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mai

Beyond the invisible - chapitre 03

   Ecrit par : admin   et classé dans Beyond the invisible

Chapitre 3 par Lybertys

Je ne sus pas vraiment combien de temps il me fallut pour m’en remettre, combien de temps je restais là, adossé au mur la tête entre les mains. J’avais l’impression de revenir de très loin. La souffrance de cet homme était si vive que j’avais cru frôler la mort. Trop contenu au plus profond de lui, il avait suffit que je frôle les barrières pour être inondé de cette douleur pure. La migraine s’était maintenant installée et je savais qu’elle ne me quitterait pas de la journée. Si je restais, si je rencontrais de nouveau cet homme, je me condamnais à ressentir la même chose. Or, personne ne voudrait vivre cela, personne ne peut d’ailleurs supporter cela. Il ne me restait alors qu’une solution : fuir. Je devais quitter ce lieu à jamais. Si je m’éloignais de cet homme dont je ne connaissais même pas le nom, j’étais condamné. Je savait très bien à quoi m’avait mené mon investissement total dans ce don et dans la souffrance d’une personne. Mon cœur se serra lorsque je me souvint de lui… J’avais pourtant décidé de l’oublier.
A peine arrivé que je devais quitter ce lieu. Mais était-ce vraiment la solution ? Je voulais fuir certes, mais n’allais-je pas fuir l’effet et non la cause. Je savais que je ne pourrais trouver la tranquillité ailleurs ; et que si ça n’était pas lui ce serait quelqu’un d’autre. Cependant, je n’étais peut être pas prêt à affronter tout cela de nouveau. Mais qu’est ce qui me disait que ce ne serait pas pareil demain, dans le nouveau lieu ou j’aurais décidé d’aller, avec une autre personne ou même plusieurs. C’était repousser pour mieux sauter. J’étais donc prisonnier et je n’avais aucun moyen de vraiment fuir. Sortit de prison mon corps était libre mais je ne l’avais jamais vraiment été de moi-même…
Je pris une grande inspiration dans l’optique de me redresser et de ne pas me laisser abattre à ce point. J’avais eu dix ans pour y réfléchir, et aucune solution ne se profilait à l’horizon. Sans répit, à peine libre, je devais de nouveau subir cela. Que ce soit en prison ou ailleurs jamais je n’avais été en paix.
Alors que je relevais la tête, décidé malgré tout à aller de l’avant, je vis un homme se tenant devant moi. Je ne sut pas vraiment depuis combien de temps il me regardait. Ses mèches dorées au milieux de ses cheveux châtains coiffés négligemment apparaissaient comme de petites touches de blond. Ses yeux bleu-gris lui donnaient un air léger mais surtout charmant.
Ses épaules assez musclées par le travail qu’il devait faire sans être trop carrées, me donnaient l’impression qu’il était quelqu’un sur qui l’on pouvait se reposer. Alors qu’il était à une distance respectable, je pouvais sentir qu’il ne me voulait aucun mal, et que ses intentions n’étaient pas mauvaises. Cette capacité avait été fortement accrue pendant ses dix années de prison. Quelque chose de bienveillant émanait de lui. Lorsqu’il me tendit la main cependant, je dû refuser son aide. J’étais maintenant dans un tel état de fragilité que j’aurais pu me synchroniser avec n’importe quel être vivant. Une fois que je m’ouvrais aux autres, il était très dur de refermer la porte. Il semblait tout de même inquiet, je n’avais pas besoin d’utiliser mes capacités pour le savoir, et le ton de sa voix le trahissait.
- Est ce que ça va ?
- Euh oui… Je n’ai pas dû manger assez ce matin, tentais-je de répondre.
- Effectivement, pour ce genre de boulot, il vaut mieux avoir quelque chose dans le ventre. Tu es le nouveau c’est ça ? Philippe m’a dit de te former, et de t’aider un peu les premiers jours. Je me présente d’abord peut être ! Dorian, palefrenier ici depuis un bon bout de temps. Tu remplaces un type assez louche qui est partit du jour au lendemain. On avait vraiment besoin de l’aide de deux nouvelles main. Juha, c’est bien comme ça que tu t’appelles ?
Inondé sous ses paroles, je m’étais tout de même remis sur mes deux jambes pour me mettre à sa hauteur. Je n’étais vraiment pas ou plus habitué à ce genre de personne. Son attitude enjouée avait quelque chose de serein. J’acquiesçais, ne tendant cependant pas la main vers celle qui me tendait. C’était bien trop dangereux pour moi. Attendre quelques heures serait bien plus sage. Même si mon geste était extrêmement impoli, il ne m’en tint pas rigueur et me proposa toujours avec le même sourire d’aller manger quelque chose.
Nous nous dirigeâmes directement jusque dans la cuisine et nous nous servîmes des choses qui restaient dans les placards. Il me laissa un instant et revint cinq minutes plus tard avec des cachets pour les maux de tête. Il me les tendit sans un mot. Cela se voyait-il à ce point sur mon visage ?
Assis à la petite table de la cuisine, je repris peu à peu des forces et être plus apte à entamer une conversation avec lui.
- Tu as croisé d’autre personnes que moi ce matin ? commença-t-il par me demander.
- Euh oui… quand je faisais le box d’un cheval tout à l’heure, un homme est venu me dire que je ne devais pas approcher son cheval, avec…
- Ah, me coupa-t-il, tu as commencé fort. C’est Gabriel. Le patron l’a à la botte. Très compétant, il est moniteur ici. Tu as pu avoir un aperçu de son caractère…
Il rit légèrement sur sa dernière phrase avant de reprendre :
- Il n’est pas méchant, mais mieux vaut le laisser seul. Enfin pour paraître clair, il ne s’entend pas avec grand monde. Ses chevaux sont ce qu’il y a de plus important pour lui. Sa copine le supporte, mais je ne sait pas comment elle fait. Ils ne se voient pas très régulièrement de toute façon. Enfin, ne t’occupe pas trop de lui. Et qu’est-ce qui t’a amené à venir te perdre par ici ? Tu t’y connais un peu en équitation ?
Le mieux pour moi était de répondre de façon elliptique. Moins j’en dirais et mieux cela passerait.
- Non je n’y connais rien… J’avais besoin de changer d’air, et de partir sur de nouvelles bases.
Étonnamment, il respecta mon choix de pas lui en dire plus et n’insista pas sur mon passé, il déclara simplement :
- J’espère que tu trouveras ce que tu cherches ici…
Ce que je cherchais ? Je ne le savais pas moi-même. Je n’avais aucun but particulier à donner à ma vie. Je me laissais pour le moment porter par celle-ci. Je n’attendais rien de particulier, j’avais étouffé ma propre existence passée par celle des autres. Un silence s’installa dans la conversation. Dorian semblait être partit loin dans ses réflexions, qui n’appartenaient qu’à lui. Quant à moi, je profitais de son silence pour récupérer des forces.
Un point positif, je venais de trouver un homme à côté de qui je pouvais me reposer. Je passais un temps à admirer ses mains. Certes elles étaient le reflet du travail manuel qu’il accomplissait tout les jours, mais elle étaient particulièrement belles. C’était le genre de main qui donnait envie d’être touché par elle. Je ne parlais pas forcément du côté sexuel de la chose, mais sentir cette simple main posée sur soi devait provoquer une impression de protection et de profond bien être.
Son apparence accueillante m’avait séduite, mais je savais ce que n’était pas le genre d’homme pour qui je pouvais éprouver réellement quelque chose. C’était bête à dire, mais étonnement je trouvais qu’il manquait de profondeur. Cependant, j’étais loin de refuser sa présente et le lien qui était en train de s’établir entre nous. Quand je dis sans profondeur, je veux dire que rien de différent que ce qu’il montrait à l’extérieur n’était à l’intérieur. Je trouvais qu’il n’y avait aucune part de mystère à dévoiler. Cependant, cela pouvait avoir un côté agréable et reposant d’être en sa présence, ce dont j’avais plus que tout besoin pour le moment.
Soudain, la voix de Dorian me sortit de mes songes, me rappelant qu’il était en face de moi. Il semblait gêné de mon silence qui commençait à devenir trop long car il me demanda :
- Et tu loges où ?
- Pour le moment, je loue une chambre au patron, mais je vais chercher un endroit plus tranquille. D’ailleurs, il n’y a rien à louer dans le coin ?
- Justement, c’est marrant que tu demandes. J’ai un ami qui loue un petit appartement dans le village à côté. C’est à une vingtaine de minutes à pied et c’est vers chez moi. Tu as une voiture ?
Il parlait comme si j’avais déjà emménagé là bas. Je répondis légèrement mal à l’aise :
- Je n’ai pas mon permis…
S’il fut surprit de ma réponse, il n’en montra rien.
- Très bien, si tu vas là-bas, comme je te l’ai dit, c’est vers chez moi, je pourrais te déposer en voiture.
J’acquiesçais en lui souriant, ne trouvant rien à répondre face à autant de gentilles et d’enthousiasme. Je n’étais plus vraiment habitué à ce genre de chose.
- Très bien, je l’appelle à midi, et je vois quand est-ce que tu peux aller le visiter. Allez viens, c’est pas qu’on a du boulot qui nous attend mais presque !
En un rien de temps, il s’était redressé et m’avait invité à le suivre. Je finirais ma dernière tartine en chemin. Savourant tout de même le goût d’une nourriture à laquelle je n’avait plus eu le droit depuis dix ans.
Nous passâmes devant un grand terrain de sable que Dorian appelait « carrière », où Gabriel, trop occupé pour nous voir était en train de travailler son cheval avec une application que je n’avais jamais vu. Il semblait tellement fier et orgueilleux avec son cheval que de loin j’avais l’impression de m’être trompé sur son compte et que tout n’avait été que le fruit de mon imagination. Pourtant, cette migraine était bien présente, me rappelant que tout cela avait bien eut lieu…
Je n’eut pas le temps de m’appesantir sur lui, car déjà Dorian m’appelait en me demandant de ne pas traîner vu le retard qu’on avait prit. Le travail avec lui cette matinée là fut très agréable. Il prenait du temps pour m’apprendre à faire correctement mon travail, me laissant, je devais l’admettre, les taches les moins coriaces. Je commençais à trouver que tout cette gentillesse était quand même étrange pour quelqu’un dont je venais juste de faire connaissance et que ses intentions n’étaient peut être finalement pas dénuées de tout intérêt…
Nous travaillâmes cependant sans compter les heures. Je faisais toujours attention à ce qu’aucun contact direct n’ait lieu entre nous, toujours fragilisé. Je n’arrivais pas encore à me remettre vraiment de cette souffrance qui m’avait envahi. C’était peut être la deuxième fois dans ma vie que j’avais à faire à quelque chose d’aussi violent.
Cela m’amena directement à penser à l’autre fois… Dorian dut sentir mon abattement soudain, car il m’appela en me demanda de lui donner un coup de main, en me demanda si ça allait. Je n’avais vraiment pas l’habitude qu’on soit aussi prévenant avec moi, j’avais l’impression de découvrir une toute nouvelle sensation. Cela pouvait sembler étrange de ressentir cela, mais après tout pendant ces dix années j’avais appris à compter uniquement sur moi-même. Je ne pouvais nier que ce genre d’attentions étaient en train de me séduire légèrement.
Ce fut l’heure du repas bien passé qu’on entendit des hennissements prononcés. Je jetais un regard intrigué à Dorian, qui me sourit et m’invita à le suivre. Sans un mot j’arrêtais toute activité et partais à sa suite, plus curieux qu’autre chose. En arrivant vers un parc où des chevaux bougeaient dans tous les sens, il s’arrêta et je me mis à sa hauteur. Il me déclara alors :
- Gabriel vient de mettre sa nouvelle jument avec ses congénères. Admire ce spectacle, des comme ça, tu n’en verras pas tous les jours.
Je fis donc ce qu’il me dit de faire, maintenant totalement hypnotisé par le mouvement des chevaux qui avait quelque chose d’irréel. Jamais je n’aurais pensé que de tels animaux pouvaient avoir tant de majesté. En réalité jamais je n’avais pris le temps de les regarder vraiment.
Captivé par le spectacle, j’écoutais tout de même les explications de Dorian, m’expliquant quel était le nouveau venu, pourquoi ils avaient de telles réactions. J’avoue ne pas tout comprendre, étant encore totalement extérieur à ce monde. Bien vite, une bonne partie du personnel se réunissait pour assister à ce qui s’offrait à nos yeux. Gabriel à quelques pas de là était tout aussi captivé que les autres, à la différence qu’il semblait être celui qui s’y connaissait le plus. Une lueur brillait dans ses yeux, mais je n’arrivais toujours pas à voir un signe extérieur de sa souffrance. Là, à côté de ses chevaux, il semblait le plus heureux des hommes. Pourtant, un lien s’était maintenant tissé entre nous depuis ce contact, et je sentais au fur et à mesure n’étant qu’à quelques mètres un sentiment de douleur s’insinuer en moi.
Ceci venait finalement gâcher le spectacle, me rappelant que je ne pouvais nier tout cela et m’éloigner de lui. Même si d’apparence il ne semblait pas en avoir besoin et encore moins en avoir conscience, quelqu’un devait venir à son aide ou sinon tout exploserait un beau jour. C’était sa vie qui était en jeu, et je semblais être le seul à m’en rendre compte, j’étais donc malgré moi obligé de l’aider.
Il jeta uniquement un bref regard vers nous, avant de reporter son attention vers les chevaux. Rares étaient les fois ou j’avais rencontré quelqu’un d’aussi solitaire avant la prison.
Au bout de quelques minutes ou je n’avais pu décroché mon regard de ces animaux, j’entendis Dorian me murmurer à l’oreille :
- Continus de regarder, je vais finir notre boulot et je reviens te chercher pour aller manger un peu.
Je le regardais reconnaissant, avant de porter mon attention sur Gabriel cette fois-ci, son appel au secours étant vraiment trop fort. C’était comme si, à chaque fois que je parvenais à me concentrer sur autre chose, il ressurgissait dans mon esprit au moment ou je m’y attendais le moins.
Cette situation n’était pas viable pour lui et encore moins pour moi. Je mis un long moment avant de me décider à aller plus près. Tout d’abord parce que je ne voyais pas comment l’aborder, mais surtout parce qu’il fallait que je me barricade pour ne pas me laisser envahir par ses sentiments. Je choisis finalement de l’approcher, le voyant sursauter lorsque je m’arrêtais près de lui. Je tentais de garder le contrôle au mieux. J’avais plusieurs choses à surmonter et je rassemblais toutes mes forces pour le faire.
Je fixais les chevaux, croisant mes deux bras sur la barrière, essayant au mieux de me calmer. Il tourna enfin la tête vers moi, je n’eus pas besoin de regarder pour deviner quel genre de regard il avait. Je tentais de l’aborder d’une voix bien trop faible pour qu’il m’entende, mais je devais l’avouer j’étais tout à coup intimidé. Sa tristesse ne cessait de taper aux portes que j’avais fermées et j’avais du mal à trouver de quoi rassembler mon courage. Je finis tout de même par me lancer, plus fort cette fois-ci :
