédant à ma requête à mon plus grand damne, il laissa sa langue s’attarder sur mes tétons durcis par le plaisir, se concentrant uniquement sur moi. Il semblait renflouer son propre désir pour me contenter, ce qu’il était difficile d’imaginer. Migrant toujours plus au sud de mon corps, avec une lenteur exagérée telle une douce torture, il redressa le contour de mes abdominaux, grisant mon être entier.

Pour le moment complètement abandonné à son bon vouloir, gémissant sans retenue aucune, je soulevais mes hanches en une demande suppliante de me satisfaire. Souriant, Ezekiel cessa tout attouchement, me faisant le languir d’avantage. Puis sans prévenir, il lécha soudain avec gourmandise la pointe de mon sexe. Un cri de plaisir et de surprise déchira ma gorge et mon corps se cambra violemment, se soulevant vers lui pour l’inciter à renouveler son geste. Fier de ma réaction, Ezekiel réitéra son geste avec plus de conviction, m’arrachant cette fois-ci un soupir de bien être. Lorsqu’il prit enfin mon sexe entièrement en bouche, un nouveau cri m’échappa, faisant écho sur les parois du souterrain ou nous semblions nous trouver. Il entama alors un va et vient aléatoire, alternant entre un rythme soutenu et un autre beaucoup plus lent, m’amenant à chaque instant un peu plus près de la libération. Je ne pouvais que frémir sous ses doigts qui caressaient sans la moindre once de pudeur l’intérieur de mes cuisses pour se diriger vers mon intimité, dans le but de me préparer avec la même douceur.

Après plusieurs minutes de ce traitement, je finis par rendre les armes et me libérai dans un cri de jouissance à l’état pur.  Alors qu’Ezekiel léchait mon sexe sur ton sa longueur, ne perdant pas une goutte de mon essence vitale, je me remettais lentement de cet orgasme inconnu. Remontant pour s’emparer de mes lèvres, il m’offrit un baiser passionné, me transmettant son envie oppressante d’aller plus loin.

Jamais de mon vivant de vampire je n’avais vu Ezekiel aussi tendre et passionné avec moi. Le plus étrange était qu’il semblait mettre son plaisir de côté, se concentrant exclusivement sur le mien.

Tout de même à bout de patience, il finit par me présenter ses doigts. Comprenant ce qu’il voulait, je les happais pour les lécher avidement et avec sensualité, désirant lui faire perdre la tête pour l’affaiblir.

Peu fier de ma méthode pour parvenir à mes fins, j’avais tout de même du mal à avoir des scrupules. Alors que ma langue caressait ses doigts avec un érotisme qui paraissait le dérouter, à bout de patience, il finit par s’emparer de mes lèvres, ravivant en moi un désir incontrôlable.

Lorsqu’ils les jugea suffisamment humidifiés, il mit un terme au baiser et retira ses doigts, m’arrachant un couinement de protestation. Un sourire qui me sembla attendri étira ses lèvres, amusé mais surement heureux de me voir ainsi offert sans retenue à ses soins.

Puis, stimulant mon désir, il laissa ses doigts glisser le long de mon corps en un effleurement à peine perceptible, me faisant tout de même me tordre de plaisir, alors que je me cambrais pour appuyer le contact de ses doigts sur ma peau brûlante. Soudain, dans un spasme incontrôlable et beaucoup plus violent que les autres, mon corps se souleva à sa rencontre alors qu’il arrivait au niveau de mon intimité, frémissant d’anticipation. Faisant étonnement preuve d’une délicatesse toute particulière, attendrissant au fur et à mesure ma haine, il joua avec mon intimité afin de me détendre. Ce fut seulement lorsque mes muscles se relâchèrent qu’il introduisit lentement un premier doigt en moi.

Celui-ci entra sans trop de difficultés, même si je me crispais légèrement face à la gêne occasionnée par cette intrusion. Cependant, je me relaxais assez vite, si bien qu’il inséra rapidement un second doigt en moi, qui fut plus douloureux que le précédent, m’arrachant un hoquet de surprise. Toujours avec cette même douceur qui me troublait, il entama un lent mouvement de ciseaux afin d’écarter mes muscles contractés et me préparer soigneusement à sa venue. La douleur ressentie commençait à dépasser le supportable, mais Ezekiel vint m’en détourner en massant mon érection avec conviction. Cela eut l’effet escompté car bientôt je ne pus me retenir de lâcher un cri de plaisir alors que mon bassin entrait en mouvement, ondulant de moi-même lorsqu’il atteignit le point le plus sensible de mon anatomie.

Il m’habitua encore un instant avant d’insérer un troisième et dernier doigt en moi. A l’intrusion de celui-ci, je ne pus retenir un cri de douleur malgré la douceur dont il faisait preuve. Aussitôt, il cessa tout mouvement, me laissant le temps de m’habituer à cette intrusion. Ce ne fut que lorsque je commençais à me détendre qu’il repris un lent mouvement aidé par le plaisir que me procurait sa main caressant langoureusement mon sexe.

Une fois assuré qu’il ne restait pour la moindre douleur, aussi infime soit-elle, il retira ses doigts, m’arrachant malgré moi un gémissement de protestation. Remontant vers mes lèvres, il s’en empara  avec douceur pour un baiser des plus tendres qui me bouleversa encore plus que tous les précédents.

Il s’écarta de moi, le temps de se dévêtir à son tour, tandis que je tentais de rassembler mes dernières forces de volonté pour ce qui allait suivre. Une fois entièrement nu, il m’embrassa à nouveau avant d’écarter mes cuisses et de prendre place entre, passant mes jambes de chaque côté de ses hanches. Son corps puissant me dominant de sa hauteur n’avait pour une fois rien d’effrayant et je ne pouvais me leurrer sur sa beauté.

Il me vola un nouveau baiser, heurtant mes convictions, mais ne parvenant pas à les faire tomber. Alors qu’il se présentait à mon entrée, réprimant son désir, je posais mes deux mains sur son cou, accomplissant ce qui m’avait fait tenir jusqu’à présent. Ezekiel compris instantanément mes intentions, mais contrairement à un peu plus tôt, il ne fis rien pour m’en empêcher. Bien au contraire, il m’invitait à accomplir l’unique but de ma vie de vampire. J’avais entre les mains la seule possibilité qui ne me serait jamais offerte. Je ne pouvais pas reculer, je n’avais pas de raison de le faire.

Toujours avec cette même douceur, il me pénétra prudemment, sans me heurter avec prudence ; alors que de mon côté, je resserrais ma prise autour de son cou, serrant toujours un peu plus fort.

Alors qu’il était entièrement en moi, j’accentuais mon étreinte de façon proportionnelle, ignorant la légère souffrance due à sa présence imposante. Ezekiel ne chercha pas à se soustraire à mon étau et entama un lent et ample déhanchement. C’est alors que les images du visage souffrant et torturé d’Ezekiel transmise par le passé par Shaolan me revinrent brusquement à l’esprit. Déstabilisé, je tentais de retrouver ma haine, mais celle-ci était adoucie par sa tendresse. Une question finit par ébranler ma force de volonté. Avais-je seulement jamais voulu le tuer un jour ? N’étais-ce pas pour garder l’espoir de le revoir un jour, nourrissant au plus profond de mon âme une forme d’affection pour mon bourreau. Depuis le premier jour de ma naissance, il était le seul à m’avoir porté un si grand intérêt, et il ne me restait plus que lui. Aurais-je la force de me tuer avec le tourment du meurtre sur mes mains. Sans que j’en ai véritablement le contrôle, mes doigts se desserrèrent alors que mes yeux s’humidifiaient de larmes. Ezekiel était le seul être que je connaissais vraiment, j’avais entre mes mains l’unique chance d’assouvir ma haine, mais un sentiment contradictoire m’en empêchait. Ne pouvant accéder à mes lèvres, Ezekiel se contentait de m’observer, son regard pénétrant ancré dans mes yeux brillants de larmes contenues alors qu’il accélérait progressivement la cadence de ses vas et vient. Pris à mon propre piège, je me trouvais pieds et poings liés, prisonnier de mes tourments. Si j’abandonnais maintenant, je savais que ce qui m’avait animé jusqu’à maintenant me quitterait à jamais, y trouvant une forme de petite mort.

Dans un mouvement plus profond que les précédents, Ezekiel finit par toucher quelque chose en moi et le plaisir ressenti malgré moi, m’arracha un hoquet de sanglot.

Il réitéra plusieurs fois son geste, trop concentré sur mon plaisir pour m’aider à le haïr. Perdu, mes mains se resserraient sur son cou pour ensuite le relâcher avant de le serrer de nouveau.

Faisant fi de mes réactions, Ezekiel se contentait de me pénétrer toujours plus profondément avec une fougue sans cesse renouvelée et une passion grandissante. Soudain, il cessa momentanément tout mouvement avant de me pénétrer entièrement d’un ample et violent coup de rein qui m’arracha un hurlement de plaisir à l’état pur. M’arrachant le dernier souffle de volonté, je murmurais la voix brisée dans un sanglot :

- Je… Je peux pas…

Vaincu, mes mains relâchèrent son cou et retombèrent lentement le long du mon corps, scellant à jamais mon destin auprès du sien, abandonnant ma seule et unique chance de vengeance, l’étincelle qui m’avait jusqu’alors animé, oubliant la haine. Délaissé par ce ressentis qui avait pris une place si importante dans mon être, je me laissais uniquement aller à ce que mon corps réclamait, m’oubliant enfin. Libre de ses mouvements, Ezekiel s’abaissa dans le but de me réclamer un baiser. Le devançant, je comblais de moi-même la distance qui nous séparait encore. Nos langues se cherchaient avec avidité, en manque l’un de l’autre.

Répondant uniquement à mon instinct, je laissais le plaisir envahir entièrement mon corps. Galvanisé par l’intensité que prenait cet instant, Ezekiel laissa libre cours à son propre désir. Ne me retenant pas de gémir, mon vis à vis accéléra la cadence de ses va et vient, prenant possession de ce qu’il restait de mon être.

Ce fut dans un ultime déhanchement plus puissant et violent que les précédents que nous nous libérions dans un cri de jouissance qui déchira les ténèbres du souterrain qui nous servait de refuge. Encore haletant, le corps parsemé de spasmes de plaisir, Ezekiel se laissa retomber entre mes bras, la tête calée sur mon torse. Fébrilement, je décollais les cheveux de son front luisant de sueur, lui arrachant un soupire de bien être. Comblé, Ezekiel se laissa aller en toute confiance dans le sommeil entre mes bras.

Malgré la pénombre, je pouvais distinguer ses traits endormi et sa présence tout contre la mienne me rappelait ses nuits partagées dans un unique cercueil… S’il venait de prendre entière possession de moi, je savais que tout cela n’était qu’une vaste illusion. Abandonnant la seule chose qui m’animait, j’avais atteint la mort que j’avais désiré. Je ne ressentais plus rien, simplement à l’écoute de besoins primaires. Le monde autour de moi perdait de sa magie, n’étant plus qu’un vaste tombeau. J’avais tout perdu, gâcher jusqu’à présent ma vie, et Ezekiel était le seul être peuplant mon monde.

Le sommeil ne vint pas me chercher cette nuit là, et j’attendis patiemment qu’Ezekiel se réveille au coucher du soleil. Lorsqu’il ouvrit les yeux, il sembla surprit de voir que je n’avais pas dormi. Plantant son regard dans le mien, je ne pus que lui sourire alors que du bout des doigts, je replaçais une mèche de cheveux derrière son oreille. Ce geste sembla me surprendre tout autant qu’Ezekiel. Peut-être que la douceur et l’intensité partagée avant son sommeil m’avait invité à user de la tendresse… Il resta un moment immobile, détournant les yeux sous mon regard perçant, étrangement gêné. Je ne l’avait jamais vu ainsi, mais je n’étais pas en état d’en chercher plus avant les raisons. Sans un mot, il se rhabilla, ce que je fis à mon tour.

Résigné, ayant perdu tout esprit de rébellion, je le suivis alors que la lune montait lentement dans le ciel, éclairant notre chemin. Il m’emmena au cimetière où il m’avait trouvé au petit matin. Arrivé à destination, il s’arrêta un peu en retrait, me laissant aller seul sur la tombe d’Élisabeth. Mais les lettres de son nom gravé sur le marbre de sa pierre tombale ne provoquaient plus rien sur moi, si ce n’est de l’indifférence. Envolée ma douleur, mon désir de vengeance et mon amour pour cette femme qui ne me l’aurait jamais rendu. Je restais un certain temps ainsi, à la recherche d’une quelconque réaction de ma part. Mais je me sentais vide, incapable de ressentir quoi que ce soit, n’ayant d’autre force que celle de me tenir debout.

Lorsqu’Ezekiel vint me chercher, je le suivis sans rechigner, sans le moindre regard en arrière, oubliant à jamais Élisabeth. Mon amour pour elle était mort avec le reste… Sans la moindre résistance, je le suivis à travers les allées sombres et silencieuses du cimetière. Je laissais mes yeux glisser sur les tombes, lisant parfois le nom de ceux que j’avais connu dans ma vie d’antan.

Mes pas s’arrêtèrent brusquement lorsque je vis le nom de mes parents. Les ayant fuit depuis ma transformation, je n’avais jamais cherché à les revoir et c’était uniquement à cet instant que je pensais à la douleur qu’ils avaient du connaître à me perdre. Je n’avais même pas été là le jour de leur enterrement… Mais le lien s’était dissous. Je n’étais plus Adriel Keller leur enfant, mais Alakhiel, la créature d’Ezekiel… Quelle ironie après tout l’amour qu’ils m’avaient apporté, et la douceur de mon éducation. Mais le temps n’était pas aux remords et trop plongé dans mon désarroi, j’abandonnais l’idée de leur existence tout comme celle d’Élisabeth.

Posant une main sur mon épaule, Ezekiel m’invita à poursuivre notre chemin. Comme précédemment, je laissais passer mes yeux sur les noms inconnus lorsqu’à nouveau un nom attira mon attention. Au cours de mon voyage, j’avais appris le nom d’humain de mon créateur et qu’elle ne fut pas ma surprise le nom de sa famille « Von Akhvarynn » gravé en haut d’un caveau. Ezekiel n’avait même pas tourné le regard vers celui-ci. Laissant mes questions pour plus tard, n’osant pas lui demander quoi que ce soit à ce sujet, je détournais le regard et suivit mon créateur.

Une heure plus tard, nous flânions dans les rues de Paris, à l’affut de notre future victime.

Repérant une fraiche jeune fille un peu à l’écart, Ezekiel l’attira à lui avant de se délecter de son sang. La faim grondait en moi, et semblait pour la première fois libérée de ma retenue coutumière. Lorsqu’il fut repu, il la poussa dans mes bras, et je l’achevais sans la moindre protestation ou once de culpabilité, libéré pour la première fois de la culpabilité. Contentant mes besoins vitaux, je me nourrissais pour la première fois d’une autre femme. Cependant, tout comme je ne ressentais aucun dégout à le faire, le plaisir de sentir le sang chaud de ma victime couler dans ma gorge ne vint pas.

- Tu te décides enfin à te nourrir seul comme un grand ? Déclara Ezekiel sur un ton ironique.

Je ne répondis rien, et laissait tomber à mes pieds le cadavre de la jeune fille sans la moindre considération avant de poursuivre ma route sans un regard en arrière. Ma faim n’étant pas satisfaite, je parcourais une coute distance avant de tuer sans ménagement une seconde proie, faisant preuve d’un sang froid inconnu. En m’arrachant à la mort, Ezekiel semblait avoir perdu une part de ce qui me constituait. Rassasié, je laissais le sang  renforcer mon corps, affaiblissant un peu plus mon âme…

Paris, 9 avril 1800

Ne parvenant pas à fermer l’œil, trop vide pour être emporté par les songes, je n’eus pas la patience d’attendre dès la tombée de la nuit qu’Ezekiel se réveille. J’avais besoin de solitude, sentant bien que mon attitude devait lui peser. Quittant le manoir qui avait vu le début de notre relation, je ressentais en moi une faim à laquelle je n’avais pas envie de résister. Me moquant de l’identité du premier individu à croiser ma route, je le vidais de son sang sans le moindre ménagement. Le laissant pour mort dans un ravin, ne lui portant plus la moindre attention une fois qu’il eut finit de me satisfaire, mes pas me menèrent jusqu’au cimetière. Le souvenir du caveau de la famille d’Ezekiel m’intriguait, et cette agitation aussi moindre qu’elle était, me força à satisfaire ma curiosité.

Je pris cependant mon temps pour arriver jusqu’au lieu désiré, me laissant errer dans les rues, laissant toute forme de vie m’éviter comme la peste. Quelques heures plus tard, je finis par arriver devant ce caveau, ayant laissé mes pas me guider jusqu’à celui-ci. Ce fut non sans une certaine gêne que je pénétrais à l’intérieur. La faible lumière me permis de lire les noms sur les tombes.

Je pus lire le nom de la mère d’Ezekiel, Isaline de Boisset, son père Louis Von Akhvarynn, celui de sa sœur prénommée Camille, mais la tombe qui attira mon attention portait le nom de Cassandre, prénom que portait Ezekiel avant sa transformation. Si je n’avais pu connaître les détails de sa mort jusqu’à ma rencontre avec Shaolan, j’avais pu en apprendre un peu sur sa vie d’humain, et son prénom été resté gravé dans mon esprit. Pourquoi y avait-il une tombe à son nom ? Quel était le corps qui l’occupait ?

Et surtout, pourquoi étais-je aussi intrigué par le passé de mon créateur ? Était-est-ce parce qu’il était maintenant le seul être à composer mon monde ? Fixant la tombe, je restais plongé dans mes réflexions pendant un temps indéterminé, ne trouvant de réponse à la foule de questions qui se bousculaient à mon esprit. Perdu dans ma méditation, je ne sentis la présence d’Ezekiel que lorsqu’il se mit à me parler, me faisant sursauter et me retourner vivement pour lui faire face :

- Shaolan a dût te raconter la façon dont j’ai été initié au don obscure. Mais la folie et la cruauté de Darius allait bien au delà.

Son regard s’était assombri, rendant ses prunelles presque noires. Une chose semblait s’étreindre dans ma poitrine, palpitant de douleur en repensant au récit et aux images transmises par Shaolan. Mais je ne laissais cependant rien transparaître, le laissant  me parler de lui pour la première fois.

- Après avoir fait de moi sa créature, il m’a laissé pour mort durant les quelques jours de ma transformation. Mon cadavre et ceux de ma famille ont été retrouvés et inhumés dans le caveau familial. Quand je me suis réveillé, je ne me souvenais plus de ce qui s’était passé et j’ai paniqué. Je hurlais de terreur, enfermé vivant dans un cercueil scellé. Je suis resté au moins deux jours enfermé, mes forces s’amenuisant dangereusement, avant que Darius ne vienne me sortir de mon tombeau. Je t’épargne les détails de ce qui s’en est suivit…

Comment avais-je seulement pu oser le comparer à Darius… Pour la première fois depuis notre rencontre, il m’apparaissait comme un enfant meurtri, survivant comme il le pouvait dans une solitude indescriptible. Les larmes maculaient ses joues et lorsqu’il eut finit son récit, je ne pus que les essuyer délicatement du bout du pouce.

Il me laissait entrapercevoir pour la première fois une partie de sa souffrance, s’ouvrant à moi d’une manière à laquelle je ne pouvais rester indifférent. Il était après tout le seul à m’avoir accepté dans son monde, et je n’avais que lui. Le voir ainsi me touchait plus que je ne l’aurais cru. Rompant l’espace d’un instant ma carapace d’indifférence, je le pris sans un mot dans mes bras, le berçant tendrement contre moi. Guidé par ce qui devait être fait, je finis par m’emparer de ses lèvres avec une extrême douceur qui contrastait avec la violence qui l’avait entouré durant toute son existence. Avait-il seulement une fois connu la paix ?

S’il était étonné de mon geste, il se laissa néanmoins transporté par la tendresse dont je faisais preuve à son égard pour la deuxième fois de ma vie.

Enivré par le goût de ses lèvres, ce fut tout de même moi qui mis fin au baiser à contre-coeur. Ne désirant pas lui imposer plus longtemps la vue du caveau de sa famille, je l’attrapais par la main et le guider à l’extérieur. Je ne pris pas le chemin de manoir, l’entrainant vers la forêt voisine. Avec surprise, je constatais qu’il me suivait avec une docilité non dissimulée, peut-être tout simplement curieux ou encore abasourdi par mon agissement. Arrivé près d’un tronc au bord d’une clairière, je l’invitais à s’asseoir près de moi. Le ciel était entièrement découvert, nous laissant le loisir de contempler la beauté de la pleine lune et des milliers d’étoiles parsemant le ciel.

Combien de fois m’étais-je perdu dans une pareille contemplation lors de mon errance ? J’aimais le calme que cette immensité m’apportait, l’utilisant habituellement pour me détourner de ma faim.  La fraicheur de la brise n’avait pas de prise sur nous, mais je me surpris à feindre un frisson pour me rapprocher de lui. Je ne m’imposais cependant pas, ne sachant jamais comment véritablement agir avec lui.

Il n’esquissa pas un seul geste vers moi. Ses yeux encore humides, il avait cependant cessé de pleurer. Guidé par un instinct dont j’ignorais l’existence, je me collais contre son lui, me perdant dans l’observation de son visage. Intrigué, Ezekiel tourna la tête vers moi. Gêné, je me reculais légèrement, craignant sa réaction. Mais il ne fit rien, laissant simplement son regard me pénétrer. Que cherchait-il à savoir ? Se heurtait-il au vide qui m’emplissait ? Ses sourcils se froncèrent légèrement, laissant place à un certain malaise. Avec plus de douceur que Shaolan, il semblait visiter mon esprit, comme troublé de ce qu’il y trouvait. Fermant les yeux un instant, mon visage s’approcha sensiblement du sien, sans que je puisse véritablement maîtriser mon geste.

Le laissant maître du baiser, je sentis sa main glisser dans mon dos alors qu’il m’attirait à lui, délaissant un peu de douceur pour plus de passion.

Nos lèvres finirent par se séparer après un temps, temporairement repue l’une de l’autre, n’ayant tous deux pas besoin de plus en cet instant. Reprenant notre contemplation silencieuse des étoiles, nous restâmes tous les deux côte à côte. Après un temps, comme mu par un besoin de confession, je commençais à parler d’une voix basse, seulement perceptible par l’ouïe d’Ezekiel.

C’était une voix froide, dénuée d’émotion, qui m’était moi-même inconnue et qui sembla surprendre Ezekiel.

- Tu dois te douter de ce qui m’a poussé à partir. Pendant toutes ces années, j’ai survécu pour avoir la possibilité de te tuer pour tout ce que tu m’avais fait.

Ezekiel semblait m’écouter, du moins il ne m’interrompit pas. Sa main était encore posée sur ma cuisse, mais je n’y prêtais guère d’attention. Laissant mon regard voguer au loin, je poursuivis :

- J’ai suivis pendant un temps tes pas et tes massacres, nourrissant ma haine contre toi, sans jamais chercher à te comprendre. J’ai côtoyé plusieurs vampires.

Je sentis la main d’Ezekiel s’ôter de ma cuisse, mais je ne cherchais pas à interpréter ce geste, continuant mon récit de cette même voix morne et inquiétante.

- Mais je suis jamais resté bien longtemps avec eux, et tu dois te douter des raisons. Quand j’ai appris ton crime et l’existence du conseil, je les ai cherché des années durant, cessant de marcher dans tes dans tes traces. Durant toutes ces années, j’ai connu une certaine forme de solitude, un isolement que je n’avais jamais connu auparavant. Ma colère contre toi était ma seule compagne.

Prenant un temps de pause, je déglutis et soupirais.

- J’ai finis par trouver le conseil, ou Shaolan dirait plutôt que le conseil m’a trouvé. Je l’ai rencontré dans une ruelle de Londres, il a lu en moi avant de me transporter dans une des chambres du conseil où je suis resté plusieurs jours. Affaibli, j’ai tout de même refusé de me nourrir, et me suis présenté devant le conseil.

Il me sembla qu’Ezekiel murmura « Pauvre fou », mais je n’en tins pas compte.

- Le conseil a débattu avant de m’offrir deux choix : me tuer sur le champ ou te tuer. Je… J’ai hésité, avouais-je en sentant ma voix devenir fébrile, mais Shaolan a répondu à ma place. Il m’a ensuite offert son sang avant de me raconter ton passé.

Ezekiel sursauta violemment, m’attrapant brusquement par le bras, il me demanda d’un ton autoritaire :

- Il a tenté quelque chose sur toi ?

Je ne pus que rire nerveusement à sa question, avant de reprendre ma voix sans émotion pour répondre :

- Non, il a plutôt finit par me conseiller de mettre fin à mes jours.

Ezekiel lâcha mon bras et se redressa brusquement, jurant avant de cracher :

- Mais de quoi il se mêle !

Puis se tournant vers moi avec la même fureur, il déclara :

- Et toi, tu t’es bêtement laissé influencer ! Où est passé ce que je t’ai appris ! Je croyais que tu avais une plus grande force de volonté !

Abordant un sujet épineux et douloureux, je plantais simplement mon regard dans le sien, lui laissant sa supériorité, n’ayant de toute façon plus la force de me rebeller ou de tenir tête à qui que ce soit. Si j’étais encore en vie, c’était uniquement parce qu’Ezekiel le désirait. Sans lui, je serais déjà un tas de cendre sur une tombe…

- Ce n’est pas Shaolan qui a pris cette décision, rétorquais-je.

Ezekiel me fixa avec un regard étrange que je n’arrivais pas à interpréter. Me redressant sur mes deux jambes, je voulu partir, las de cette conversation que j’avais moi-même engagé. Mais alors que j’entamais les premiers pas vers le manoir, Ezekiel me demanda :

- Est-ce que tu as abandonné l’idée de me tuer parce que tu connais maintenant mon passé, par pitié ?

Tournant brièvement la tête vers lui, je lui adressais un simple regard, désespérément vide, comme l’était mon être, n’apportant aucune réponse à sa question. De nouveau totalement répliqué sur moi-même, je n’avais plus envie de parler, je n’avais plus le désir de réfléchir et d’analyser mes actions passées. J’étais là tout simplement, accomplissant ce que devait accomplir un vampire, réalisant ce qu’on voulait de moi depuis le début. Disparaissant dans la nuit entre les arbres, je sentis le regard d’Ezekiel posé sur mon dos. Avait-il enfin réalisé que je n’étais plus…

Paris, 15 avril 1800

Les jours s’étaient suivis, des jours mornes ou mon comportement semblable à celui de nos retrouvailles commençait à peser sur l’ambiance qu’il régnait entre nous. Ezekiel ne me cachait plus son inquiétude et ne semblait plus avoir le goût pour me lancer ses habituels sarcasmes. Je ne dormais que très peu, à peine quelques heures par jour, étant toujours réveillé avant Ezekiel. Pourtant, je l’attendais toujours à chaque fois, et nous allions tous deux chassé alors que je le suivais de manière docile et constamment résigné. Alors qu’il ne nous restait que quelques heures avant l’aube, nous rentrions au manoir, fraîchement nourris.

Arrivé au manoir, je suivis Ezekiel jusqu’au salon, ne prêtant que très peu d’attention à son attitude. Arrivé dans le salon, je sursautais en voyant les bougies allumées et Shaolan installé confortablement dans le fauteuil le plus luxueux. A la réaction d’Ezekiel, je compris que contrairement à moi, il avait sentis sa présence bien avant de pénétrer dans cette pièce. A notre arrivé, le visage étrange de Shaolan s’illumina d’un sourire et il déclara :

- Tiens, voilà mes deux tourtereaux !

- Qu’est ce que tu fais là? Rétorqua Ezekiel d’une voix froide, tentant de ne pas relever la remarque précédente.

- Je m’ennuyais de mes deux condamnés… Souffla Shaolan sans se départir de son sourire.

Ezekiel pris place dans le fauteuil en face du sien, alors que je restais debout, légèrement en retrait, craignant Shaolan plus que je ne l’aurais cru. Son regard se posa soudain sur moi, le temps d’un clignement de paupières. Déstabilisé, je tentais de ne rien montrer du trouble qu’il me causait. Aussi vite qu’ils s’étaient posés sur moi, ces yeux allèrent à la rencontre de ceux d’Ezekiel.

- Vous auriez mieux fait de suivre mes conseils Ezekiel, commença-t-il avec un sérieux étrange. Le conseil est au courant qu’Alakhiel s’est refusé à te tuer, et ils se préparent à vous envoyer de nouveaux assassins.

- Tu as fait ce long trajet juste pour me dire ce que je sais déjà, cela m’étonne de toi Shaolan. Répondis Ezekiel, peut impressionner par les paroles de son ainé.

Shaolan détourna lentement son regard sur moi, prenant le temps pour répliquer avec un calme olympien :

- Si je me suis donné la peine de faire ce trajet, c’est pour rappeler aux deux inconscients que vous êtes le danger que vous courez.

Brusquement, sans que je comprenne véritablement ce qu’il se passait. Alors qu’il se jeter sur Shaolan, je le vis voler dans les airs s’écrasant contre le mur alors que Shaolan me tenait déjà sans ses bras. Emprisonné par sa poigne de fer, je pouvais sentir ses crocs à quelques millimètres de mon cou offert. Je n’avais pas cherché à lutter, et ne faisais rien pour me défendre, immobile, les yeux perdus dans le vague, trop proche de la mort que je désirais.

Ezekiel s’était redressé, massant l’épaule qui avait heurté le mur.

- Qu’est ce que tu fais !!? Demanda-t-il à Shaolan, hors de lui mais ne sachant que faire.