- Je crois que nous sommes partis sur de mauvaises bases toi et moi…
Évidemment, il ne me répondit pas, montrant qu’il n’avait aucune envie de faire « ami-ami » avec moi. Ne voulant pas arrêter mon initiative ici, je poursuivis, me tournant cette fois-ci vers lui, sachant que c’était la dernière solution qui me restait.
- Je m’appelle Juha…
Malheureusement le regarder et lui parler était plus dur que je le croyais. Je me sentais peu à peu comme hypnotisé. Peu à peu je me sentais presque comme attiré vers lui, envahi par cette peine qui le faisait s’éteindre petit à petit de l’extérieur. Je ne pouvais retirer mon regard de lui, sentant bien que cela l’agaçait. Je sentais que mes barrières mentales étaient à deux doigts de céder. Heureusement, il me répondit, sans pourtant autant bien sûr, prendre la peine de me regarder :
- Gabriel…
De nouveau le silence se fit entre nous. Comprenant que je ne tirerais rien de plus pour le moment, je préférais me détourner de lui et regarder les chevaux, afin de me distraire de l’abysse où il était en train de m’entraîner.
Je me laissais aller à observer le spectacle époustouflant qui s’offrait à moi. J’avais le sentiment de comprendre pourquoi Gabriel aimait tant les admirer. C’est ce côté sauvage et cette liberté qui semblait lui permettre de tenir. Le monde du cheval, voilà ce qui le maintenait à la surface. Je m’abandonnais donc à regarder la même chose que lui, au départ plus pour le comprendre mieux que pour mon propre plaisir. Puis je me laissais envahir par l’émerveillement et finit par déclarer sans trop m’en rendre compte :
- Je n’aurais jamais cru qu’un spectacle aussi beau puisse exister…
Il ne répondit rien, me laissant seul avec ma contemplation. Ce n’est qu’après de longues minutes qu’il finit par partir, semblant juger que les chevaux n’avaient plus besoin de sa surveillance.
Je restais donc là seul, me remettant de ce face à face. Sournoise, sa souffrance était venue se glisser en moi de nouveau. Certes cela était moins intense que la première fois, mais la migraine me reprenait comme au début. La faim commençait aussi à se faire sentir et c’est heureusement un petit moment plus tard que Dorian vint me chercher.
- Juha, j’ai une bonne nouvelle, commença-t-il aussitôt, mon pote nous attend pour visiter l’appartement en fin d’après-midi. Je t’emmène après le boulot ça te dis ?
Surpris une nouvelle fois d’autant de spontanéité et d’investissement pour ma personne, je ne fis que sourire et j’acquiesçais avant de le remercier.
Ayant totalement baissé ma garde depuis le départ de Gabriel, je ne fis pas du tout attention à Dorian qui vient m’entourer de son bras pour m’inviter à le suivre afin de manger. Il ne fallut pas plus d’une seconde pour que je me synchronise avec lui. Une envie, un désir, une réponse à mes questions.
Tout s’éclairait maintenant : c’était bien par intérêt qu’il était aussi gentil avec moi. Il avait tout simplement envie de moi. Je m’étonnais de ne pas m’en être rendu compte plus tôt, et c’est presque amusé que maintenant écarté de lui, je le regardais. Ne comprenant pas la raison du sourire soudain dépeint sur mes lèvres, il me lança
un regard interrogateur et je lui répondis simplement :
- On va manger ?
Il me fallut moins de temps qu’avec Gabriel pour me débarrasser des ses ressentis. La souffrance avait toujours était le sentiment dont j’avais le plus de mal à me dégager. Tout dans son attitude me devint beaucoup plus clair : ses regards de biais désireux de mon corps, la douceur dont il pouvait faire preuve et l’envie de m’aider.
Peut être étais-ce due aux années de prison, et au manque d’attention que je pouvais parfois prêter à ce genre de choses. Je le suivis, me mettant légèrement derrière lui, me laissant aller à admirer sa silhouette qui, je devais l’avouer en y regardant bien maintenant, m’était en fait attirante. Il fallait avouer aussi que le manque de réelle relation sexuelle au sens propre du terme pendant dix ans avait eut de quoi me frustrer. La prison n’était pas le lieu des plaisirs mais de bien pire si l’on se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment, avec les mauvaises personnes. Je l’avais compris un peu trop tard, mais c’était maintenant pour moi du passé, cela remontait à mes débuts. Je finis même par jouer de cela, continuant de feindre l’ignorance de ses intentions, je me rapprochais un peu de lui, le frôlant à peine.
Arrivé au réfectoire, il m’indiqua la salle ou s’asseoir et me dit de l’attendre le temps qu’il aille nous chercher à manger. Je m’exécutais, toujours amusé de la situation, et jouant le jeu de celui qui n’avait pas comprit.
Je me dirigeais donc dans cette fameuse salle où deux trois personnes étaient en train de manger. Je ne mis pas longtemps avant de repérer Gabriel, et me dit qu’il fallait que je poursuive dans ma voie. Rassemblant mes dernières force et prenant sur moi, je vins m’asseoir à sa table, dans le coin de la pièce, un faux sourire affiché à mes lèvres comme j’avais l’art de les faire. Il n’avait bien sûr par l’air enchanté du tout que je vienne le voir, mais ne fit aucun commentaire, m’ignorant parfaitement.
N’ayant rien à manger, je ne pouvais pas trouver d’échappatoire dans la contemplation de mon assiette. Il m’était impossible de ne pas le fixer, et je partais de nouveau malgré moi, à la recherche d’un signe extérieur de mal être auquel j’aurais pu m’accrocher. C’est au moment ou je m’y attendais le moins qu’il redressa la tête et me regarda sans cacher son agacement :
- Tu as un problème ou quoi ? Pourquoi est ce que tu me fixe sans arrêt ?
Je ne pu que sourire d’un air énigmatique. Il me jetait certes mais ne m’ignorait plus, j’avais avancé un petit peu. Étonnamment, cela du le déstabiliser quelque peu car il n’insista pas et ne me répondit rien. Certes il avait pris un air exaspéré et son dessert avait reprit toute son attention. Sa colère et sa hargne envers le monde, c’était donc ce qui lui permettait de tenir. J’allais devoir y aller doucement et surtout faire très attention au moment ou tout ressurgirait à la surface. Ce petit sourire qui s’affichait à mes lèvres, je l’avais acquis en prison. C’était un sourire qui voulais à la fois tout dire et ne rien dire du tout. Il avait le don de déstabiliser tout le monde et je m’en étais servi plus d’une fois.
De toute façon qu’aurais-je pu répondre à sa question sans qu’il me prenne pour un aliéné ?
Une seule personne avait connu mon secret, et il n’était plus sur terre pour le raconter.
Soudain, il leva de nouveau les yeux, fixant une personne juste derrière moi. Je tournais la tête et vis Dorian qui me fit un sourire se voulant séduisant. Je devais avouer que cela faisait l’effet escompté. Ne cachant pas son franc parlé, il me demanda :
- Pourquoi tu t’es mis à côté de lui ?
Aussitôt Gabriel se leva et lui déclara :
- « Lui » s’en va ne t’inquiète pas.
Puis il dit à mon attention :
- Je te conseille de mieux choisir tes fréquentations…
- Oui, c’est vrai que je ne suis pas fréquentable, répliqua-t-il aussitôt.
Énervé il vint s’asseoir à la place que Gabriel venait de libérer.
- Ce mec a vraiment un problème ! Putain d’homophobe !
Mon sang ne fit qu’un tour, je n’avais jamais supporté les gens comme cela en prison et je m’étais toujours tut, mais là le cadre était différent. Je me levais et lui courut après.
- Attends !
Il se retourna et me fit face, je dus m’arrêter brusquement pour ne pas le heurter, soulagé de ce que cela aurait pu entraîner.
- Tu te crois peut être plus intéressant que lui ?
- Et pourquoi pas ? Moi je n’aborde pas les gens pour leur cul !
- Ah non ça c’est sur ! C’est même pire, rétorquais-je aussitôt.
- Tu entends quoi par pire ?
- C’est la première fois depuis ce matin que tu m’adresses plus de deux mots.
- Estimes-toi en heureux, répliqua-t-il semblant avoir de plus en plus de mal à se contenir.
- Je te demande pas grand chose, juste un minimum de respect !
- Et moi je te demande juste de me foutre la paix !
Je sentis à ce moment là une présence derrière moi et n’eut pas besoin de me retourner pour deviner son identité. Le regard de Gabriel par dessus mon épaule ne fit que confirmer mon intuition.
En un rien de temps Gabriel m’avait déjà tourné le dos et alors que je me précipitais de nouveau pour le rattraper, Dorian me retint par le bras. Ma colère estompa ce qu’aurait pu provoquer le contact, et je cherchais tout de même à me dégager au plus vite.
- Laisse-le, franchement, je vois pas pourquoi tu te prends la tête pour lui… Allez, on va manger. L’après-midi est bien avancée, et on a pas mal de truc à faire.
Je me résignais à accéder à sa demande. Comment aider un mec pareil ? Gabriel était tout sauf accessible. Je m’étais bêtement laissé emporter, sa colère s’étant mêlée à la mienne. Je baissais littéralement les bras. Qu’il aille au diable !
Nous mangeâmes en vitesse avant de retourner faire les box. Ma colère m’avait permis de vraiment me blinder contre tout cela et je pouvais maintenant frôler ou même toucher Dorian sans que cela ne me fasse quoi que ce soit. L’envie d’aider Gabriel n’était maintenant plus qu’une idée folle. Il était rare que je sorte de mes gonds, et que j’aille au conflit, mais la prison avait finalement eut raison de ma patiente. M’embêter avec des gens pareils n’étaient vraiment pas dans mon optique. Je n’aurais qu’à faire attention à rester loin de lui, je ne pense pas que ce genre d’initiative de ma part le dérangerait. Il voulait sa solitude et bien qu’il le soit ! J’adoptais une indifférence quant à sa souffrance, après tout, rien ne m’obligeait à le faire. Je n’allais quand même pas le forcer. Je continuais à pester pendant une bonne partie de l’après midi, accomplissant mon travail avec hargne.
Tous deux trop occupé par notre tache, il n’y eut pas d’évolution particulière dans notre relation à moi et Dorian. Il avait cependant toujours la même attitude avec moi, et cachait de moins en moins l’idée qu’il avait derrière la tête. Lorsque la fin d’après midi arriva, j’étais en train de finir le dernier box, tout près du cheval de Gabriel.
Celui-ci était en train d’ailleurs de chouchouter sa monture. Nous nous ignorions parfaitement. J’avais juste conscience qu’il était à côté de moi, séparé par un mur, et cela ne me faisait ni chaud ni froid. Je me donnais l’impression de ne plus ressentir sa souffrance et cela marchait à la perfection, du moins en apparence. Mais je préférais m’illusionner que de voir ce qui se passait vraiment. Le box dans lequel je travaillais était vide et je pouvais ainsi bouger à loisir. Dorian allait me ramener une dernière fourche de paille, je n’aurais plus qu’à l’étaler et nous pourrions enfin nous reposer. Je devais avouer que j’étais éreinté.
Je n’étais pas habitué à ce genre de travail physique et mon corps me le faisait très clairement comprendre. Je m’adossais au mur, attendant que Dorian revienne. Lorsqu’il arriva enfin, je m’arrachais du mur à grand peine, et il le remarqua tout de suite.
C’était fou comme il pouvait être attentif à mon égard. Je n’étais vraiment pas habitué à quelqu’un d’aussi attentionné.
- C’est bon laisse je vais finir.
- Je… Euh… Merci.
J’en profitais pour m’étirer, j’avais l’impression que mon dos était tout bloqué.
En moins de deux secondes, il avait éparpillé toute la paille sur le sol. Il posa la fourche contre le mur et s’approcha un peu de moi. Quelque chose dans son regard avait changé.
- Tu as mal au dos ? Normal quand on a pas l’habitude.
- Un peu, mais ça va passer… répondis-je simplement.
Sans dire un seul mot, il me contourna et se plaça derrière moi. D’un ton bien plus bas, il me déclara :
- Il faut pas laisser tes muscles comme ça, sinon ça sera pire que tout demain.
Joignant le geste à la parole, il glissa ses mains sur ma nuque et descendit le long de mes épaules. Je ne pus que frissonner à ce simple contact qui ravivait un brasier en moi, dont j’avais oublié l’existence.
Je fermais les yeux sous le bien être procuré. Il massait à la perfection. Ses mouvements n’étaient pas dénués d’une certaine dose de sensualité qui enivrait mes sens. Cela faisait bien trop longtemps qu’on ne m’avait pas touché d’une telle façon… J’aurais voulu que cela dure encore et encore, et même que cela aille bien plus loin à cet instant précis, mais une voix intruse nous arrêta net tous les deux.
- Il n’y a pas des chambres pour ce genre de choses ? Franchement aller faire vos cochonneries ailleurs.
J’ouvris les yeux, totalement coupé de ce qui s’était emparé de moi, ce désir insatiable et ce plaisir ressentit. La frustration en était telle que je le vis l’espace d’une seconde défaillir devant le regard que je lui lançais. Il se tenait là, à l’entrée du box, à nous fixer, un air faussement écœuré dépeint sur le visage. Mon sang ne fit qu’un tour, et en l’espace d’un instant je m’était tourné face à Dorian, et me jetais sur ses lèvres dans un but purement provocateur.
Si cela faisait extrêmement longtemps que je n’avais pas pu toucher les lèvres d’une autre personne sur les miennes, je n’avais rien perdu sur la manière de le faire. Très rapidement, sans trop en avoir conscience, je fus transporté par ce simple contact dans un état proche de celui de la transe. Nos langues s’étaient mêlées avec fougue et déjà je pouvais sentir les bras de Dorian glisser le long de ma colonne. Une de mes mains étaient agrippée à son épaule et l’autre derrière sa nuque l’attirait toujours plus près pour un baiser plus profond. Un violent frisson me parcourut soudain de toute part, son plaisir se mêlait au mien et créait un explosion de mes sens. Je perdais toute notion, je me vidais de tout ce qui n’était pas à moi, je me sentais enfin vivre.
En un rien de temps j’avais réussi à rendre fou Dorian, qui n’attendait que cela. Ce fut le hennissement d’un cheval dans le box voisin qui me fit redescendre sur terre. Nous nous séparâmes tous deux avec le même regret. Je tournais la tête et eut simplement le temps de voir la silhouette de Gabriel passer derrière le mur, s’éloignant certainement d’ici. Il me fallut un temps pour m’en remettre car ma tête tournait. Je me sentais vraiment apaisé. Je me demandais vraiment ce qui me retenait de me retourner là maintenant et de me jeter dans ses bras pour aller bien plus loin comme nous en avions tout les deux terriblement envie. Dorian choisit ce moment là pour déclarer :
- Merde, je n’avais pas vu l’heure, il faut qu’on y aille si on veut avoir le temps de visiter l’appartement.
Je partis à sa suite, mais ce n’est pas pour autant que mon désir s’envola. Nous rangeâmes nos outils de travail et nous rendîmes assez rapidement au parking, non sans échanger de temps en temps quelques regards lourd de sens.
J’avais l’impression d’avoir légèrement choqué Dorian, qui ne s’attendait pas du tout à ce que je l’embrasse. Du moins, il semblait encore sous le choc. Je réalisais seulement maintenant avec quelle fougue et audace je l’avais embrassé. J’avais littéralement dévoré ses lèvres, laissant libre court à ma frustration. J’avais envie de lui là maintenant. L’embrasser n’avais fait que raviver mon désir de l’autre jusque là endormi.
Durant tout le trajet en voiture, je me demandais sérieusement ce qui me retenait de lui sauter dessus. Peut être parce que je ne voyais pas vraiment comment m’y prendre, après tout cela faisait dix ans que je n’avais pas cherché à séduire ou faire tout autre choses de ce genre. Pourtant, je ne pouvais nier mon envie insatiable. Ce baiser m’avait fait oublier toute chose extérieure à l’envie que j’avais maintenant besoin d’assouvir. Ce n’était même plus un besoin, c’était une nécessité.
Heureusement, nous ne tardâmes pas à arriver. Dorian se gara sur le parking d’un petit immeuble, bâtit dans le respect du paysage. Son ami nous attendait déjà devant et semblait légèrement impatient. Il était vrai que nous avions un peu de retard, mais pas beaucoup non plus.
Dorian n’en tint cependant pas compte et marcha vers lui avec un grand sourire :
- Salut Bastien, désolé pour le retard, mais on a eut pas mal de boulot…
- Ca va, c’est pas grave. Alors, c’est … dit-il en me pointant d’un geste de la tête.
- Il s’appelle Juha. Oui, c’est lui qui est intéressé.
- Bonjour Juha, moi c’est Bastien comme tu as pu l’entendre. Nous y allons ?
J’acquiesçais, et je partis à la suite des deux amis qui avaient pas mal de choses à se dire. Étant étranger à leur conversation, je ne cherchais pas non plus spécialement à la suivre. Après avoir passé un moment à admirer le postérieur de celui que je voyais bientôt comme mon futur amant, je me concentrais sur tout autre chose : mon futur lieu de vie.
L’appartement se situait au troisième et dernier étage. Lorsque nous entrâmes dans le petit appartement, je fus très rapidement séduit. Il avait un côté très confortable et un aspect « petit coin à soi ». Il faut préciser aussi que je sortais tout juste de prison, et qu’un rien aurait pu me convenir, mais cet appartement avait un petit quelque chose en plus. Très sensible aux choses que je pouvais ressentir, je devais avouer que je me sentais très bien ici, vraiment apaisé. Je visitais chaque pièce. La cuisine n’était pas spécialement grande et le salon avait une petite alcôve qui allait pouvoir me servir de chambre.
Je m’imaginais déjà vivre ici. Cela allait être un lieu m’appartenant que je pourrais modifier selon mon envie et surtout dont j’aurais la clef, grande différence avec ma cellule. La salle de bain était de taille moyenne et le reste était tout aussi appréciable. Un appartement parfait pour quelqu’un comme moi. Je n’en espérais pas autant. Il était déjà en plus en grande partie meublé. Nous parlâmes très rapidement de tout ce qui concernait les papiers, autant dire que j’étais heureux d’avoir trouver si vite de quoi me loger. Je fis un petit sourire discret à Dorian, le remerciant silencieusement de m’avoir aider. Nous finîmes par convenir de revenir demain afin que je signe les papiers, règle la caution et qu’il me donne les clefs. Demain je pourrais y loger.
Je laissais Dorian régler les dernières choses avec lui. Je devais avouer que j’étais assez largué avec toutes ses choses, et il m’était d’une précieuse aide. Une fois sortit, je fus saisit par le froid, et enfonçait un peu plus ma tête dans mon écharpe, me remerciant mentalement d’être aller la chercher en vitesse avant de partir. Pour arranger le tout, il pleuvait des cordes, une pluie tout aussi glacée que le vent. Bastien nous serra la main, nous disant à demain, avant de partir en courant jusqu’à sa voiture. Dorian et moi le regardâmes partir, restant à l’abris sous le perron, ne parvenant pas à se décider à traverser cette tempête.
Je me collais un peu plus à lui, de manière la plus discrète possible. Après un temps, Dorian me dit légèrement hésitant.
- J’habite en face… J’ai la flemme de retourner au centre en voiture, si tu veux pour cette nuit tu peux dormir chez moi… Enfin si tu ne veux pas tu n’as qu’à me le dire et on prend la voiture, et…
- Non, non, ta proposition me convient, le coupais-je. C’est vraiment sympa merci !
Je n’avais d’un seul coup plus froid du tout, l’idée de passer la nuit dans son appartement était une aubaine à ne pas manque, la solution pour assouvir nos deux envies compatibles. Il me sourit, encore une fois surpris que j’accepte aussi spontanément. Je devais avouer que je n’avais pas envie de perdre du temps, je l’avais perdu pendant dix ans et je jugeais avoir assez patienté.
Je me moquais de ce que cela pouvait induire sur mon image, je n’avais personne à illusionner. J’étais seul, et j’allais m’offrir du plaisir avec quelqu’un qui souhaitait la même chose que moi. Après un temps et un regard échangé, nous nous décidâmes à nous lancer. Dorian partit en courant devant moi et je le suivit de près avec la même allure. Comme il l’avait dit, il habitait juste en face. Il pesta un instant, ne trouvant pas ses clefs. Je n’arrivais pas à quitter des yeux la goutte d’eau qui coulait le long de son visage avant de se perdre dans son cou. Il déclara un « enfin » lorsqu’il réussit à ouvrir la porte et nous nous précipitâmes à l’intérieur. Nous montâmes au premier, étage où il logeait. Après avoir ouvert il m’invita à entrer, glissant la formule classique :
- Fais comme chez toi…
Son appartement était un peu plus luxueux que le mien et surtout plus grand. Il déposa sa veste et ses chaussures à l’entrée, avant de prendre la mienne et de la ranger. Je me déchaussais à mon tour, tandis qu’il rangeait rapidement les deux trois affaires qui traînaient dans son salon. Il s’excusa ensuite, me disant qu’il allait prendre rapidement une douche chaude car il était transis par le froid. Il m’invita à me mettre à l’aise, me disant qu’il n’en avait pas pour longtemps. En effet, il revint très peu de temps après, vêtu assez simplement. Il me donna une serviette et des vêtements propre, me conseillant d’aller faire la même chose que lui. Je devais avouer que malgré mon excitation, je ne pouvais nier que mon corps avait froid.
- Vas-y, je prépare à manger pendant ce temps.
Je m’exécutais donc, réfrénant l’envie de l’inviter avec moi prendre une douche, ayant déjà lutter contre l’envie d’aller le rejoindre.
Je me lavais légèrement moins vite que lui, ayant cependant toujours cette sorte d’appréhension dans ce genre de lieu, séquelle de la prison. J’en ressortit réchauffé et propre. Les vêtements de Dorian m’allaient bien, mais je ne comptais pas les garder bien longtemps.
Je le rejoignis dans sa cuisine, et le vit affairé à la tache. Je laissais glisser mes yeux sur sa silhouette qui était loin d’être déplaisante. S’apercevant de ma présence, il se tourna et me souris.
- J’ai fait du thé, tu en veux ?
- Oui, je veux bien s’il te plait…
Il me servit, et s’affaira au reste du repas. Je le regardais non sans une certaine admiration. Voilà bien longtemps que moi, je n’avais ne serait-ce que fait cuire des pâtes.
Lorsqu’il se tourna face à moi, c’était avec deux assiettes remplie dans les mains.
- Excuse-moi, je n’ai pas grand chose, je ne suis pas grand cuisinier mais…
- C’est très bien comme ça, merci.
Nous mangeâmes en échangeant de simples paroles, dénuées de profondeurs et finirent par nous taire. Je pus pour la première fois prendre mon temps pour savourer les mets qu’il m’avait préparé. Ce n’était peut être pas de la grande cuisine, mais sous mon palais elle en avait tout l’aspect.
Une fois la dernière bouchée consommée, je me sentit repus et emplis de cette chaleur tant agréable. Dorian se leva, me disant de rester assis et commença à débarrasser. Soudain, son regard sembla s’illuminer et il se tourna vers moi en déclarant :
- Au fait, je ne t’ai pas massé du coup. Si je veux t’avoir en état pour bosser demain, il vaudrait mieux que je te fasse un massage. Enlève ton t-shirt et va dans le salon, je te rejoins juste après la vaisselle. Enfin si tu veux…
L’occasion était trop belle et s’était surtout enfin présentée à moi. Je lui offrais un sourire explicite qui le fit presque rougir, et je fit « oui » d’un signe de tête. Il s’activa alors plus rapidement à finir de ranger et entama la vaisselle, me tournant le dos. Je ne perdis pas un instant. Derrière lui, à quelques mètres, j’ôtais le t-shirt que j’avais enfilé peu de temps avant. Voulant le surprendre et surtout voulant aller droit au but, je ne m’arrêtai pas là.
Tout autre vêtement qui habillait mon corps allait rejoindre le t-shirt sur le sol. J’étais maintenant totalement nu, à quelques pas seulement de l’homme que je désirais grandement.
Dorian dus sentir ma présence ou du moins il se retourna le verre et l’éponge à la main. A ma vue, je crus qu’il allait tout lâcher. Ses yeux écarquillés et sa mine hébétée me donnais envie d’éclater de dire. Mais je me retint, gardant cet air impassible et provocateur. Il ne savait plus quoi faire. Il semblait totalement perdu et était à mille lieues de s’attendre à cela. Il se mit alors à bégayer :
- Je… c’est que… C’était juste… Je… Je t’avais demandé d’enlever juste le t-shirt je…
Amusé, j’approchais de lui d’un pas félin et disant d’une voix douce et extrêmement chaude :
- Pourquoi… Ca te gêne ?
- Je… c’est… Enfin…
J’en avais assez, maintenant que nous étions à deux pas du moment ultime, je cessais ses paroles inutiles sortant de sa bouche et me jeter sur elle, l’embrassa avec une fougue que je ne me connaissait pas.
Mes mains se glissèrent sous son t-shirt qui déjà me semblaient de trop. Je voulais sentir sa peau brûlante contre la mienne, témoin de la température qui montait en nous. Si Dorian avait d’abord était surpris et pris de court, mon baiser le ramena au présent. Il posa ce qu’il tenait dans les mains, pour venir toucher mon corps avec la même passion dévastatrice. Nous mains se déplacaient aussi vite que si nous étions poursuivi par la mort. Ce désir purement bestial nous consumait l’un autre, faisant changer le battement de nos cœur, les entraînant dans une course folle.
Il se lâcha enfin, laissant libre court à l’envie qu’il avait contenue lui aussi toute la journée. Il me voulait comme je le voulais. Tout disparaissait autour de nous, nous laissant seul avec notre désir insatiable.
Je n’en pouvais déjà plus, l’envie de le sentir en moi était insoutenable. Cela faisait bien trop longtemps que je n’avais pas ressentit cela. J’arrachais presque son t-shirt en lui enlevant, avant de me coller contre lui, mimant des mouvements de bassin très significatifs. Sa peau était légèrement plus chaude que la mienne, et lorsque nos torses brûlant se rencontrèrent, je crus ne jamais tenir. Très vite mes mains s’attardèrent sur l’ouverture de son pantalon, voulant sentir la totalité de son corps contre le mien. Mon désir grandissait à vue d’œil, et atteignait des sommets que jamais je n’aurais pu imaginer atteindre. J’avais envie de lui, c’était indéniable et lui non plus ne le cachait pas. Déjà je pouvais sentir son sexe bien trop l’étroit dans son jean, le mien était libre mais dans un état semblable. Notre baiser devenait de plus en plus dévorant, avec la volonté d’asseoir l’autre sous notre autorité, de saisir la totalité de son essence. Le temps nous semblait incroyablement long et pourtant cela ne faisait que quelques minutes que je m’étais littéralement jeté sur lui. Je mordillais ses lèvres attisant la flamme qui avait déjà grandit en lui. Les gémissements s’échappaient déjà de nos lèvres dans un souffle extatique.
La vision de mon corps nu offert à lui, lui avait bel et bien fait perdre la tête. J’étais enfin libre de me laisser aller à ressentir mon propre désir, ses ressentis ne passaient pas les limites de mon esprit. Je me sentais détaché de toute obligation. Je pouvais agir à ma guise. Comment avais-je pu me passer de cela pendant dix ans ? Etait-ce parce que justement j’avais attendu tant de temps qu’une simple caresse me transportait dans des extrêmes ?
Je fis glisser son pantalon en même temps que son boxer. Il m’aida un peu, semblant tout aussi excité que moi à l’idée que nos corps fusionnent sans un seul obstacle. Maintenant tout aussi nu que moi, je l’attirais de nouveau tout contre mon corps. Tout était pur assouvissement sexuel et à cet instant rien ne nous différenciait d’une union bestiale. Jamais je n’avais connu quelque chose d’aussi extrême. Lorsque nos corps se touchèrent en entier et que nos intimités gonflées et durcies se frôlèrent, un râle de plaisir prit naissance au fond de ma gorge. Je laissais vagabonder mes mains sur ses fesses que j’avais regardé pendant une bonne partie de la journée. Elles étaient tout aussi parfaites qu’elles n’y paraissaient sous son jean. Dorian passa une main dans mes cheveux et détacha l’élastique qui les nouait. Ils glissèrent légèrement pour tomber sur mes épaules, pendant qu’il les caressait de sa main et s’étonnait de leur douceur.
Il s’éloigna un instant, séparant nos lèvres et me détailla du regard. Avoir son regard intense posé sur moi me donnait étonnement beaucoup plus chaud. Là, à quelques centimètres de lui, la respiration haletante, les lèvres rougies par le plaisir, mes cheveux fins tombant sur mes épaules : voilà l’image qu’il pouvait admirer.
Sous ce regard je me sentais embelli, jamais je n’avais fait attention à mon reflet et pourtant je me perdais dans celui de ces yeux.
Je ne sais qui eut le déclic, ni ce qui nous permit de reprendre après cette pause, mais celle-ci avait produit quelque chose en moi. Je n’aurais su dire quoi. Mais lorsque qu’il prit possession de mes lèvres, j’avais l’impression qu’il avait vu en moi ce que jamais je n’étais parvenu à ne serait-ce m’entr’apercevoir. Je n’eut pas vraiment le temps d’y réfléchir, car je sentit glisser le long de mon torse assez rapidement, pour terminer sa course en une caresse osée qui me fit jeter la tête en arrière, ne parvenant pas à contrôler la dose plus qu’importante de plaisir ressentit. Depuis combien de temps une autre main que la mienne m’avait touché à partie la plus intime de mon être… Mes mains se crispèrent sur son corps, tentant de recouvrer mes esprits. Son autre main qui massait possessivement mes fesses, dérapa alors de manière subtile vers le lieu de ses convoitises.