Me tenant toujours fermement, je l’entendis répondre, sans s’éloigner de la peau de mon cou :

- Que fais-tu avec un vampire semblable à un nouveau né ?  Il ne fait que t’affaiblir. Il ne se défend même pas et tu sais tout comme moi combien une personne qui ne tient pas à la vie peut-être dangereuse pour son entourage. Ce n’est qu’un mort en sursis…

Relâchant son emprise, je sentis peu à peu les états de la fatigue du à son intrusion dans mon esprit que je n’avais jusqu’alors pas soupçonnée. Laissant alors ses mains parcourir mon corps sans la moindre pudeur, il ajouta avant d’entamer légèrement ma gorge laissant couler un filet de sang qui tâcha ma chemise :

- Un vampire séduisant, je te l’accorde…

Sans trop le réaliser, je fermais les yeux, n’étant plus maître de mon corps, comme anesthésié par ce qu’il se passait à l’extérieur, prouvant une fois de plus à Ezekiel ma faiblesse.

- Ne le touche pas ! Claqua la voix glaciale de mon créateur.

Sans que je ne réalise vraiment ce qu’il se passe, je me retrouvais tirer vers l’avant. N’étant pas véritablement maintenu par Shaolan, je finis dans les bras étrangement protecteur d’Ezekiel, qui m’entourait de ses bras d’une manière extrêmement possessive.

Fébrile, je laissais ma tête aller contre son torse, tentant laborieusement de puiser des forces et de retrouver mes esprits. Une voix s’éleva dans mon dos :

- Ezekiel ! Alakiel est un danger pour vous deux, reprit Shaolan en insistant. Il ne maîtrise ni ses pouvoirs, et encore moins ses barrières mentales. Vous êtes maintenant facilement repérable par le conseil.

« Pourquoi ne m’abandonnait-il pas ? » me surpris-je à penser. Les bras d’Ezekiel se crispèrent alors que Shaolan ajouta, me faisant comprendre qu’ils avaient tous les deux lu l’idée dans mon esprit :

- L’idée n’est pas mauvaise Alakiel. Il y en a au moins un qui est un peu plus censé que l’autre.

Ne tenant plus, Ezekiel me sera plus fort, geste surement du à l’énervement qu’il ressentait avant de déclamer, sur de lui :

- Le conseil peut bien m’envoyer qui il veut, je suis prêt à les recevoir !

- Ton amour pour Alakiel te perdra Ezekiel. Rétorqua Shaolan.

Me sentant brusquement mis sur le côté, je n’eus pas le temps de la voir, mais j’entendis le bruit terrible de la main d’Ezekiel s’abattant sur la joue de Shaolan. Celui-ci vit rouge, n’acceptant pas qu’on lève ainsi la main sur lui, et pire encore qu’on le gifle. Je pris soudain peur, peur qu’il n’arrive quelque chose à Ezekiel… Guidé par mon instinct, mu par une force dont j’avais ignoré l’existence jusqu’à présent, je me retrouvais entre eux : dos à Ezekiel, je toisais Shaolan crocs découverts, prêt à aller plus loin s’il le fallait. Shaolan avait raison, un être recherchant la mort pouvait être dangereux, même si j’étais conscient de ne pas faire le poids.

- Allez au diable ! Vous ne pourrez pas dire que je n’ai pas tenté de vous aider !

Las de tenter de nous prévenir, Shaolan quitta le salon furieux, nous laissant seul. Le silence retomba lourdement dans la pièce. Je pouvais sentir Ezekiel derrière moi, immobile, et je n’osais pas me retourner. Je réalisais seulement maintenant la portée de mon acte. Si je n’avais pas cherché à lutter pour ma vie, je m’étais jeté désespérément dans un gouffre pour protéger celle d’Ezekiel.

Partageant les mêmes interrogations que moi, j’entendis une voix pincée et cinglante, comme blessé dans son orgueil démesuré, me demander :

- Pourquoi as-tu fait cela ?

Sans me laisser le temps de répondre, Ezekiel pris la direction opposée de Shaolan, allant directement dans notre chambre, me laissant seul. Mes jambes tremblaient légèrement alors que je sentais une fatigue intense s’emparer de moi. J’eus juste le temps de m’asseoir sur le fauteuil, me trouvant pitoyablement faible. Sans même en prendre conscience, je fermais les yeux et m’endormi comme cela ne m’était pas arrivé depuis des jours, à bout de force.

Mes paupières s’entrouvrirent alors que je me sentais hisser par deux bras puissant. Reconnaissant son odeur entre mille, je sus qu’il s’agissait d’Ezekiel. Dans un demi-sommeil, je me laissais simplement transporter jusqu’à mon cercueil où il m’étendit avec douceur, malgré une rancune à mon égard qu’il ne pouvait me cacher. Me délaissant il alla rejoindre le sien. Pris d’une angoisse, et ne désirant pas la solitude, je me redressais lentement. Je me revoyais des années auparavant, sortir de mon cercueil pour rejoindre le sien silencieusement, craignant une solitude qui avait finalement fini par m’atteindre, ne trouvant une forme d’apaisement qu’à ses côtés. Je me surpris à ressentir en effet, un réel besoin de sa présence, espérant que sa colère à mon égard se soit atténuée. Me glissant timidement à côté de lui, j’eus l’agréable surprise de ne pas me faire repousser, me laissant une place suffisamment grande. Me blottissant progressivement contre lui, il finit par soupirer et m’enlaça de ses deux bras, m’attirant contre lui. Le temps d’une respiration, je sombrais dans les limbes du sommeil vampirique…

15
mai

Silent scream - Chapitre 7

   Ecrit par : admin   in Silent scream

Chapitre 7 écrit par Shinigami

Bénarès, 17 mai 1790

Cela faisait près de cinq ans que je connaissais Indra. Cinq ans que je m’étais lié d’amitié avec lui, mais durant lesquels je n’avais jamais parlé de moi. Je connaissais le récit de son existence, mais lui ne savait rien de moi, hormis le fait que j’étais un vampire. Je ne sais pas ce qui me poussa à me confier cette nuit là, peut être le fait que je sentais sa fin proche, mais alors que nous méditions comme chaque soir, sur la rive du Gange, je commençais à parler :

- Je suis né durant l’hiver 1518 dans la noble province parisienne. Ma mère, une femme douce et fragile me donna le prénom de Cassandre. Pendant dix-neuf ans, j’ai vécu une vie paisible mais solitaire dans la propriété de mon père, un riche vignoble. Celui-ci s’occupait de la gestion du domaine et de ce fait, était rarement présent. Ma mère quand à elle, était tombée malade à la fin de le l’automne précédent, affaiblie par la naissance de ma soeur, si bien que j’étais quasiment livré à moi-même dans cette immense demeure. Le seul être qui me portait un minimum d’intérêt était mon précepteur, un vieil homme que je considérais presque comme mon propre père. Cependant, un soir de l’hiver de l’année 1537, ma vie changea radicalement…

Je fis une pause, la voix tremblante, comme toujours à l’évocation de ce souvenir douloureux. Indra écoutait attentivement mon récit, à aucun moment il ne tenta de m’inciter à poursuivre, me laissant le libre arbitre. Et s’il parut surpris par la confiance que je lui apportais en lui confiance le récit de mon passé, il n’en laissa rien paraître. Comme s’il s’attendait à ce que je m’ouvre à lui de moi-même un jour prochain. Après quelques minutes de silence pesant, je poursuivis, malgré les larmes qui menaçaient de s’échapper de mes yeux :

- Cette nuit là, j’ai vu mourir sous mes yeux ma sœur, mes parents et mon précepteur. Il m’avait mordu juste assez pour m’affaiblir et m’empêcher de me défendre, même si face à un vampire aussi âgé et puissant que lui je n’aurai pu réellement me défendre. Il voulait s’amuser… Cela se lisait dans ses yeux… Profitant de ma faiblesse et de l’état de choc et de terreur qui était le mien, il m’a violé sous le regard de mes parents agonisants avant de faire de moi ce que je suis devenu…

Pour la première fois depuis des siècles, des larmes franchir la barrière de mes paupières pour couler silencieusement sur la peau diaphane de mes joues. Témoin de ma douleur, Indra se contenta de poser une main réconfortante sur mon épaule, sachant pertinemment que je n’aimais pas les contacts intempestifs. Pendant un temps indéterminé, je restais silencieux avant de consentir à reprendre :

- Pendant près de quatre ans, je vécu auprès de mon créateur, apprenant de lui ce qu’il me fallait pour survivre, subissant sans sourciller ses viols réguliers, attisant ma haine et mon désir de vengeance. Grâces aux barrières mentales que je suis parvenu à me forger tout au long de ma cohabitation avec mon créateur, il n’a jamais rien su des sombres desseins qui étaient les miens. Après qu’il ai abusé de moi une énième fois et qu’il soit allé se coucher, c’est dans le même état qu’il m’avait laissé que je me suis emparé de son épée et que je lui ai tranché la tête avant de lui arracher le coeur à mains nues. Mais c’était trop tard, la folie avait envahie mon âme, annihilant le peu d’humanité qui me restait. Pendant de longs mois j’ai erré seul et perdu, perpétuant les massacres de ma folie meurtrière, jusqu’à ce que je finisse par trouver une aide précieuse en l’un de mes aînés. Je me pensais suffisamment fort pour surmonter cette épreuve jusqu’au jour où j’ai rencontré Alakhiel. Jusqu’à lui, je n’avais jamais engendré aucun vampire, me contentant de tuer mes proies, mais lorsque je l’ai vu, j’ai voulu l’avoir à mes côtés pour toujours… Je ne sais pas ce qui m’a prit ce soir là, mais je ne vaux pas mieux que D… Que mon créateur, me ravisais-je.

Prononcer le nom de Darius, même après tout ce temps m’était intolérable, de même que simplement l’entendre. Après un temps de silence, Indra finit par prendre la parole, pour la première fois depuis mon récit :

- Où est-il ?

- Il m’a quitté lorsque je l’ai forcé à tuer la femme qu’il aimait de son vivant… Il vit quelque par en Europe…

- Pourquoi ? Demanda-t-il.

Sa voix ne reflétait aucun jugement, ni accusation d’aucune sorte, il se contentait d’écouter ce que j’avais sur la conscience, gardant son jugement pour lui.

- Parce que je ne supportais pas de le voir mourir à petit feu… Je voulais qu’il l’oublie… Je voulais être le seul à occuper ses pensées, qu’il ne voit que moi… Je ne supportais pas cette femme qui m’enlevait irrémédiablement celui pour lequel j’avais brisé mes propres règles et toutes mes convictions…

- Tu as la force suffisante pour le retrouver… Pourquoi ne l’as-tu pas fait ? Demanda de nouveau Indra.

Rarement je m’étais senti aussi perdu et déboussolé. J’hésitais sur les véritables raisons qui m’ont poussées à fuir et à remettre en cause ce que j’étais.

- Je… J’ai tué mon créateur pour me venger de cet enfer qu’il m’a fait vivre… Je me suis mis hors la loi pour assouvir cette haine qui me rongeait le coeur… Mais à la première occasion, j’ai reproduit le même schéma sur Alakhiel. Comme mon créateur avant moi, je ne lui ai pas laissé le choix… Quelle créature normalement constituée, homme ou vampire, souhaiterait rester à mes côtés ? Je n’accorde que souffrance et mort à ceux qui ont le malheur de croiser mon chemin… Un monstre, voilà ce que je suis…

- Je suis là moi, fit judicieusement remarquer Indra.

- Oui mais toi, tu es un vieux fou… Répondis-je en esquissant le premier sourire sincère et affectueux depuis des temps immémoriaux.

A ces mots, Indra parti à rire, détendant l’atmosphère qui s’était faite lourde et pesante.

- Et toi un jeune imbécile…

- Le jeune imbécile en question est plus vieux que toi, je te ferais remarquer, rétorquais-je, vexé, en claquant ma langue contre mon palais.

- Certes, répondit-il. Mais malgré ton douloureux passé, tu es resté bien innocent pour certains aspects de la vie…

Je ne répondis rien à cela, sachant pertinemment au fond de moi qu’il avait raison. J’avais été arraché trop jeune à la vie et je n’avais pas eu le temps d’apprendre d’elle ce qu’elle me réservait, me retrouvant prisonnier d’un monde de ténèbres et d’agonie perpétuelle.

- Dis-moi, poursuivit Indra. Pourquoi avoir fait de ce garçon ton compagnon ?

Déstabilisé par cette question des plus inattendues, je mis un certain temps avant de répondre avec hésitation :

- Je… Je ne sais pas…

- Il y a forcément une raison, non ? Insista Indra. Je doute que ce soit par simple pulsion…

- Je ne saurais décrire ce que j’ai ressentis quand mon regard s’est posé sur lui… C’était chaud, doux, apaisant mais à la fois tellement terrifiant…

Me replongeant dans mes souvenirs, je me laissais transporter des années en arrière, cette fameuse nuit au court de laquelle j’avais rencontré Alakhiel.

- Je ne distinguais que la partie inférieure de son visage, repris-je, pensif. Le haut étant dissimulé par un masque doré qui faisait ressortir le vert de son regard.

- Vous avez de drôles de coutumes, là bas, en Europe, fit remarquer Indra.

J’esquissais un sourire, avant de reprendre :

- J’ai été attiré la l’intensité de son regard. La douleur et la tristesse sans nom qui brillaient dans ses yeux ne l’en rendraient que plus attrayant. J’étais sur le point de lui ôter la vie, mais au dernier moment je n’ai pu m’y résoudre. Je l’ai fait mien… J’ai détruit sa vie comme mon créateur l’avait fait pour moi, mais étrangement, je ne regrette pas… Même si j’ai agis égoïstement envers lui, ignorant ses supplications pour assouvir mon désir personnel, j’ai aimé le temps passé à ses côtés… Je me doute bien que cela ne soit pas réciproque, d’autant plus que je n’ai jamais su lui montrer, n’ayant moi-même connu que douleur et violence…

- Que de la violence ? Demanda mon auditeur. Tu es certain ?

Je restais un moment silencieux, sondant mon esprit à la recherche d’un souvenir que je savais enfoui au plus profond de moi, l’ayant volontairement occulté de ma mémoire.

- Il y a cette nuit, pendant laquelle j’ai ressentis ma première vraie frayeur depuis que je suis immortel… Alakhiel venait de tuer volontairement pour la première fois et en était profondément bouleversé, je n’ai d’ailleurs jamais compris cette répulsion qu’il avait à se nourrir de sang humain… Le fait est qu’il en était bouleversé… Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là mais, la dernière image que je garde est celle de la douceur de ses lèvres sur les miennes. Je me suis sentis envahi de sensations toutes plus effrayantes les unes que les autres…

- Effrayantes ? Souffla Indra, un brin ironique. Qu’est-ce qui te terrifie tellement ? Reprit-il plus sérieusement.

Une fois de plus, je restais sans réponses à une question, incapable d’y répondre. Semblant le sentir, Indra poursuivit :

- Je vais te le dire moi… Effrayantes, parce que jamais auparavant tu ne t’étais senti aussi bien, jamais tu n’as connu quelque chose d’aussi doux. Cette sensation de bien-être, de chaleur et de sérénité qui embrase ton corps au contact de l’autre. Ton rythme cardiaque qui s’accélèrent lorsque tu sens sa présence près de toi, les pensées qui sont les tiennes lorsque tu le vois…

- Ca suffit ! M’exclamais-je, effrayé de reconnaître mes propres émotions et ressentis dans ses paroles.

- De quoi as-tu donc si peur ? S’exclama Indra.

Il se mettait rarement en colère, mais lorsqu’il l’était, il était vraiment impressionnant. Aucun humain ou vampire aussi impressionnant soit-il ne m’avait autant tenu en respect que ce petit bout d’homme rachitique et à moitié aveugle.

- Regarde au fond de toi, Ezekiel. Tu as la réponse à toutes tes questions mais par pure idiotie, tu te refuse à l’admettre. Assume-toi, tu ne t’en sentiras que mieux ! Je ne peux rien faire de plus pour toi tant que tu n’y mettras pas un peu de la bonne volonté. Tu es le seul à pouvoir analyser tes sentiments…

Sur ses mots, il se détourna de moi, se replongeant dans sa méditation, me laissant seul à mes réflexions. Me voilais-je réellement la face vis à vis de mes sentiments, comme il le prétendait ? Eprouvais-je seulement des sentiments plus profonds que de la simple attirance physique pour Alakhiel ? Je soupçonnais le vieil Hindou d’avoir la réponse à mes questions. Il était beaucoup trop clairvoyant pour son propre bien.

J’étais complètement perdu, abandonné à moi-même dans les méandres de mes incertitudes. Tout ce que je savais et dont j’étais certain, c’est qu’Alakhiel avait été et était toujours l’unique personne à être parvenue à me faire ressentir autre chose que de la haine. Ma soif de sang avait été remplacée par la soif de lui, de ses lèvres, de son corps…

Soudain, tout devint clair… Cette envie maladive et ce besoin vital de l’avoir à mes côtés, ce feu ardent qui embrasait mes reins au souvenir de notre seule et unique nuit passée dans les bras l’un de l’autre, l’odeur suave et enivrante de sa peau…

- Je l’aime…

Je pris conscience que je venais de penser tout haut lorsque la voix amusée d’Indra me sortie de mes pensées :

- Il t’en aura fallut du temps pour comprendre quelque chose d’aussi simple… Je t’ai connu plus vif d’esprit…

Je ne répondis rien, encore sous le choc de cette révélation. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je venais de trouver la pièce manquant du tableau. A présent, tout se tenait… Mais je ne pouvais accepter un tel sacrifice… Je n’étais pas prêt à assumer les conséquences de cet amour…

- Je ne veux pas… Je ne peux pas… Soufflais-je.

- Que tu le veuille ou non, il est déjà trop tard… L’amour est un sentiment complexe, Ezekiel, il ne se commande pas et ne se contrôle encore moins… Tel le poison d’un serpent, il s’insinue dans nos veines et s’il ne te tue pas, il ne t’en rendra que plus fort…

- Je n’ai jamais aimé personne… Je n’y arriverais pas…

- Tu apprendras… Tu vois cela comme une tâche à accomplir. Refoule cette idée au fond de toi. Comme tu as appris à contrôler tes émotions, tu apprendras à vivre avec cet amour, qu’il te soit rendu ou non… Aller, rentre chez toi, le jour va bientôt se lever…

Docile, je me levais, encore trop bouleversé par les pensées qui étaient les miennes et sans protester, j’obéis à mon ami.

- Ezekiel, m’appela Indra alors que je m’éloignais. Tu devrais le lui dire…

- Jamais ! Murmurais-je avant de prendre la route.

Bénarès, 3 juillet 1790

Alors que je rejoignais Indra, la peur qui me taraudait depuis quelques temps s’accentua soudainement. Terrorisé, je me rendis en courant à notre lieu de rencontre habituel. Le spectacle qui m’attendait me serra douloureusement le coeur. Allongé au sol, ses yeux limpides rivés sur le ciel étoilé, Indra attendait que la mort vienne le chercher.

Accourant à son chevet, je me laissais tomber à genoux et, faisant fi des larmes qui cascadaient sur mes joues, je le pris dans mes bras, posant sa tête sur mes genoux :

- Non… Indra… Tu ne peux pas mourir maintenant… J’ai encore besoin de toi…

- Je ne suis pas immortel mon fils. Mon heure est venue, accepte de me laisser partir, souffla-t-il, la respiration erratique et sifflante.

- Je ne peux pas, murmurais-je. Je n’y arriverais pas sans toi…

- Tu as appris de moi ce que j’avais à t’offrir… Je pars avec la satisfaction de t’avoir vu changer tout au long de ses années et renaître sous un jour nouveau… Ne te laisse pas envahir par tes sentiments, Ezekiel, ne redevient pas celui que tu étais…

Il se tu, épuisé par l’effort que cela lui demandait. Dans un geste réconfortant, je lui caressais délicatement les cheveux, alors que mes larmes silencieuses se faisaient sanglots.

- Part… Va retrouver celui que tu aimes… Et dis le lui, souffla Indra.

- Chuut… Ne parle pas… Reste tranquille…

- J’ai… J’ai une dernière faveur à te demander… Souffla-t-il entre deux quintes de toux.

- Je t’écoute…

- Je veux que tu m’aides à partir… Bois mon sang, Ezekiel…

Surpris par cette demande des plus inattendues, je sursautais violemment. Je restais un instant silencieux, assimilant la demande d’Indra puis, réalisant ce que cela impliquait, je murmurais, d’une voix étranglée :

- Je ne peux pas… Ne me demande pas cela, Indra…

- C’est bien la première fois que je te vois refuser de prendre une vie… Fait le Ezekiel…

Laissant une ultime larme perler sur ma joue, je fermais les yeux tout en entrouvrant légèrement les lèvres, laissant apparaitre mes crocs acérés. Puis, avec une lenteur extrême, comme pour me laisser l’illusion que ce que je vivais n’était qu’un mauvais rêve, je me penchais vers son cou. Après une ultime seconde d’hésitation, je plongeais mes crocs dans la peau délicate de son cou. A l’instant même où la première goutte de sang chatouilla mes papilles, mon instinct de prédateur reprit le dessus, annihilant jusqu’à la plus minime once de culpabilité ou de remord. Serrant plus fortement son corps maigre et affaibli contre moi, je plantais plus profondément mes crocs dans sa veine, aspirant son sang avec avidité, dans la dernière volonté d’abréger ses souffrances.

Son corps fut prit de tressaillement, signifiant que la mort s’emparait de lui. Au moment où la vie le quittait et que son corps de relâchait entre mes bras, je mis fin à mon baiser mortel, retirant mes crocs de sa chair encore tiède. Puis, retrouvant ma lucidité, je réalisais seulement ce que je venais de faire. Sans que j’en prenne réellement conscience, un hurlement de détresse et de douleur mêlées naquit au fond de ma gorge et mourut dans la nuit, faisant écho dans le silence mortuaire de la nuit. Jamais je ne m’étais sentis aussi coupable d’avoir volé une vie depuis Alakhiel. Pour la première fois, le liquide carmin qui me maintenait en vie avait perdu son goût exotique et si particulier, ne me laissant qu’un arrière goût d’amertume.

Je ne saurais dire combien de temps je restais là, parfaitement immobile, mes longs cheveux flottant dans mon dos au gré de la brise qui s’était levée, tenant toujours la dépouille d’Indra tout contre moi. Une fois que j’eu retrouvé mes esprits, je déposais son corps sur le sol avec une délicatesse et un soin tout particulier, démontrant tout le respect et l’amour que j’éprouvais pour ce vieillard. Puis, j’entrepris de réunir suffisamment de bois pour l’ultime célébration. J’avais beaucoup appris sur les coutumes indiennes et il était dans les mœurs du pays d’incinérer ses morts. Je voulais rendre cet hommage à Indra.

Le bûcher achevé, je répétais les gestes que j’avais vu faire à maintes reprises. N’étant pas mort d’une cause naturelle, ayant pris sa vie volontairement avant que cela ne subvienne, Indra n’avait normalement pas droit à la Libération par l’incinération, comme le voulait la coutume indienne. Cependant, je ne pouvais me résoudre à abandonner son corps.

Les rituels accompli, j’hissais son corps sur le bûcher avant d’y mettre le feu. Je restais jusqu’à ce que son corps soit entièrement consumé par les flammes, puis rassemblais ses cendres avant de les disperser sur les eaux sombres du Gange.

Londres, 17 mars 1800

Après la mort d’Indra, je décidais de suivre son conseil et retournais en Europe, ignorant tout du complot qui se tramait dans mon dos. Après cinq années d’errance et une escale en Scandinavie, j’arrivais enfin à Londres, la ville que je fuyais comme la peste, sachant pertinemment que le conseil y trônait. Cependant, je savais également que je ne craignais plus grand chose, mon pouvoir mental ne cessant de s’accroitre.

Dissimulé dans la pénombre de la pièce faiblement éclairée par de vieux candélabres, j’attendais l’arrivée de mon hôte improvisé. Quand la porte s’ouvrir, je ne pus m’empêcher de sourire à la vue du nouvel arrivant.

- Bonsoir Shaolan, murmurais-je à son oreille en me déplaçant dans son dos à la vitesse de la lumière.

L’interpelé ne put réprimer un sursaut à l’entente de ma voix. Puis, sans pour autant se retourner, un sourire que je devinais aguicheur étirant ses lèvres, il déclara :

- Tes pouvoirs ont encore grandit, Ezekiel… Tu es presque arrivé à me surprendre…

- Je t’ai surpris, rectifiais-je en déposant mes lèvres dans son cou, lui arrachant un gémissement de plaisir. Pour un aîné je te trouve bien distrait…

- Si tu enlevais tes lèvres de mon cou, je serais déjà un peu plus lucide…

- Et bien, fis-je remarquer. Nous avons du souci à nous faire si une simple paire de lèvre arrive à te déconcentrer de la sorte. Tu sais que je pourrais te tuer aisément avant même que tu n’ais le temps de réagir ?

- Mais je sais aussi que tu ne le feras pas, renchérit Shaolan sans se départir de son sourire.

- Tu es bien prétentieux…

- Simplement réaliste, car si tu es là, c’est que, d’une manière ou d’une autre, tu as besoin de moi… Tu as eu la visite des tueurs du conseil ? Ajouta-t-il en retrouvant son sérieux.

- Non, cela fait un moment d’ailleurs ! Ils doivent tenter de se faire oublier pour mieux m’avoir par surprise, déclarais-je en me détachant de lui pour aller m’asseoir sur le lit.

Me rejoignant, Shaolan prit place à mes côtés. D’un air grave qui contrastait avec son visage enfantin, il déclara :

- Tu ne pourras pas rester ici indéfiniment… Alakhiel a été convoqué par le conseil pour leur rapporter ta tête… Il veut te voir mort tu sais ?

- Je m’en doutais, soupirais-je.

- De quoi ? Demanda Shaolan. Pour le conseil ou pour Alakhiel ?

- Un peu des deux je suppose. Je savais que cela finirait par arriver…

- C’est pour ça que tu es là ? Et moi qui pensait que c’était parce que tu te languissais de moi… Déclara Shaolan en souriant narquoisement.

- Qui te dis qu’il n’y a pas de ça aussi ? Demandais-je, un sourire railleur étirant mes lèvres.

- Dans ce cas qu’attends-tu ? Ne vois-tu pas que j’en frémis d’impatience ? Susurra Shaolan de cette voix qui me rendait fou.

Réagissant brutalement à cette injonction, je me jetais sur les lèvres de mon vis à vis pour le happer avec une avidité non feinte, preuve irréfutable du désir qui me vrillait les reins. Dans mes gestes comme dans les siens, il n’y avait aucune marque de tendresse superficielle, juste cette sensation de manque de l’un de l’autre qui se faisait ressentir.

Je n’aimais pas Shaolan comme j’aimais Alakhiel, mais je ressentais un profond respect pour cet homme d’apparence enfantine. C’est lui qui, après mes viols à répétition endurés du temps où je vivais encore sous la coupe de mon créateur, m’avait initié aux plaisirs charnels dans sa véritable définition.

Nos langues se mêlaient avec une passion non dissimulée, entrainant l’autre dans une chorégraphie toujours plus tumultueuse pour savoir lequel d’entre nous aurait le dessus sur l’autre. Le feu du désir embrasait mes reins et ne pouvant me contenir d’avantage, je plaquais violemment Shaolan sur le matelas, retenant d’une poigne ferme ses mains au dessus de sa tête.

Visiblement ravi de cette initiative, il entama un lent déhanchement contre mon intimité déjà durcie par le plaisir, un sourire insolent dépeint sur ses lèvres.

- Avoue que tu as envie de moi, souffla-t-il en me mordillant le lobe de l’oreille.

Pour toute réponse, je plantais mes crocs dans son cou, aspirant son sang, plus par effet de supériorité que par réelle nécessité, arrachant à mon amant un gémissement de plaisir brut. Puis, je cicatrisais la plaie et entrepris de le dévêtir. D’un geste brusque, je déchirais sa chemise, faisant s’agrandir le sourire de Shaolan qui, à son tour, m’ôtait mes vêtements.

Très vite, nous nous retrouvâmes nus l’un contre l’autre tandis que Shaolan gémissait bruyamment, se languissant de plus. Au paroxysme du désir, ne pouvant me contenir plus longtemps, je préparais succinctement mon amant avant de le pénétrer avec un désir mal contenu. La précipitation avec laquelle nos deux corps s’unirent nous amena très vite à la jouissance. La bestialité de nos ébats ne semblait pas perturber Shaolan plus que ça, à la façon dont il demandait toujours plus, gémissant sans retenue aucune à chacun de mes coups de reins. Abandonné entre mes bras, il laissait libre court à son plaisir avec débauche et luxure. Après un énième coup de rein plus violent et profond que les précédents, nous nous libérâmes dans un cri de jouissance à l’état pur.

Haletant et en sueur, je me laissais retomber dans ses bras, me remettant lentement de mon orgasme foudroyant. Sans se départir de son sourire arrogant qui le qualifiait si bien Shaolan déclara entre deux inspirations :

- Je suis ravi de voir que je te fais toujours autant d’effet…

- Ne te fais pas d’illusions… Tu étais là au bon moment, c’est tout, râlais-je.

- Garde tes sarcasmes pour toi, Ezekiel ! Déclara-t-il, tranchant. Tu n’aurais pas pu profiter de toutes ces années pour te débarrasser une fois pour toute de ta mauvaise foi et de ton sale caractère ? Soupira-t-il avec lassitude.