Cela provoqua une sorte de choc électrique en moi et une seule chose me vint à l’esprit : je ne pouvais pas attendre une minute de plus ! Je goûtais une dernière fois au plaisir de ses lèvres avant de me retourner, posant mes mains sur son plan de travail, lui signifiant ainsi on ne peut plus clairement ce que je voulais. Je le sentis se coller derrière moi et sentir son sexe collé contre mes fesses, me rendit fou. Je lui criais presque :
- Prends moi…
C’était maintenant ou je mourais de désir. Je n’en pouvais plus. Il fallait qu’il se lance. Je me frottais d’une manière exagérée contre son sexe, lui donnant encore un message, s’il n’avait toujours pas comprit. Je brûlais de désir et d’attente. Toute ma sensation de manque accumulée pendant des années rejaillit à la surface, saisissant tout mon être.
Contre tout attente que je sentis s’écarter et étonné et surtout frustré je tournais la tête vers lui.
L’expression qui était affichée sur son visage prouvait qu’il en avait tout autant envie que moi, si ce n’est plus. C’est pourquoi, je lui demandais précipitamment :
- Qu’est ce que ?
- Je cherche un truc pour faire office de lubrifiant tu vas avoir mal sinon je…
- Oublie ça, dis-je en le coupant. Maintenant Dorian…
Qu’importe la douleur que j’allais certainement ressentir, celle qui me saisissait à l’instant était bien trop forte et il fallait que cela cesse. Encore une fois surpris, Dorian ne se fit cependant pas prier. Lorsque je le vis revenir vers moi, je retournais la tête et attendait que le moment ultime se produise enfin. Un manque abyssale s’était emparé de moi. Je frémis en sentant ses deux mains se poser sur mes hanches. Je fermais les yeux, attendant une ultime fois.
Cela arriva d’un coup. Au lieu du plaisir que j’attendais, je ressentis tout à coup une douleur si vive qu’elle me coupa le souffle. Je crus ne jamais arriver à reprendre une inspiration. Quel idiot, j’avais oublié dans mes souvenirs combien se faire prendre ainsi malgré toute l’excitation du monde pouvait être extrêmement douloureux. Alors que je le sentait partit pour se mettre à se mouvoir en moi, m’ayant totalement pénétré, je lui murmurais le souffle coupé :
- A… Attends un petit peu s’il te plait…
Une larme coula le long de ma joue. Cette douleur ne partait pas faisant totale contradiction avec mon désir.
Je le sentis inquiet derrière moi et il commença à déposer plusieurs baisers sur mes épaules et mes omoplates, tentant de me détendre d’une autre manière mais je n’y arrivais pas. Pourtant je ne voulais pas qu’il se retire, je ne voulais pas que tout s’arrête là. Je le sentis après un temps, réessayé de bouger et ne pu retenir un cri de douleur, c’était insoutenable. Il se retira aussitôt. Je laissais aller mes coudes sur le plan de travail, me prenant la tête entre les mains et tentant de m’en remettre. Jamais je n’aurais pensé pouvoir ressentir une telle douleur.
Jamais je n’avais conçut dans mon esprit qu’il soit possible d’avoir aussi mal. Je ne cherchais pas à savoir ou il était allé, je tentais juste de m’en remettre et de me débarrasser de la douleur. Tous mes muscles étaient tendus je n’en pouvais plus et je n’arrivais pas à me détendre. J’en aurais bien pleuré de frustration et de douleur, mais je l’entendit de nouveau s’approcher de moi et se remettre au même endroit. Maintenant terriblement angoisser de ressentir la même chose, je tentais de me retourner, mais n’y parvint pas car il était trop collé à moi.
- Arrête, qu’est ce que tu fais !
- Chut… Laisse toi faire…
Je sentis alors un liquide froid à l’endroit qui irradiait encore de douleur en moi.
- Tu vas voir, me susurra-il à l’oreille en se penchant au dessus de moi, ça va beaucoup mieux se passer comme ça…
Je m’abandonnais et décidais de lui faire confiance. Après tout, il devait avoir beaucoup plus d’expérience que moi. Il déposa ses lèvres d’une façon extrêmement érotique dans mon cou, continuant à me murmurer des mots emplis de chaleur dans le but d’attiser mon désir de nouveau. Celui-ci ne tarda pas à revenir, et je sentis peu à peu l’appréhension me quitter.
Il m’embrassa tout le long de la colonne vertébrale, attendant que je sois parfaitement détendu. L’excitation revint peu à peu en moi, sans pour autant retrouver son état originel. Mais pour cela, Dorian savait comment s’y prendre. Il se plaça de nouveau derrière moi, rajouta ce liquide que j’avais sentit un peu avant et se plaça comme la première fois, les deux mains sur mes hanches. Grâce au lubrifiant et à la douceur de ce premier coup de rein, la douleur en fut fortement amoindrit. Certes, sa présence imposante en moi ne m’était pas encore agréable, mais cela n’avait rien à voir avec le première fois.
Il ne se précipita pas, me laissant le temps de me faire à cette sensation qui était après tout ce temps comme nouvelle pour moi. Puis, lorsque je sentis que c’était bon, je me laissais aller à prendre l’initiative d’onduler légèrement du bassin, lui montrant que c’était bon. Il ne se fit pas prier et commença à se déhancher de plus en plus profondément et augmentant la cadence. Très vite, l’excitation que nous avions pu quitter revint en flèche, et les gémissements de plaisir revinrent faire échos à nos oreilles. Je dus poser mes deux mains solidement sur le plan de travail pour me retenir, tout étant maintenant bien plus violent. Nous retrouvions cette pulsion bestiale et peut à peu j’oubliais toute douleur, me fondant en lui et dans le contentement ressentit.
Je retrouvais peu à peu le plaisir de se faire prendre. Je frôlais l’extase devant ses coups de reins de plus en plus puissant. L’ardeur que nous mettions à la tâche était sans pareil. Il avait un déhanché sans pareil. Bientôt je sentis sa main se glisser sur mon sexe et son corps s’affaisser un peu sur moi. Il se mit à me caresser, m’emportant aux portes de la jouissance. Galvanisé par ses attentions, je ne me retenais plus de gémir, je n’en pouvais plus, tout était bien trop intense pour contenir quoi ce que ce soit. J’avais choisit l’amant qu’il me fallait pour cette première fois après la prison. Mon manque et ma frustration commençait enfin à se combler un peu. Des gémissement rauques sortaient de sa bouche, me signifiant qu’il n’était plus très loin de la jouissance. Il insista sur les coup de rein, me caressant avec tout autant de vigueur, voulant apparemment que nous jouissions ensemble.
J’avais de plus en plus de mal à me maintenir de mes mains. A la limite de la jouissance, il donna un dernier coup de rein qui nous fit presque hurler en échos avant de nous libérer lui en moi et moi dans sa main. Il s’affaissa un peu plus sur mon dos, restant en moi. Nous tentions tous les deux de reprendre notre souffle. Je pouvais sentir le rythme endiablé de son cœur me signifiant qu’il s’était donné à fond. Ils nous fallait du temps pour revenir sur terre.
Cependant, je devais avouer que si j’avais été satisfait, j’étais loin de l’être totalement. Ce n’était pas une fois qui allais assouvir ma frustration. Lorsqu’il se retira de moi, j’en ressentis presque un regret. J’entendis ses pas lourds sortir de la cuisine. Je finis pas me redresser. Une idée était en train de germer dans ma tête. S’il croyait que c’était fini, il était en train de se faire une grosse erreur.
Toujours en tenue d’Adam, je pris la porte qu’il avait pris quelques minutes avant moi. Il était là, assis sur son canapé, tentant de se remettre de l’intensité de ce que nous avions vécu. Lorsqu’il me vit, il me dit un petit sourire gêné qui me fit craquer. Il avait enfilé son jean, dont les boutons n’étaient pas tous fermés. Je m’approchais, affichant un air aguicheur, montrant clairement que tout n’était pas terminé, et il le comprit parfaitement.
Mes yeux étaient maintenant posés sur l’ouverture de son jean qui avait été réalisée dans un but que je ne soupçonnais pas tout à fait innocent. Je marchais juste qu’à lui et m’arrêtais en face de lui, avant de m’abaisser entre ces genoux. J’allais l’aider à retrouver des forces pour la suite.
Je devais avouer que j’appréhendais un peu ce moment-là. En effet, j’allais peut être ne pas m’y prendre comme il le fallait… Est-ce que je ne m’aventurais pas sur un terrain glissant. Je rassemblais tout de même mon courage à deux main et me lançais. J’abaissais avec son aide, un petit peu son jean, me laissant une liberté d’action plus grande.
Je pris son sexe de ma main droite, commençant à le caresser légèrement. Je me sentais tout à coup fébrile. Il suffisait que je me penche et que je me lance à lui faire ce qu’il attendait maintenant de moi, mais je n’arrivais pas à me lancer.
Je le caressais de plus en plus distraitement, me sentant de plus en plus mal à l’aise. Evidemment, Dorian du se poser des questions, car je sentis son regard posé sur moi. Mais je n’osais pas lever les yeux pour croiser le sien. J’avais subitement tellement honte…
- Juha ? Est-ce que ça va ?
C’était sur, il devait obligatoirement se poser des questions maintenant. Entre tout à l’heure et maintenant, il y avait de quoi avoir un doute.
- Juha ?
Un silence se fit. Je n’osais toujours pas lever les yeux et ma main avait cessé tout mouvement. Soudain sa voix retenti de nouveau me faisant presque sursauter.
- Est ce que je suis ton premier mec ? Je veux dire, tu n’as pas fait cela dans le but de provoquer Gabriel ?
Aussitôt je lever les yeux, les plantant dans les siens voulant réparer cette incompréhension.
- Non pas du tout ! déclarais-je.
Puis voulant cesser de tourner autour du pot et voulant être le plus franc possible, je décidais de dévoiler une part de vérité :
- C’est juste que… J’ai pas eu l’occasion de coucher avec quelqu’un pendant des années et… Voilà j’ai peur de ne pas savoir comment m’y prendre…
Mon regard était de nouveau plongé dans la contemplation du sol. Rares était les fois ou j’avais eu aussi honte. J’aurais voulu disparaître à l’instant précis où j’entendis en plus un léger rire de sa part. Je sentis une main passer sous mon menton et l’attirer à lui. Il s’était abaisser un peu et avant que je n’ai le temps de faire ou dire quoi que ce soit, il prit possession de mes lèvres. J’avais tout de même du mal à oublier la honte que j’étais en train de vivre. Je sentis ses lèvres glisser finalement dans mon cou et il me murmura d’un ton qui se voulait rassurant :
- Comment peux-tu savoir que tu t’y prendras mal si tu n’essayes même pas. Laisse-toi aller et ne fait rien que tu n’ai envie de faire…
Rassemblant mon courage à deux mains, je me replaçais à ma place initiale, tandis que Dorian se remettait à l’aise. Si je voulais retrouver un minimum d’amour propre, je devais me lancer maintenant. Je repris son sexe de la main gauche cette fois-ci, comme pour prendre un nouveau départ et effleurais de ma langue son sexe. Je pensais en même temps à ce qui aurait pu me faire plaisir et tentais de le faire sur lui. Si j’étais légèrement hésitant au début, je gagnais peu à peu confiance en moi et mettais plus de cœur à la tache.
Au premier gémissement qu’il poussa je sentis mon ardeur décupler. Fier de ne pas m’en sortir trop mal, je continuais ma fellation, voulant plus que tout lui arracher encore des gémissements. Bientôt je sentit sa main se perdre dans mes cheveux, m’aidant sur le rythme à prendre une fois que je pris son sexe en bouche. Le sentir gonfler et se durcir ainsi avait quelque chose particulièrement excitant et je redécouvrais un nouveau plaisir.
Je mis aussi à mon tour à bander, et mon envie revenir en flèche. J’avais de nouveau envie de le sentir en moi. C’était le genre d’envies auxquelles il était très difficile de dire non.
Je continuais encore un peu, voulant l’exciter d’avantage. Puis je finis par craquer. Je remontais tout le long de son corps profitant pour me coller tout contre lui, attisant toujours le brasier qui brûler à l’intérieur de nous. Je retrouvais ses lèvres avec joie, l’embrassant comme jamais je ne l’avais fait. Il en ressentit directement mon envie, et y répondit avec la même intensité. Je frottais lascivement mes fesses contre son intimité, réclamant encore un fois qu’il m’offre au plus vite ce que je voulais.
Ne tenant plus, à l’aide de ma main, je m’empalais sur son sexe en érection soupirant cette fois-ci de bien être. Dorian lui gémit de contentement. Je m’écartais un instant de ses lèvres, plongeant mon regard dans ses yeux. Je passais mes deux bras autour de son cou, afin de trouver la meilleure position possible pour me mouvoir. Puis d’un simple regard nous comprimes qu’il était temps d’ y aller. Je rejoignis ses lèvres avant de commencer à me déhancher avec une langueur exagérée. De nouveau j’entendis les gémissement rauques sortir de sa bouche, me faisant frissonner de plaisir. J’accélérais progressivement la cadence, et lui suivait mon rythme à la perfection.
Plus on progressait plus je me sentais libre. C’était ainsi que je parvenais à le libérer vraiment de tout les résidus de sentiments qui ne m’appartenaient pas. J’étais pleinement moi même. Nos gémissements se faisaient échos comme si non étions à l’unisson. Je m’écartais une nouvelle fois de ses lèvres voulant voir l’expression dessinée sur ses lèvres. Il était en plein extase. S’il avait pensé faire tout cela avec moi la première fois ou il m’avait adressé la parole… C’était la même chose pour moi. Ce genre d’aventure ne m’était jamais arrivé. Ma frustration commençait enfin à me quitter progressivement et la fatigue de la journée à nous gagner. Ce n’est pas pour autant que je ralentissais la cadence, bien au contraire. Nous allions toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus profond.
Ce fut les yeux dans les yeux que nous jouissions ne pouvant retenir le plaisir bien trop puissant en nous. A la fin de ma libération, je laissais aller ma tête contre son épaule. J’étais littéralement vidé de toutes mes forces, et me sentais incapable de bouger ne serait-ce que le petit doigt. Tout avait été si intense…
Je respirais son odeur masculine à plein nez, emplie d’un profond sentiment de bien être, comme rarement j’en ressentais. Je n’avais pas envie de me retirer tout de suite. De toute façon je n’en aurais pas eu la force. Je sentais son souffle dans mon cou, telle une caresse, se calmer peu à peu. Mon cœur battait si fort dans ma poitrine que j’avais l’impression qu’il n’allait jamais se calmer. Je fermais les yeux, me laissant aller à cet instant de béatitude comme j’avais rarement eut l’occasion d’en vivre…
Pour la première fois depuis plus de dix ans, j’avais l’impression de voir se dessiner un avenir pas aussi sombre que je me l’étais imaginé. Dans mon état actuel, je ne pouvais de toute façon rien voir de manière pessimiste. Je soupirais une dernière fois de bien-être, enlacé dans les bras de mon amant d’une nuit…

10
mai

Once in a lifetime - chapitre 06

   Ecrit par : admin   et classé dans Once in a life time

 

 

Chapitre 06 

par Shinigami 

Alors que nous nous appretions à entrer dans la chambre d’Hayden, je remarquais immédiatement la présence des officiers en uniforme. Me tournant vers Julien, je vis que lui aussi l’avait remarqué et nous échangeâmes un regard paniqué. Cependant, au fond de moi, je savais ce que je devais faire. Il n’y avait pas d’autres solutions… Et je ne voulais pas qu’il arrive quoi que ce soit à Hayden… Prenant mon courage à deux mains, j’ouvris alors la porte. Aussitôt, tous les regards convergèrent vers moi et je vis Hayden pâlir brusquement alors qu’un officier se tournait vers lui :
- Je crois bien que si…
Puis, sans plus prêter d’attention à Hayden, il se tourna vers moi en même temps que son coéquipier. J’eu tout juste le temps d’adresser à Hayden un regard empli d’excuses, mais celui-ci sembla ne pas le voir.
- Vous voilà enfin jeune homme ! Déclara le plus âgé des deux policiers. Vous n’avez pas été difficile à trouver ! Reprit-il froidement.
A ces mots, je ne pus m’empêcher de baiser les yeux. Je n’arrivais pas à parler. L’émotion me nouait la gorge et ce n’était certainement pas celle que tout le monde semblait penser. Pourquoi Hayden me regardait-il de cette manière ? Pensait-il que je l’avais trahi ? Pensait-il que j’étais celui qui nous avait dénoncé ? Intérieurement, j’osais espérer que non. Sans que je sache pourquoi, la simple idée qu’il puisse me voir comme quelqu’un qui l’avait trahit me blessait énormément.
- Voilà ce que je vous propose, reprit-il l’officier face à mon silence. Vous nous suivez bien gentiment pour rentrer chez vous et nous oublierons tout sur l’implication des deux hommes ici présents.

Face à la menace à peine voilée, je relevais brusquement la tête, lançant à Hayden un regard empli de terreur. Si je ne voulais pas qu’ils aient des problèmes par la suite, je devais faire ce que l’on m’ordonnait… J’étais coincé… Je n’avais plus le choix… Oh, j’aurai pu refuser, mais qui sait ce qui arriverait à Hayden ? Je ne voulais pas être responsable de quelconques représailles à son encontre.

- Je vous suis, murmurais-je, dans un soupir résigné.
- Bien, vous avez prit la bonne décision. Veuillez nous suivre ! Déclara le second officier qui, jusqu’à maintenant était resté silencieux.
Prenant mon courage à deux mains, je relevais la tête, ne souhaitant pas partir sans une dernière image d’Hayden. Cependant, de peur d’y lire de la déception dans son regard, je ne m’attardais pas. Lui adressant un regard dans lequel j’espèrais qu’il décellerait le pardon que je lui adressais, je quittais la pièce. C’est sans le moindre mot que nous nous fîmes nos adieux…

Durant tout le trajet pour quitter l’hopitâl, je restais muet comme une tombe. Ce n’est que lorsque l’on fut dans la voiture que les deux hommes me demandèrent :

- Dis-nous petit ! Qu’est-ce qui t’as prit de t’enfuir de chez toi, comme ça ?
- Cela ne vous regarde pas, répondis-je d’une voix atone, regardant sans le voir le paysage qui défilait sous mes yeux.

- Pour aller traîner avec ce genre de gars en plus ! C’est pas bien malin ! Les gens comme lui sont pas fréquentables petit ! C’est une chance qu’il ne t’ai rien fait !
- Taisez-vous ! M’exclamais-je alors. Ne parlez pas de lui comme ça ! Vous ne le connaissez pas ! Ajoutais-je, furieux de les entendre dénigrer Hayden.

Surpris par mon éclat de voix, les deux hommes n’osèrent cependant pas contester mon le ton autoritaire sur lequel je m’étais adressé à eux, craignant certainement une quelconque remontrance de la part de mon géniteur si je décidais de me plaindre à lui. Soupirant de tristesse, je reportais mon attention sur le paysage qui défilait sous mes yeux, alors que la voiture m’emmenait à chaque seconde un peu plus loin de l’homme qui avait fait de mes rêves une réalité. Soupirant pour la énième fois, je dus me faire violence pour retenir les larmes qui menaçaient de s’échapper de mes yeux humides. J’avais envie de pleurer et mon coeur se révoltait à l’idée que le rêve puisse prendre fin de cette manière. J’en voulais à la terre entière, maudissant intérieurement mon père et ses foutus principes d’aristocrates. Moi, tout ce que je voyais, c’était cette liberté qu’on m’arrachait… Voilà à peine que je goûtais à cette impression d’être enfin le seul et unique maître de ma vie, à cette liberté dont j’avais tant rêvé, qu’on venait me la reprendre. Comme un oiseau à qui l’ont coupait les ailes après qu’il ait appris à voler… Jamais de ma vie je ne m’étais encore sentis aussi déçu…

Il nous fallu près de trois heures avant d’appercevoir les grilles de ma prison dorée. Lorsque la voiture s’arrêta dans la cours, je descendis et sans un regard pour mes kidnappeurs, je les abandonnais derrière moi, montant
silencieusement les marches du peron. Je me faisais l’effet d’un condamné à mort qui marche vers son bourreau…

D’un pas nonchalant, sans même véritablement regarder ou j’allais, je pris la direction de ma chambre, ignorant toutes les personnes que je croisais sur mon passage. Une fois la porte refermée derrière moi, je me laissais tomber sur mon lit avec un manque flagrant de délicatesse avec une désinvolture qui aurait fait grincer des dents à mon géniteur.
Je n’aurai su dire combien de temps je restais ainsi immobile, le visage enfoui dans mon oreiller. Je n’aurai su dire combien de temps je restais ainsi à ruminer ma rancoeur et ma colère envers l’homme qui me servait de père.

Je fus tiré des mes sombres ruminations par quelques coups discrets frappés à ma porte. Surpris, je ne fis cependant aucun mouvement pour me redresser et d’une voix atone, j’autorisais l’intrus à entrer. Alors que la porte s’ouvrait, j’entendis un hoquet de surprise. Etonné, je me redressais sur mes coudes pour voir la personne qui venait d’entrer et mon regard se posa sur Béatrice, ma femme de chambre.

- Alors c’est vrai ! S’exclama-t-elle, visiblement émue. Vous êtes rentré, Monsieur !

J’avais toujours beaucoup apprécié ma femme de chambre. A peine plus jeune que moi, elle devait avoir une vingtaine d’année et était à mon service depuis près de cinq ans déjà. Dire qu’elle était la personne dont je me sentais le plus proche n’était pas faut. A mon tour, je lui adressais un sourire radieux, vraiment heureux de la revoir. J’imaginais non sans honte la peine qu’elle avait du ressentir à mon départ.
- Bonjour Béatrice, déclarais-je en lui adressant un sourire tendre. Comment vas-tu ?

- Bien ! Répondit-elle en rougissant adorablement. Maintenant que vous êtes rentré, tout va bien. Puis-je me permettre une question Monsieur ? Demanda-t-elle après un court instant d’hésitation.
- Vas-y ! L’autorisais-je, en me redressant, m’asseyant plus convenablement sur mon lit afin de lui faire face.
Malgré ce que pouvais en penser mes parents, je la respectais trop pour ne pas lui accorder un minimum de politesse.
- Pourquoi êtes-vous parti, Monsieur ?
A cette question, je ne pus retenir un soupir d’exaspération, et mésinterprêtant ma réaction, elle s’empressa d’ajouter :

- Je vous prie de me pardonner, Monsieur ! Souffla-t-elle en s’inclinant respectueusement. Je n’aurai pas du vous poser cette question…

D’un signe de la main, je m’empressais de la rassurer, lui adressant un sourire apaisant.

- Ne t’inquiète pas. Ce n’étais pas contre toi…
Lorsqu’elle fut rassurée, je l’invitais à s’asseoir avant de lui répondre. Mal à l’aise, elle finit cependant par accepter et s’installa prudemment sur le fauteuil prêt de ma fenêtre. J’entrepris alors de lui expliquer les raisons de mon départ, m’amusant de ses réactions, lorsque j’en vins à lui parler d’Hayden et de la vie que j’avais vécu auprès de lui pendant ces quelques jours de liberté.
- Comment ce malotru a-t-il pu ainsi traiter quelqu’un de votre rang ? S’exclama-t-elle, horrifié par mon rapport lorsque je lui racontais, sans trop entrer dans les détails, ma vie en pleine nature.
A ces mots, j’éclatais de rire face à l’air outragé qu’elle abordait. Vraiment, il n’y avait pas fille plus adorable dans le monde.
- Excuses-moi Béatrice, me repris-je en la voyant baisser la tête, comme honteuse. Mon intention n’était pas de me moquer de toi ! C’est juste ta réaction qui m’a un peu surpris, lui expliquais-je.

Rassurée, elle m’adressa un petit sourire penaud. Sourire que je lui rendis. L’instant suivant, la porte de ma chambre s’ouvrait avec fracas, laissant apparaître la silhouette imposante de mon père. Aussitôt, Béatrice bondit sur ses pieds, comme prise en faute et s’en fut précipitament, tête baissée, sans un regard pour moi ou mon père.
- Vous l’avez effrayée ! Reprochais-je à mon géniteur, en me levant pour aller me poster à la fenêtre, lui tournant délibérément le dos.
- Depuis quand t’amuses-tu avec tes serviteurs ? Demanda-t-il sans prendre en compte mon reproche.
- S’il vous plait ! Soupirais-je. Veuillez cesser, père ! Laissez donc cette pauvre fille ! Elle n’est peu être qu’une servante, mais elle au moins à un coeur et se soucis de moi ! Fis-je remarquer, acide.
- Mais je me soucis de toi mon fils, rétorqua mon père sans la moindre honte. La preuve, je suis ici…
- Non, répliquais-je, toujours tourné vers l’extérieur. Vous vous souciez de votre réputation, père ! Un père qui se soucie de son fils ne devrait-il pas lui montrer un minimum d’affection et d’intérêt ? Ajoutais-je, cinglant, blessé malgré moi par le manque de considération dont il faisait preuve à mon égard.