- Ma mauvaise foi t’emmerde…

Shaolan ne répondit rien, se contentant de soupirer de nouveau. Cependant, je savais parfaitement que si je pouvais m’adresser à lui de cette façon c’est parce qu’il le tolérait. Dans le cas contraire, il aurait été intransigeant. D’un autre côté, il me connaissait mieux que personne et savait très bien que les relations sociales étaient de loin le domaine dans lequel j’excellais par mon ignorance. De plus, je soupçonnais mon côté “je m’enfoutiste” de l’attirer. Comme il disait, c’est ce qui faisait mon charme.

Une fois remis de mes émotions, je m’allongeais à ses côtés. Je restais silencieux l’espace d’un instant tout en repensant à notre conversation précédente. Semblant lire mes pensées, Shaolan déclara :

- Toi qui n’avais encore jamais engendré aucun vampire, pour une première fois tu ne t’es pas loupé…

- Tu insinues quoi par là ? Demandais-je, d’un ton las et blasé.

- Tu es tombé sur un cas… Il ne tiendra pas longtemps… C’est déjà un miracle qu’il ait survécu jusqu’à maintenant… Sans sa haine envers toi et son désir de te tuer, il serait déjà mort depuis bien longtemps… Bien que je le soupçonne de vouloir mettre fin à sa vie, s’il n’y parvient pas seul, la meilleure chose que tu aurais à lui offrir c’est de le tuer par toi-même Ezekiel…

- Je sais, soufflais-je, plus touché par ses mots que je ne l’aurais voulu. Mais je ne peux m’y résoudre…

- Tu laisses tes sentiments prendre le dessus sur ta raison… Souviens-toi de ce que je t’ai appris… Rappel-toi l’était dans lequel tu étais la dernière fois que tu t’es laissé dominer par ta haine…

Je n’eu pas le temps de répondre, que Shaolan poursuivait :

- De toute façon, tu n’auras certainement pas à le faire… il est trop humain, Ezekiel… Malgré qu’il clame à qui veut l’entendre son envie de te tuer, il a tout de même hésité devant le conseil… Et connaître la vérité sur ton passé ne l’a certainement pas aidé à se convaincre dans ses choix.

Réalisant la portée de sa dernière phrase, je me redressais vivement, et pris d’une colère sans nom, je m’exclamais :

- Tu as fais quoi ? Mais qu’est-ce que tu avais besoin d’étaler les détails de ma vie ? N’as-tu pas compris d’où lui venait cette haine qu’il me voue ? Ne sais-tu donc pas que je lui ai fait subir la même chose ?

- Bien sûr que je le sais ! S’exclama à son tour mon amant. Pour qui me prends-tu ? Mais toi au moins, tu as eu la délicatesse d’utiliser ton pouvoir mental sur lui… Tu n’es pas D…

- Tais-toi ! M’exclamais-je. Je n’ai que faire de sa pitié, repris-je sans tenir compte de ses dernières phrases. Qu’il me tue s’il le souhaite, mais je doute qu’il y parvienne. Ce n’est rien de plus qu’un couard ! Il refuse d’affronter la réalité et d’assumer ce qu’il est… C’est d’un pathétique…

- Je ne peux qu’approuver, concéda Shaolan. Mais tout le monde n’a pas ta force de caractère, Ezekiel…

Lassé de cette conversation, je demandais, étouffant un soupire de lassitude :

- Où est-il allé ?

- Il est reparti en France… Cherche au fond de toi… Concentre-toi sur lui, fait le vide en toi et tu devrais parvenir à le localiser.

M’exécutant, je focalisais mes pensées sur Alakhiel et après un temps sans le moindre résultat, je parvins à ressentir sa présence. D’abord faiblement, plus de plus ne plus précisément au fur et à mesure des secondes.

Mon coeur se compressa de manière significative lorsque je compris qu’il s’était rendu à l’endroit où nos chemins avaient fini par diverger.

Même après toutes ces années elle était encore là, me volant les pensées d’Alakhiel. Que fallait-il donc que je fasse pour qu’il l’oublie ? La tuer n’avait donc servit à rien ? Combien de temps avait-il passé à se morfondre sur sa tombe depuis que je n’étais plus à ses côtés ?

D’un geste rageur, j’attrapais mes vêtements avant d’aller me laver succinctement au bac d’eau situé dans un coin de la pièce.

Paris, 7 avril 1800

Dissimulé de la clarté de la lune par l’ombre d’un saule pleureur, j’observais de loin la silhouette d’Alakhiel assis sur la tombe de sa bien-aimée. Lorsque je l’avais revu après toutes ces années, mon coeur s’était emballé dans ma poitrine tandis qu’une foule de sentiments contradictoires s’affrontait dans mon esprit. Joie, colère, amour, haine… Chacun hurlait un ordre différent, résonant dans mon esprit en une litanie incessante qui me rendait fou. Je n’avais pas eu besoin de pénétrer l’esprit d’Alakhiel pour comprendre qu’il avait l’intention d’attendre ici le lever du jour.

Et depuis, mon cœur me criait de l’en empêcher tandis que ma raison me mettait au défis de le laisser mourir. Après tout, Shaolan avait raison, la mort était la meilleure chose qui pouvait lui arriver… Il était bien trop humain pour mener cette vie de damnés. Mais alors, pourquoi mon coeur se contractait-il si douloureusement à l’idée de le perdre ? J’étais face à un dilemme et pour la première fois de ma vie, j’hésitais sur le chemin à emprunter. Je ne pouvais plus me fier à mon instinct qui hurlait à la mort, tel un loup lors des froides nuits d’hiver.

Je sentais l’aube approcher à grands pas et mon instinct de survie m’hurlait intérieurement de trouver un abri le plus rapidement possible. Cependant, je refoulais à grand peine cette voix intérieure et allais à l’encontre de ma nature, m’exposant à un danger mortel. Les forces d’Alakhiel commençaient à s’amenuiser dangereusement et il se laissa entraîner en arrière, s’allongeant sur la tombe de la défunte. Le connaissant comme je le connaissais, je me doutais bien qu’il n’avait pas dû se nourrir depuis plusieurs jours pour être dans un tel état de faiblesse avancée.

D’un mouvement échappant à ma volonté, comme mu par une volonté autre que la mienne, je comblais la distance qui me séparait de ma créature. Les yeux fermés, il s’abandonnait complètement aux premières lueurs de l’aube qui déjà, pointaient à travers la brume matinale de ce matin de printemps, réchauffant l’air humide de la nuit qui mourait.

Pour la première fois depuis des centaines d’années, je contemplais l’espace d’une seconde la magnificence de l’aurore. Puis, reportant mon attention sur Alakhiel, je ne pu m’empêcher de murmurer son prénom, avant d’ajouter :

- Même après toutes ces années tu ne sais toujours pas prendre soins de toi…

Je m’agenouillais près de lui et avec une délicatesse que je ne me connaissais pas je le soulevais, passant un bras sous sa nuque et l’autre sous le creux de ses genoux. Avec célérité, je parcourais l’étendue désertique de la plaine avant de m’enfoncer dans l’épaisseur des sous-bois. Là, momentanément protéger par l’ombre des arbres, je dénichais les ruines de ce qui ressemblait fort à un château. Je me précipitais dans le souterrain alors que les rayons du soleil éteignaient finalement l’orée de la forêt.

Une fois hors de danger, je soupirais bruyamment tout en déposant Alakhiel sur le sol de terre battue humide. Ce n’était pas le confort auquel nous étions habitués, mais il devrait s’en contenter. Après tout, c’était de sa faute si nous étions coincés ici jusqu’à la tombée de la nuit.

Plusieurs heures s’écoulèrent avant qu’Alakhiel ne reprenne conscience. D’une voix rauque, prenant faiblement appuis sur ses coudes, il se redressa et appela :

- Ezekiel ?

- Je suis là, répondis-je en m’agenouillant à son chevet et en le forçant à se rallonger. Reste tranquille.

A ses yeux embrumés, je savais qu’il ne faisait pas la différence entre le rêve et la réalité, mais étrangement, l’entendre prononcer mon prénom et réclamer ma présence comme si c’était la chose la plus naturelle qui soit provoqua en moi un élan de joie incommensurable. Cependant, maître de mes émotions, je ne laissais rien transparaître de mes sentiments, gardant cette expression impassible et froide qui me qualifiait. Portant mon poignet à mes lèvres, je l’entaillais d’une morsure et lui présentais mon poignet ensanglanté. Des gouttes de sang tombaient sur ses lèvres et son visage sur lequel passa une expression horrifiée alors qu’il gardait obstinément les lèvres serrées.

Après plusieurs essais infructueux, je laissais s’échapper un grondement d’énervement et sans douceur aucune, je m’emparais violemment de ses lèvres pour un baiser enflammé. Il ne voulait pas se nourrir de son propre gré alors j’allais le lui imposer. Forçant la barrière de ses lèvres, je l’obligeais à ouvrir la bouche et avec sauvagerie, ma langue entraina la sienne dans un ballet sensuel. N’ayant pas la force de se soustraire à mon baiser contraint, Alakhiel ne tenta pas de se rebeller et amenant mon poignet, je le lui présentais une nouvelle fois. Mon sang gouttait dans sa bouche entrouverte, coulant dans son cou avec un érotisme démesuré alors que nos langues s’enlaçaient fiévreusement.

Je ne me reculais que lorsque je jugeais qu’il était suffisamment rassasié pour tenir durant les prochaines heures qui nous séparaient encore de la nuit. Retrouvant ses forces en même temps que ses esprits, Alakhiel me repoussa brusquement et du revers de la main, il essuya le sang qui maculait sensuellement ses lèvres et son menton. Reportant son attention sur moi, il me fixa l’espace d’un instant, comme s’il ne croyait pas ce qu’il voyait avant de murmurer d’une voix apeurée :

- Ezekiel…

- Tu sembles surpris de me voir, constatais-je avec un certain amusement. T’aurais-je manqué ? Ajoutais-je avec une pointe d’ironie.

Ignorant ma question, Alakhiel s’exclama, sur la défensive :

- Pourquoi m’avez-vous sauvé ?

- Pour tout te dire, commençais-je en m’installant le plus confortablement possible à même le sol, j’avais quelques scrupules à laisser mourir la chair de ma chair ! Déclarais-je en lui adressant un sourire radieux qui contrastait vivement avec mon ton moqueur.

Eclatant d’un rire nerveux, Alakhiel déclara, la voix tremblante de rage :

- Vous ne valez pas mieux que Darius…

En une fraction de seconde, avec la célérité de la lumière, j’étais face à Alakhiel, le toisant de toute ma hauteur alors que ma main s’abattait sur sa joue avec une rare violence.

- Ne prononce pas ce nom ! Hurlais-je d’une voix emplie de haine mal contenue.

Une main sur sa joue meurtrie, Alakhiel m’adressa un regard assassin que je ne relevais pas. Après tout, il pouvait bien me tuer du regard si cela lui plaisait, je n’en avais que faire. Quelque peu calmé de mon excès de colère, je me détournais de lui pour retourner m’asseoir un peu plus loin, ayant besoin de me reposer, l’aube et la perte de sang n’améliorant pas mon état.

Un courant d’air dans mon dos attira mon attention et un sourire désabusé étira faiblement mes lèvres. Il était vraiment pitoyable s’il croyait pouvoir toucher ne serait-ce qu’un seul de mes cheveux. Alors qu’Alakhiel se tenait derrière moi, prêt à frapper, je me retournais vivement. L’espace d’un instant, je décelais un éclaire de surprise et de peur dans son regard alors que d’un geste invisible de par sa rapidité, je le saisissais au cou, le soulevant à plusieurs centimètres du sol.

- Tu croyais faire quoi ? Demandais-je d’une voix dangereusement basse. Qui crois-tu être pour oser lever la main sur moi ?

Alors que je parlais, je raffermissais de plus en plus ma prise sur son cou, avec la ferme intention de le lui briser.

- Tu es incroyablement grotesque Alakhiel. J’aurais eu meilleur compte à écouter Shaolan et te laisser griller.

Sur ses mots, je le jetais au loin, comme s’il ne s’agissait que d’un vulgaire bout de viande.

- Comment le conseil a-t-il pu croire que tu parviendrais à m’occire ? Demandais-je plus pour moi-même que dans l’attente d’une hypothétique réponse. Cette bande de bureaucrate sans cervelle est encore plus lamentable que dans mes souvenirs…

Je n’eu pas le temps de terminer ma phrase qu’Alakhiel revenait à la charge, se ruant sur moi avec la hargne du désespoir. Du revers de la main, je le renvoyais au sol, riant de sa faiblesse et face à tant de dramatisme.

- Pauvre larve, déclarais-je. Des vampires de bas étage comme toi devraient savoir ce qu’il en coûte de braver un de leur aîné. Ravale ta fierté Alakhiel, tu ne fais pas le poids. Qu’as-tu donc fait toutes ces années ? Tu n’aurais pas dû négliger ton entrainement. Regarde-toi, misérable rat d’égouts que tu es…

Cependant, s’il m’écoutait, Alakhiel ne suivit pas mon conseil, aveuglé par sa rage et se jeta une nouvelle fois sur moi, les crocs découverts, le regard haineux. Avec une aisance déconcertante, je l’envoyais valser.

- Garde ton rang, minable ! Crachais-je. Tu n’es pas digne d’être ma créature, pauvre petit pantin, vampire d’opérette.

Semblant avoir compris qu’il ne parviendrait pas à m’atteindre, Alakhiel n’esquissa pas le moindre mouvement pour se relever, se recroquevillant un peu plus sur lui-même dans les ténèbres du souterrain, à la façon d’une bête traquée.

En dépit de l’obscurité totale des lieux, je distinguais parfaitement sa silhouette frêle et tremblante. Répriment une mimique de dégoût face à se spectacle dégradant, je me détournais de lui et regagnais ma place.

Fermant les yeux, je me laisser aller, sombrant lentement dans le sommeil du vampire, gardant néanmoins mes sens en alerte. Ce fut un courant d’air qui attira mon attention quelques heures plus tard. Gardant les yeux clos, rien ne trahissant ma prise de conscience, j’attendais la suite des événements, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je sentis Alakhiel s’asseoir sur mes cuisses alors que ses mains se posaient sur mon torse.

Puis, avant que je ne réalise pleinement ce qui se passait, Alakhiel s’empara avidement de mes lèvres. Je restais un instant sans réaction, trop choqué pour réagir et ce fut les doigts de mon amant se faufilant sous ma chemise qui me ramenèrent à la réalité. Alakhiel avait-il réellement l’intention de continuer, sachant pertinemment ce que cela impliquait ? Savait-il seulement ce qu’il faisait ?

Toutes ses questions restèrent sans réponses, occultées de mon esprit à l’instant même ou Alakhiel m’ôtait ma chemise alors que ses lèvres se posaient avec douceur et sensualité dans mon cou.

Galvanisé par l’innocence qu’il dégageait et son corps étroitement pressé contre le mien, attisant mon désir de façon plus que certaine, je m’emparais violemment de ses lèvres pour un baiser enflammé. Ne sachant me contenir davantage, le désirant depuis trop longtemps, je le saisi par les hanches et le fis basculer sous moi, prenant d’autorité le contrôle de la situation.

Il avait éveillé le désir qui dormait au plus profond de mon être, tel en volcan en sommeil et en assumerait les conséquences, de gré ou de force. Avec une avidité sans pareille, je m’emparais de ses lèvres, suçant sa langue avec ferveur alors que lentement, mon bassin entrait en mouvement, ondulant sensuellement contre celui d’Alakhiel qui émit un gémissement de plaisir.

Enhardi par ce son qui ravit mes oreilles et provoqua un frisson dans tout mon corps, j’arrachais sa chemise avant de déboutonner son pantalon avec empressement. Mes lèvres quittèrent les siennes, lui arrachant un couinement de protestation qui me fit sourire et allèrent se poser dans son cou.

Lentement, presque avec douceur, je plantais mes crocs dans sa peau diaphane qui m’attirait inexorablement et avec délectation, j’aspirais son sang, le marquant comme mien. Alakhiel ondula sous moi, pressant son bassin contre le mien, attisant mon désir déjà plus que conséquent, s’agrippant à moi sous l’afflux de plaisir. Libérant son cou, je cicatrisais la plaie d’un coup de langue avant de m’emparer de nouveau de ses lèvres pour un baiser fiévreux.

Alors que ma langue jouait avec la sienne, l’entrainant dans une chorégraphie toujours plus complexe et rythmée, ma main migra vers la source principale de son plaisir. Sadiquement, j’effleurais sa virilité sur toute sa longueur, lui arrachant un hoquet de surprise avant de continuer ma course, glissant lentement entre ses cuisses.

Rompant le baiser, haletant, je déposais de multiples baisers papillon sur son visage avant de retracer du bout de la langue la courbe gracile de son cou, descendant le long de sa gorge pour m’attarder sur le creux de sa clavicule. Consciencieusement, j’explorais la moindre parcelle de peau, apprenant son corps, mémorisant ses courbes et ses vallées et enregistrant les zones érogènes qui le faisaient frémir sous mon contact aérien. Je voulais l’apprendre par cœur, savoir ou le toucher pour lui procurer un maximum de plaisir.

A contre cœur, je lâchais momentanément sa peau au goût légèrement salé par la sueur et m’écartais de lui. L’espace d’un instant, je le contemplais d’un regard appréciateur, maudissant sur plusieurs générations tous ceux qui avaient ne serait-ce qu’oser poser les yeux sur lui. Bientôt, la vue de son corps alanguis et abandonné à mes caresses ne suffit plus et avec empressement, je lui ôtais ses vêtements ou ce qu’il en restait, avant de le contempler une nouvelle fois dans son entière nudité.

Avide de le sentir s’abandonner à moi sans concession, je me positionnais à genoux entre ses cuisses en une position sans équivoque qui amena le rouge aux joues de mon amant.

Attendri malgré moi par cette vision des plus adorables j’happais avec tendresse sa lèvre inférieure, la suçotant avec sensualité et érotisme, le faisant gémir doucement. Je prenais un malin plaisir à le voir se languir et se tortiller sous moi en une demande muette mais oh combien explicite à ce que je m’occupe de lui.

Accédant à sa requête, je laissais ma langue s’attarder sur ses tétons durcis par le plaisir, tentant d’ignorer mon propre désir et mon sexe douloureusement tendu encore retenu de sa prison de toile. Migrant toujours plus au sud de son corps, avec une lenteur exagérée destinée à attiser son plaisir à son paroxysme, je redessinais du bout de la langue le contour de ses abdominaux finement sculptés.

Alakhiel, complètement abandonné à mon bon vouloir, gémissait sans retenue aucune et soulevait ses hanches en une demande suppliante de le satisfaire. Souriant à cette constatation, je cessais tout attouchement, le faisant se languir davantage puis sans prévenir, je léchais avec gourmandise la pointe de son sexe. Un cri de plaisir et de surprise déchira sa gorge et son corps se cambra violemment, se soulevant vers moi comme pour m’inciter à renouveler mon geste. Fier de sa réaction, n’en attendant pas moins de lui, je réitérais mon geste avec plus de conviction. Alakhiel soupira de bien être et le voir ainsi abandonné au plaisir que je lui offrais gonfla mon coeur d’orgueil.

Cédant enfin à mon propre désir, je le pris entièrement en bouche, lui arrachant un nouveau cri qui vient ravir mes oreilles, faisant écho sur les parois du souterrain. J’entamais alors un va et vient aléatoire, alternant entre un rythme soutenu et un autre beaucoup plus lent, destiné à attisé son plaisir à son paroxysme. Je sentais Alakhiel frémir sous mes doigts qui caressaient sans la moindre once de pudeur l’intérieure de ses cuisses pour se diriger vers son intimité, commençant à le préparer avec douceur.

Après plusieurs minutes de ce traitement, Alakhiel rendit les armes et se libéra dans un cri de jouissance des plus érotiques. Je léchais son sexe sur toute sa longueur, ne perdant pas une goutte de son essence vitale avant de remonter m’emparer de ses lèvres pour un baiser passionné.

Ce que je vivais à cet instant n’avait rien à voir avec ce que je partageais avec Shaolan. L’un comme l’autre, nous recherchions le plaisir pour le bien être physique que nous octroyait la jouissance. Avec Alakhiel, c’était différent, plus… Fusionnel. Je voulais lui donner du plaisir, quitte à mettre le mien de côté pour l’entendre crier mon prénom alors qu’il se libérait sous l’afflux de plaisir.

A bout de patience, l’envie de le prendre se faisant obsédante et cruciale, je lui présentais mes doigts. C’est avec satisfaction et soulagement que je le vis les happer pour les lécher avidement et avec sensualité, me rendant fou de désir. Sa langue caressait mes doigts avec un érotisme déroutant que je ne lui connaissais pas et n’y tenant plus, le peut de patience que je possédais mis à rude épreuve, je m’emparais de ses lèvres rougies et gonflées par nos baisers.

Lorsque je les jugeais suffisamment humidifiés, je mis un terme au baiser et retirais mes doigts, lui arrachant un couinement de protestation. Un sourire attendri étira mes lèvres, amusé, mais néanmoins heureux de le voir ainsi offert sans retenue à mes soins.

Puis, stimulant son désir, je laissais mes doigts glisser le long de son corps en un effleurement aérien, redessinant ses courbes graciles, le faisant se tordre de plaisir, alors qu’il se cambrait comme pour appuyer le contact de mes doigts sur sa peau brûlante. Dans un spasme plus violent que les autres, sont corps se souleva à ma rencontre alors que j’arrivais au niveau de son intimité, frémissant d’anticipation. Faisant preuve d’une délicatesse tout particulière dont je ne me serais pas cru capable auparavant, je jouais avec son intimité afin de le détendre. Quand ses muscles se relâchèrent, j’introduisis lentement un premier doigt en lui.

Celui-ci entra sans trop de difficultés, même si Alakhiel se crispa légèrement face à la gêne occasionnée par cette intrusion. Cependant, il se relaxa assez vite si bien que j’insérais rapidement un second doigt qui lui, fut plus douloureux que le précédent et arracha un hoquet de surprise à mon amant. Toujours avec cette même douceur, j’entamais un lent mouvement de ciseaux afin d’écarter ses muscles contractés et le préparer soigneusement à ma venue. Ne sachant que trop bien ce qu’il devait ressentir, je m’empressais de le détourner de sa douleur, en massant son érection avec conviction. Cela eut l’effet escompté car un cri de plaisir franchit la barrière de ses lèvres et son bassin entra en mouvement, ondulant de lui-même lorsque j’atteignis le point le plus sensible de son anatomie.

Je l’habituais encore un instant avant d’insérer un troisième et dernier doigt qui lui arracha un cri de douleur malgré la douceur dont je faisais preuve. Aussitôt, je cessais tout mouvement, lui laissant le temps de s’habituer à cette intrusion. Je ne repris un lent mouvement que lorsque je le sentis se détendre, aidé par le plaisir que lui procurait ma main caressant langoureusement son sexe.

Une fois assuré qu’il ne ressentait plus la moindre douleur, aussi infime soit-elle, je retirais mes doigts de lui, m’attirant un gémissement de protestation. Remontant vers ses lèvres, je les happais avec douceur pour un baiser des plus tendres. Puis, je m’écartais de lui à contre-cœur, le temps de me dévêtir à mon tour. Une fois entièrement nu, je l’embrassais de nouveau avant d’écarter ses cuisses et de prendre place entre, passant ses jambes de chaque côté de mes hanches. Ainsi exposé, danse cette position des plus indécentes, il était magnifique.

Je lui volais un nouveau baiser, complètement dépendant de la douceur et du goût suave de ses lèvres. Puis, alors que je me présentais à son entrée, tentant de réprimer mon désir qui me hurlait de le prendre sauvagement, je sentis deux mains se poser sur mon cou. Je compris instantanément les intentions de mon amant, mais contrairement à un peu plus tôt, je ne fis rien pour l’en empêcher. Bien au contraire, je l’invitais à accomplir ce pourquoi il avait survécu jusqu’à présent.

Toujours avec cette même douceur, je le pénétrais prudemment afin de ne pas le blesser alors que de son côté, Alakhiel resserrait sa prise autour de mon cou, serrant toujours un peu plus fort. Alors que j’étais entièrement en lui, il accentua son étreinte de façon proportionnelle. Je ne m’en formalisais pas plus que ça et entamais un lent et ample déhanchement.

Après quelques coups de reins maitrisés, je le sentis desserrer ses doigts alors que ses yeux s’humidifiaient étrangement. Ne pouvant accéder à ses lèvres, je me contentais de l’observer, mon regard ancré dans ses yeux brillants de larmes contenues alors que j’accélérais progressivement la cadence de mes vas et vient.

Dans un mouvement plus profond que les précédents, je touchais quelque chose en lui et le plaisir ressenti lui arrachant un hoquet de sanglot. Je réitérais plusieurs fois mon geste, souhaitant le mener à la jouissance. De son côté, Alakhiel semblait perdu. Ses mains se resserraient sur mon cou pour ensuite le relâcher avant de le serrer de nouveau.

Faisant fi de cela, je me contentais de le pénétrer toujours plus profondément avec une fougue sans cesse renouvelée et une passion grandissante. Soudain, je cessais momentanément tout mouvement avant de le pénétrer entièrement d’un ample et violent coup de rien qui lui arracha un hurlement de plaisir à l’état pur. Puis, dans un sanglot, il murmura la voix brisée :

- Je… Je peux pas…

Je compris immédiatement ce à quoi il faisait allusion et l’instant d’après, vaincu, ses mains relâchèrent mon cou et retombèrent mollement le long de son corps.

Ainsi libre de mes mouvement, je me penchais vers lui dans le but de lui réclamer un baiser, privé trop longtemps de ses lèvres. Mais alors que je m’apprêtais à m’en emparer, je fus devancé par Alakhiel qui combla de lui-même la distance qui nous séparait encore. Nos langue se cherchaient avec avidité, en manque l’une de l’autre.

Galvanisé par l’intensité qui se dégageait de la rencontre ardente de nos lèvres, je réduisais mes barrières, laissant libre court à mon propre désir. Enhardi par les gémissements plaintifs de poussait mon amant, j’accélérais la cadence de mes va et vient, ne pouvant me contenir plus longtemps.

C’est dans un ultime déhanchement plus puissant et violent que les précédents que nous nous libérons dans un cri de jouissance qui déchira les ténèbres de souterrain qui nous servait de refuge. Encore haletant, le corps parsemé de spasmes de plaisir, je me laissais retomber entre les bras de mon amant, la tête callée contre son torse imberbe. Fébrilement, Alakhiel décolla les cheveux de mon front luisant de sueur, m’arrachant un soupir de bien être. Comblé au delà des mots, je me laissais aller en toute confiance à un repos amplement mérité entre les bras de mon amant.

D’instinct, je me réveillais au coucher du soleil, l’appel de la nuit résonnant dans mon esprit. Lorsque j’ouvris les yeux je fus surpris de voir qu’Alakhiel n’avait pas dormit. Je plantais mon regard dans le sien et c’est non sans surprise que je le vis me sourire alors que du bout des doigts, il replaçait une mèche de cheveux derrière mon oreille. C’était bien la première fois qu’il esquissait une geste tendre à mon égard et cela me perturba grandement, ébranlant toutes mes convictions.

Je restais un moment immobile, détournant les yeux sous son regard perçant, étrangement gêné. Sans un mot, je me rhabillais imité par Alakhiel.

Aujourd’hui, quelque chose avait changé en lui. Je percevais une sorte de résignation émané de lui. Alors que la lune montait lentement dans le ciel, éclairant notre chemin, j’emmenais Alakhiel au cimetière où je l’avais trouvé au petit matin. Arrivés à destination, je m’arrêtais un peu en retrait, le laissant aller seul. Il y avait certaines choses pour lesquelles je ne lui étais d’aucune utilité et il devait faire seul son deuil d’Elizabeth.

Après un temps que je jugeais suffisament long pour qu’il ait le temps de lui dire que qu’il avait sur le cœur, j’allais le chercher. Si depuis mon réveil je le trouvais étrange, en cet instant, il avait l’air vide de toute énergie. C’est sans opposer la moindre résistance qu’il me suivit à travers les allées sombres et silencieuses du cimetière.

Soudain, ne sentant plus sa présence derrière moi, je me retournais pour le voir débout, immobile face à une tombe, les yeux dans le vague. Je le rejoignais, intrigué, et suivant son regard, je lisais “Marie Amelin 1717 - 1768 et Charles Keller 1715 - 1769″. Aussitôt, je compris qu’il s’agissait des parents d’Alakhiel. Je restais silencieux sachant pertinemment que les mots seraient totalement obsolètes face à son désarroi. Comme pour Elizabeth, il devait oublier ses parents et tout ce qui avait trait avec sa vie d’antan. Posant une main sur son épaule, je l’incitais à poursuivre notre chemin.

Une heure plus tard, nous flânions dans les rues de Paris, à l’affut de notre future victime. Repérant une fraiche jeune fille un peu à l’écart, je l’attirais à moi et c’est avec satisfaction que je me délectais de son sang. Repu, je la poussais dans les bras d’Alakhiel qui l’acheva sans la moindre protestation ou once de culpabilité. Etonné de le voir se nourrir sans rechigner, je déclarais, ironique :

- Tu te décides enfin à te nourrir seul comme un grand ?

Alakhiel ne répondit rien, et laissa tomber le cadavre de la jeune fille sans la moindre considération avant de poursuivre sa route sans un regard en arrière. Je le regardais faire, interloqué. Quand avait-il changé à ce point ? Où était passé cet Alakhiel que j’avais créé, celui qui pleurait lorsqu’il était question de tuer ? Etait-il en train de devenir le même monstre que j’avais été, mais qui au lieu de prendre plaisir à tuer le faisant avec un sang froid inquiétant.