Mon père eut la décence de ne pas chercher à me contredire, et même si cela me fit mal, je préférais qu’il en soit ainsi plutôt que de le voir s’enliser dans de vaines excuses hypocrites. Un silence lourd de gêne s’installa entre nous. Ce ne fut qu’après un temps indéterminé que mon géniteur reprit la parole :
- Serais-tu amoureux de cette fille ? Demanda-t-il sur un ton dans lequel je pus y déceler tout son mépris.
A ces mots, je ne pus réprimer un éclat de rire. Me tournant vers mon père, le lui ris ouvertement au visage dans un signe d’irrespect le plus flagrant.
- Veux-tu cesser ! M’ordonna mon père, furieux.
- Je n’ai pas d’ordres à recevoir de vous ! M’exclamais-je à mon tour. Je suis suffisament adulte et responsable pour prendre ma vie en main !
- Adulte ? Responsable ? Répéta mon père en élevant la voix. Laisse-moi en douter ! Vois ou tes débordements nous on conduit, Gwendal ! Tu as amené la honte et le déshonneur sur notre famille ! Tu n’imagines même pas dans quelle état se trouve ta pauvre mère !
- Donnez-lui donc quelques pièces d’or pour lui permettre de s’acheter une nouvelle toilette et la voilà qui retrouvera la santé ! Raillais-je.
- Ne soit pas aussi insolent veux-tu ! S’exclama mon père. A traîner avec ce batard tu en as même pris son absence d’éducation ! Cracha-t-il avec mépris.
- Ne parlez pas d’Hayden comme ça ! M’exclamais-je alors, les mots sortant de ma bouche avant que je prenne entièrement conscience de ce que je venais de dire. Vous ne le connaissez pas ! Ajoutais-je en sentant mes joues s’empourprer.

- Oh mais j’en sais suffisament pour savoir quel genre de personnage il est ! Cracha-t-il avec mépris. Quoi ? Ajouta-t-il en avisant mon expression horrifiée. Croyais-tu que je n’allais pas enquêter sur le kidnappeur de mon fils ? Crois-tu que j’ignore les vices qui le consumment et le pervertissent ? Fils de prostituée et pédéraste ! Tu n’aurais pas pu tomber plus bas…
- Méprisez-le tant que vous voudrez père ! Souffais-je, tentant de ne pas lui montrer la peine qui s’était emparée de moi en l’entendant dénigrer Hayden de cette façon. Il n’empêche que malgré tous ces vices que vous lui repprochez, il n’en reste pas moins bien plus humain que vous…

Mon père resta silencieux et durant l’espace d’un instant, je crus qu’il allait renoncer à me faire entendre raison. Mais mon optimisme s’envola aussitôt lorsqu’il reprit :

- Quoi qu’il en soit, tu épousera Mademoiselle Virginie. J’ai organisé un repas demain soir, durant lequel tu lui présentera tes excuses pour t’être comporté avec elle comme le pire des rustres. Et en fin de semaine, nous annoncerons vos fiancailles aux médias.
- Je ne l’épouserai pas père ! M’exclamais-je. Quel mot dans cette phrase n’avez-vous pas compris ?
- Tu fera ce que je t’ordonne ! Rugit mon père en me gifflant avec une telle force que ma vue se brouilla l’espace d’un instant.
- Vous ne pourrez pas me forcer éternellement père ! Crachais-je, avec mépris, portant une main à ma joue meurtrie.
- Tant que tu sera sous mon toit, le choix ne t’appartient pas ! Tu as des responsabilités envers ta famille !

- Non ! Vous avez tout décidé pour moi ! Depuis que je suis né vous avez fait en sorte de me faire à votre image, aussi parfait que vous l’êtes ! Mais ouvrez les yeux père ! Je ne suis pas comme vous et ne le serais jamais ! Je ne me plierai pas à vos exigences ! Le fait que je me sois enfui ne vous a-t-il donc rien appris ? Ajoutais-je, cinglant. Je ne suis pas votre fils, père… Je suis votre prisonnier !
- Prend le comme tu veux ! Déclara alors mon père en retrouvant son sang froid. Mais sache que, de gré ou de forces, tu épousera cette fille !
Alors que j’allais répliquer, un sourire mauvais vint étirer ses lèvres alors qu’il demandait d’une voix douceureuse :
- Tu ne voudrais pas qu’il arrive malheur à ton nouvel ami, n’est-ce pas, fils ?

Face à cette menace des plus explicites, je ne trouvais rien à répondre.
- Bien, je vois que nous sommes enfin d’accord ! Déclara mon père, visiblement satisfait. Et fait bien attention à toi, Gwendal… Le moindre faux pas de ta part, et tu peux dire “adieu” à ton ami…
Lorsque mon père eut refermé la porte derrière lui, j’abandonnais le masque impénétrable que je m’étais forcé à adopter en sa présence et portant la main à mon coeur, je me laissais tomber plus que je m’assis sur le bord de mon lit, bouleversé par les menaces que mon géniteur avait proférées à l’encontre d’Hayden.
J’étais bel et bien coincé… Quel autre choix avais-je à présent que de lui obéir et accepter ce mariage ? Je ne connaissais pas beaucoup Hayden et malgré notre relation plutôt houleuse, le simple fait de penser que mon père puisse lui faire le moindre mal me rendait malade.
Exténué par cette altercation, je me laissais tomber sur le matelas, ignorant ma joue douloureuse. L’instant suivant, quelques coups discrets furent frappés à ma porte.
- Qui est-ce ? Demandais-je, passablement énervé.
- C’est Béatrice, Monsieur ! Me répondit-elle de sa petite voix.
Me calmant aussitôt, je l’invitais à entrer.
- Verrouille la porte derrière toi, s’il te plait ! Lui demandais-je.
Si elle trouva ma demande plus que surprenante, elle n’en montra rien et s’excécuta sans protester.
- Merci, souris-je. Nous serons plus à l’aise pour parler… Je suis désolé pour tout à l’heure…
- Oh, ce n’est rien ! Déclara-t-elle avec empressement. Depuis qu’il a découvert votre départ précipité, Monsieur le Comte est d’humeur plutôt changeante… Ajouta-t-elle en choisissant ses mots avec précaution.
Reportant son attention sur moi, elle s’exclama alors, horrifiée :
- Monsieur ! Que vous est-il donc arrivé ?
Portant la main à ma joue, je lui adressais un sourire rassurant :
- Rien, ne t’en fait pas…
Elle ne sembla pas me croire, mais eut la décence de ne pas me contredire. Epuisé, je lui demandais alors :
- Pourrais-tu me faire préparer un bain, s’il te plait ? Et informe Patrice que je ne me joindrais pas à mes parents pour le dîner… Je mangerais dans ma chambre…
- Bien, Monsieur, souffla-t-elle en s’inclinant gracieusement.
Alors qu’elle s’apprêtait à partir, je la retins :
- Béatrice ?
- Oui, Monsieur ? Demanda-t-elle, surprise.
- Merci, soufflais-je, simplement en lui adressant un sourire empli de reconnaissance.
Elle ne répondit rien, mais j’eu le temps de voir ses joues prendre une belle teinte carmine avant qu’elle ne s’enfuit précipitament.
Durant les jours qui suivirent, je ne quittais ma chambre que pour le dîner auquel j’avais été forcé de participer. Je dus bien évidemment faire mes excuses à la jeune femme bafouée et bien que je comprenais très bien ses ressentiments, m’excuser ainsi auprès d’elle me coûta énormément. Cependant, n’ayant rien de particulier contre elle, je m’efforçais d’être le plus respectueux possible, gardant toujours en tête les menaces de mon père.
Pour couronner le tout, ma propre mère ne m’adressa pas la parole de toute la semaine et bien que je n’ai jamais été en très bons termes avec elle, cela me fut tout de même douloureux de la voir aussi distante envers moi. Je me sentais affreusement seul et mis à part Béatrice, je n’avais personne à qui parler et me confier. Et cette solitude commençait à me peser sur le coeur. De plus, je ne cessais de penser à Hayden… Que devenait-il ? S’était-il remit de sa blessure ? Etait-il encore chez Julien ou avait-il déjà reprit la route ? Pensait-il à moi ?…
En mon fort intérieur, je n’avais qu’une envie… Courir le rejoindre… Maintenant que j’avais goûté à la vie en liberté, me retrouver enfermé dans ma prison dorée me semblait la pire des tortures. Je n’avais même plus la possibilité de me promenner librement en extérieur. Du coup, je ne quittais plus ma chambre… J’allais devenir fou…
Lorsque Virginie et moi fûmes présentés aux médias, je fus pris d’un violent haut le coeur. Si ma future femme semblait plus que ravie et radieuse, pour ma part, je devais prendre sur moi pour donner bonne figure et me forcer à sourire, répondant avec politesse et courtoise feintes à leurs questions. A peine fus-je libéré de cette corvée que ma décision était prise… Il fallait que je parte… Il fallais que je m’enfuis si je ne voulais pas finir ma vie enfermé entre quatre murs dorés, subissant les sautes d’humeurs continus de ma charmante épouse aigrie. Cette vision d’horreur me donna la nausée et je du faire appel à tout mon sang froid pour ne pas tressaillir.
Arrivé dans ma chambre, je pris soins de fermer la porte à clée afin de ne pas être dérangé. Je voulais être seul pour déprimer à ma guise… Demain, je serais marié, enchaîné pour le reste de ma vie à une femme que je ne connaissais pas et que je ne voulais pas apprendre à connaître. Je n’avais jamais encore ressenti de sentiments amoureux, mais je savais que je n’aimerai jamais cette fille… Nous n’avions rien en commun ! Derrière son visage pomponné et délicat de poupée, je ne voyais rien d’autre qu’une fille insipide et sans personnalité conditionnée depuis son plus jeune âge à paraître parfaite. Je ne voulais pas d’une fille comme elle. Je ne voulais pas d’une fille du tout… Tout ce que je voulais, c’était quitter cette maison et non m’y retrouver enchaîner avec une potiche au bras…
Attrapant un stylo et une feuille de papier, je m’installais à mon bureau et commençais à écrire. J’écrivais deux lettres, une pour Béatrice, car je savais qu’elle ne comprendrait pas les raisons de mon choix. Je lui expliquais ce que je ressentais et les raisons qui me poussaient à partir. Elle n’était pas stupide, elle comprendrait… Je lui promettais également de lui écrire de temps en temps. La seconde était pour mes parents… A eux, je leur fis par de mes ressentiments vis à vis d’eux, leur faisant clairement comprendre ce que je pensais de leur attitude envers moi et ce qu’ils estimaient être “leur devoir familial”. Je leur fis part de la déception qui était la mienne à être sans arrêt incompris et ma rancoeur vis à vis d’eux à toujours avoir préféré leur petit confort et leur place dans la société à l’éducation et au bonheur de le fils unique… Je la concluais en leur faisant bien comprendre qu’il était inutile de me chercher et que je ne réapparaîtrait que lorsque je l’aurai décidé, que lorsque le chemin que je choisissais d’emprunter aujourd’hui ne me satisferait plus… Je leur demandais de transmettre mes plus plates excuses à Virginie mais sans trop m’attarder.
Une fois la lettre écrite, je la relue et la signais avant de la cacher dans un des tiroirs de mon bureau que je pris soin de fermer à clée avant de l’attacher autour de mon cou.
Satisfait de moi-même, mais ressentant tout de même un petit pincement au coeur, j’allais m’installer dans mon fauteuil face à la baie vitrée qui donnait sur le jardin. Là, le regard dans le vague, je laissais mon esprit vagabonder à sa guise, réfléchissant à un plan d’évasion. Tout ce que je savais, c’était que je ne pouvais pas partir ce soir, de nuit, je risquerai de me perdre…
Je dormis très mal cette nuit là et au matin, j’avais une tête affreuse. Chose que Béatrice ne se gêna pas de me faire remarquer, visiblement mécontente. N’étant pas d’humeur, et surtout un peu honteux de ce que je m’apprêtais à lui faire de nouveau subir, je ne répondis rien, acceptant ses réprimandes avec abnégation.
Le mariage étant prévu pour la fin de la matinée, je fus réveillé de très bonne heure pour être prêt à temps. Comme un automate, je me lavais et une fois propre, je fus assailli par Béatrice et moult couturières qui m’aidèrent à m’habiller, retouchant les derniers détails de mon costume impéccable.
Une fois prêt, je demandais à ce que l’on me laisse seul un moment avant de descendre rejoindre mes parents dans le hall d’entrée afin de retrouver le chauffeur personnel qui me mènerait à l’église. Une fois seul, je sortis mes lettres. Je posais celle dédiée à mes parents sur mon bureau et celle pour Béatrice, à l’endroit où elle la trouverait le plus rapidement possible, c’est à dire, sur mon lit.
Puis, je quittais la pièce sans un regard en arrière. Lorsque j’arrivais dans le hall d’entrée, mes parents étaient déjà partis et émue comme jamais, Béatrice me prit dans ses bras en me souhaitant bonne chance. Je me sentis coupable de lui rendre son étreinte et me contentais de lui adresser un sourire de remerciement, même si le coeur n’y était pas. Après quoi, je montais dans la voiture luxueuse qui m’attendait au bas des marches. Une fois que Patrice eut refermé la portière derrière moi, j’ordonnais au conducteur de démarrer.
Ce ne fus que lorsque nous fûmes suffisament éloignés que je me décidais à agir. Sortant une énorme liasse de billets de la poche intérieure de ma veste, j’en séparais la moitié et la tendant au conducteur, je déclarais sur un ton qui n’admettait aucun refus :
- Conduisez-moi à

 

Trowbridge ! Je vous donne la moitié maintenant pour le trajet et l’autre moitié en arrivant sur place pour votre silence ! Puis-je compter sur vous ?
- Il en sera selon vos désirs, Monsieur ! Répondit le chauffeur en attrapant la demi liasse de billets que je lui présentais.
- Bien, à présent, dépêchez-vous, s’il vous plait ! Mais tâchez tout de même de ne pas trop attirer l’attention sur nous…
Il nous fallut un peu plus de deux heures pour arriver à
Trowbridge . Comme je l’avais promis à mon chauffeur, je lui tendis la deuxième moitié de la liasse de billets et sortais de la voiture après m’être assuré qu’il ne répèterait rien de ma destination à personne, à moins qu’il ne souhaitait être impliqué dans une méchante affaire d’enlèvement…
Puis, satisfait de moi, j’entrepris de retrouver l’hopitâl où avait été admis Hayden près d’une semaine plus tôt. Après moult détour inutiles, je retrouvais enfin le fameux hopitâl et sautant dans le premier taxi qui passait, je demandais :
- Conduisez-moi à Heddington !
Heureusement que j’avais eut le bon sens de regarder les panneaux d’indications lorsque nous avions quitté la maison de Julien pour emmener Hayden à l’hopitâl, sans ça, j’aurai été incapable de savoir où je me trouvais…
Il me fallut encore un peu plus d’une heure pour arriver à Heddington. Une heure durant laquelle je songeais à ce que je venais de faire… Avais-je fait le bon choix ? Le regretterais-je un jour ? Aurais-je du écouter mon père et épouser cette fille qu’il avait choisit pour moi ? Je n’en savais rien. J’étais complêtement perdu et je réalisais qu’à présent, quoi que je ferais, je serais seul… Je ne pouvais définitivement plus compter sur l’aide et le soutien de mes parents… J’étais livré à moi-même et j’avais tout perdu…
Une fois arrivé, je demandais au chauffeur de me déposer sur la place du village et après avoir payé ma course et un supplément pour sa discrétion, j’entrepris de me repérer.
Planté au milieu de la place, je regardais autour de moi d’un air hagard, complêtement perdu. Je ne saurais dire combien de temps je restais là, immobile à essayer de deviner la direction de chez Julien. Soudain, je sentis une main se poser sur mon épaule et retenant à grand peine un cri de surprise, je me tournais vers l’inconnu qui venait de risquer de me faire mourir prématurément d’une crise cardiaque. Je tombais alors nez à nez avec le plus vieil homme que j’avais encore jamais rencontré ! Son visage était marqué de profondes rides sûrement dues à son presque siècle, mais l’horreur absolue, ce fut lorsqu’il ouvrit la bouche… Toutes ses dents de devant étaient tombées… Réprimant un cri de terreur, je pris sur moi et, adressant un sourire poli à l’arrière arrière grand père qui se tenait devant moi, je tentais discrêtement de reculer de quelques pas.
- Vous êtes perdu jeune homme ? Demanda-t-il d’une voix tremblante.
- Et bien… Je cherche la maison d’un ami… Julien, mais je ne sais pas si cela vous dit quelque chose…
- Julien ? Bien sûr que si ! Tout l’monde le connais ici !
- C’est vrai ? M’exclamais-je, incrédule. Pourriez-vous m’indiquer la direction à suivre ?
- Rien d’plus simple ! Voyez la rue qui descend là ? Déclara-t-il en m’indiquant la direction. Suffit d’prendre à gauche au niveau de l’épicerie et c’est toujours tout droit ! Après z’arrivez à un chemin de terre et là faut prendre à droite ! Et après c’est au bout du ch’min ! Vous pouvez certain’ment pas vous tromper, M’sieur !
Je remerciais alors chaleureusement le vieil homme, et le coeur battant à tout rompre, je m’engageais sur le chemin indiqué en courant presque. Il me fallut près d’une vingtaine de minutes pour arriver chez Julien. Sans que je ne sache réellement pourquoi, une énorme bouffée de chaleur s’empara de moi lorsque je vis enfin apparaître devant moi la maison de Julien. Et si Hayden était déjà parti ? Le coeur cognant violemment dans ma poitrine, j’inspirais longuement alors que j’arrivais sur le perron. Là, je frappais à la porte, me doutant cependant que Julien serait certainement en train de travailler. N’obtenant aucune réponse, je m’asseyais alors sur les marches et, n’ayant rien d’autre à faire, j’attendis patiement que Julien et, je l’espérais, Hayden, reviennent.
Je ne saurais dire combien de temps je patientais ainsi, mais cela me sembla interminable. Le soleil descendait lentement mais sûrement derrière les arbres, allongeant leur ombre leu donnant une forme irréelle. A chaque instant, je craignais de voir mon père débarquer pour me rammener chez lui de force pour épouser Mademoiselle Virginie. Soudain, une voix suivie d’une deuxième que je reconnue comme étant celle d’Hayden s’éleva en provenance du chemin qui menait au champ. Relevant la tête, je les vis arriver dans ma direction et je ne pus m’empêcher de sourire, tout simplement heureux de les revoir.
Sous l’effet de la surprise, ils marquèrent un temps d’arrêt, puis, à mon plus grand bonheur, je vis Hayden me retourner mon sourire alors qu’il venait à ma rencontre, suivit de Julien. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques pas de moi, je me relevais, sans cesser de sourire. Cependant, lorsqu’il arriva à ma hauteur, je ne sus comment réagir, ni que dire. Mal à l’aise, je baissais les yeux, maltraitant mes doigts comme un enfant prit en faute.
Finalement, face à notre malaise évident, ce fut Julien qui brisa le silence, déclarant fortement :
- Et bien ! Tu ne devais pas te marier aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Je… Commençais-je avec hésitation.
Et si je m’étais trompé ? Et si Hayden était finalement soulagé de ne plus avoir à me supporter ? Ce fut Hayden qui me tira de ce mauvais pas. Se tournant vers Julien, il demanda sur un ton grave qui me surpris un peu :
- Est-ce que tu peux nous laisser seul…
A mon plus grand soulagement, Julien accepta sans faire d’histoire et après un dernier sourire à notre attention, il se dirigea vers la maison, refermant la porte derrière lui. Ce ne fut qu’une fois seuls, qu’Hayden prit la parole :
- Si nous allions nous installer vers le ruisseau, je pense que nous avons beaucoup à nous dire et ce sera plus frais et plus agréable là bas…
Ce fut à mon tour de suivre Hayden, docilement et en silence. Je n’osais pas parler… Je ne savais pas quoi dire et intérieurement, je craignais toujours un rejet de la part de mon aîné. Le trajet jusqu’à la rivière n’était pas très long et quelques minutes plus tard, Hayden prit place sur un tronc d’arbre couché et, me désignant la place libre, il déclara :
- Assied-toi…
Un peu hésitant, je finis tout de même pas accepter, tout en gardant une distance raisonnable. Le silence s’installa de nouveau entre nous. Je n’étais pas décidé à parler en premier… Pas tant que je ne saurais pas de l’état d’esprit d’Hayden quant à ma présence ici bas.
- Je comprend le choix que tu as fais, Gwendal, déclara-t-il gravement après une petite minute de silence. Mais est-ce que c’est vraiment ce que tu désires ? Tu n’as pas fait ça sur un coup de tête ? Tu comprends ce que tu laisses derrière toi ?
- Je comprendrais si tu ne voulais pas que je te suive, répondis-je aussitôt, subitement honteux d’avoir pensé qu’il m’accepterait à ses côtés. Quel idiot, je m’impose à toi, sans savoir si cela te dérange…
- Ce n’est pas véritablement par choix que je me suis lancé dans ce style de vie. Au fond, j’ai toujours été un peu ainsi, même si j’ai commencé à errer à partir de mes 16 ans, déclara-t-il sans prendre en compte ma réflexion. Je n’ai jamais eu tout ce que tu as eu Gwendal. A vrai dire, j’ai commencé la vie avec moins que rien. Cette liberté est quelque part pour moi la seule chose que je possède maintenant, et parfois j’ai même l’impression que c’est elle qui me possède…
Je ne répondis rien, me contentant de l’écouter religieusement, même si je ressentis tout de même un élan de honte lorsqu’il évoqua notre différence, celle qui faisait de nous ce que nous étions. Moi le pauvre fils de bourge qui pouvait posséder tout ce qu’il voulait, hormis cette liberté à laquelle j’aspirais, et lui, partit de rien, qui à présent, possédait rien hormis la liberté.
- Mais si tu veux vraiment venir avec moi, si tu es certain de ton choix, et que tu sais ce qui t’attends, c’est à dire zéro confort mais une vie vécue à 100 %, alors je serais heureux de te le faire découvrir.
Malgré la joie que je ressentais à entendre ces mots, je restais silencieux, n’osant toujours pas le regarder. Après un temps, je finis par prendre la parole :
- Je… Je ne suis pas parti sur un coup de tête. Je suis parti parce que je ne veux pas de cette vie que mon père à décidée pour moi… Souffais-je, la voix étouffée par les pleurs que je retenais. Je veux être libre de faire ce que je veux faire de ma vie et je serais vraiment heureux de faire ce voyage avec toi… Si tu acceptes, bien sûr, m’empressais-je, d’ajouter.
- Alors nous voilà compagnons de voyage ! S’exclama-t-il avec un sourire. Pour le meilleur et pour le pire ! Ajouta-t-il amusé en me tendant la main.
Sans la moindre hésitation, répondant à son sourire, je serrais cette main qu’il me présentait, officialisant notre accord tacite qui, à présent, liait nos chemins.
Nos mains se lachèrent et chacun de nous reporta son attention sur le ruisseau. Hayden semblait plongé dans ses pensées, si bien que je restais silencieux. Cependant, je finis par briser le silence apaisant qui nous enveloppait :
- Comment tu vas ? Demandais-je, retrouvant instantanément la manière de parler d’Hayden qui aurait horripilé mon père au plus haut point.
- Avec le repos forcé que m’a imposé Julien, beaucoup mieux. Ce n’est pas encore ça, mais encore quelques jours et je serais parfaitement remis sur pieds !
- Comment tu as fait pour retrouver ton chemin jusqu’à chez Julien ? Demanda-t-il alors, visiblement plus que curieux.
- Je… J’ai soudoyé le chauffeur, avouais-je en m’empourprant violemment. Je lui ai demandé de m’emmener jusqu’à Trowbridge… Là, j’ai pris un taxi jusqu’ici et c’est un très vieil homme qui devait au moins avoir l’âge de mon arrière-arrière grand père qui m’a indiqué le chemin à suivre jusqu’ici…
- J’ai pensé à prendre de l’argent cette fois ! Ajoutais-je, fier de moi, après un court silence.
Hayden ne répondit rien, mais je vis un sourire amusé venir étirer le coin de ses lèvres.
- Et si nous retournions voir Julien, déclara-t-il après un court silence. Il doit être en train de nous attendre pour manger.
J’acquièçais et nous prîmes la direction de la maison, à nouveau réunis.
Le reste de la journée se passa tranquillement. Nous aidâmes Julien du mieux que nous pûmes et je fus heureux de retrouver rapidement ma place parmis eux. Contrairement à Hayden qui semblait un peu plus réservé, Julien lui, ne cachait pas sa joie de me revoir, me posant de nombreuses questions. Le repas du soir fut gargantuesque et après avoir pris une douche des plus attendues afin de nous soulager de la poussière et de la sueur de la journée, nous nous installâmes dans le salon, parlant de tous les sujets qui nous venaient à l’esprit. Cependant, épuisé par les émotions fortes de la journée, je fus le premier à monter me coucher.
Là, je passais à la salle de bain après avoir retrouvé ma brosse à dents et me brossais longuement les dents. Puis, je peignais mes cheveux pour la nuit. Une fois prêt, je me dévêtis et enfilais mon pyjama avant de me blottir dans le lit froid. Etrangement, mon coeur s’était compressé lorsque je m’étais retrouvé seul, comme accablé d’un poids trop lourd à porter. Malgré ma décision, je ne pouvais m’empêcher de me demander si j’avais fait le bon choix… Combien de temps Hayden m’accepterai-t-il à ses côtés ? Je savais qu’il n’était pas du genre à accepter quelqu’un auprès de lui, mais alors, pourquoi m’avait-il permis de l’accompagner ?
Mes pensées se tournèrent vers ma mère… Etait-elle soulagée d’être enfin débarassée de ce fils qui, tout au long de sa vie, ne lui a apporté que des déceptions ? Et moi père ? A l’heure qu’il est, il devait certainement m’avoir déjà renié, me maudissant de toute son âme.
Sans que je ne m’en rende compte, des larmes s’échappèrent de mes yeux pour bientôt se transformer en sanglots. Reniflant, je n’entendis pas Hayden entrer dans la chambre. Je ne me rendis compte de sa présence que lorsqu’il s’assis près de moi et m’appelant :
- Gwendal ? Souffla-t-il, tout bas.
Je ne répondis rien, me recroquevillant davantage sur moi-même, honteux qu’il me voit ainsi.
- Qu’est-ce qui ne va pas, Gwendal ? Demanda-t-il de nouveau en posant doucement sa main sur mon épaule. Tu sais que tu peux m’en parler…
A ces mots, je craquais et me tournais vers lui, le visage ruisselant de larmes.
- Je… J’ai peur, Hayden, avouais-je à mi-voix. Je viens de réaliser que j’ai tout abandonné, mais pour quoi ? J’ai simplement peur… Je suis terrifié !
- Viens là, déclara-t-il alors en ouvrant ses bras en une invitation à venir m’y blottir.
Je l’observais un instant, récalcitrant. Jamais encore quelqu’un m’avait prit dans ses bras, pas même mes parents… Semblant se rendre compte de mon hésitation, il répéta d’une voix douce :
- Viens, insista-t-il sans pour autant me forcer.