Sur ses interrogations sans réponses, je le suivais sur une courte distance et mon interrogation se changea rapidement en inquiétude lorsque je le vis tuer sans ménagement une seconde proie. Il faisait preuve d’une indifférence qui ne lui ressemblait pas, lui habituellement si révolté à l’idée de boire du sang humain.

Paris, 9 avril 1800

Lorsque j’ouvris les yeux à la tombée de la nuit, je sentis immédiatement que quelque chose n’allait pas. Je ne sentais plus la présence d’Alakhiel à mes côtés. Nous étions rentrés ensemble au petit matin, retrouvant le luxe et le confort de notre ancienne demeure, ce même manoir qui avait vu le début de notre relation.

Cependant, je pris sur moi pour ne pas partir immédiatement à sa rechercher. Après tout, il était à présent suffisamment mature pour se débrouiller par lui-même.

Affamé, je quittais le manoir et me rendis en ville à la recherche de quelques proies à me mettre sous les crocs.

Quelques heures avant le levé du soleil, Alakhiel n’était toujours pas rentré et cela m’étonnait de lui qui habituellement, n’aimait pas traîner dans les rues plus que nécessaire.

Usant de mon pouvoir mental, je le localisais au cimetière où l’on avait été la vieille. Que faisait-il là bas ? N’avait-il pas tourné la page de son passé révolu ? En moins de temps qu’il ne fallu pour le dire, je me retrouvais également dans les sombres allées embrumées de ce vieux cimetière abandonné et défraichi, oublié de tous. A mon plus grand étonnement, je ne retrouvais pas Alakhiel sur la tombe d’Elizabeth ou de ses parents, mais bien dans un caveau familial.

M’adossant à l’entrée, j’observais Alakhiel qui semblait surpris à la vue d’une tombe. Il n’avait pas sentis ma présence et je ne la lui faisais pas connaître tout de suite, plongé dans mes souvenirs qui refaisaient surfaces à la vue des tombes marquées au nom de ma famille.

Mais je savais que celle qui l’intriguait le plus était celle gravée au nom de Cassandre Von Akhvarynn, la mienne…

Lentement, je commençais à parler, faisant sursauter Alakhiel qui se retourna vivement pour me faire face :

- Shaolan à dû te raconter la façon dont j’ai été initié au don obscure. Mais la folie et la cruauté de Darius allait bien au delà de ça. Après avoir fait de moi sa créature, il m’a laissé pour mort durant les quelques jours de ma transformation. Mon cadavre et ceux de ma famille ont été retrouvés et inhumés dans le caveau familial. Quand je me suis réveillé, je ne me souvenais plus de ce qui s’était passé et j’ai paniqué. Je hurlais de terreur, enfermé vivant dans un cercueil scellé. Je suis resté au moins deux jours enfermé, mes forces s’amenuisant dangereusement, avant que Darius ne vienne me sortir de mon tombeau. Je t’épargne les détails de ce qui s’en est suivit…

Je ne me rendis compte que des larmes maculaient mes joues que lorsqu’Alakhiel les essuya délicatement du bout du pouce. Sans un mot, il me prit dans ses bras, me berçant tendrement contre lui avant de s’emparer de mes lèvres avec une extrême douceur. Étonné de ce geste, je me laissais néanmoins transporté par la tendresse dont il faisait preuve à mon égard.

10
mai

Silent scream - Chapitre 6

   Ecrit par : admin   in Silent scream

Chapitre 6 écrit par Lybertys

Londres, 15 mars 1800

Le jour n’allait pas tarder à se lever et je fixais encore le jeune homme dont je venais d’ôter la vie au bénéfice de la mienne. Il gisait là, à quelques mètres de moi, inerte, deux trous béants à la gorge attestant de la faim qui m’avait violemment consumé au moment où mes lèvres avaient effleurées son cou. Il avait eu la malchance de traîner dans cette ruelle à une heure avancée de la nuit et surtout avec le manque qui me terrassait. J’attendais à chaque fois le plus longtemps possible, mais je me retrouvais toujours face à ce résultat qui me dévastait. Après toutes ces années, je n’arrivais toujours pas à supporter de donner la mort et le deuil m’alourdissait un peu plus. Une seule chose me tenait encore et me pousser à survivre. Ce n’était même pas une question d’instinct, mais une haine sans nom envers celui qui m’avait créé et que je nourrissais chaque fois un peu plus à chaque gorgée de sang avalée. J’avais côtoyé plusieurs autres vampires, en groupe ou solitaire comme moi, mais jamais je ne restais longtemps avec eux. A chaque relation, c’était moi qui finissais par m’en aller une fois que j’avais appris d’eux suffisamment et que ma présence leur pesait amplement. Ils n’avaient pas besoin de me le demander, je partais tout simplement lorsqu’il était temps. Jamais je n’avais retrouvé pareil relation que celle que j’avais vécu avec mon créateur, jamais je ne m’étais fait d’amis, simplement des connaissances ou des compagnons temporaires de route.

J’étais la plupart du temps livide du à la malnutrition que je m’infligeais et ne connaissais jamais la paix, Elisabeth continuant de hanter mes rêves. Mais je savais que tout cela prendrait fin un jour, à l’instant même où j’ôterais la vie d’Ezekiel, je rejoindrais Elisabeth.

Je finis par me redresser, plus puissant, revigoré par ce sang frais coulant dans mes veines. Je ne pouvais pas dire que je n’aimais pas cette sensation, mes sens plus aiguisés que jamais, cette sensation de remplir ce vide, et cette force infinie. Cela était plus prudent pour faire ce que j’avais à faire. On m’avait indiqué ce repère il y a de cela quelques semaines, et j’avais fait le chemin jusqu’ici dans le but de rencontrer ce groupe de vampires plus anciens que tous ceux que j’avais rencontré. Il fallait se méfier d’eux, et la plupart du temps les éviter, régnant sur le monde, c’était eux qui avaient créé certaines règles…

On les surnommait les Anciens et il m’avait fallut tant d’années pour les trouver depuis que j’avais appris leur existence. Je n’étais même pas sur de mon information, mais c’était le seul élément que j’avais réussi à récupérer.

Pas une seule fois je n’avais croisé la route de mon créateur, pourtant, j’avais souvent entendu son nom et les carnages qu’il faisait à chaque ville, manquant plus d’une fois de trahir notre existence. Le souvenir de ma première conversation à son propos me revint tandis que je défilais dans les rues les plus reculées de Londres.

- Comment ? Qu’est ce que tu as dit ? Me demanda Louis, un vampire que j’avais rencontré depuis maintenant quelques semaines.

Nous étions dans un bar mal fréquenté, du moins, majoritairement fréquenté par les vampires de la région. Je venais de me lancer à le questioner sur Ezekhiel, mais il n’avait apparement pas compris son nom. Je me risquais à le répéter, un peu plus fort cette fois, tentant d’éviter que la musique et le bruit de la fête ne couvre mes paroles :

- Est-ce que tu as déjà rencontré Ezekhiel ? Criais-je.

Le silence se fit aussitôt. Tout le monde s’immobilisa, tournant brusquement la tête vers moi, me foudroyant du regard. Plutôt mal à l’aise, je déglutis, ne sachant trop quoi faire, ni ce que j’avais fait pour créer une telle situation.

Plutôt mal à l’aise, je déglutis, ne sachant trop quoi faire, ni ce que j’avais fait pour créer une telle situation. Même les musiciens et les serveurs s’étaient arrêté, même le vampire le plus éloigné semblait m’avoir entendu. La tension était insuportable, et ce fut à ce moment là que Louis vint à mon secours :

- Excusez-le, c’est un jeune vampire… Il ne sait pas.

Je me tournais vers Louis interrogateur, qui me fit comprendre de me taire pour le moment. A mon plus grand soulagement, après quelques murmures, la musique repris, et les vampires détournèrent peu à peu leur attention de moi. Lorsque plus un seul vampire ne nous prêta attention, Louis daigna enfin me parler. Il me demanda d’une voix si faible qu’elle ne pouvait être perçut que par moi :

- Ou as-tu entendu ce nom ?

Comprenant qu’il valait mieux ne pas dire la vérité et ayant peur de saisir que c’était le nom de mon créateur qui avait provoquer cette scène, je répondis évasif sur le même ton :

- Je ne sais plus trop…

Louis siffla entre ses dents, sachant que je mentais, mais à mon plus grand soulagement, il n’insista pas.

- Mieux vaut ne jamais avoir fait à ce vampire Alakhiel, me confia-t-il. Oublie ce nom.

- Pourquoi ? Lui demandais-je, intrigué et impatient d’en apprendre un peu plus sur lui que ce que notre cohabitation ne m’avait appris.

Louis fit une grimace, peut enclin à me parler de ce sujet. Jamais je ne l’avais vu avec une telle expression.

- Après tout, mieux vaut que tu saches… Finit-il par dire en soupirant.


Totalement attentif, j’attendis le plus patiemment possible qu’il me raconte.


- Ton créateur ne t’as décidément pas appris grand chose. Dit-il en bougonnant, semblant encore hésiter à me parler. Tu es au courant qu’il existe un règlement qui nous est propre, écrit par les Anciens bien avant l’existence de tous ceux présent dans cette salle.


Face à mon silence, il jura quelques mots, maugréant une nouvelle fois contre mon ignorance.


- Une des règles primordiales est que nous ne devons à aucun prix porter atteinte à la vie ou à la santé d’un vampire.


Je fronçais les sourcils, avant de murmurer, ayant peur de comprendre :


- Il a tué un vampire ?

- Pire que ça ! Il a eut le privilège d’être créé par un Ancien. C’est lui qu’il a tué. Ce vampire est fuit par notre communauté. Personne ne parle de lui ouvertement, chacun le craint. S’il est parvenu à tuer un Ancien alors quel poids faisons-nous contre lui… Cela fait tellement longtemps qu’il est recherché pour être tué à son tour. Peu de monde l’on déjà rencontré, seuls ses massacrent humains parlent de lui. Ces derniers temps, les rumeurs parlent d’une cruauté sans pareille.

- Et il n’a jamais créé de vampires à son tour ? Demandais-je, en tentant de cacher comme je le pouvais mes mains qui tremblaient.

- Je n’en ai jamais eu vent, mais il est dit que ses créatures subiront le même sort que lui…

Un frisson parcourut mon corps à ce souvenir. J’accélérai le pas, me sentant désagréablement observé. Je n’étais plus qu’à une centaine de mètre du lieu indiqué. Redressant la tête, il me sembla voir une frêle silhouette au bout de la rue. Le vent soufflant vers moi, je n’eus qu’à inspirer légèrement pour comprendre qu’il s’agissait d’un vampire. M’approchant de manière plus hésitante, jetant de brefs coup d’œil à droite et à gauche de temps en temps, je pus mieux discerner le vampire se tenant devant moi. C’était un jeune garçon, qui devait avoir quinze ans à peine. Son regard étrange, attestant des nombreuses années qu’il avait du passé dans ce corps paralysé dans le temps, reflétait le clair de lune de manière inquiétante. Arrivé à quelques mètres de lui, je m’arrêtais incapable de faire un pas de plus. Un sourire à peine perceptible se dessina sur ses lèvres. Nous n’étions pas seuls, et je n’avais pas besoin de tourner la tête pour savoir que plusieurs vampires étaient derrière moi, m’empêchant de faire demi-tour. Mon instinct me criait de fuir, en affrontant ce vampire, mais une chose indescriptible m’interdisait de faire de m’approcher. J’étais pris au piège, et j’y était rentré tout seul. Sur mes gardes, j’eus l’impression que cet instant dura un temps interminable, avant que le vampire à l’apparence d’un jeune garçon se mette à parler :

- Nous t’attendions Alakhiel, créature d’Ezekhiel…

Sa voix était tout aussi angoissante que son regard. La peur me vrilla les tempes. Il savait qui j’étais, et je savais ce qui m’attendait de leur part. J’avais prévu de masquer mon identité, comme je l’avais fait avec tous les autres de ma race. On m’avait pourtant prévenu, il valait mieux ne pas chercher les anciens. Alors que tout un clan de vampires m’entourait, le piège se refermait. Je m’étais jeté dans la gueule du loup, sans même avoir l’occasion d’obtenir ma vengeance. Le jeune vampire leva la main, et je me retrouvais à genoux, toujours contraint à l’immobilité.

Était-ce cela le pouvoir des Anciens ? En un clignement d’œil, le vampire se retrouvait devant moi. Avais-je peur ? Ce terme n’était pas assez fort, jamais je n’avais été aussi terrifié. Son regard pénétra le mien, et j’étais incapable de le lâcher, comme hypnotisé. Je ne vis pas sa main se poser sur mon épaule, mais un éclair violent m’aveugla alors que je me sentais sombrer dans l’inconscience, ma vie de vampire défilant devant mes yeux, nourissant la soif de connaissance du jeune. Cette sensation était encore pire que lorsque Ezekhiel m’avait arraché à ma vie d’humain. Soudain plus rien, mon arrivé ici et le noir…

Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, il faisait nuit noir. Allongé dans un lit, un vampire se tenait assis au pied du lit, éclairé par une bougie. Les murs épais en pierre et l’absence de fenêtre m’indiquait que j’étais sous terre.

- Je jalouse Ezekhiel, dit soudain le vampire d’une vois fluette tout en se levant avec une légèreté si particulière que j’avais l’impression d’être redevenu un humain lourdaud.
S’approchant de moi, il resta debout en me toisant de sa hauteur tandis que je n’osais pas bouger d’un millimètre.
- Tu es vraiment un vampire étrange. Différent des autres, dois-je dire. Quel dommage que tu te sois jeter dans la gueule du loup n’est-ce pas ? Je t’imaginais un peu plus rusé tout de même.
J’eus un bref mouvement de recul, et si mon cœur battait encore, j’étais sur qu’il aurait pris un rythme effreiné. Un rire cristallin envahi la pièce, rien à voir avec le rire sadique d’Ezekhiel.

- Ne t’inquiète pas, me dit-il en s’approchant en passant une main sur mon visage, tu es en sureté ici. Du moins pour le moment, dit-il aussi légèrement que s’il parlait du beau temps.
Passant son doigt sur les mèvres, je fus surpris de constater qu’il était plus chaud que mon corps. Je m’étais pourtant nourris avant de venir ici. J’avais pourtant terriblement faim à cet instant, et je dus violemment lutter contre l’envie de mordre son doigt. Comme s’il semblait lire en moi, il répondit à ma question muette :

- Tu dors dans ce lit depuis des jours, la faim doit commencer à te tirailler n’est-ce pas ? Cela ne doit pas particulièrement te changer. Jamais je n’aurais pensé qu’Ezekhiel choisisse un vampire avec une telle force de volonté. Dommage qu’elle soit si mal utilisée. D’ailleurs, je ne comprends pas, pourquoi venir ici pour mourir alors que tu veux le tuer depuis tant d’années. Tu nous cherches depuis si longtemps alors que tu sais que ton existence même est interdite.

Son ongle passa sur ma joue, l’entaillant de manière parfaite et maîtrisé. Avec une lenteur extrême, il porta son doigt rouge de mon sang et le lécha avec sensualité avant d’ajouter :
- Sache Alakhiel, que si tu es arrivé ici, jusqu’à moi, c’est uniquement parce que je l’ai voulu.
Se levant à nouveau sans que je ne vois ses déplacements, il murmura songeur sans me porter la moindre attention.

- J’aurais tant voulu goûter ton sang lorsque tu étais encore humain…
Tournant vivement la tête vers moi, avec un sourire malsain, plus que dérangeant sur son visage enfantin, entourée de mèches blondes, il ajouta à mon attention.
- Je suis sur qu’il était délicieux, pour faire perdre la tête ainsi à Ezekhiel. L’enveloppe était déjà tentante…
Marchant sans presque poser ses pieds sur le sol, il ajouta alors qu’il ouvrait la porte :
- Repose toi Alakhiel, le conseil ne va plus tarder à vouloir te voir…
Vivant cela tel un ordre, mes yeux se fermèrent d’eux même et je m’assoupis sans même en avoir conscience…

Ce fut une faim dévastatrice qui me réveilla, l’odeur du sang frais me tirant du sommeil. Une jeune femme, humaine, avait sa main posée sur mon épaule et me secouait légèrement. Lorsque j’ouvris les yeux, la première chose que je vis fut la veine pleine de vie qui palpitait dans son coup. Pourquoi fallait-il que ce fut une femme. Lâchant un gémissement de douleur et de frustration, la femme sursauta et s’écarta vivement de moi.

La faim l’emporta un instant sur ma raison, et ma propre interdiction de toucher au femme me semblait soudain futile. Alors que je me redressais vers elle, prêt à effleurer sa peau, je me contrains violemment à ne pas aller plus loin. Ce fut le souvenir du sang d’Élisabeth coulant dans ma gorge et le plaisir que j’y avais pris malgré moi qui me fit redescendre sur terre. M’écartant d’elle, je me mis à l’opposé sur lit, pour être sur de ne pas être tenté, portant une main contre mon nez pour marquer un peu son odeur. Elle me regardait surprise, apparemment peu habituée à ce genre de réaction. Un rire cristallin dont je connaissais maintenant l’existence, se fit alors entendre de l’autre bout de la pièce, son visage seulement éclairé d’une bougie dans un coin sombre.
- Fascinant… Souffla-t-il.

En un rien de temps il fut sur elle. Sa petite taille et sa silhouette frêle n’était qu’une illusion. Lorsque ses deux bras encerclèrent la femme, je sentis la puissance qu’il possédait. Ses crocs se plantèrent dans son cou et elle fut vidée de la totalité de son sang en une minute à peine, n’ayant apparemment pas de temps à perdre avec cette femme. Durant ce court laps de temps, ses yeux sombres étaient fixé sur moi, me narguant face au repas que je m’étais refusé de prendre. Lorsque le corps ne l’intéressa plus, approchant de trop près la mort, il le lâcha, la laissant tomber à ses pieds, comme une vulgaire poupée devenue inintéressante.
- Tu aurais du te nourrir Alakhiel, il fallait au moins cela pour se présenter devant le conseil. Lève-toi et suis-moi, nous t’attendons.
Docile, n’ayant de toute façon pas d’autre choix, je le suivis, le nez encore envahi par cette odeur de sang qui aggravait ma faim. Je décidais de porter mon attention sur autre chose, ne pouvant assouvir pour le moment ce besoin. Détaillant le vampire à l’apparence adolescente devant moi, je fus une nouvelle fois surpris par sa taille fluette. Ses cheveux blonds mi-longs ondulaient très légèrement retombant sur ses épaules. A deux pas derrière lui, j’avais toujours cette impression d’avoir une démarche lourde et pesante par rapport à la sienne. C’est à peine s’il posait les pieds sur le sol. Nous traversâmes un long couloir, éclairé par des torches accrochés à quelques mètres les unes des autres.

Nous tournâmes à gauche, longeant ensuite un couloir bordé d’une multitude de portes, avant de prendre un autre couloir bien plus large à droite. Au fond, une grande porte en bois taillée avec art était simplement entrouverte, et mon guide accéléra la cadence. C’était donc là que nous allions. J’avais beaucoup de mal à réaliser que je vivais peut-être mes dernières heures, pourtant, c’était ce qu’on me laissait présager.

Nous arrivâmes trop rapidement dans cette pièce. En un éclair, le jeune vampire poussa la porte et disparut de ma vue. Angoissé, je pénétrais dans cette pièce à mon tour. Si je n’avais croisé aucun vampire durant tout le trajet, c’est qu’ils étaient tous rassemblés ici. Environ dix vampires étaient assis sur des chaises, formant un cercle ou je devais certainement me placer. Derrière eux, des centaines de vampires avaient le regard figé sur moi. La plupart était dans l’ombre, mais la vision de nuit n’était pas un problème particulier pour notre race. Le vampire qui m’avait guidé jusqu’ici se trouvait sur la chaise la plus onéreuse, dénotant un rang différent des autres. C’était le seul à me fixer avec ce petit sourire en coin. Un vampire assis à côté de lui s’exclama soudain :

- Eh bien approche Alakhiel, nous n’avons pas toute la nuit…

Quelques rires ce firent entendre de la part des vampires venus en spectateur, mais je tentais de ne pas y prêter attention. Masquant mon hésitation et ma crainte, j’avançais la tête droite, regardant le seul vampire qui m’était plus familier que les autres, droit dans les yeux.

Lorsque celui-ci se redressa légèrement sur son siège, les murmures qui jusqu’alors fusaient, laissèrent la place à un silence dérangeant.
- Au nom du conseil ici présent, commença-t-il, nous te convoquons devant nous pour être jugé pour les crimes perpétué envers notre race par Ezekhiel. Bien que je n’en vois pas l’intérêt, nous allons commencer par les présentations. A ma droite, mon second, Melchior…
Melchior était d’une carrure imposante, contrastant de manière impressionnante avec celle de l’adolescent. Ses cheveux noirs, coupés assez courts n’en étaient pas pour le moins épais. C’était lui qui m’avait demandé d’approcher…
- … les suivant Marius, Héliodore, Rodrigue, Armand, Edward, Constant, Philandre, Aymar, Thélesphore, et enfin à ma gauche, Léandre.
Je ne les regardais que très brièvement à l’entente de leur prénom, mais une chose resortait à chaque fois : ils semblaient tous excessivement dangereux. Comment Ezekhiel était-il parvenu à tuer l’un d’entre eux ?
- Pour ma part, je me prénomme Shaolan, et ayant l’âge le plus avancé de tous ceux ici présent, je présiderais ce conseil. Alakhiel est arrivé à nous en cherchant des informations sur Ezekhiel, dont les routes se sont séparées depuis de nombreuses années. Melchior… Ajouta-t-il, l’invitant à prendre la parole.
Un vampire posté juste dernière eux était assis à une table et prenait des notes à l’aide d’une plume, sans un seul instant lever les yeux de son papier.

Melchior mit un temps avant de se mettre à parler, mais je ne sus déterminer la durée de celui-ci. Je n’avais qu’une envie que la décision soit enfin prise à mon sujet, au lieu de commencer cette supplique. Et pourtant, cela n’allait pas se passer comme je l’espérais. Melchior commença par établir un historique sur les crimes. Je ne pus m’empêcher d’écouter attentivement, en apprenant plus que jamais sur le vampire que j’avais si longtemps côtoyé mais qui avait aussi ruiné ma vie. Ezekhiel avait tué Darius au crépuscule, d’une manière violente et irréversible, ce qui ne m’étonnais pas au vu de la cruauté dont il avait souvent fait preuve avec moi.

Après lui avoir tranché la tête alors qu’il dormait encore, se glissant au crépuscule dans son cercueil, il lui avait arraché le cœur avant de bruler séparément l’entièreté de son corps. Il s’était ensuite enfui et avait échappé à toutes les tentatives qui allaient à l’encontre de sa vie. Toujours en vie malgré le jugement qui était tombé sur lui, il provoquait une certaine colère chez les anciens. J’appris aussi que Darius n’avait pas seulement été un ancien, il avait était le créateur de Shaolan, en plus d’avoir des siècles plus tard créé Ezekhiel qui l’avait amené à sa perte.

J’eus très peu de détail sur la raison qui avait poussé Ezekhiel a commettre un tel crime, mais après tout, l’acte restait le même selon eux. Melchior s’arrêta et les voix s’élevèrent d’un coup, fusant de toute part entre les vampires et le conseil des anciens. Seul Chaolan ne prenait que très peu la parole, ayant la plupart du temps les yeux posés sur moi. A part lui, tous m’ignoraient, comme si je n’existais pas. J’étais l’accusé mais totalement coupé des délibération de mon procès.

Ce brouhaha était tellement impressionnant que je ne parvins pas à suivre une seule des centaines de conversations à deux ou plus. Ma vie était pourtant en train de se décider, et bien qu’angoissé, je devais avouer que la peur de la mort n’était pas présente. N’étais-ce finalement pas ce que j’attendais depuis le début, avec l’accomplissement de ma vengeance ou sans.

J’avais l’impression que cela n’allait jamais prendre fin, pourtant, le silence se fit soudain, aussi vite qu’il avait été rompu et Melkhior repris la parole en me regardant :

- Le conseil estime qu’étant la créature d’Ezekhiel, Alakhiel est celui qui peut l’approcher le plus facilement. C’est bien évidemment sous-estimer les pouvoir d’Ezekhiel que de penser qu’Alakhiel y parviendrais si facilement, mais lui sera livré avant son départ de précieux conseils par Shaolan lui-même pour l’aider à parvenir à ses fins. Comme nous sommes cléments, et ayant pris connaissance de la haine que tu portes envers ton créateur, nous t’offrons une échappatoire à la mort. A toi de décider. Soit tu nous ramènes la tête de ce traitre, soit nous appliquerons ce qu’il convient de te faire à l’issu de ce conseil.
Avais-je vraiment envie de tuer Ezekhiel pour ses gens ? Je n’avais pourtant jamais été aussi près du but, mais c’était à cet instant que le doute s’immiscait en moi. J’avais aussi ma propre mort offerte sur un plateau.

Je me surpris alors à être incapable de donner une réponse. L’un ou l’autre m’était indifférent alors que j’avais tenu pendant plus de 40 ans dans le seul but d’arriver un jour à me venger. Pourquoi flancher maintenant ?! Me traitant mentalement de tous les noms, j’allais ouvrir la bouche pour répondre mais Shaolan me devança :
- Approche toi de moi Alakhiel.
Incapable de lui refuser quoi que ce soit, j’allais vers lui. Arrivé à sa hauteur, il n’eut même pas besoin de me demander de me mettre à genoux. C’est ce que je fis comme si c’était le geste le plus naturel du monde.

Sa main se posa sur mon épaule, provoquant chez moi le même effet que la veille. Il lisait en moi, mais cette fois-ci plus superficiellement, me laissant vivre cela avec moins de violence. Ce fut chancelant que je m’écartais de lui lorsqu’il eut finit. Il devait maintenant connaître mon hésitation. J’allais mourir avant même d’avoir réellement eut le temps de clarifier ce que je voulais vraiment, ruinant ces années d’errance, rejoindre Élisabeth… Enfin…
- Il accepte… Déclara froidement Shaolan. Le conseil est terminé. Alakhiel sera envoyé dès la nuit prochaine…
Lui lançant un regard, je me tentais de me redresser sur mes deux jambes, projet bien orgueilleux. J’avais envie de me lever et de crier que ce n’était pas vrai, que… Oubliant mon manque de nourriture, et ce que je venais de subir, me méprenant sur mes capacités, je m’effondrais sur la pierre aussi glaciale que ma peau avant de sombrer dans l’inconscience une fois de plus…

Je fis un rêve étrange cette nuit, un vieux souvenir de ma cohabitation avec Ezekhiel. Cette nuit si particulière sur ce banc… Ce baiser échangé, et ce sommeil partagé dans son cerceuil…

Lorsque j’ouvris les yeux, ce fut une faim comme rarement j’en avais ressentit qui tirailla mon être entier. Ouvrant vivement les yeux, c’est à peine si je pu redresser mon bras. Jamais je n’avais ressentis une telle fatigue en tant que vampire.

Je ne fus pas surpris de voir Shaolan, juste assis sur une chaise, regardant par la fenètre à quelques pas de mon lit.
- C’est étrange, dit-il, sachant apparemment que j’étais éveillé. Vous vous ressemblez tout autant que vous vous différenciez. En apparence du moins tu parais plus bon que lui, mais Ezekhiel n’a jamais été quelqu’un de mauvais. Vous en revenez pourtant tous deux au même point : le désir de tuer son créateur.
Il tourna la tête vers moi, et fut en un instant assis sur le lit, me dominant par sa verticalité.
- Tu te demandes pourquoi j’ai répondu à ta place ? Et pourquoi j’ai donné déformé ta réponse ?
Je grimaçais, la faim me rongeant douloureusement, incapable de me concentrer sur sa question.
- Idiot, soupira-t-il. Tu aurais du boire le sang de cette femme. Quelle impression tu as fait en t’évanouissant devant tout le monde. Tu parais peu crédible comme assassin. Tu ne peux pas m’écouter dans cet état, et je n’ai pas le temps de faire venir un beau jeune homme…
Se taisant, il portant son poignet à ses lèvres, qu’il mordit avec délicatesse. Le retirant, je vis ses lèvres teintées de ce rouge carmin qui me rendait fou. J’aurais voulu me jeter sur lui, réclamer ce liquide vitale de manière virulente, mais une force inconnue me contraint à l’immobilité. Il abaissa son visage jusqu’au mien, laissant ses lèvres tacher de sang simplement effleurer les miennes, me faisant vriller sous cette odeur la plus parfaite de toutes. Ma langue passa machinalement sur mes lèvres à la quête de la moindre goute de sang qu’il aurait laissé, réveillant une faim telle que je ne l’avais jamais ressentie : aussi puissante qu’effrayant. Lorsqu’il apporta enfin son poignet à mes lèvres, aucune retenue ne me fut possible.

A grande gorgée, j’avalais cette substance vitale, reprenant peu à peu mes forces. Shaolan semblait être une source inépuisable et à aucun instant il ne tenta de m’arrêter. Ce fut de moi-même que j’ôtais ma bouche de son poignet, repus comme rarement je l’avais été. Shaolan ne semblait en aucun cas souffrir de la quantité de sang que je lui avait subsitué. Il lécha son poignet sauvagement mordu, alors qu’il commençait déjà à cicatriser. J’essuyais maladroitement ma bouche sur les draps blanc avant de m’assoir à mon tour en tailleur en face de lui, prêt à écouter ce qu’il avait à me dire. Et cela ne tarda pas. Comme si rien ne s’était passé, il reprit la parole, donnant une ambiance étrange :
- Tu connais Ezekiel tout comme moi et tu sais ce dont il est capable. Mais ne t’es-tu jamais demandé pourquoi il agissait ainsi et pourquoi il a tué Darius ?
Je fronçais les sourcils, surpris par sa question. Et je n’eus pas le temps de répondre car il en ajouta une de plus :
- Tu ne t’es pas demandé non plus comment il a réussi à échapper pendant toutes ses années aux Anciens ? Qui me soupçonnerait après tout. Il a tué mon créateur, je devrais lui en vouloir à mort. Pourtant, c’est moi qui l’ai acceuilli après son meurtre, et qui me suis occupé de lui dans tous les sens du terme… Dit-il avec un sourire qui en disait lourd sur leur genre d’occupation.

Il prit une pause durant laquelle je ne dis pas un seul mot, trop abasourdi par ces révélations.
- Tu dois me prendre un fou de te raconter tout cela, mais qui te croirait si tu le répétais…

Shaolan ne pu s’empêcher de rire, un son cristallin sortant de ses lèvres, doux et enivrant… Il reprit soudain son sérieux, passant d’un extrême à l’autre avec une rapidité déconcertante.

- Tu sais, j’ai été le premier vampire créé par Darius, mais il y en eu beaucoup d’autres… Mais Ezekiel est celui qui a plus pâti de sa folie et de sa cruauté. Avant sa transformation, il n’aurait jamais levé la main sur qui que ce soit. C’est peut être cette innocence qui a attiré Darius… Il aurait pu se contenter de le mordre, de boire son sang et d’en faire l’un des nôtres. Mais Darius n’était de ce genre là. Un soir, il est venu chez lui, alors que toute sa famille était présente. Dans sa démesure habituelle, il a tué chacun d’eux sans le moindre ménagement, et bien sur Ezekiel y a assisté, impuissant. Il s’est pourtant débattu pour protéger sa mère et sa jeune soeur, mais on ne lutte pas contre un vampire. Sans ménagement, sans douceur, sans user de son pouvoir mental, ne se souciant que de son propre plaisir, il l’a violé alors que sa famille agonisait encore à côté de lui. Après l’avoir brisé, arraché à son innocence et détruit son semblant d’intégrité et de raison, il a fait de lui ce que tu connais. Il ne lui a fallut que quelques années durant lesquelles nous nous sommes seulement rencontré occasionnellement pour qu’il tue Darius avec une violence qu’il n’ait jamais parvenu à faire taire et qui gronde toujours en lui. Même avoir arraché son coeur n’a pas suffit à le venger. J’ai du faire appel à beaucoup de patience pour qu’il m’écoute et parvienne à se maîtriser.

Le visage de Shaolan s’était assombri, alors que des larmes de sang coulaient silencieusement de mes yeux. En plus de me raconter oralement son histoire, Shaolan me transmettait des images, me montrant le visage d’Ezekiel déchiré par la souffrance et la folie.

- Ce que je ne comprends pas, ajouta Shaolan dans un murmure, c’est pourquoi il t’a créé. Tu es sa seule créature Ezekiel, et malgré tout ce qu’il t’a fait subir, tu es particulier à ses yeux. J’ai du mal à voir cela comme un égarement, je le connais mieux que personne.

S’approchant un peu plus près de moi, bien que cela soit inutile pour m’observer, il me détailla précautionneusement, à la recherche d’une réponse. Agacé, ne voulant tout de même pas oublier ce qu’il m’avait fait et surtout ce que j’avais du faire à Elisabeth, je m’écartais un peu de lui, tentant de m’arracher à son emprise avant de répliquer :

- Je me moque de tout cela, cela ne change rien aux faits, cela ne change rien à ce qu’il m’a fait. Jamais je ne pourrais lui pardonner !
- Imbécile ! Déclara-t-il en haussant le ton. Tu t’accroches à une femme qui ne t’aurait de toute manière jamais porté aucun intérêt. Elisabeth se jouait de toi, jamais elle ne t’aurait apporté tout ce que t’a offert Ezekhiel.

- Que voulez-vous ? M’écriais-je, hors de moi alors qu’il touchait un sujet sensible. Que voulez vous que je fasse ? Que je lui pardonne, pire encore que je le remercie ? Il mérite d’être tué pour ce qu’il m’a fait !
- Dans ce cas Alakhiel, pourquoi as-tu hésité pendant le conseil ? Fait ce qu’il te plait de toute façon, dit-il en se levant, fatigué de notre échange. Tu devrais finir ta misérable existence au plus vite, tu ne vis plus Alakhiel… Surtout, ne fais pas la même erreur qu’Ezekhiel… Garde ton innocence, et emporte là avec toi, tu n’as rien à faire parmi nous, tu es trop humain pour porter le nom de vampire. Adieu…

Shaolan s’enfuis par la porte sans un mot de plus, sans me laisser le temps de répondre. Les larmes de sang coulaient toujours, se mêlant aux taches légèrement plus anciennes. Pour la première fois depuis le jour où je l’avais quitté, je me sentais perdu, laissant s’insinuer en moi le doute.

***

Paris, 7 avril 1800

Je l’avais trouvée rapidement, presque instinctivement. Je n’avais jamais osé venir sur la tombe d’Elisabeth, ne me sentant auparavant pas capable de poser les yeux sur sa sépulture. En étais-je capable maintenant ? Cela m’aiderait certainement à prendre ma décision. Longtemps j’avais médité sur les paroles de Shaolan durant le trajet qui m’avait mené jusqu’ici. Pas une fois je ne m’étais abreuvé de sang depuis qu’il m’avait offert le sien. Mais la faim n’était rien par rapport à la décision que j’avais prise.

Je ne pouvais pas le tuer, plus maintenant. J’avais dévoué ma courte vie de vampire à cela, et je n’avais maintenant plus aucun but. Plus rien n’avait d’importance. Je revoyais le visage torturé et faible d’Ezekhiel que Shaolan m’avait transmis par la pensée, cela suffisait à m’en empêcher. Ma vie de vampire n’avait finalement été que l’attente instable de ma véritable mort. Plus rien pour me retenir ici… Ezekhiel pouvait sombrer dans sa folie, d’autres que moi le tueraient. Cela pourrait prendre un siècle ou même plusieurs, ce n’était plus mon histoire. Pourquoi s’en était-il pris à moi cette nuit là ? Cela resterait malheureusement une question sans réponse. Il en était de même au sujet de ma possible vie à ses côtés si je ne l’avais pas quitté. Me manquait-il ? Peut être un peu… J’aurais bien aimé le revoir une fois avant que les rayons du soleil ne viennent lécher ma peau. Assis en tailleur sur la tombe d’Elisabeth, je savais que ce n’était plus qu’une question de minutes pour que l’aube commence enfin.
C’était une nuit de pleine lune, personne n’était présent dans ce cimetière qui allait bientôt être mon tombeau, lieu tout à fait approprié finalement. Je ne pensais même plus à Elisabeth, même si son nom marqué en lettres dorées brillait sous la lune, mes yeux refusait maintenant de s‘y poser. La force me manquait pour rester debout. Je n’étais jamais resté aussi longtemps sans me nourrir, mais mon instinct était étouffé par ma résignation.
Le ciel commençait à s’éclaircir alors que ma vision se troublait. Cette dernière marche m’avait épuisé plus que je ne l’aurais imaginé.

Qu’aurais dit Ezekhiel en me voyant ainsi abandonner et baisser les bras ? Aurait-il préféré que je cherche à le tuer comme je m’y étais engagé, comme j’avais cherché à le faire depuis si longtemps ? Se souvenait-il seulement encore de moi ?
Lentement, je me laissais aller en arrière, ignorant le sol irrégulier et encore humide de cette nuit de printemps. Plus que quelques minutes… Mes yeux se fermèrent sans que j’en prenne réellement conscience. Je laissais un à un s’éteindre mes sens de vampires, pour n’être plus qu’un corps à l’abandon sur le buché. Une voix sembla alors me parvenir. Je connaissais cette voix, mais je ne savais plus à qui elle appartement. Elle murmurait mon prénom, avant de soupirer :

- Même après toute ces années tu ne sais toujours pas prendre soin de toi.

Je n’eus même pas la force d’entrouvrir les yeux, sombrant peu à peu. Je ne m’attendais pas à ce que cela se passe aussi facilement, aussi rapidement. Ma peau commençait à s’échauffer alors que je me sentais tirer du sol. Il n’en fallut pas plus, les ténèbres m’enveloppèrent. Plus rien, le néant, la fin que j’espérais libératrice. Allais-je enfin atteindre la paix ?

10
mai

Once in a life time - Chapitre 4

   Ecrit par : admin   in Once in a life time

Chapitre 4 écrit par Shinigami

C’est avec étonnement que je vis mon interlocuteur blêmir et s’étouffer à l’entente de ma supplication. Pourquoi réagissait-il ainsi ? Avais-je dis quelque chose de drôle ou qu’il ne fallait pas ? Sans chercher à cacher sa surprise, il s’exclama :

- Pardon ?!!

Face à cette question, je perdis toute mon assurance et avec hésitation, je reformulais ma demande, non sans craindre une seconde réaction de ce genre :

- Je… Est-ce que je peux venir avec vous ?

Ma question était-elle si invraisemblable que cela ? Sans savoir pourquoi, j’avais cette désagréable sensation d’être sur une balance qui vacillait de droite à gauche en attente de la réponse définitive. Son silence et son absence de réaction faisait naître le doute en moi et lentement, je voyais tout mon plan de fugue s’effondrer. Avec curiosité et scepticisme, il finit par demander, après un temps qui me parut interminable :

- Pourquoi ?

Ne m’attendant pas le moins du monde à cette question, je tentais de lui expliquer succinctement ma situation précaire, mais il ne sembla pas comprendre mes misérables tentatives d’explication. Après une longue inspiration afin de calmer les battements frénétiques de mon cœur, je déclarais d’une seule traite :

- Je ne peux pas rester ici, vous êtes ma seule solution.

Un sourire amusé étira ses lèvres il déclara avec amusement mais aussi sur un ton plus sérieux que je ne parvins pas à déterminer :

- Si tu as l’air si désespéré que cela alors… Je te préviens, ça ne sera pas la vie que tu mènes ici.

Je n’arrivais pas à croire qu’il ait cédé aussi facilement à ma requête, mais de ce fait, il me sauvait d’un enfer qui, jusqu’à maintenant, m’avait parut inévitable. Je lui en étais réellement reconnaissant et c’est du fond du cœur que je le remerciais :-

- Merci. Vraiment, merci beaucoup.

- Ne me remercie pas trop vite, déclara-t-il. Allez, amène toi, on s’en va avant qu’il ne fasse vraiment nuit.

Je ne compris pas le sens de sa première phrase, mais je ne m’en formalisais pas d’avantage et empoignant ma valise, prêt à partir, je déclarais :

- Oui, je vous suis.

Je devais avouer que malgré l’angoisse que je ressentais, je sentais l’excitation monter en moi. J’étais comme un enfant qui vivait sa première expérience en cachette de ses parents, qui apprenait la vie et qui pour la première fois, agissait de sa propre initiative sans que mes gestes soient surveillés ou dictés par quelconque règlement de bienséance. Alors que je m’apprêtais à lui emboiter le pas, il se retourna vivement vers moi, me faisant sursauter et déclara, mettant dès le départ, les choses au clair :

- Ne me vouvoie pas, ce n’est pas vraiment la peine. Appel-moi Hayden et toi ? Quel est ton nom ?

Pris au dépourvut par cette question, je bégayais une réponse plus ou moins audible :

- Je… Euh… Je m’appelle Gwendal.

- Très bien Gwen, fit-il en utilisant un diminutif, faisant preuve de familiarité avec moi, chose qui me choqua grandement. Allons-y, ajouta-t-il.

Je ne savais pas dans quoi j’étais en train de m’entrainer. Je n’avais jamais voyagé et de plus, je ne connaissais cet homme depuis quelques heures à peine. Cependant, au fond de moi, je sentais qu’il n’avait rien de méchant et que je pouvais lui faire confiance. C’était une seconde chance qui s’offrait à moi et je décidais de tenter l’expérience. De toute façon, cela ne pourrait pas être pire que chez moi…

Sans être vu, nous nous faufilâmes à l’extérieur de la propriété si chère au cœur de mes parents et qui m’avait vue grandir. Mon sac me pesait sur les bras mais je n’y prêtais guère d’attention. J’étais à la fois excité et je jubilais de satisfaction à imaginer la tête de mes géniteurs lorsqu’ils ne me verraient pas revenir. Mais pour le moment, je me faisais plus l’effet d’un voleur qui quittait discrètement le lieu de son méfait en emportant victorieusement son gain.

Croulant sous le poids de mon sac, je voyais la distance entre Hayden et moi augmenter à vue d’œil et semblant s’en apercevoir, il fit demi-tour et attrapa mon sac sans que je n’aie le temps de réagir. Je le remerciais et lui adressais un regard empli de reconnaissance et de gratitude.

- Ne t’inquiète pas, déclara-t-il alors, semblant déceler mon appréhension. Nous allons bientôt nous arrêter pour dormir.

- Vous… Tu, repris-je en me corrigeant, me souvenant de ces conditions, connais la région ?

- Un peu… Enfin pas énormément… Pourquoi ? Demanda-t-il.

Je le regardais un instant sans rien dire, sidéré par cette question des plus improbables avant de répondre sur le ton de l’évidence :

- Parce qu’il n’y a aucun hôtel dans cette direction.

Je le vis retenir avec difficulté un éclat de rire et lui adressais un regard sceptique, ne comprenant pas sa soudaine envie de rire bêtement. Etait-il plus niais qu’il ne paraissait à première vue ? Je n’avais pourtant rien dit qui puisse déclencher une telle hilarité.

- Un hôtel ?!!! S’esclaffa-t-il, comme sur le point de s’étouffer.

- Il faut bien que nous ayons un lit et un toit pour dormir, déclarais-je avec sérieux, ne supportant pas son petit air moqueur, comme s’il profitait de savoir quelque chose que j’ignorais pour me narguer.

- Oh ça oui tu les auras : un duvet pour lit et le ciel étoilé comme toit, répondit-il en retrouvant son sérieux.

Aussitôt, je sentis me sentis blêmir littéralement face à cette réponse des plus inattendues et je ne trouvais rien à répartir, encore sous le choc de cette nouvelle. Sans m’attendre, il reprit son chemin, empruntant un petit sentier qui s’enfonçait dans les bois. Puis, semblant réaliser quelque chose, il demanda :

- Dis-moi, qu’as-tu dans ton sac ? Tu as un duvet ?

Ne comprenant pas la raison d’une telle question et surtout ne m’y attendant pas, je répondis d’un simple hochement négatif de la tête qui aurait eut dont d’horripiler ma mère si elle m’aurait vu faire.

- De quoi manger ? Continua-t-il.

Je réitérais mon geste, de plus en plus surpris par ces questions inhabituelles.

- De l’argent ?

C’est alors que je réalisais que j’avais complètement oublié de prendre la chose la plus essentielle, de l’argent. Maudissant contre mon manque d’anticipation, je stoppais net en déclarant :

- Oh ! Je retourne tout de suite chercher tout cela !

Alors que j’esquissais un pas pour faire demi-tour, je le sentis me saisir fermement par le bras et déclarer calmement, de sa voix éternellement calme et posée :

- Je pense que c’est vraiment la dernière des choses à faire. Tu ne penses pas qu’ils sont en train de te chercher à l’heure actuelle, depuis le temps que tu es parti ? C’est trop tard maintenant, et ne t’inquiète pas, on peut très bien s’en sortir.

- Mais… Commençais-je complètement perdu, ne comprenant pas comment on pouvait survivre sans nourriture ou sans argent.

- Allez viens, ajouta-t-il d’une voix qui se voulait rassurante. Il faut qu’on trouve un coin pour dormir.

Nous reprîmes la route et je le suivi en pestant contre moi-même. Alors qu’il quittait le sentir, je lui demandais non sans appréhension :

- On va où là ? Vous êtes sûr que c’est une bonne idée ? Ajoutais-je de moins en moins rassuré.

Soudain, il se retourna vivement vers moi, me faisant sursauter et d’une voix presque agressive, il s’exclama :

- Ecoute, tu as voulu venir avec moi, sachant pertinemment que cela allait changer tes habitudes. Je sais ce que je fais, alors s’il te plait, fais moi confiance.

Sans me laisser le temps de répondre, il poursuivit sa route, me laissant derrière lui sans se soucier de moi le moins du monde. Le voyant s’éloigner et disparaître, happé par l’obscurité, je le rejoignais en trottinant. Nous ne tardâmes pas à arriver dans une petite clairière, protégée du vent. Au centre du petit espace vert, des pierres avaient été disposées de telle sorte à former un cercle dans lequel un feu avait apparemment déjà été allumé.

Hayden déposa  alors les sacs sur le sol et je m’arrêtais près de lui, regardant autour de moi avec méfiance et une once de crainte. Un oiseau s’envola dans mon dos et je sursautais de surprise, mon cœur s’emballant au moindre bruit bizarre ou inhabituel. En bientôt vingt-deux ans d’existence, je n’avais encore jamais été dans les bois en pleine nuit. Me coupant dans mon exploration du périmètre qui serait notre lieu de repos, Hayden déclara :

- Je vais chercher du bois, reste là.

- Tout seul ? Demandais-je d’une voix étouffée, soudain inquiet.

Se rendait-il compte de ce qu’il me demandait ? Et si un animal sauvage venait m’attaquer pendant qu’il était absent ?

- Tu vois quelqu’un d’autre ? Demanda-t-il d’une voix qui cachait mal son exaspération.

Non et c’est bien ce qui m’inquiète, pensais-je alors qu’il poursuivait :

- Je ne suis pas loin et j’en ai pas pour longtemps, tu peux garder les sacs.

Sans plus de cérémonie, il s’empara de deux cordes dont je ne compris pas l’usage et se détourna totalement de moi. N’appréciant pas du tout son attitude effrontée envers ma personne, je détournais mon attention de lui, bien décidé à ne plus me laisser toucher par ses sarcasmes et ses moqueries incessantes. Attendant le retour d’Hayden, j’allais m’asseoir près de mon sac et alors que je regardais autour de moi, tentant de me familiariser avec mon nouvel environnement, un hurlement lugubre s’éleva tout près de moi. Par réflexe, je levais les yeux et me tournais vers l’origine du bruit, mais l’obscurité étant trop prononcée, je ne pus distinguer l’auteur de ce bruit effrayant.

A mon plus grand malheur, celui-ci retenti une nouvelle fois et apeuré, je me recroquevillais contre mon sac. Soudain, une voix retentie dans mon dos, me faisant sursauter de terreur, alors que je reconnaissais Hayden :

- Dis-moi, tu crois croiser le grand méchant loup ?

Je lui adressais un regard meurtrier, lui faisant ainsi clairement comprendre que je n’appréciais pas du tout son humour et ses réflexions puériles.

Semblant comprendre que je n’appréciais pas du tout son humour, il cessa son petit jeu et déposa le bois avant de s’asseoir. C’est non sans inquiétude et avec interrogation que je le vis prendre sa tête entre ses mains, comme s’il souffrait. Ne savant pas comment réagir et me comporter vis-à-vis de lui et malgré le début de colère que j’avais pu ressentir à son égard, je lui demandais :

- Hayden ? Ca va ?

Je le vis prendre une profonde inspiration avant de se redresser et de m’adresser un petit sourire qui se voulait rassurant.

- Un petit coup de fatigue, répondit-il avec lassitude. Ca ira mieux demain…

Pour être honnête, je ne croyais pas un traître mot de ce qu’il prétendait. Il était pâle et semblait aller de plus en plus mal. Néanmoins inquiet pour lui, je m’approchais sans parvenir à masquer mon inquiétude. Intrigué, je posais main sur son front et à la chaleur anormale de celui-ci, j’en déduisais aisément qu’il était en train de tomber malade. Au contact de ma main, je le vis fermer les yeux comme s’il appréciait le contact et soupirer de lassitude et de bien être. Horrifié, je m’exclamais, complètement paniqué :

- Mais vous… Enfin tu es brûlant de fièvre. Il te faut un médecin.

- Ne dit pas n’importe quoi, râla-t-il. Et puis de toute façon, je le payerai avec quoi ? On m’a tout piqué ce matin…

- La blessure, c’était pour cela ? Demandais-je en pâlissant.

- Oui, répondit-il simplement, n’ayant visiblement aucune envie de s’appesantir sur le sujet.

Puis, voulant changer de sujet, il me demanda :

- Tu peux me passer mon sac, s’il te plait ?

Sans me faire prier, j’accédais à sa requête et lui tendis l’objet qu’il me demandait, avant de le fixer avec anxiété :

- Ca va, déclara-t-il avec agacement. Je ne suis pas mourant. Merci, ajouta-t-il en saisissant son sac.

Ouvrant ce dernier, il attrapa un petit sachet qui contenait ce qui semblait être des plantes séchées et réduites en poudre. Il en prit une petite poignée qu’il versa dans une tasse avant d’y ajouter de l’eau.

Je le regardais faire sceptique, et lorsqu’il porta sa tasse à ses lèvres, je ne pus retenir une grimace de dégoût. Une fois sa mixture de sorcière avalée, il rangea rapidement le tout avant t de se lever. Je le regardais faire, étonné et c’est seulement quand je le vis chercher dans le tas de bois que je compris qu’il s’apprêtait à allumer un feu.

Pendant bien quelques minutes, il s’activa à allumer les brindilles sèches qui finirent par s’enflammer, répandant autour de nous, une lumière diffuse, nos ombres se reflétant derrière nous.  A la lumière de la lampe de poche, il déploya une couverture qu’il posa sur le sol avant d’attraper son duvet et de l’ouvrir. Réitérant son geste, il étala son duvet au dessus de la couverture, après l’avoir ouvert, dans le but d’en faire un lit. Puis, prenant un gros pull, il le plia en quatre et le déposa à un des côtés du lit de fortune, en quelque chose qui semblait être un oreiller.

Assis devant le feu qui commençait à chauffer agréablement, je le regardais s’affairer, n’osant pas le déranger et me prendre encore quelques réflexions.  Pour le moment, j’avais plutôt l’impression de le déranger et d’être plus une source d’ennui qu’autre chose. S’asseyant en face de moi, il sorti la nourriture qu’il partagea équitablement avant de me tendre ma part. Nous mangeâmes en silence, chose qui même si j’en avais l’habitude, ne me rassurais guère car pleins de bruits bizarres naissaient dans la noirceur de la nuit, me faisant sursauter.  Si Hayden paraissait serein et apaisé, ce n’était certainement pas mon cas. Le moindre bruit suffisait à faire s’accélérer les battements frénétiques de mon cœur en un rythme endiablé. Malgré les coups d’œil que je lançais de droite à gauche au bruit le plus infime, je ne parvenais pas à en déceler l’origine de ce bruit et à en déterminer l’auteur.

Après le repas qui se termina dans le même silence monastique dans lequel il avait commencé, Hayden raviva le feu qui commençait à s’éteindre, en jetant des branches mortes dedans. Là dessus, il me proposa un thé que j’acceptais avec plaisir. Alors que l’eau chauffait sur les braises ardentes, je me retrouvais comme hypnotisé par les flammes rougeoyantes du feu qui crépitait dans le silence nocturne. Perdu dans mes pensées, je songeais à la soirée que je venais de vivre, à tous ce que j’avais volontairement perdu et laissé derrière moi ainsi qu’à tout ce qui m’attendait à présent. Demain, commencerait ma nouvelle vie… Je ne sais pas ce qui m’attendait et ce que me réservait l’avenir, mais une chose était certaine, c’est qu’à présent, je serais et resterais seul maître et arbitre de ma propre vie. Soudain, la voix d’Hayden retentie à mes oreilles, coupant court à mes réflexions :

- Tu as toujours vécu ici, Gwendal ? Tu as déjà voyagé, vu un peu le monde ?

- Non, répondis-je. Je suis né ici et je suis   toujours resté là.

- C’est un peu une grande première, déclara-t-il en souriant. Tu vas voir, c’est un peu dur au départ, mais on s’y fait très bien, même un peu trop.

- Depuis combien de temps tu vis comme ça ? Demandais-je, osant enfin poser la question qui piquait ma curiosité.

- J’erre sur les routes depuis presque dix ans.

Sous le choc de cet aveu, j’écarquillais les yeux de stupéfaction, ne croyant pas ce que je venais d’entendre.

- Dix ans !! M’exclamais-je. Mais vous, enfin tu as quel âge ? Si ce n’est pas trop indiscret… M’empressais-je d’ajouter.

- Vingt-cinq ans depuis peu. Et toi, un peu moins je pense ?

- Bientôt vingt et un, répondis-je en songeant qu’il me restait encore bien six mois avant mon prochain anniversaire.

Le silence retomba quelques secondes avant que je ne reprenne la parole :

- Et ta famille ? Ce n’est pas trop dur d’en être séparé ?

A cette question, je le vis se renfermer sur lui-même et je me doutais que je m’engageais sur un terrain glissant :

- Je… Commença-t-il avec hésitation.

Comprenant son malaise et le fait qu’il puisse ne pas avoir envie d’aborder le sujet,  je m’empressais de prendre la parole :

- Je suis désolé, je n’aurais pas du poser cette question…

Le silence retomba une nouvelle fois sur nous alors que je me replongeais dans la contemplation du feu. A vrai dire, je n’osais plus prendre la parole, de peur d’aborder de nouveau un sujet dérangeant ou mal venu. Hayden me fit passer ma tasse de thé fumante qui me réchauffa les mains avant de demander à son tour :

- Gwendal ?

- Oui ?

- Pourquoi as-tu voulu partir ?

Voilà la question que je redoutais un peu. Je pensais ma cause noble, mais qu’allait penser Hayden en apprenant ma motivation ? Allait-il rire et me renvoyer chez moi ? Avec hésitation, appréhendant sa réaction, je répondis :

- Je… J’ai appris ce matin que mes parents avaient pour projet de me marier à une fille que je n’avais jamais vu. Je… Je n’ai jamais vraiment trouvé ma place avec eux, mais me marier aurait été l’entrave de trop à ma liberté.

- Alors tu as bien fait de partir, me dit-il avec sérieux, me laissant perplexe quant à sa réaction. Peu ont le courage de e faire, ajouta-t-il.  Sache que tu peux rester avec moi tant que tu le souhaites. Demain nous irons chez un ami, en échange du gîte et du couvert, je travaille quelques jours chez lui. Là bas nous trouverons de quoi t’équiper un peu mieux. Enfin, si tu es d’accord.

A ces mots, je me sentis soulagé. Moi qui avais cru être un poids pour Hayden, voilà qu’il me donnait son accord pour rester avec lui.

- Oui, je veux bien, m’empressais-je de répondre avant qu’il ne change d’avis. Merci Hayden, ajoutais-je après un instant.

Nous finîmes notre thé avant de tout ranger et d’alimenter une dernière fois le feu. Une fois fait, nous allâmes dormir. Hayden me désigna la place près de lui et après une légère hésitation, je finis par céder et m’allonger. Je devais avouer que je n’étais guère enthousiaste à l’idée de dormir près d’Hayden, pas que cela me dérangeait outre mesure, mais pour tout dire, je n’avais jamais dormis en présence de quelqu’un. J’avais toujours eu mon propre lit et une chambre personnelle. Ce qui me tracassait le plus, c’était l’absence d’intimité que notre proximité engendrerait.

Lorsque je fus à peu près installé, Hayden vint se coller contre moi en nous recouvrant du duvet. Il soupira et me souhaita une bonne nuit avant de s’endormir quasi instantanément. Quant à moi, je me tournais sur le côté, tournant le dos à Hayden, je regardais le feu dont les flammes dansaient et s’élevaient dans la nuit. Je mis du temps à m’endormir, ne parvenant pas à trouver le sommeil. De plus, les bruits inquiétant de la nuit n’étaient pas des plus rassurant. A un moment, il me sembla distinguer l’ombre d’un animal et des yeux luire dans la pénombre, mais je ne parvins pas à l’identifier. Pas rassuré pour un sous, je me tournais vers Hayden et frigorifié, je me blotti contre lui pour un maximum de chaleur.

Lorsque j’ouvris les yeux, je papillonnais des paupières, aveuglé par l’afflux de lumière blanche. Après un temps pendant lequel je m’habituais à la clarté environnante, je regardais autour de moi, intrigué de ne voir personne. Après un court instant, alors que j’étais assis devant le feu pour chercher un maximum de chaleur, j’entendis des pas dans mon dos. Je sursautais de surprise et me retournais vivement pour rester bloquer de stupeur face au spectacle qui m’attendait. Hayden était là, face à moi, s’approchant dans une tenue indécente. A moitié nu, seule une serviette de bain nouée autour des hanches, il s’approchait du feu.  Aussitôt, je sentis le rouge me monter aux joues et atrocement gêné, je détournais le regard. Ne semblant pas s’apercevoir de mon malaise, il déclara :

- Alors ? Bien dormis ?

- Moui, répondis-je. J’ai connu mieux.

- Tu peux aller te laver si tu veux, déclara-t-il en me tournant le dos et en commençant à se dévêtir sans la moindre once de pudeur.

Voyant cela, je détournais les yeux et reportais mon attention sur le feu, tout en répondant :

- Je… Me laver où ? Demandais-je sceptique.

A présent torse nu,  il se tourna vers moi et répondit, comme si pour lui c’était tout à fait normal :

-A la rivière, tu vois une douche ici ? Je vais préparer le petit déjeuner en attendant.

A ces mots, il me tendit sa serviette et son savon et ajouta :

- Ne t’inquiète pas, ce soir on aura un vraie douche…

Je lui adressais un sourire un peu tendu et prit la direction de la rivière. Une fois seul, je me mis à pester contre moi-même, contre Hayden et son manque total de décence et son ignorance de la bienséance. Arrivé à la rivière, je regardais longuement autour de moi, m’assurant que j’étais bel et bien seul et une fois passablement rassuré, j’entrepris seulement de me dévêtir. Alors que j’entrais dans l’eau, je retins à grand peine un hurlement, sursautant de surprise avant de ressortir immédiatement de l’eau. Elle était glacée…

Avec difficultés, je rentrais dans l’eau jusqu’aux chevilles, ne parvenant pas à aller plus loin et plongeant à contrecœur les mains dans l’eau, j’entrepris de me laver succinctement le corps. Je crois que c’était la première fois de ma vie que je mis aussi peu de temps à me laver.

Lorsque je revins, lavé et habillé de propre, je restais figé de stupeur, n’osant croire ce que je voyais. Hayden était en train de vider mon sac, balançant derrière lui mes affaires qui formaient un tas sur le sol. Je restais un moment interdit, puis reprenant mes esprits, je m’exclamais en un cri horrifié face à cette violation de mon intimité :

- Mais… Hayden ??? Qu’est-ce que tu fais ?

A ma question, il se tourna vers moi et avec un petit sourire, cachant très mal son amusement, il répondit :

- Je trie ce qui est utile et ce qui ne l’est pas.

- Comment ça ? Demandais-je, n’étant pas certain de bien comprendre.

- Tu as vu tout ce que tu as prit ?? Je ne porte que ce dont tu as vraiment besoin, pour le reste, tu te débrouilles et tu le portes si tu le souhaites.

Je restais immobile, complètement figé, mais intérieurement, je bouillonnais de rage. De quel droit ce rustre se permettait-il de jeter ainsi mes affaires et de fouiner dans mon sac ? N’avait-il jamais appris la politesse et le respect ? Car pour être franc, ce n’était pas la politesse qui l’étouffait. Après avoir jeté négligemment les trois quart du contenu de mon sac à terre, il se tourna vers moi et déclara :

- Rassemble tes affaires et dépêches-toi. On mange et on y va si tu veux arriver ce soir avant la nuit.

Je retins à grand peine une réflexion cinglante, me contentant de le tuer du regard. Je n’appréciais pas du tout le petit air supérieur et hypocrite qu’il abordait à cet instant. A présent totalement énervé, je pestais mentalement contre Hayden, lui en voulant sérieusement, comme jamais je n’en avais voulu à quelqu’un.

La tête droite, ne souhaitant pas montrer à Hayden que son comportement et ses paroles me blessaient, je passais devant lui et attrapant rageusement mes affaires, j’entrepris de tout remettre dans mon sac.

S’il pensait que j’allais abandonner mes affaires aussi aisément, il se trompait lourdement. Un fois mon sac refait, j’allais manger ma part de petit déjeuner, snobant totalement Hayden. S’il pensait que j’allais lui pardonner, il se mettait le doigt dans l’œil…

Près d’un quart d’heure plus tard, nous étions de nouveau sur la route. Hayden marchait devant à une allure soutenue et tant bien que mal, je tentais de suivre le rythme qu’il imposait. Mais pour rien au monde je ne me serais rabaisser à lui demander son aide ou de ralentir. Se tournant finalement vers moi, il demanda :

- Alors, pas trop lourd ? Toujours envie d’en avoir autant ?

Je ne pris même pas la peine de le regarder et arrivé à sa hauteur, je le dépassais, préférant ignorer sa pique. Dans l’état d’énervement dans lequel je me trouvais, je préférais ne rien dire, gardant pour moi ce que je ressentais, mais le jour où j’arriverais à saturation, mieux valait pour lui qu’il ne se trouve pas en face.

Nous marchâmes ainsi en silence pendant près d’une bonne heure, jusqu’à ce qu’Hayden finisse par s’arrêter pour m’attendre. J’arrivais quelques minutes après, essoufflé et laissais tomber mon sac, comme l’avait fait Hayden avant de m’asseoir :

- C’est encore loin ? Demandais-je.

- Oh, soupira-t-il. A cette allure là, on risque d’arriver demain soir.

A ces mots, je me décomposais littéralement et visiblement amusé, il ajouta :

- Allez, donne-moi ton sac, on va t’alléger. Par contre, demain tu me feras le plaisir de trier tes affaires.

- Je… Merci, répondis-je simplement.

Rapidement, il déchargea une grosse partie de mes affaires dans son sac puis nous nous mîmes de nouveau en route. Je commençais à me sentir de moins en moins bien et la chaleur étouffante ne m’aidait pas à aller mieux.  Je jetais un coup d’œil  rapide à Hayden et tout comme moi, il semblait ne pas aller bien mieux. Je doutais que sa blessure le faisait souffrir en plus de la chaleur.

Ce ne fut que vers midi que nous nous arrêtâmes, complètement abattu par la chaleur. J’allais m’asseoir à une distance raisonnable d’Hayden et intrigué de le voir fermer les yeux, je demandais :

- Hayden… On ne mange pas ?

A vrai dire, je commençais à avoir vraiment très faim. Jamais je n’avais pensé avoir aussi faim un jour. C’était comme si je n’avais pas mangé depuis plusieurs jours. Sans pour autant me regarder, il répondit :

- Il doit me rester un peu de viande séchée dans mon sac, mais tout le reste, on me l’a prit. On mangera ce soir.

- Hn… Répondis-je simplement en m’allongeant, songeant que jamais je ne pourrais tenir jusqu’à ce soir sans rien dans le ventre.

Alors que je m’allongeais, je sentis quelque chose se poser sur moi. Intrigué, je regardais ce que c’était avant de pousser un hurlement de terreur. Hayden se redressa brusquement et m’interrogea du regard, ne comprenant pas ce qui se passait. Face à son interrogation muette, je m’exclamais, complètement paniqué :

- Là… Là… Là, sur mon épaule… Une… Une bête bizarre.

Cependant, au lieu de venir me secourir, il resta immobile, ne réagissant pas à ma terreur, si bien que je poursuivis :

- Hayden, enlève ce truc, s’il te plait…

J’étais tétanisée, n’osant plus bouger, alors qu’Hayden semblait être sur le point d’éclater de rire. Pour ma part, je ne trouvais pas cela drôle et si j’avais été en mesure de bouger, j’aurais bien envoyé cette hideuse bestiole sur Hayden, juste histoire de rire à mon tour. De plus en plus pâle, je gémis plus que je ne demandais :

- Hayden, s’il te plait…

C’est finalement à moitié mort de rire qu’il consentit à me venir en aide.

- Ne bouge pas, déclara-t-il. Ton sauveur est là, ajouta-t-il en se moquant ouvertement de moi.

Il prit l’horrible monstre entre ses mais et le jeta un peu plus loin tout en riant encore. Personnellement, cela ne me faisait pas rire du tout et l’attitude puérile d’Hayden commençait réellement à m’énerver.

- Dis-moi, demanda-t-il, tu es déjà sortit de ton château ? Elle n’allait pas te manger. Au fait, cette bête bizarre s’appelle une sauterelle et elle est totalement inoffensive.

Sur ces mots, le sourire aux lèvres, il se laissa aller en arrière avant de s’endormir. Quant à moi, je restais éveillé, tandis que mon ventre criait famine. Je laissais Hayden se reposer un moment, mais bien vite, je commençais à m’ennuyer. Je patientais encore un temps qui me parut interminable, puis, lassé, j’allais réveiller Hayden. Avec hésitation, je me penchais au dessus de lui et alors que j’esquissais un mouvement pour le secouer, il ouvrit les yeux. Honteux de me faire prendre en flagrant délit, le rouge me monta aux joues. Visiblement surpris, Hayden ne fit cependant aucun commentaire, se contentant de demander :

- On repart ?

- Je… Oui, répondis-je, toujours gêné.

Nous reprîmes la route et marchâmes un long moment, coupant parfois à travers les bois, profitant de l’agréable fraîcheur qu’ils nous offraient. Finalement, nous arrivâmes avant la nuit.

- C’est ici, dit-il en pointant une vieille ferme du bout du doigt. On y est presque.

- C’est pas trop tôt, soufflais-je épuisé.

- Ne t’inquiète pas, répondit Hayden. Demain tu pourras te reposer.

Nous parcourûmes les dernières dizaines de mètres qui nous séparaient de l’ancienne maison. Arrivés devant la porte, Hayden frappa quelques coups avant de reculer de deux pas, attendant que l’on vienne nous ouvrir.

Apparemment, il ne semblait y avoir personne. Hayden posa son sac et s’assis sur les marches du perron. Trouvant l’idée plutôt bonne, je l’imitais en soupirant de lassitude.

- Ca va ? Me demanda-t-il.

- Oui, répondis-je. Je ne sens plus mes pieds, mes jambes et mon dos mais, appart cela, ça va.

A vrai dire, j’étais éreinté  et je découvrais l’existence de muscles qui m’étaient jusqu’à présent, totalement inconnus tellement mon corps entier était endolori et courbaturé.

- Met-toi devant moi, déclara-t-il subitement sans plus de cérémonie.

Surpris par son ordre, je lui adressais un coup d’œil sceptique, mais ne décelant rien d’anormal chez lui, je m’exécutais. Cependant, je ne pus retenir un tressaillement de surprise lorsque ses mains se posèrent sur mes épaules et entamèrent un lent et doux massage. Si au départ je grimaçais sous la douleur qui me vrillait les épaules au moindre effleurement, je finis bien vite par me détendre et me laisser aller à fermer les yeux, perdant toute notion du temps. Tout ce que je savais c’était que jamais je ne m’étais sentit aussi détendu. Je ne réagi même pas lorsqu’Hayden déclara :

- Il ne vaut mieux pas que tu prennes goût, parce que je ne vais pas te faire cela tous les soirs !

Je ne répondis rien, me contentant de soupirer de bien être. Soudain, une voix inconnue s’éleva à quelques mètres de nous, me faisant ouvrir les yeux :

- Salut Hayden, alors on vient chez moi en couple maintenant ?

Aussitôt, je sautais sur mes pieds et m’exclamais, indigné :

- Pardon ? En couple ? Je ne suis pas homosexuel !

Pas dérangé le moins du monde par ma réponse, il s’esclaffa en riant :

- Si ce n’est pas ton cas, c’est le cas d’Hayden. Méfie-toi !

Puis, se tournant vers Hayden, il s’exclama :

- Putain Hayden, ça fait plaisir de te revoir !

Très vite, Hayden se retrouva dans les bras de son ami qui mesurait à peu près la même taille que lui. Je les regardais faire avec suspicion, Hayden et son ami ayant, je trouvais, des gestes bien intimes pour de simples amis. Je connaissais à présent les préférences sexuelles d’Hayden et se pourrait-il qu’ils aient été amants ?

- Alors maintenant tu ne voyages plus seul ? Je croyais que tu y étais bien trop attaché à ta solitude.

- Les gens changent, répondit Hayden. Tout comme toi tu t’es marié avec une femme. D’ailleurs, elle n’est pas là ?

- Non, elle est partie avec le petit chez sa mère pour quelques jours.

- Des tensions ? Demanda Hayden, une pointe d’inquiétude dans la voix.

- Disons que nous avions chacun besoin d’air…

Un silence suivit cette déclaration, confirmant ce que nous pensions tous, avant que l’ami d’Hayden ne reprenne :

- Tu arrives à pic en tout cas, il y a beaucoup de boulot et en plus, tu me ramènes deux bras supplémentaires.

A ces mots, Hayden éclata de rire, se foutant ouvertement de moi. Je lui adressais un regard meurtrier alors que l’ami d’Hayden qui, soit dit au passage, ne m’avait toujours pas été présenté, nous regardait avec incompréhension :

- On verra cela, déclara Hayden en reprenant son souffle.

- Allez venez, déclara l’ami d’Hayden. On va faire un bon chocolat avec le lait que j’ai trais toute à l’heure.

Nous le suivîmes dans la maison et je posais négligemment mon sac dans l’entrée tout en regardant autour de moi. La décoration était simple et chaleureuse et bien que je n’étais pas habitué à quelque chose d’aussi modeste, cela n’en était pas moins accueillant. L’homme nous conduit à la cuisine et nous invita à prendre place à table, avant de se mettre aux fourneaux.

- Au fait, déclara-t-il en se tournant vers moi. Comment tu t’appelles ?

- Je… Gwendal, répondis-je intimidé qu’il m’adresse ainsi la parole comme si nous nous connaissions depuis toujours.

- Enchanté, moi c’est Julien.

Au moins un qui avait le sens des convenances… Je jetais un furtif regard meurtrier à Hayden qui ne le releva pas et après un temps, Julien reprit :

- Alors, depuis quand tu voyages avec lui ? Tu as vraiment du courage pour supporter son sale caractère. La solitude n’a vraiment rien arrangé en plus, je suppose.

- Je t’emmerde Julien, répondit Hayden sans me laisser le temps d’ouvrir la bouche pour répondre. Hier j’ai eu une mésaventure avec des voleurs qui se sont mis à trois contre moi. L’un d’eux était armé d’un couteau et s’en est servi au dernier moment. Ils m’ont pris tout ce que j’avais gagné en faisant les vendanges. Gwendal m’a trouvé en piteux états près d’une rivière et m’a ramener chez lui pour me soigner. Il m’a demandé par la suite de l’emmener avec moi… Et nous voilà ici.
- Bon dieu, dit Julien en riant. Tu ne sais pas dans quoi tu t’es engagé petit…

Petit… Petit… Je n’étais tout de même pas si petit que ça et il devait avoir quoi ? L’âge d’Hayden à peine moins peu être… Puis changeant totalement d’attitude, retrouvant tout son sérieux, il demanda à Hayden :

- Et ça va toi ?

- Un peu de fièvre, répondit l’interrogé. Mais un bon lit et un bon repas cette nuit et tout ira mieux.

- Tu sais que tu peux rester tant que tu veux ici, reprit Julien en nous servant une tasse de chocolat chaud.

- Tenez, buvez-moi ça, je vais préparer un bon repas qui va vous remettre sur pieds, puis vous irez vous coucher. Vous semblez tous les deux tomber de fatigue.

Affamé, je portais la tasse à mes lèvres et me régalais de la boisson chaude qu’elle contenait. Jamais encore je n’avais eu l’occasion de goûter un chocolat aussi bon. Julien parti, Hayden et moi échangeâmes quelques mots puis Julien revint avec deux assiettes de soupe. Nous mangeâmes avec appétit et lorsque nous eûmes terminé, Julien nous montra la chambre qu’Hayden et moi allions devoir partager. Pendant qu’Hayden se lavais, je déballais mes affaires et rangeais le tout dans la penderie. Quand il revint, je me précipitais à mon tour sous la douche, sous laquelle je restais bien une demi-heure, savourant le plaisir d’une vraie douche après une journée de sueur collée à la peau. Une fois propre, j’enfilais mon pyjama et alla me coucher. Je fermais les yeux en poussant un soupir de bien être. Le matelas n’était pas des plus confortables, mais contrairement à la nuit dernière, c’était limite du grand luxe.

- Tu es bien installé ? Ca va ? Demanda alors Hayden. Tu as passé une bonne soirée ?

- Hn, soufflais-je à moitié endormis, trop épuisé pour répondre autre chose.

- Bonne nuit, Gwendal, souffla Hayden.

- ‘nuit, soufflais-je à mon tour.

Epuisé, je m’endormis sans demander mon reste. Moi qui en général mettais du temps à trouver le sommeil lorsque je n’étais pas chez moi, je m’endormis comme une masse.

A un moment, j’eu la sensation que quelqu’un m’enlaçait, mais trop éreinté, je n’y prêtais pas attention.  Lorsque je me réveillais le lendemain matin, je fus ébloui par les rayons de soleil qui passaient à travers les volets entrouverts. Je m’étirais avec grâce avant de me lever. Cherchant dans mes affaires, j’attrapais des vêtements propres et allais m’enfermer dans la salle de bain. La douche que je pris acheva de me réveiller et une fois prêt, je descendis au ré de chaussé.

Sur la table, un bol et du lait étaient disposés, prêt à l’emploi. Apparemment, Hayden et Julien avaient déjà déjeuné. Je me hâtais de manger et quand j’eu terminé, je sortais à leur recherche. Je ne mis pas longtemps à les trouver, ils étaient au milieu des vaches, chacun en train d’en traire une.

Alors que j’approchais, la voix d’Hayden me parvint. Apparemment, il semblerait qu’ils étaient en plein milieu d’une conversation plutôt intime :

- Dis -moi Julien, tu ne m’as jamais dit si ta femme savait pour nous deux, pour la relation que nous avons eu…

Il y eut un silence puis Julien répondit :

- Tu sais… A l’époque ou nous étions ensemble, je ne connaissais pas encore Marie. C’est quand tu es parti que je l’ai rencontrée, un peu comme si le destin ou dieu voulait me faire oublier la douleur de t’avoir perdu… Pour répondre à ta question, Marie et moi n’avons aucun secret l’un pour l’autre. Elle sait et elle l’a bien prit. Elle dit qu’elle a confiance en moi et que le passé est le passé. Elle sait que je l’aime et que même si au fond de moi je ne parviendrais jamais à t’effacer entièrement, jamais je ne la tromperais. J’aime ma femme…

- Cela t’honore, répondit Hayden avec un grand sourire. Donc ça veut dire que si jamais elle arrive, elle ne risque pas de me chasser à grands coups de rouleau à pâtisserie ? S’exclama-t-il en riant.

- Tu n’as pas à t’en faire… A moins que tu ne tentes quoi que ce soit… Renchérit Julien en riant à son tour.

- Alors là, tu ne risques absolument rien… Je n’aime pas partager…

Sur ces mots, ils rirent de bon cœur et alors que je pensais pouvoir me montrer à eux, Julien reprit :

- Et ce jeune là… Gwendal… Il n’est pas un peu trop jeune pour toi ? Tu les prends encore au berceau maintenant ?

- T’es con, Ju ! Souffla Hayden en perdant son sourire en lui envoyant un objet non identifié à la figure.

- Rho allez, insista Julien. Ne m’dit pas qu’il n’est pas à ton goût !!

Pour ma part, je commençais à me sentir mal à l’aise. Je n’aimais pas que l’on parle de moi, de plus, ce genre de propos me révulsait. Me voyaient-ils ainsi ? Comme une vulgaire chose dont on pouvait disposer comme bon leur semblait ?

- Il a un beau visage fin et délicat, des cheveux soyeux, poursuivit-il, parlant de moi comme si je n’étais rien de plus qu’une simple marchandise dont on vantait les mérites. Et je suis sûr qu’il est battis comme une statue de dieu grec.

- C’est vrai qu’il est mignon, répondit Hayden, même si je ne l’ais jamais vu nu. Mais le seul truc qui pèche, c’est son côté bourgeois… Un peu trop aristo pour moi, si tu vois ce que je veux dire…

Je n’entendis pas la suite de cette conversation. Je quittais les lieux en courant, écœuré par ce que je venais d’entendre et le comportement hypocrite d’Hayden. Oui, j’étais un petit bourgeois de sang noble, un fils à papa bien élevé, mais je préférais être ce que j’étais plutôt qu’un rustre comme Hayden. Un goujat mal poli et sans aucune éducation ni savoir vivre. Oui, j’avais été un de ses enfants que l’on ne laisse jamais rien faire, jamais rien toucher. Oui, j’avais toujours eut des personnes à disposition pour répondre au moindre de mes désirs, mais Hayden s’était-il déjà demandé comment est-ce que j’avais vécu tout cela ?

Rageusement, je retournais dans la maison où, pour me calmer, j’attrapais un livre et m’installais dans le fauteuil du salon, les genoux sur l’accoudoir. Je ne sus combien de temps je restais à lire avant d’être tiré de ma lecture par les éclats de rire d’Hayden et Julien.

Cependant, je ne prêtais aucune guère plus d’attention à eux et repris ma lecture. Mais apparemment, Hayden semblait en avoir décidé autrement car presque immédiatement après, il entrait  bruyamment dans le salon et à ma vue, il s’exclama :

- Hey, Gwendal ! Enfin réveillé ?

Je ne lui adressais pas le moindre regard et posais mon livre avant de me lever et de quitter la pièce. Je sentis son regard intrigué et posé sur moi tout le temps qu’il me fallut pour disparaître de sa vue. Semblant comprendre que je n’avais aucune envie de le voir, il n’insista pas et j’en profitais pour sortir de la maison où l’air devenait oppressant et irrespirable. Je pris une direction au hasard et c’est non sans contentement que j’arrivais aux écuries. Un hennissement sur ma gauche attira mon attention et tournant la tête, j’aperçus un imposant cheval de labour qui m’observait depuis son box. Je m’en approchais et néanmoins impressionné par sa taille imposante, je le caressais longuement jusqu’à ce que la voix de Julien me signifie que le repas était prêt. A contrecœur, je quittais l’animal et allais manger. Je restais silencieux tout le temps que dura le repas, me contentant d’écouter d’une oreille distraite, les conversations auxquelles je n’étais pas convié à participer. A vrai dire, j’avais plus qu’impression d’être totalement inutile. Alors que je pensais être devenu plus que transparent, j’entendis Hayden me demander :

- Dis Gwendal, tu peux me passer le plat de patates, s’il te plait ?

Je lui passais le plat sans un regard pour lui et continuais mon repas alors qu’Hayden s’exclamais :

- Mais qu’est-ce que tu as depuis ce matin ? T’as tes règles ou quoi ?

Je lui adressais un regard offusqué avant de me lever brusquement et de quitter la table. Je ne parvenais pas à pardonner à Hayden ce qu’il avait dit tout à l’heure. Plus je le voyais, et plus il me répugnait et m’inspirait du dégoût. J’avais conscience que cette attitude était des plus puériles, mais elle égalait celle d’Hayden. Assis sur le lit, je restais un moment immobile jusqu’à ce que quelques coups frappés à la porte, me tirent de mes réflexions :

- Gwendal ? C’est Julien… Hayden voudrait te parler… Sort, s’il te plait…

Pas disposé le moins du monde à lui répondre, je m’exclamais, prenant exprès un air hautain et méprisable :

- Et bien tu lui feras savoir qu’il ne me sied guère d’accéder à sa requête…

Alors que Julien commençait une phrase pour tenter de me raisonner, j’entendis Hayden l’interrompre et prendre la parole à sa place :

- Et si tu m’expliquais ce que tu me reproches au lieu de t’enfermer dans la chambre. T’as vraiment une réaction de gamin, c’est pas croyable…

- Tu sais ce qu’il te dit le gamin ?

Je n’entendis plus rien hormis les pas résonner dans les escaliers, me laissant seul. Je me laissais tomber sur le lit et les larmes s’échappèrent de mes yeux clos. Tout compte fait, je me demandais si je n’avais pas fait une erreur en demandant à Hayden de m’emmener avec lui… Pourquoi était-il si odieux avec moi ? Epuisé, je finis par m’endormir. Lorsque je me réveillais,  l’après-midi était déjà bien entamé et le soleil commençait à décliner.

Calmé, je quittais la chambre et avisant l’heure plus tardive que ce que je n’avais pu estimer et ne sachant pas à quelle heure rentreraient Julien et Hayden, je commençais à chercher de quoi préparer un repas. Découvrant une salade sur la table, je la lavais et ouvrais le frigo à la recherche de quelque chose à manger. Je sortis la charcuterie et le fromage avant de mettre la table. Une fois fait, je lavais les légumes qui traînaient dans un panier près de l’évier et les fit cuire.

Pendant ce temps, j’allais au salon reprendre la lecture que j’avais interrompue toute à l’heure. Je ne sais combien de temps s’écoula ainsi, mais je fus tiré de ma lecture par une horrible odeur de brûlé. M’imaginant le pire, je sautais sur mes pieds et partais à la recherche de l’origine de cette odeur. Je n’avais pourtant rien fait brûler… C’est alors que je me souviens des légumes que j’avais fait cuire. Horrifié, je me précipitais à la cuisine et en entrant, je fus entouré par une épaisse fumée qui s’échappait de la gazinière. Tant bien que mal, je coupais l’arrivée de gaz et ouvris les fenêtres. Accablé, je jetais un regard sur le premier repas que je faisais de ma vie et qui était encore loin d’être concluant.

Alors que je m’asseyais sur la chaise, découragé, la porte d’entrée s’ouvrit sur Julien et Hayden. Aussitôt, la voix de Julien me parut aux oreilles :

- Wow ! Qu’est-ce qui se passe ici ?

Ils entrèrent en trombe dans la cuisine et Hayden s’exclama :

- Gwendal ? Mais qu’est-ce que tu fous ? T’essaye de mettre le feu à la maison ou quoi ?

Remonté, je me levais et me tournant vers lui je m’exclamais, énervé :

- J’ai tenté de préparer le repas figure-toi !

- Tu appelles ça un repas ? S’esclaffa Julien en riant, faisant sourire Hayden.

- Pour la première fois de ma vie que je m’approche d’une cuisine je pense m’être pas trop mal débrouillé figure-toi ! Lui crachais-je au visage. Mais puis qu’apparemment personne ne semble apprécier et prendre en compte ce que j’essaye de faire pour vous, vous n’avez cas vous démerder tout seul, je démissionne !

Sur ses mots, les yeux brûlés par la fumée et les larmes que je tentais de refouler, je quittais précipitamment la cuisine, laissant les deux amis seuls à seuls. Inconsciemment, mes pas me guidèrent à l’extérieur. Alors que je m’engageais sur un petit chantier, j’entendis Hayden m’appeler :

- Gwendal, attend !

Je n’écoutais pas et continuais mon chemin et c’est à bout de souffle qu’il finit par me rattraper. Il posa sa main sur mon épaule, mais je me dégageais vivement :

- Lâche-moi ! Ordonnais-je. Retourne voir ton ami avec lequel tu t’entends si bien et laisse-moi tranquille.

Cependant, il feignit de ne pas m’entendre et demanda :

- Ecoutes, je m’excuse pour ce que je t’ais dit toute à l’heure. C’est gentil de ta part d’avoir prit l’initiative de préparer le repas. Tu sais, j’ai du mal à comprendre comment quelqu’un peu ne pas savoir faire des choses aussi simple que faire à manger…

- Serais-tu en train d’insinuer que je suis manchot ? Demandais-je avec toujours cette colère en moi. Je n’ai pas besoin de ta compassion, je veux juste que tu me foutes la paix !

Sur ce, je repris mon chemin, mais à mon plus grand désespoir, Hayden ne semblait pas vouloir lâcher prise :

- Mais tu vas t’arrêter ?

Enervé, je me retournais et criais :

- Quel mot dans “fiche-moi la paix” n’as-tu pas compris ?

- Je m’excuse ok ! S’exclama à son tour Hayden. Qu’est-ce que tu veux de plus ? Qu’est-ce que tu as depuis ce matin ? Tu es carrément invivable ! La moindre petite remarque on dirait que c’est la fin du monde !

- Tu veux vraiment savoir ce qu’il y a ? Criais-je, sans plus parvenir à retenir mes larmes. Il y a que j’en ai marre de tes réflexions et de tes moqueries permanentes. Oui on n’a pas eut la même éducation, oui ton enfance à certainement été plus compliquée que la mienne mais ce n’est pas une raison pour me rabaisser et te moquer de moi à la première occasion ! As-tu seulement remarqué que le peu de fois ou tu m’as adressé la parole en deux jours c’était pour te moquer de moi ou me reprocher telle ou telle chose ? As-tu seulement songé à ce que je pouvais ressentir à être constamment rabaissé de la sorte ? Je fais de mon mieux pour satisfaire à tes exigences, mais jamais tu ne me montre la moindre reconnaissance, comme si tout t’étais dû ! Tu n’es qu’un égoïste ! M’exclamais-je.

Hayden resta silencieux, semblant réfléchir à ce qu’il se prenait en pleine figure et face à son manque de réaction, j’en profitais pour ajouter :

- Depuis deux que nous sommes arrivés, tu parles avec ton ami en m’ignorant totalement, comme si je n’existais pas ! Je ne te demande pas de m’inclure dans vos conversations, mais un minimum d’intérêt pour ma personne ce serait trop demandé ? Depuis que je t’ai demandé si je pouvais venir avec toi, c’est comme si tu avais toi-même sceller le boulet à tes chaînes ! Mais au risque de t’apprendre un scoop, c’est toi qui as accepté que je vienne avec toi ! Alors prend en les responsabilités ! Si vraiment c’était une charge pour toi de m’avoir avec toi, tu n’avais cas tout simplement me dire “non”. Je ne suis pas stupide non plus, j’aurais compris et me serais débrouillé autrement, mais voilà, tu as dit “oui” !! Alors assume !

- Tu crois pas que t’exagères un peu ? Demanda Hayden dont le calme contrastait avec ma colère.

Je ne répondis rien mais lui adressais un regard qui en disait amplement sur ce que je pensais de sa réflexion.

- Pourquoi attaches-tu tant d’importance au regard des autres ? Me demanda Hayden, me prenant par surprise.

Ne m’attendant pas du tout à cette question, je répondis :

- Je…Parce que… Cela ne te regarde pas…

Hayden soupira longuement avant de reprendre :

- Ecoutes, si vraiment tu veux apprendre à faire des choses par toi-même, je suis prêt à t’aider, même si j’ai parfois des problèmes de patience.

A travers mes larmes, je lui adressais un regard sceptique empli de méfiance, ne croyant pas un traitre mot de ce qu’il venait de dire. Cependant, ne décelant aucune trace de moquerie dans son regard, j’étais bien forcé d’admettre qu’il ne semblait pas vouloir se moquer de moi une énième fois.

- Alors ? Demanda-t-il en me tendant la main. Marché conclu ?

Après un moment d’hésitation, j’attrapais la main qu’il me tendait et satisfait, il m’adressa un sourire de réconciliation.

Je répondis timidement à son sourire, séchant du revers de la main les dernières larmes qui perlaient encore au coin de mes yeux. Pour, sur cet accord, nous prîmes le chemin du retour. A mon grand soulagement, Julien ne fit aucune réflexion lorsque nous entrâmes dans la pièce et je vis avec bonheur qu’il avait préparé un repas plus mangeable que celui que j’avais tenté de faire plus tôt.

Nous passâmes à table et le repas se déroula dans un silence monastique. Lorsque nous eûmes terminé de mangé, nous nous posâmes un moment devant la télévision, mais n’y trouvant rien d’intéressant, j’attrapais mon livre et montais dans la chambre que je partageais avec Hayden, les laissant seuls. Dans la chambre, je posais le livre sur le lit avant d’attraper mon pyjama et de prendre la direction de la salle de bain.

Je restais un long moment sous l’eau, la chaleur excessive de celle-ci aidant à me décrisper les muscles des épaules. Lorsque je fus propre, je m’installais confortablement dans le lit, et me callant le dos avant l’oreiller d’Hayden, je repris mon livre là où je l’avais arrêté. Je lus ainsi un long moment, et ce ne fus que lorsque je me rendis compte que je relisais la même ligne depuis plusieurs fois déjà que je consentis à poser mon livre. Etouffant un bâillement, j’éteignis la lumière et rendis l’oreiller à Hayden avant de m’enfouir sous les couvertures, les nuits à la campagne étant plutôt fraiches. Je ne mis pas longtemps à m’endormir tant et si bien que je ne m’aperçus pas quand Hayden vint se coucher.

Je me réveillais le lendemain matin avec la désagréable impression d’être observé. A contrecœur, je finis par ouvrir les yeux et éblouis par l’afflux de lumière, je distinguais faiblement le visage d’Hayden qui m’observait. Je poussais un soupir de lassitude et passais ma main sur mon visage dans le but d’achever de me réveiller. Le regard fixe d’Hayden posé sur moi me troublait malgré moi et je ne pus m’empêcher de rougir, un petit sourire de gêne étirant mes lèvres.

- Bonjour, chuchota Hayden en souriant également.

- Bonjour, répondis-je en un murmure.

- Bien dormis ? Demanda-t-il non sans se départir de son sourire.

- Oui, mais pas encore assez, soufflais-je en refermant les yeux et en étouffant un bâillement.

- Allez ! Debout ! S’exclama Hayden en joignant le geste à la parole. Tu peux aller prendre ta douche, je l’ai déjà prise, mais ne traîne pas, aujourd’hui, on va avoir besoin de toi…

Sur ces mots, il quitta la pièce et c’est seulement à ce moment là que je me rendis compte qu’en effet, il était déjà habillé. Paresseusement, je me levais après avoir attrapé des affaires propres, j’allais prendre ma douche.

Vingt minutes plus tard, mon propre record battu, j’étais fin prêt et assis devant mon petit déjeuner, pendant qu’Hayden et Julien préparaient le programme de la journée.

Je ne fis aucun commentaire, mais au son de la voix d’Hayden, je m’aperçus bien vite qu’il ne semblait pas dans son état normal. Il avait l’air fatigué, plus qu’hier…  Cependant, il ne sembla pas y prêter attention ou l’ignora complètement et lorsque j’eus terminé mon petit déjeuner, nous partîmes tous les trois en direction de l’écurie. Là, Julien me montra comment harnacher le cheval de trait que j’avais vu hier, m’expliquant ou placer le collier afin qu’il ne blesse pas l’animal et comment attacher le tout. Au fur et à mesure qu’il m’expliquait, j’enregistrais mentalement ses indications, de façon à m’en souvenir et à être capable de le faire moi-même si l’occasion se présentait. Pendant ce temps, Hayden s’affairait à nourrir  et abreuver les chevaux qui occupaient les autres box.

Alors que j’achevais de boucler la sangle comme Julien m’avait demandé de le faire, il me demanda :

- Tu sais monter à cheval ?

Surpris par cette question des plus déplacées, je répondis :

- Je euh… Oui, bien sûr… Pourquoi cette question ?

- Très bien, répondit-il sans prendre la peine de me répondre. Tu monteras Linoa pendant qu’Hayden et moi nous occuperons de la herse. Cela sera beaucoup plus simple pour nous si nous n’avons pas à guider la jument en plus de tenir la herse.

- Euh… D’ac… D’accord, répondis-je simplement, déboussolé par cette réponse.

Sur ce, néanmoins ravi de monter à cheval même si je n’étais jusqu’à présent jamais monté sur un cheval de labour, je sautais lestement sur le dos de l’animal qui serait ma monture pour les prochaines heures à venir. Puis reportant mon attention sur Hayden qui venait d’entrer dans le box, je le surpris en train de me regarder avec surprise, les mains croisées, comme s’il s’attendait à devoir me faire la courte échelle pour m’aider à monter. Satisfait de moi-même et remerciant mon habileté féline que j’avais acquise tout au long de ma jeunesse, je lui adressais un regard victorieux accompagné d’un petit sourire malicieux.

Hayden répondit à mon sourire et notre petit groupe se mit en marche. Surplombant Hayden et Julien, je passais devant, ouvrant la marche, guidé cependant par Julien qui m’indiquait la direction à prendre. Très vite, nous arrivâmes au champ à travailler et Hayden et Julien s’affairèrent à attacher la herse derrière l’animal. Puis, sur l’ordre de Julien, je mis la jument en marche.

Nous travaillâmes ainsi sous la chaleur étouffante du soleil d’avril pendant près de trois heures, jusqu’à ce que Julien finisse par sonner la fin de la demi-journée.

- Allez, déclara-t-il. On arrête là pour aujourd’hui, il commence à faire vraiment trop chaud. On reprendra demain. Allez, ajouta-t-il à mon attention après un court silence, fait lui se dégourdir les jambes, elle a bien travaillé.

Comprenant le sous entendu, j’adressais à Julien un sourire de remerciement et avant qu’il n’ait le temps de répondre, je lançais la jument au galop à travers le champ. Dans mon dos, je sentais le regard de Julien et Hayden posés sur moi, mais je n’y prêtais pas attention.

Après un petit tour, je fis repasser la jument au pas et lentement, je pris la direction du retour, rattrapant au passage Julien et Hayden qui avaient déjà prit le chemin du retour. Arrivé à leur hauteur, je remarquais immédiatement que quelque chose n’allait pas. Hayden commençait à vaciller dangereusement et avant que je n’aie le temps de l’appeler par son prénom, il s’effondra sur le sol.

Effrayé, je sautais de cheval et me précipitais vers Hayden en criant son prénom. Avec délicatesse, je le prenais par les épaules et le retournais de façon à voir son visage, posant sa tête sur mes genoux pendant que Julien s’emparait de la gourde pour le faire boire.

- Ca va ? Demandais-je sans parvenir à masquer mon inquiétude.

- Je… Mal au ventre, gémit Hayden.

- Au ventre ? Répétais-je surpris avant de comprendre. Tu veux dire à ta blessure ?

Hayden se contenta d’hocher la tête en guise d’affirmation et je lançais un regard désespéré à Julien, ne sachant pas du tout quoi faire, n’ayant encore jamais été confronté à ce genre de situation. Prenant la situation en main, il releva Hayden et l’aida à marcher, tout en me demandant d’aller ramener la jument au plus vite et d’aller chercher les clés de sa voiture. Après m’avoir expliqué où elles se trouvaient, je repartis au galop en direction des écuries et allais chercher les clés dans l’entrée. Une fois fait, je retournais à l’écurie pour enlever l’harnachement de la jument, en attendant de voir Julien arriver.

Moins de dix minutes plus tard, ils étaient enfin de retour et je me précipitais à leur rencontre. Sans attendre, Julien m’arracha pratiquement les clés que je lui tendais et après avoir ouvert la voiture, il aida Hayden à prendre place à l’arrière pendant que je montais devant. A présent, Hayden était brûlant et délirait sous l’effet de la fièvre, marmonnant des paroles incompréhensibles et sans aucun sens.

Sur la route qui menait à l’hôpital, des paroles d’Hayden attirèrent mon attention :

- Pardon maman… Je suis désolé… Je recommencerais pas… Pardonne-moi…

Je fus vraiment surpris par ses paroles, mais je n’en laissais rien paraître. Hayden devait vraiment avoir beaucoup de fièvre s’il commençait à parler ainsi de son passé, lui qui n’aimait pas y faire allusion en temps normal.

Cependant, je n’eu pas le temps d’approfondir mes réflexions car nous arrivâmes sur le parking de l’hôpital. Après avoir aidé Hayden à sortir de la voiture, nous prîmes la direction de l’entrée des urgences où nous fûmes rapidement pris en charge. Alors que le médecin venait chercher Hayden, Julien se tourna vers moi et déclara :

- Va avec lui, je reste le temps de m’occuper des papiers d’administration et je vous rejoins.

Je me contentais d’hocher la tête, un peu dépassé par les évènements. Déboussolé, je me rendis dans la chambre où ils avaient emmené Hayden et alors que je m’apprêtais à entrer, je fus  violemment éconduit par une infirmière des plus hautaines :

- Vous ne pouvez pas rester là, Monsieur. Je vous prie d’aller attendre dans la salle d’attente comme tout le monde.

- Je… Ecoutez, répondis-je avec lassitude. Mon… mon ami vient d’être admis en urgence, je voudrais juste savoir comment il va…

- S’il vient d’être admis alors on s’occupe de lui. Je ne peux rien vous dire d’autre pour le moment. Allez attendre dans la salle prévue à cet effet, le médecin viendra vous chercher.

Agacé d’être traité ainsi, j’allais faire demi-tour lorsque j’entendis Julien m’appeler :

- Gwendal !!

Je me retournais et fis face à Julien qui me demanda :

- Comment va Hayden ?

- Je ne sais pas répondis-je en lançant un regard meurtrier à l’infirmière. Cette personne ne veut rien me dire à son sujet…

- Vous êtes… Commença l’infirmière en pâlissant subitement. Vous êtes Gwendal de Montaudry ?

- Euh… Oui, répondis-je hésitant, ne comprenant pas son soudain changement de comportement.

- Vous pouvez venir avec moi, reprit l’infirmière avec un air étrange que je ne parviens cependant pas à déterminer.

Suivis de Julien qui, lui aussi me regardait bizarrement, j’entrais dans la chambre d’Hayden, dont le médecin à son chevet achevait de perfuser. Avec hésitation je m’approchais lentement d’Hayden et lui prit la main pour lui faire part de ma présence. Cependant, endormis, il ne releva pas ma présence et me tournant vers le médecin, je demandais :

- Comment va-t-il ?

- Vous êtes de la famille ? Demanda le médecin.

- Je… Hésitais-je. Oui, repris-je sous le regard insistant de Julien.

- Bien, il fait de la fièvre due à l’infection d’une plaie mal soignée. Rassurez-vous, il est hors de danger, cependant, j’aimerais le garder cette nuit en observation. Vous pourrez revenir le voir demain et on avisera à ce moment là.

- Merci docteur, répondit Julien visiblement aussi soulagé que moi.

Après un dernier regard à Hayden, Julien et moi allâmes nous restaurer à la cafétéria de l’hôpital et lorsque nous retournâmes voir Hayden vers le milieu de l’après-midi, c’est avec soulagement que nous constatâmes qu’il était enfin réveillé.

- Comment vas-tu ? Demanda Julien en s’approchant de son chevet alors que je restais en arrière. Tu nous à foutu une sacrée trouille tu sais !

- Désolé, s’excusa Hayden en riant faiblement, encore épuisé par son excès de fièvre. Ca va déjà mieux. Merci pour ton aide, murmura-t-il.

Nous restâmes près d’une heure en compagnie d’Hayden, jusqu’à ce que le médecin vienne nous dire qu’il était tant que nous partions, qu’Hayden avait besoin de repos pour retrouver la forme. Après lui avoir dit que nous revenions le voir demain dans la journée, Julien et moi prîmes le chemin du retour. Celui-ci se déroula dans un silence mortuaire.

Lorsque nous arrivâmes, Julien prépara un repas rapide pendant que je dressais la table et alors que nous mangions, cédant à la curiosité, je commençais, non sans hésitation :

- Tu… Enfin… Tout à l’heure Hayden parlait de sa mère… Il disait qu’il s’excusait…

- Hayden n’aime pas parler de son passer, mais la fièvre l’a fait délirer et il ne savait plus ce qu’il disait…

- Pourquoi n’aime-t-il pas parler de son passé ? Demandais-je ma curiosité à présent piquée à vif.

- Ce que je vais te dire dois rester entre nous. Surtout, tu n’en parles jamais à Hayden…

J’hochais la tête en guise d’acquiescement et satisfait, Julien reprit :

- Je sais juste qu’Hayden n’a pas eut une enfance des plus heureuses. Il n’a jamais connu son père et sa mère fréquentait des personnes pas très recommandables… Il à du apprendre à se débrouiller par lui-même très jeune…

- Mais pourquoi s’excusait-il auprès d’elle ? Demandais-je, dans l’incompréhension la plus totale.

- Je ne sais pas, répondit Julien. Tout ce que je sais c’est que sa mère est décédée l’année de ses seize ans… Mais évite de lui en parler si tu ne veux pas t’en faire un ennemi. Hayden déteste vraiment aborder ce sujet… Même lorsque nous étions ensemble, il ne m’a jamais rien dévoilé sur lui. Ce que je sais, je l’ai appris par le biais de conversations et de détails dont il me faisait part sans réellement s’appesantir d’avantage sur la question…

Aussitôt, je me remémorais les paroles d’Hayden. Seize ans, c’était l’année où il avait commencé à vivre sur la route… Cela avait-il finalement un rapport avec la disparition de sa mère ? Taisant mes interrogations, je terminais mon repas en silence non sans songer à tout ce mystère qui planait autour d’Hayden. Lorsque la soirée fut un peu plus annoncée, je pris congé de Julien et allais me coucher. Je ne saurais dire pourquoi, mais le manque de la présence d’Hayden me troublait plus que je ne l’aurais cru. A tout instant, je m’attendais à le voir entrer dans la chambre et venir prendre place à mes côtés, réchauffant les draps et me tenant chaud par sa simple présence à côté de moi. Finalement, sur cette pensée, je finis par m’endormir.

10
mai

Once in a life time - Chapitre 3

   Ecrit par : admin   in Once in a life time

Chapitre 3 écrit par Lybertys

J’eus la désagréable surprise de me faire réveiller par de l’eau glacée sur mon visage. Sans trop savoir ce qu’il se passait, ayant l’esprit complètement embrouillé, je me redressais vivement, voulant être capable de faire face à toute attaque. Une douleur vive me ramena très vite à la réalité : le coup de couteau, la rivière et cet imbécile. Alors que je portais ma main sur ma hanche blessée, je tournais la tête vers celui qui venait de m’arroser avec l’eau de la rivière, et au vu de son petit sourire honteux qui m’agaça je le foudroyais du regard en lâchant :
-              Putain mais t’es dingue !

- Je suis désolé, répondit-t-il d’une petite voix, comme un enfant prit en faute. Mais je ne peux pas vous aider si vous êtes inconscient…

Sans me laisser le temps de lui répondre, il alla chercher son cheval et le ramena vers moi. Je ne savais pas vraiment ce qu’il cherchait à faire, mes j’avais l’esprit beaucoup trop embrumé pour y réfléchir. Ma tête tournait vivement, me laissant le cœur au bord des lèvres. D’un regard il m’invita à monter. Si j’étais au départ suspicieux de ce qu’il me proposait de faire, je n’avais pas la force de l’être bien longtemps. Je cédais, me levant finalement avec difficulté et m’approchant du cheval. C’était fou comme cette petite blessure pouvait être en train de prendre le dessus sur moi. Rares étaient les fois où j’avais pu me sentir aussi faible. Heureusement pour moi, j’avais déjà appris à monter à cheval et ce serait plus simple pour moi, surtout sans cet état. Cela allait être douloureux, mais certainement moins pénible que la marche qui m’attendait. Entre la douleur courte et longue, je choisis la plus vive et la moins longue. Empoignant le pommeau de la selle d’une main et le troussequin de l’autre, je me hissais à cheval, le visage déformé par la douleur. Il fallait sérieusement que je m’occupe de cette plaie et que je me repose. Ma tête tournait violemment, et je devais faire appel à toute mon attention pour ne pas perdre l’équilibre. Une fois en scelle, je laissais cet homme décider de tout. Il prit les rênes et pris une direction connue seulement de lui. Alors que je sentis la monture se mettre en marche, je me sentais de nouveau partir. Je voyais le paysage défiler sous mes yeux, jusqu’à ce qu’il s’assombrisse de nouveau et que je sombre de nouveau dans le noir…
Une fois de plus je fus très désagréablement réveillé : une gifle assez brutale qui me ramena sur terre. J’avas mal et j’étais de très mauvaise humeur. J’exprimais très clairement mon mécontentement :
-               Mais t’as fini de me frapper oui ? T’es complètement dingue ou quoi ?
Outré, il s’exclama :
-               Vous étiez inconscient figurez-vous ! De plus, je vous signale que sans moi vous seriez mort à l’heure qu’il est ! A présent, silence ! Je vais chercher de quoi vous soigner, attendez moi là et tâchez de rester éveillé !

Sur ces mots, il se leva et sans un regard pour moi, il attrapa la bride de sa monture et quitta l’écurie, me laissant seul. Je passais la main sur mon visage, tentant de me remettre les idées en place. Après une profonde inspiration, je tentais de voir l’endroit ou je me trouvais. J’étais assis sur un lit de paille, certainement dans ce qui devait être une ancienne écurie tout de même bien entretenue. Je jetais un rapide coup d’œil à l’origine de ma douleur, soulevant lentement ma chemine compressée dessus. Le sang continuais de couler, il fallait que je mette fin à cela au plus vite ou je finirais par sérieusement y rester. Heureusement, le jeune homme qui m’avait amené ici ne tarda pas à revenir avec une serviette remplies de diverses choses. Aux manières qu’il avait depuis le début, je devinais qu’il avait eut une tout autre éduction que moi et devait certainement avoir pas mal d’argent. Il sembla soulager de me voir et me tendit avec un peu trop de précipitation ce qu’il avait ramené à mon intention. Il lâcha avant que je n’ai eu le temps de saisir la serviette et tout s’éparpilla sur le sol dans un bruit étouffé. Apparemment gêné par ce simple geste qui n’était qu’un peu de maladresse, il s’agenouilla aussitôt et entreprit de tout rassembler en bredouillant :
- Je suis désolé… Je pensais que vous l’aviez…
Je ne répondis rien, étant de toute façon trop épuisé pour faire ou dire quoi que ce soit. J’économisais uniquement mes forces afin de pouvoir me soigner. Une fois qu’il eut tout ramassé, il s’adossa contre une balle de foin et me regarder commencer à panser ma plaie. Je ne cherchais pas particulièrement à engager la conversation. S’il avait envie de parler, je lui laisser sans aucun souci l’initiative. Et je ne m’y trompais pas car quelques seconde plus tard, je l’entendis me demander avec hésitation :
-               Co… Comment est-ce que vous vous êtes fait cela ?
Agacé par sa question, et n’ayant aucune envie d’aborder ce sujet, je choisis de répondre par une autre question, ignorant la sienne :
-               Où j’suis d’abord ?

-               Euh… Vous… Je vous ais ramené chez moi, répondit-il, apparemment déconcerté.

-               Tu crèches ici ? Demandais-je en regardant suspicieusement autour de moi.

-               Oui… Enfin, à côté, répondit-il, de plus en plus mal à l’aise. Une fois que vous irez mieux, je vous ferais reconduire chez vous.

Si je ne répondis rien sur le moment, je n’en étais pas moins amusé à l’avance. J’imaginais déjà la tête qu’il ferait lorsqu’il en apprendrait un peu plus sur mon mode de vie. Occupé à me soigner, je pris un temps avant de relever les yeux vers lui et lui dire tout simplement :

-               C’est gentil mais inutile. Je n’ai pas de maison.

-               Hein ? S’exclama-t-il en confirmant mon hypothèse. Comment est-ce possible ? Bien sur que si vous avez une maison, vous ne vous en rappelez pas, c’est tout.

-               Insinuerais-tu que je perds la boule ? M’exclamais-je vivement en me lançant un regard meurtrier. Et maintenant silence !
J’avais en réalité vraiment besoin de silence. J’étais épuisé et chaque geste me demandait bien trop. Je n’avais pas vraiment de temps à perdre avec lui. Il m’avait aidé et cela s’arrêtait là. J’avais maintenant quelque chose de bien plus pénible à faire : me recoudre. L’aiguille étant désinfectée, je l’approchais de ma plaie et lentement en prenant sur moi, je commençais à me recoudre. Je sentis le regard du jeune homme posait sur moi, mais n’y prêtais pas attention, ayant besoin de concentration. Et c’est arrivé au milieu que je l’entendis tomber lourdement sur le sol. Je relevais les yeux vers lui et vit qu’il s’était évanouis. Je compris assez rapidement que cela était du au fait qu’il n’ait pas supporté de me voir me faire mes points de sutures. Décidément, il n’était vraiment pas fait pour la vie à l’extérieur de son petit château. Lentement, j’entrepris de finir moins points, profitant du calme qu’il m’accordait. Une fois terminé, je désinfectais une dernière fois et appliquais une compresse que je scotchais tant bien que mal.

Lentement, je m’approchais de lui, lorsqu’une idée me vint en tête, une idée de légère vengeance. Ma main atterrie sur sa joue, aussi brusquement qu’il l’avait fait avec moi, le réveillant instantanément. Il ouvrit les yeux, les plongeant dans les miens, ne semblant pas vraiment savoir où il en était. C’est à ce moment là que je vis un détail que je n’avais pas pu voir de loin. Ses deux yeux étaient de couleur différente. L’un était vert et l’autre bleu. Un rayon de soleil passait juste sur son visage, les illuminant. Si cela aurait pu paraître étrange, je pouvais affirmer que c’était de toute beauté. Ses cheveux blonds semblaient être très fin et particulièrement doux, attestant des soins qu’il devait leur prodiguer. Jamais je n’aurais eu cette patience. Ce jeune homme avait beau être très différent de moi, je ne pouvais nier sa beauté, presque fragile. Soudain, il sembla revenir totalement à lui, car il poussa un hurlement de terreur avant de se reculer maladroitement comme pour mettre plus de distance entre lui et moi. Sans trop comprendre la raison de cette réaction, je me contentais de rester immobile, le regardant étrangement. Avait-il un problème psychologique ? Je devais vraiment être tombé sur un cas. Plus vite je partirais d’ici, mieux ce serait… Inquiet tout de même je lui demandais :
-               Hey ! Ca va ?
-               Vous… Vous m’avez frappé ? S’exclama-t-il indigné.
Alors ce n’était que cela… Cachant tant bien que mal mon amusement, je lui répondis :
-               Je n’ai fais que te rendre la pareille ! A présent nous sommes quittes !

Il ne répondit rien, reportant son attention sur ma blessure. Il fallait à présent que je me lève et que je parte. J’avais largement assez abusé de son hospitalité et ce n’était pas mon genre. Seulement, alors que j’allais me lever,  je chutais lourdement ; ayant perdu trop de sang, mes forces s’étaient amenuisées plus que je ne le pensais.

-               Vous devriez vous reposer un peu !

Sur ces mots, il se leva et ajouta avant de s’éloigner :
-              Restez la, je vais chercher de quoi vous nourrir.

Je vis sa fine silhouette disparaître sous mes yeux. Je lui étais finalement reconnaissant de m’aider ainsi. Après tout il ne me connaissait pas et pourtant il m’avait amené jusque chez lui et m’avait donné de quoi  me soigner et aller m’apporter de quoi manger. J’avais rencontré beaucoup de personnes au cours de ma vie, et rares étaient celles qui donnait plus qu’un simple bonjour. Je pouvais le dire maintenant, il semblait vraiment différent. Un poil naïf et quelque chose d’attachant… Cependant, je ne pense pas que j’aurais été capable de rester plus d’une journée avec lui. Nous étions vraiment trop différents.

Il revint très peu de temps plus tard, avec un paquet rempli de nourriture semblant bien plus savoureuse que celle que j’avais l’habitude de manger. Sans un mot, après l’avoir remercié du regard, je commençais à manger, me rendant compte que j’avais véritablement faim. Manger me permettrait de reprendre des forces et avec un petit peu de repos, je serais apte à partir ce soir. Il me détailla un moment, puis il finit par s’asseoir face à moi et entama la conversation une fois de plus :

-               Alors c’est vrai ? Vous… Vous n’avez pas de maison ?

-               Non, répondis-je. Je suis chez moi partout.

-               Vous voulez dire que vous vivez de… Dehors ? S’exclama-t-il, ne cachant pas sa surprise, semblant sous le choc de ma révélation.

-               Oui ! Pourquoi me regardes-tu ainsi ? Dis-je agacé.

-               Je ne vous regarde pas ! S’indigna-t-il. Vous voyagez comme ca depuis longtemps ? Ajouta-t-il après quelques secondes de silence.

-               Depuis mon adolescence, mais pourquoi tu me poses toutes ces questions ? Lui demandais-je surpris.
En réalité je n’aimais pas bien parler de cette période là de ma vie. Vivre le présent et avancer vers le futur, en tournant le dos à ce qui avait été mon passé qui finalement me poursuivait sans cesse.

J’avais encore moins envie d’en parler. En réalité, il était rare que je parle à quiconque de mon passé. Pour tous ceux que j’avais croisés sur ma route, j’étais l’homme qui errait depuis toujours, l’homme sans maison qui vivait sur la terre et qui avait une philosophie de vie peu particulière.

Alors qu’il allait répondre, une voix s’éleva de l’extérieur :

-               Monsieur, vous êtes là ? Les invités sont arrivés, votre père vous fait mander ! Monsieur ?!

Je vis alors le visage de ce jeune homme blêmir et je du avouer que cela m’intrigua un peu. Ma curiosité augmenta d’autant plus lorsqu’il se leva d’un bond. Une chose était sûre, il avait beau avoir tout le luxe qu’il voulait, je n’enviais certainement sa vie par rapport à la mienne. Il déclara soudain à voix basse alors que l’autre homme se rapprochais de nous :
-               Cachez vous ! Personne ne doit vous voir ! Je repasserais un peu plus tard ! Profitez-en pour vous reposer :
Et sans un mot de plus, il s’éclipsa de l’écurie, me laissant seul une fois de plus. J’entendis des bribes de conversations mais n’y prêtais pas particulièrement attention. Il avait raison, je devais me reposer. Une petite heure de sommeil me ferait du bien. J’allais au fond de l’écurie en rassemblant mes affaires, emballant soigneusement toute la nourriture qui restait. Je m’étendis un peu sur la paille, trouvant assez rapidement le sommeil malgré la douleur.

Je me réveillais lorsque la nuit était en train de tomber. Il était plus que temps que je parte. Je pris toutes mes affaires, les mettant dans mon sac de toile. Je ne reverrais certainement pas celui qui m’avait aidé, mais c’était peut être mieux ainsi. Alors que j’étais à la porte de l’écurie, je vis le jeune homme courir vers moi, portant avec difficulté un énorme sac. Tout essoufflé, semblant satisfait de me trouver, il me supplia alors de sa petite voix, la plus improbable des demandes à laquelle je m’attendais :
-               Emmenez moi avec vous…
Je crus m’étouffer, croyant avoir mal compris sa demander. Jamais on ne m’avait demandé une chose pareille. D’habitude, on me suppliait de rester pas de partir avec moi. Sans parvenir à cacher ma surprise, je m’exclamais simplement :
-               Pardon ?!!!

-               Je… Est-ce que je peux venir avec vous, dit-il plus hésitant cette fois-ci.
J’avais donc bien compris, cependant avant de lui donner une réponse, je me décidais de satisfaire ma curiosité et lui demandais :

-               Pourquoi ?
Je semblais à mon tour le prendre de court, car il commença à bégayer des choses incompréhensibles avant de déclarer d’une seule traite :

-              Je ne peux pas rester ici, vous êtes ma seule solution.
Amusé par le côté dramatique qu’il donnait à la chose, mais tout de même inquiet je me décidais alors à lui répondre :
-               Si tu as l’air si désespéré que cela alors… Je te préviens, ça ne sera pas la vie que tu mènes ici.
-               Merci, s’empressa-t-il de répondre. Vraiment, merci beaucoup.
-               Ne me remercie pas trop vite. Allez amène toi, on s’en va avant qu’il ne fasse vraiment nuit.
-               Oui, je vous suis.
Aussitôt, je me tournais vers lui. Si nous allions voyager ensemble pendant un temps indéterminé, autant mettre tout de suite les choses au clair :
-               Ne me vouvoie pas, ce n’est vraiment pas la peine. Appelle-moi Hayden, et toi ? Quel est ton nom ?
-               Je… Euh. Je m’appelle Gwendal.
-               Très bien Gwen, dis-je, employant déjà un diminutif, allons-y.
Je ne savais vraiment pas dans quoi j’étais en train de m’embarquer. J’avais toujours voyagé seul. Cependant, j’étais prêt à mettre un peu de piment dans mon voyage et ce que j’avais vécu aujourd’hui ne faisait que confirmer que c’était une bonne chose. Nous nous faufilâmes à l’extérieur de sa propriété, Gwendal croulant déjà sous le poids de son gros sac. Bien que blessé, nous étions tout de même pressés. Je fis demi-tour, parcourant les quelques mètres qui nous séparez déjà et attrapais son sac sans qu’il n’ait eu le temps de réagir.
Il me déclara simplement merci, me lançant un regard empli de reconnaissance.

-               Ne t’inquiète pas, nous allons bientôt nous arrêter pour dormir.
-               Vous… Tu connais la région ? se reprit-il.
-               Un peu… Enfin pas énormément… Pourquoi ?
-               Parce qu’il n’y a aucun hôtel dans cette direction.
Je me retins difficilement d’éclater de rire, avant de m’esclaffer :
-               Un hôtel ?!!!

-               Il faut bien que nous ayons un lit et un toit pour dormir… déclara-t-il, très sérieusement.
-               Oh ça oui tu les auras : un duvet pour lit e le ciel étoilé comme toit.
Son visage se décomposa littéralement mais je ne lui laissais pas le temps de se plaindre. Je repris la route tournant sur un petit sentier qui s’enfonçait dans les bois. En chemin, je lui demandais tout de même :
-               Dis-moi, qu’as-tu pris dans ton sac ? Tu as un duvet ?
Il me fit non de la tête.
-               De quoi manger ? Continuais-je alors, éberlué.
Même geste de la tête.
-               De l’argent ?
-               Oh ! Je retourne tout de suite chercher tout cela !

Alors qu’il était sérieusement en train de faire demi tout, je le saisi fermement par le bras et lui dit calemement , la voix posée ;

-               Je pense que c’est vraiment la dernière des choses à faire. Tu ne penses pas qu’ils sont en train de te chercher à l’heure actuelle, depuis le temps que tu es parti ? C’est trop tard maintenant, et ne t’inquiète pas, on peut très bien s’en sortir.
-               Mais…
-               Allez vins, il faut qu’on trouve un coin pour dormir.
Je me remis en route, ne lui laissant pas le temps de répliquer quoi que ce soit. Il finit par me suivre en continuant à se plaindre pour je ne sais quoi. J’entendis bientôt la rivière et quittais le chemin.

-               On va où là ? me dit Gwendal d’une voix de moins en moins rassurée. Vous êtes sur que c’est une bonne idée ?

Agacé par son petit air naïf et peureux, je me tournais vers lui voulant mettre les choses au clair. Je n’étais pas vraiment patient et il commençait à m’irriter :
-               Ecoute, tu as voulu venir avec moi, sachant pertinemment que cela allait changer tes habitudes. Je sais ce que je fais alors s’il te plait, fais moi confiance.
Sans lui laisser une énième fois le temps de répondre, je poursuivis ma route. La douleur n’améliorait en rien la patience dont je pouvais faire preuve.
Nous ne tardâmes pas à arriver au lieu où je pensais. Il y avait moins d’arbre, offrant un petit cercle de verdure à l’abri du vent ? Un feu avait déjà était fait et au vu du duvet que nous allions avoir à partager, il était judicieux d’en faire un. De plus la petite rivière n’était pas loin ? Je déposais les sacs sur le sol, et Gwen s’arrêta à côté de moi, regardant partout autour de lui.

Je commençais sérieusement à me poser de plus en plus de questions à son sujet. D’où sortait-il et quelle vie menait-il jusqu’à maintenant  pour être aussi ignorant du monde extérieur. Se contentait-il de le parcourir sur son cheval à chaque promenade du dimanche ?…

Il était déjà tard et ne voulant pas perdre de temps, je me tournais vers lui et déclarais :
-               Je vais chercher du bois, reste là.
-               Tout seul ? me demanda-t-il, sans cacher son inquiétude.
-               Tu vois quelqu’un d’autre ? lui demandais-je à la limite de l’exaspération. Je ne suis pas loin et je n’en ai pas pour longtemps, tu peux garder les sacs.
J’attrapais deux cordes avant de partir et me mis en route pour chercher de quoi alimenter le feu. Nous avions de la chance, cette forêt avait beaucoup de bois mort. Je nouais les branches que je ramassais, prenant de quoi tenir une bonne partie de la nuit. Lorsque je revins vers Gwendal, je le trouvais assis, recroquevillé à côté de son sac, comme apeuré. Amusé de le voir ainsi avoir des réactions aussi enfantines,  je déclarai en le faisant sursauter :

-               Dis-moi ? Tu crois croiser le grand méchant loup ?
Il me lança alors un regard meurtrier, me faisant clairement comprendre qu’il ne trouvait pas cela très drôle. Cessant mon petit jeu, je déposais le bois et en profitait pour m’asseoir un peu. Ma tête tournait et j’étais loin d’avoir retrouver mes forces. Alors que je prenais ma tête entre mes mains, j’entendis la petite voix inquiète et attendrissante de Gwendal, empli de cette légère maladresse qui lui donnait ce côté attachant :
-               Hayden ? Ca va ?
Après avoir pris une profonde inspiration pour tenter de me ressaisir, je me redressais et lui offrant un petit sourire, je lui répondis :

-               Un petit coup de fatigue, ça ira mieux demain…
A vrai dire, je me sentais de moins en moins bien. J’ais mal au cœur et ma tête tournait de plus en plus violemment. Cela ne passa pas inaperçu aux yeux de Gwendal qui s’approcha de moi sans cacher son inquiétude. Il posa soudain sa main sur mon front, comme pour confirmer l’hypothèse qu’il était en train d’émettre. Sa main était étonnamment fraîche,  et d’une douceur que j’avais peu eu l’habitude de connaitre. On sentait vraiment qu’il ne devait pas s’en servir pour travailler, de vraies mains de bourgeois… Cependant, je ne pouvais nier que ce contact était des plus agréables. Après un temps qui me parut à la fois terriblement long et bien trop court, il s’exclama :
-               Mais vous… enfin tu es brûlant de fièvre. Il te faut un médecin.

-               Ne dis pas n’importe quoi, et puis de toute façon je le payerai avec quoi ? On m’a tout piqué ce matin…
-               La blessure c’est pour cela ? dit-il en devenant extrêmement pâle.

-               Oui… répondis-je simplement, n’ayant aucune envie de m’appesantir sur le sujet.
Puis, voulant en changer totalement, j’ajoutais :
-               Tu peux me passer mon sac s’il te plait ?
Sans se faire prier, Gwendal attrapa mon sac et me le tendis, puis me fixa avec anxiété.

-               Ca va, je ne suis pas mourant non plus ! dis-je agacé. Merci.
Etre dans cet état me rendait finalement de mauvais poil et irritable. Sans ajouter un seul mot, je pris mon sac, et me servis du sac de plante qui par plusieurs reprises m’avais miraculeusement soigné. J’en attrapais une petite poignée que je mélangeais à un autre. Puis saisissant ma tasse et une gourde, j’y mélangeais la poudre et l’eau, formant une mixture assez liquide et je devais l’avouer peu appétissante. Sous l’œil assez dégouté de Gwendal, je la bu d’une seule traite. Heureusement, c’était une nuit de pleine lune et la luminosité était assez forte pour me permettre de voir. Je rangeais rapidement mes plantes réduites en poudre puis passant le gobelet à côté je me redressais prenant sur moi : j’avais un feu à allumer.
Assez rapidement, j’allumais le feu qui par chance prit assez vite. J’attrapais un lampe de poche et commençais à installer le lit. Après avoir mis une grande couverture sur le sol, j’ouvris le duvet afin d’en faire une seconde couverture qui nous couvrirais. Puis, prenant un gros pull, je formais un gros oreiller pour Gwendal, afin de le ménager un minimum. Il ne faisait pas très froid la nuit dans cette région, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Je retournais vers mon sac, et en sorti la nourriture qu’il me restait de tout à l’heure. Je la partageais équitablement, gardant un bon morceau de pain pour demain matin.
Je tendis sa part à Gwendal qui ne la refusa ps. Nous mangeâmes en silence tout les deux, savourant les bruits de la nuit. Si je les trouvais agréables et reposants, cela ne semblait pas être le cas pour Gwendal.  Il n’avait de cesse de jeter des coups d’œil de droite à gauche, surveillant les alentours au moindre bruit. Amusé de cette réaction, je ne fis cependant pas le moindre commentaire. Nous finîmes de manger en silence, puis après avoir rangé, je revivais un peu le feu qui commençait à s’éteindre l’alimentant. Je proposais un thé à Gwendal qui l’accepta volontiers. Je mis de l’eau à chauffer dans une casserole sur les braises, puis me perdit de nouveau bien vite dans ma contemplation du feu. Gwendal aussi semblait être un peu plus rassurait et ne détachait pas ses yeux du feu comme hypnotisé, perdu dans ses pensés. Les plantes que j’avais bu commençaient à faire leur effet, et je me sentais un peu mieux, assez pour engager la conversation.
-               Tu as toujours vécu ici Gwendal ? Tu as déjà voyagé, vu un peu le monde ?
-               Non, je suis né ici et je suis toujours resté là.
-               C’est un peu une grande première alors. Tu vas voir, c’est un peu dur au départ, mais on s’y fait très bien, même un peu trop.
-               Depuis combien de temps tu vis comme ça ?

-               J’erre sur les routes depuis presque dix ans.
Je pu voir à la lumière du eu ses yeux s’écarquiller.

-               Dix ans !! Mais vous, enfin tu as quel âge ? Si ce n’est pas indiscret… me demanda-t-il alors.
-               Vingt-cinq depuis peu. Et toi, un peu moins je pense ?
-               Bientôt vingt et un.
Le silence retomba quelque seconde avant qu’il me pose une question à laquelle je n’avais aucune envie de répondre et encore moin de m’étendre sur le sujet :
-               Et ta famille ? Ce n’est pas trop dure d’en être séparer.
Comment lui dire que je n’avais plus de famille. Que ma mère avait été morte d’un overdose par ma propre faute et que mon père m’avait toujours été inconnu. Fils d’une prostitué droguée, rien de bien glorieux et j’avais toujours eu honte de l’assumer, et encore plus honte d’avoir honte de ma propre mère défunte.
Jamais je n’en avais parler à personne et je gardais en moi tout cela, n’ayant aucune envie de m’exprimer ce que j’en ressentais réellement.
-               Je…, commençais-je à dire avant que ma voix ne meurt dans un silence.
Heureusement Gwendal comprit et dit rapidement gêné :
-               Je suis désolée, je n’aurais pas du poser cette question…
Le silence retomba de nouveau, nous deux regards plongés dans la contemplation du feu. J’attrapais un chiffon pour sortir l’eau des brasses suffisamment chaude  pour le thé et en servie une tasse à Gwendal.
Puis commençant à le boire, je décidais à mon tour de lui poser une question qui me titillait depuis un moment :
-               Gwendal ?

-               Oui ?
-               Pourquoi tu as voulu partir ?
-               Je… J’ai appris ce matin que mes parents avaient pour projet de me marier avec une fille que je n’avais jamais vu. Je… Je n’ai jamais vraiment trouvé ma place avec eux, mais me marier aurait été l’entrave de trop à ma liberté.
-               Alors tu as bien fait de partir, dis-je. Peu on le courage de le faire. Sache que tu peux rester avec moi tant que tu le souhaites. Demain nous irons chez un ami, en échange du gîtes et du couvert, je travaille quelques jours chez lui. Là-bas on trouvera de quoi t’équiper un peu mieux. Enfin si tu es d’accord.
-               Oui je veux bien s’empressa-t-il de répondre.
Puis il ajouta après un temps :
-               Merci Hayden…
J’aimais la cause pour laquelle il se battait. Pour moi rien n’était plus important que la liberté. Je prenais maintenant la décision de l’aider, sachant pertinemment qu’il ne s’en sortirait jamais tout seul. Nous finîmes notre thé avant de ronger et d’alimenter une dernière fois le feu.

Une fois que tout cela fut fait, je lui proposais d’aller dormir, chose qu’il accepta avec plaisir. Je lui montrait sa place et après une hésitation qu’il accepta avec plaisir. Je lui montrait sa place et après une hésitation qu’il me cacha il commença à s’allonger le premier. Apparemment, l’idée de dormir tout contre moi, ne l’enchantait guère ; et pourtant, il devait faire avec.
Une fois qu’il fut à peu près installé, je vins me coller tout contre lui, nous recouvrant tout deux du duvet. Après un soupire, puis prenant soin de ne pas me faire plus mal à la hanche que je ne l’avais déjà, je lui souhaitais bonne nuit et partit rejoindre le pays des songes.

Je n’ouvris les yeux qu’à l’aube. Le soleil venait à peine de se lever et alors que j’allais me tourner, je sentis quelque chose tout contre moi. Je tournais la tête soulevant un peu le duvet, et vis Gwendal roulé en boule la tête enfouis contre moi. Il n’avait pas du être bien vaillant cette nuit là… amusé, je me levais choisissant de le laisser dormir. Je rallumais un petit feu suffisant pour ce matin puis  attrapais mon savon et une serviette afin d’aller me laver à la rivière. Cela m’aiderait peut être à vraiment me réveiller. Je me mis en route et une fois arrivé là bas, je me dévêtis rapidement et en profitait pour me laver entièrement. Au vu de la température peu élevée, je ne passais cependant pas bien longtemps dans l’eau. Une fois fini, j’enroulais simplement la serviette autour de ma taille après m’être séché, et retournais au campement.
Je ne pensais qu’au moment ou j’arrivais, à la pudeur maladive de Gwendal. J’aurais pu m’habiller près de la rivière, mais c’était maintenant trop tard. Gwendal était réveillé et je le retrouvais assis près du feu, tentant de se réchauffer  un peu. Arrivant dans son dos, il sursauta et vira au rouge lorsqu’il vit ma tenue, détournant aussitôt le regard.
Ne rentrant pas dans le petit jeu, je choisis de feindre l’ignorance.
-               Alors, bien dormis ?
J’eus ma réponse en m’approchant de lui, et en voyant les cernes qui soulignaient ses yeux.
-               Moui, répondit-il, j’ai connu mieux.
-               Tu peux aller te laver si tu veux, dis-je en lui tournant le dos et faisant descendre ma serviette afin de me vêtir sans la moindre pudeur.
-               Je… dit-il en bégayant. Me laver où ? poursuivit-il.
Maintenant simplement vêtu d’un boxer et d’un jean, je me tournais vers lui, et lui répondis :
-               A la rivière, tu vois une douche ici ? Je vais préparer le petit déjeuner en attendais.
Je lui tendis ma serviette et mon savon, puis souhaitant le rassurer, j’ajoutais :
-               Ne t’inquiète pas, ce soir on aura une vrai douche…
Après un sourire un peu crispé, il prit la direction de la rivière, me laissant seul. Avant de faire quoi que ce soit, je devais m’occuper de ma blessure. Délicatement, je soulevais la compresse imbibée de sang, la décollant avec douceur. La plaie était belle et mes points avaient tenus. Avec soin, je désinfectais et remettais des plantes aux vertus cicatrisantes. Je refis rapidement mon pansement, puis enfilait un t-shirt au vu de l’air matinal assez frais. Gwendal était parti se laver, laissant malheureusement son sac ouvert qui n’échappa pas à mon regard. Je m’approchais lentement pour me rendre vraiment compte de ce que je voyais. Le sac m’avait semblait lourd hier et je l’avais mis sur le compte d’une trop grande fatigue… Je m’abaissais pour voir ce qu’il contenait. Il semblait avoir prit toute sa maison.  Rageusement, j’attrapais alors mon propre sac et le mettais à côté du sien. Je voulais bien porter ses affaires, mais uniquement celles qui étaient utiles. Une à une je prenais ses affaires, faisant un gros tas de ce qui était totalement inutile et mettant quelques affaires utiles dans mon sac. Jamais je n’avais vu autant de vêtements et d’objets, ou alors seulement dans les grand magasins. Affairé à mon œuvre, je ne vis pas arrivé Gwendal, mais je l’entendis :
-               Mais… Hayden ??? Qu’est ce que tu fais ?
Amusé, je me tournais vers lui et avec un sourire contenu je déclarais :
-               Je trie ce qui est utile et ce qui ne l’est pas.
-               Comment ça ? me dit-il éberlué.
-               Tu as vu tout ce que tu as pris ?? Je ne porte que ce dont tu as vraiment besoin, pour le reste tu te débrouilles et tu le portes si tu le souhaite.
Je finis assez rapidement mon tri, puis fermant mon sac, je me tournais vers Gwendal qui n’avait pas bougé d’un pouce avant d’ajouter :
-               Rassemble tes affaires et dépêche toi. On mange et on y va si on veut arriver ce soir avant la nuit.

Gwendal ne dit rien, mais je sentais qu’il m’en voulait sérieusement. J’allais servir le thé et partageais le pain qui restait. Ce ne serait pas du grand luxe mais nous ferions avec. Je vis Gwendal remettre tout dans son sac. Je savais que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne fasse à son tour le grand tri.
Nous mangeâmes en silence, Gwen semblant me bouder un peu de ce traitement à la dure. Ne m’en occupant pas vraiment, je repris une seconde fois mes plantes, me sentant encore un peu faible. Ce soir je pourrais me faire un soin plus décent. Une fois terminé, je fourrais mes dernières affaires dans mon sac et éteignis le feu. Gwendal hissa son gros sac sur son dos et nous nous mîmes en route.
Je choisis une allure soutenue mais tout de même assez lente pour que Gwendal puisse me suivre sans trop de difficultés. A peine un petit quart d’heure plus tard, je me tournais vers lui et bit qu’il avait déjà du mal avec son gros sac. En même temps cela était tout à fait normal avec la charge qu’il avait.
Cependant, ce n’était pas pour autant que je l’aidais, voulant lui faire comprendre l’inutilité d’autant d’affaire sur la route. Pour appuyer un peu sur ce fait, je lui dits :

-               Alors, pas trop lourd ? Toujours envie d’en avoir autant ?
Il ne prit même pas la peine de me regarder et arrivé à ma hauteur, il me dépassa ignorant ma pique.
Nous marchâmes ainsi en silence, pendant une bonne petite heure. Gwendal prenait de plus en plus de retard, même si je ralentissais progressivement le rythme. Agacé, mais tout de même embêté de le voir ainsi, je m’assis sur le rebord du chemin, attendant qu’il arrive. Cinq minutes plus tard, il arrivé, un peu essoufflé, laissant lourdement son sac tomber son sac à mes côtés, avant de s’asseoir à son tour.

-               C’est encore loin ?
-               Oh, soupirais-je, à cette allure là, on risque d’arriver demain soir.
je vis sa mine se décomposer. Amusé, j’ajoutais :

-               Allez donne moi ton sac, on va t’allégé. Par contre, demain tu me feras le plaisir de trier tes affaires.
-               Je… Merci me répondit-il.

Rapidement, je fis basculer une grosse partie de ses affaires dans mon sac, puis nous nous remîmes en route ? J’avais beau faire le fier à maintenir mon allure, je me sentais en réalité de moins en moins bien.
Le manque de nourriture et ma récente blessure n’arrangeait rien. Il faisait en plus de cela particulièrement chaud, et aucun petit brin d’air. Nous poursuivîmes pourtant notre route, ne nous arrêtant que vers midi. Ce fut à mon tour de faire tomber lourdement mon sac et de m’étendre de tout mon long dans l’herbe. Nous avion bien progressé et une petite pause ne ferait pas de mal.
Gwendal vint m’asseoir à côté de moi gardant tout de même une distance respectable. Alors que je me laissais aller à fermer les yeux, j’entendis :
-               Hayden… on ne mange pas ?
-               Il doit me rester un peu de viande séchée dans mon sac, mais tout le reste, on me l’a pris. On mangera ce soir.

-               Hn… répondit-il simplement, avant de se laisser aller à s’allonger à son tour.
Alors que je me laissais aller à fermer les yeux, j’entendis un hurlement de terreur. Je me redressais le cœur battant, tournant la tête vers Gwendal qui était l’auteur de ce cri, réprimant une grimace de douleur suite à ce mouvement brusque.
Il semblait totalement paniqué mais je n’en voyais pas la raison. Il se mit à dire, totalement paniqué :
-               Là… Là… Là, sur mon épaule… une… Une bête bizarre.

Je cherchais des yeux l’affreux monstre qui le terrorisait pour m’apercevoir que ce n’était qu’une grosse sauterelle. Ne me voyant pas réagir, du moins pas assez vite à son gout, il poursuivit :

-               Hayden, enlève moi ce truc s’il te plait…
il était de plus en plus pâles et j’avais de plus en plus de mal à ne pas éclater de rire, affichant déjà un large sourire sur mon visage.
-               Hayden, s’il te plait…
Gwendal devenait de plus en plus pâle et était totalement paralysé.  Je finis par me décider à intervenir, ne me retenant plus, à moitié mort de rire.
-               Ne bouge pas… Ton sauveur est là ! Déclarais-je, me moquant ouvertement de lui.
Je pris la sauterelle entre mes mains et la jetais un peu plus loin. J’en riais encore et Gwendal semblait particulièrement énervé par mon attitude.

-               Dis-moi, tu es déjà sortis de son château ? Elle n’allait pas te manger… Au fait, cette bête bizarre s’appelle une sauterelle, et elle est totalement inoffensive.
Sur ces dernières paroles, le sourire aux lèvres, je me laissais aller de nouveau en arrière, profitant de l’ombre des arbres et du silence de la nature. Sans trop m’en rendre compte, je m’assoupis.

Un moment plus tard, j’ouvris les yeux pour tomber nez à nez avec Gwendal, légèrement penché au dessus de moi. S’apercevant de mon réveil, il vira aussitôt au rouge cramoisis. Je me redressais, légèrement étonné de cette attitude, mais je ne fis cependant aucun commentaire.
-               On repars ? lui demandais-je ?
-               Je… Oui… répondit-il sans se départir de sa gêne.
Nous reprîmes nos sacs et moins de cinq minutes plus tard, nous étions de nouveau sur la route. Nous marchâmes un bon moment, coupant parfois à travers les bois, profitant de la fraicheur qu’ils nous offraient. Finalement, nous arrivâmes avant la nuit. Je pouvais voir au loin la ferme de mon ami. Pendant plusieurs moi, il y  des années, nous avions été amants ; une relation assez forte qui m’avait sédentarisé quelques temps. Il avait maintenant trouvé une femme qu’il aimait plus que tout et s’était marré avec elle deux années auparavant. Elle lui avait offert un enfant. Cela faisait presque un an que je n’étais pas allé le voir. Il m’avait toujours accueilli dans sa ferme à bras ouvert, un lieu que j’avais toujours trouvé serein et reposant et auquel  j’étais peu habitué…

-               C’est ici, dis-je en pointant la ferme du doigt. On y est presque.
-               C’est pas trop tôt, souffla-t-il, apparemment totalement épuisé.
-               Ne t’inquiète pas , demain tu pourras te reposer.
Nous parcourûmes les dernières dizaines de mètres qui nous séparaient de la maison de Julien, mon ami. Il ne devait pas être loin de six heures du soit et il ne tarderait pas à rentrer. Sa femme devait être à la maison. Assez vite, nous nous retrouvâmes à frapper devant la porte.
Personne ne semblait être là. Je déposais mon sac sur les marches, m’asseyant à côté, suivit de près par Gwendal.

-               Ca va ? lui demandais-je ?
-               Oui, je ne sens plus mes pieds, mes jambes et mon dos, mais à part cela, ça va ???
-               Met toi devant moi, lui dis-je alors.
Surpris, par mon ordre, il s’exécuta cependant, sans demander pourquoi. Je posais mes mains sur ses épaules, et commençais un massage qui avait pour but de le détendre et de relaxer ses muscles. S’il semblait d’abord tendu et résistant à ce genre d’attouchement, il finit bien vite par se laisser aller. C’était impressionnant comme ses épaules pourtant musclées, semblaient fines et délicates.
Après à peine dix minutes de massage offert par mes soins, Gwendal était totalement détendu et se laissa faire en fermant les yeux. Je lui dis alors, amusé de sa réaction :

-               Il ne vaut mieux pas que tu y prennes gout, parce que je ne vais pas te faire cela tous les soirs.
Gwendal ne répondit rien, se contentant de pousser un soupire de bien être. Je continuais un peu mon massage, sentant peu à peu la fatigue monter en moi. Alors que j’esquissais un geste afin de mettre ma main devant ma bouche pour masquer mon bâillement, j’entendis la voix de Julien à quelques mètres de nous :
-               Salut Hayden, alors on vient chez moi en couple maintenant.
Aussitôt Gwendal s’écarta de moi et s’exclama indigné à Julien :
-               Pardon ? En couple ? Je ne suis pas homosexuel !
-               Si ce n’est pas ton cas, c’est le cas de Hayden. Méfie toi, dit-il en riant.
Puis, retournant son attention vers mo, il s’exclama :

-               Putain Hayden,  ça fait plaisir de te revoir :
Très vite, je me retrouvais debout dans ses bras. C’est vrai, cela faisait vraiment plaisir de le revoir. Julien avait à peu près la même taille, et était légèrement plus fin que moi. Ses cheveux courts et bruns le vieillissait un peu, lui donnant un air sérieux, mais ses yeux bleus avaient ce côté rieur et enchanteur. Après une longue embrassade, nous nous séparâmes devant le regard méfiant de Gwen.
-               Alors maintenant tu ne voyages plus seul ? Je croyais que tu y était bien trop attaché à ta solitude.

-               Les gens changent, répliquais-je, tout comme toit tu t’es marié avec une femme. D’ailleurs elle n’est pas là ?
-               Non, elle est partie avec le petit chez sa mère pour quelques jours.

-               Des tensions ? Demandais-je, inquiet.

-               Disons que nous avions chacun besoin d’air…
-               Un silence suivit cette déclaration, avant que Julien ne dise.
-               Tu arrive à pic en tout cas, il y a beaucoup de boulot et en plus, tu me ramène deux bras supplémentaires.
A la fin de cette phrase, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire, chose qui déplut fortement à Gwendal et qui laissa Julien dans l’incompréhension la plus totale.
-               On verra cela… dis-je simplement, reprenant ma respiration.
-               Allez venez, dit-il, on va faire un bon chocolat avec le lait que j’ai trait tout à l’heure.
Nous pénétrâmes chez lui, posant nos sac à l’entrée, puis le suivant jusqu’à la cuisine. Julien nous invita à prendre place à table, puis s’affaira à nous préparer ce qu’il avait promis.
-               Au fait, s’exclama-t-il. Comment tu t’appelles ?demanda-t-il à l’adresse de Gwendal.
-               Je… Gwendal, répondit-il timidement.
-               Enchanté, moi c’est Julien.
Après un temps, il poursuivit :
-               Alors, depuis quand tu voyage avec lui ? Tu as vraiment du courage pour supporter son sale caractère. La solitude n’a vraiment rien arrangé en plus je suppose.
-               Je t’emmerde Julien ! Lâchais-je, avant de répondre à sa place. Hier j’ai eu une mésaventure avec des voleurs qui se sont mis à trois contre moi. L’un d’eux était armé d’un couteau et s’en est servi au dernier moment. Ils m’ont pris tout ce que j’avais gagné en faisant les vendanges. Gwendal m’a trouvé en piteux états près d’une rivière et m’a ramener chez lui pour me soigner. Il m’a demandé par la suite de partir de chez lui l’emmener avec lui… Et nous voilà ici.
-               Bon dieu, tu ne sais pas dans quoi tu t’es engagé petit… dit Julien en riant.
Puis il changea soudainement d’attitude et me demanda :
-               Et ça va toi ?
-               Un peu de fièvre… Mais un bon lit et un bon repas cette nuit et tout ira mieux.
-               Tu sais que tu peux rester tant que tu veux ici…
Sur ces dernière paroles, Julien nous servit deux tasses bien remplies et fumantes, dégageant une odeur qui caressait voluptueusement les narines.
-               Tenez, buvez moi ça, je vais préparer un bon repas qui va vous remettre sur pied, puis vous irez vous coucher. Vous semblez tous les deux tomber de fatigue. Sans la moindre hésitation, Gwendal et moi portèrent notre bol de chocolat chaud à la bouche, en salivant d’avance rien qu’à l’odeur. Nous nous délectâmes de son chocolat, n’hésitant pas à le complimenter.
Nous échangeâmes quelques mots avec Gwendal avant que Julien ne revienne avec deux bonnes assiettes de soupes, de la charcuterie, du pain et du fromage. Nous mangeâmes avec appétit, et au milieu du repas, je me levais pour prendre mes herbes afin de me soigner. Avec soin, je préparais ma décoction puis la bu d’une seul traite avant de reprendre le repas. Une fois celui-ci finit, Julian nous montrant la chambre que Gwen et moi allions partager, puis je laissais à Gwendal le temps de déballer ses affaires, pendant que j’allais me laver. Je savourais le plaisir de pouvoir prendre une vrai douche chaude, ayant de me frictionner vigoureusement avec une serviette. Je refis mon pansement, puis après avoir enfilé un bas de pyjama que Julien m’avait prêté, je filais dans la chambre prévenir Gwen que la salle de bain était libre. Sans hésiter, une fois qu’il fut partit, je pris place sous les draps, afin de me réchauffer. Le sommeil ne tarderait pas à me gagner ce soir. Ce ne fut qu’au bout d’une bonne demi-heure que Gwendal revint avec un pyjama complet et éteignant la lumière, il vint se coucher dans le même lit que moi, bien à l’opposé de peur que je ne l’approche.
-               Tu est bien installé ? Ca va ? Tu a passé une bonne soirée ? Me risquais-je à lui demander.
-               Hn, me répondit-il simplement, apparemment trop fatigué pour en dire plus.
-               Bonne nuit Gwen, soufflais-je alors.
-               ‘nuit, ne dit-il.
A peine eussè-je fermé les yeux que je m’endormis, sachant pertinemment qu’une journée chargée m’attendais demain. Heureusement, le sommeil fut cette fois bien trop lourd pour parvenir à me ramener dans le passé, passé que chaque jour je tentais de quitter à jamais.