J’hésitais encore un instant, ne sachant trop comment réagir, puis finalement, je cédais. Timidement, je m’approchais de lui et il n’en fallut pas plus à Hayden pour annihiler la distance qui nous séparait encore, m’enlaçant entre ses bras puissants. Je n’aurai su dire ce que je ressentais à être ainsi enlacé pour la première fois de ma vie. Les mains d’Hayden caressaient mon dos et mes cheveux et jamais je n’avais encore reçu de telles démonstrations de tendresse et de douceur. Cette constatation fit redoubler mes larmes et abandonnant toute retenue, j’enfoui mon visage contre le torse puissant d’Hayden, tentant d’ignorer ce sentiment de bien être qui m’assaillait. Là entre ses bras, je me sentais protéger et en sécurité comme si plus rien ne pouvait plus m’atteindre ni me blesser. Sentir la chaleur de son corps contre le mien avait quelque chose de rassurant…
Je n’aurais su dire combien de temps nous restâmes ainsi enlacés. Lorsque mes sanglots se tarirent, je pris la parole, souhaitant me libérer d’un poids trop lourd à garder pour moi, mais je n’esquissais pas le moindre mouvement pour me relever, bien trop à l’aise entre ses bras :
- Quand je suis rentré, l’accueil était plus que glacial, murmurais-je. Mon père m’a reproché toute la semaine d’être partit sans rien dire. Il m’a dit que…
Je fis une pause et me redressais, conscient que je devais gêner Hayden. Délicatement, il essuya du bout du pouce les traces de larmes qui maculaient encore mes joues, me faisant frissonner à ce contact, alors que je me sentais rougir. Malgré ses doigts rugueux, je me surpris à apprécier ce geste de tendresse à mon égard. Ce ne fus que lorsque ses doigts quittèrent ma joue que je repris mon récit :
- Mon père m’a dit qu’il comptait sur moi, et que je l’avais profondément déçu, repris-je, altérant quelque peu la dureté et la méchanceté des propos de mon père, ne voulant pas en plus de cela, m’attirer la pitié d’Hayden. Ma mère ne m’a pas une seule fois adressé la parole… Mais… Mais ce qui a été le plus dur, c’était de me rendre compte que mon père ne me voyait finalement que comme un moyen d’assurer sa position sociale.
Prenant une profonde respiration pour refouler les larmes qui menaçaient de nouveau de s’échapper de mes yeux, je repris d’une voix mal assurée :
- Je ne voulais pas de cette vie… Je ne voulais pas vivre ce que mon père avait planifié pour moi… Et… Je ne sais pas si celle que je choisis est meilleure… J’ai peur de faire une grosse erreur, et je sais que mon père ne me le pardonnera jamais. Je ne peux plus revenir en arrière…
Je m’arrêtais de nouveau et un long silence suivit cet aveu. Sentant que je n’avai plus rien à ajouter, Hayden prit la parole, d’une voix douce que je ne lui connaissais pas :
- Tu trouveras ta voie Gwendal. Laisse-toi juste le temps de prendre du recul. Toi seul parviendra à juger de ton choix, mais tu ne peux pas revenir en arrière. Alors fait avec et regarde plutôt vers l’avant. Ne regrette pas. Profite de ce que la vie va maintenant pouvoir t’offrir. Je ne te promet rien… Je ne sais pas si ce mode de vie te conviendra… Mais je suis là… Et je t’apporterais tout ce que je pourrais dans une moindre mesure. Et surtout, si tu as des doutes, n’hésite pas à m’en parler…
Je ne répondis rien, n’ayant rien à répondre. Ses mots sonnaient comme une promesse à mes oreilles, me touchant au plus profond de moi. Je lui adressais alors un sourire un peu intimidé tout de même, en guise de remerciement. Puis, épuisés, nous nous installâmes pour dormir sans qu’aucun autre mot ne soit échangé.
Le lendemain je me réveillais avec l’impression que quelqu’un s’agitait tout autour de moi. Je me redressais alors et ébloui par la lumière blanche qui éclairait la pièce, j’observais Hayden qui fermait son sac. Etouffant un bâillement, je demandais d’une voix encore toute endormie :
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je prépare nos affaires, répondit-il en me souriant. Bien dormi ?
- Je… Oui… Nos affaire ? Répétais-je, incrédule. Nous partons ?
- Je pense que ton père ne tardera pas à venir chercher ici… Alors oui, nous prenons la route, répondit-il simplement.
- Mais… Et ta hanche ! M’exclamais-je, inquiet pour lui, ne me rappelant que trop bien la dernière fois.
- Ca ura si je me ménage, répondit-il, m’adressant un sourire que je devinais rassurant. J’ai pris tes affaires importantes que j’ai mis dans un sac que m’a prêté Julien et qui sera plus facile à transporter pour toi. Il te prête aussi un duvet. Je te laisse le soin de rajouter ce que tu veux vraiment amener avec toi. Le reste restera en sécurité ici. Je vais rejoindre Julien, nous t’attendons pour le déjeuner.
Et avant que je n’ai le temps d’enregistrer toutes les informations qu’il venait de m’apprendre, il quittait la chambre. Obéissant aux ordres d’Hayden, je laissais plus de la moitié de mes affaires ici et après m’être lavé et habillé, je descendis les rejoindre à la cuisine.
Moins de deux heures plus tard, nous passions le portail de la propriété de Julien, nos sacs remplis. Les “au revoir” entre Julien et Hayden avaient été rapides. Contrairement à eux, je serrais Julien dans mes bras, le remerciant pour son hospitalité et sa générosité, lui souhaitant que tout s’arrange pour lui. Nous retournant, nous lui adressâmes un signe de la main. Je n’avais pas la moindre idée de l’endroit où nous nous rendions, ni de ce que nous allions vivre et malgré moi, j’appréhendais un peu. Reportant mon attention sur Hayden, je demandais :
- Où allons-nous ?
- Droit devant ! Répondit-il, un sourire amué étirant ses lèvres. Là où nous le désirons.
- D’accord, me contentais-je.
Cela me suffisait. Nous marchâmes pendant près d’une heure dans un silence monastique, ce qui m’étonna car ce n’était pas vraiment le genre d’Hayden de rester silencieux aussi longtemps. Brisant le silence, je demandais alors que nous traversions une forêt, Hayden préférant éviter les routes le plus souvent possible.
- Est-ce qu’il va te manquer ?
- Hein ? S’exclama Hayden, perdu. Qui donc ?
- Ben Julien ! A ton avis, qui d’autre ? Soupirais-je.
- Excuse-moi, je pensais à autre chose. S’il va me manquer ? Un peu oui, avoua-t-il. C’est un très bon ami, je tien beaucoup à lui…
- Oh… Soufflais-je.
Sans savoir d’où elle venait, je sentis, l’espace d’un instant, une vague nostalgie m’envahir brusquement. Plus le temps passait et plus j’apprenais à apprécier Hayden, et malgré la tendresse qu’il pouvait faire preuve à mon égard de temps en temps, je doutais réellement qu’il m’apprécie autant que je l’appréciais. Cependant, je me devais de lui être reconnaissant de supporter ma présence et de m’accepter à ses côtés.
- C’est vrai qu’il est gentil, soufflais-je avant de me murer de nouveau dans le silence.
Je ne sais combien de temps nous restâmes de nouveau silencieux. Marchant derrière Hayden, j’étais plongé dans mes pensées si bien que je ne le vis pas s’arrêter et lui fonçais dedans. Sous le choc de l’impact, je tombais en arrière, trop surpris pour crier.
- Ca va Gwen ? Demanda Hayden en me tendant la main pour m’aider à me relever.
- Oui ça va ! Tu peux pas prévenir quand tu t’arrêtes ? M’exclamais-je en attrapant la main qu’il me tendait.
- C’est toi qui était dans la lune ! S’exclama-t-il avant de se taire et de m’observer avec attention.
- Quoi ? Grognais-je, mal à l’aise de le voir m’observer et me dévisager ainsi, comme si je n’étais rien de plus qu’un animal de foire. Est-ce que tu as été un vautour dans une autre vie ?
- Non, excuse-moi ! Répondit-il, un sourire malicieux qui ne m’inspirait pas la moindre confiance, étirant ses lèvres. Mais vu ton poids plume, c’est pas étonnant que tu t’envoles au premier coup de vent !
- Mon poids plume ? Répétais-je, incrédule. Dis, si tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de m’insulter, la prochaine fois abstiens-toi ! Je n’ai que faire de tes remarques sarcastiques !
- Ca va, excuse-moi ! Je n’ai pas dit ça pour te blesser, déclara-t-il, perdant son sourire.
- C’est bon, soufflais-je en le dépassant. Pourquoi tu t’es arrêté ?
- Tu n’as pas faim ? Demanda Hayden en retrouvant son sourire.
- Si, répondis-je en lui rendant son sourire. Un peu.
- Dans ce cas, trouvons un coin sympa pour manger !
L’instant suivant, nous arrivâmes dans une clairière très agréable. Imitant Hayden, je jetais mon sac avant de me laisser littéralement tomber sur le sol, éreinté et le dos en miettes. Cependant, alors que mes genoux touchaient terre, je ne pu retenir un cri de douleur en sentant quelque chose de pointu s’enfoncer dans ma peau, faisant sursauter Hayden.
- Gwen ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Ca va pas de crier comme ça ?
- Je… Commençais-je en m’asseyant afin d’observer mon genou. C’est cette pierre ! Je me suis fait mal !
- Et tu cries comme ça pour ça ? S’exclama Hayden, incrédule.
Pour toute réponse, je lui lançais un regard assassin, ne prenant même pas la peine de lui répondre. Soupirant de lassitude, il demanda, s’efforçant au calme :
- Allez, montre-moi…
- J’ai pas besoin de ton aide ! Déclarais-je, catégorique en me détournant de lui.
- Très bien, comme tu veux ! Souffla-t-il en allant s’asseoir en face de moi.
Là, il commença à sortir la nourriture de son sac et me tendis un bout de viande séchée avec du pain. Je les pris et commençais à manger en silence, jusqu’à ce qu’Hayden prenne la parole :
- Avec un peu de chance, demain soir nous pourrions dormir dans un lit !
- Ah bon ? Demandais-je.
- Oui, j’ai un ami qui n’habite pas très loin d’ici. A une journée de marche, peut être moins, je sais plus trop.
- Oh…
- Ca ne te fait pas plaisir ? Demanda Hayden, surpris.
- Si, répondis-je en esquissant un sourire. Mais déjà faudrait-il que j’arrive jusqu’à là bas… Si je ne sens plus mes pieds, je te parle pas de l’état de mon dos… Soupirais-je en fermant les yeux, callant mon front contre mes mains. Comment tu fais pour ne pas être dans le même état que moi ?
- L’habitude, répondit Hayden. Je suis sur la route depuis quelques années de plus que toi, ne l’oublie pas.
Les yeux toujours fermés, je ne répondis rien, tentant de faire le vide dans mon esprit pour occulter la douleur. Trop concentré, je n’entendis pas Hayden se lever et je sursautais, me redressant violemment en sentant des mains se poser sur mes épaules.
- Calme-toi, souffla mon aîné avec ce qui semblait être une pointe d’amusement dans la voix. Ce n’est que moi !
Lentement, il commença à dénouer lentement chacun des noeuds douloureux qui contractait mes muscles. Et bientôt, sous la chaleur bienfaisante de ses doigts, je ne tardais pas à me laisser aller à fermer les yeux, engourdis par la sensation de bien être qui m’envahissait.
Bien trop tôt à mon goût, Hayden retira ses mains de mon dos, mais encore plongé dans cet état d’euphorie, je ne réagis pas immédiatement. Ce fut la voix d’Hayden qui me sortit de mes pensées :
- Ca va mieux ?
- Merci, oui ! C’est très agréable, et je n’ai presque plus mal ! Comment tu fais ? Demandais-je.
- Si je te le disais ça ne marcherai plus ! Répondit Hayden en m’adressant un clin d’oeil qui me fit sourire. Une pomme ? Me proposa-t-il en retournant à ça place.
- Avec plaisir ! Merci ! Répondis-je en attrapant celle qu’il me lançait.
Je mangeais ma pomme en silence et ce ne fut qu’après une petite sieste que nous reprîmes la route. Cependant, alors que nous marchions depuis une vingtaine de minutes, le pluie se mit à tomber en une violent averse. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous étions complêtement trempés. M’attrapant par le bras, Hayden s’écria afin de se faire entendre malgré le vacarme :
- Viens ! Il y a une grotte où nous pourrons nous abriter par très loin d’ici !
Sans un mot, grelottant de froid et trempé jusqu’aux os, je lui emboitais le pas. Comme prédit pas Hayden, il ne lui fallut pas longtemps pour trouver la grotte en question. Après un instant d’hésitation à le voir disparaître dans les ténèbres, retenant un frisson d’anxiété, je le rejoins. A tâtons, j’entrais dans la grotte sombre, ignorant où je mettais les pieds, me guidant par les bruits que faisait Hayden. Pour la seconde fois de la journée, je lui rentrais dedans et cette fois-ci, il me rattrapa avant que je ne perde l’équilibre.
- Fais attention ! Souffla-t-il. Voilà, nous allons attendre ici que l’averse se calme.
Là, il alluma une lampe de poche et commença à observer la grotte. Elle était profonde et suffisament grande pour que nous ayons la place de bouger. Apeuré, je n’osais pas m’éloigner d’Hayden. Les bras crispés autour de moi, je tentais de me réchauffer, ignorant les frissons glacés qui parcouraient mon corps. Reportant mon attention sur moi, Hayden déclara alors :
- Change-toi, Gwen ! Ne reste pas comme ça, tu vas attraper la mort !
Docilement, j’allais chercher mon sac et enlevant les affaires de dessus qui avaient prit l’eau, je cherchais des affaires sèches. Là, je me tournais vers Hayden et demandais entre deux claquement de dents :
- Tu peux partir, s’il te plait ?
- Partir ? Pour quoi faire ? Demanda-t-il, surpris.
- Pour que je puisse me changer, évidement ! A ton avis, pourquoi d’autre ?
- Parce que tu crois vraiment que je vais ressortir, juste pour te permettre de te changer ? S’exclama-t-il, incrédule.
- Et bien… Oui ! Affirmais-je.
- Tu sais, commença Hayden. Je t’apprécie beaucoup, Gwen, mais pas au point d’aller faire un tour dehors par ce temps. Allez, change-toi ! M’ordonna-t-il.
Ignorant son ordre, je restais là, immobile, serrant mes vêtements contre moi. Lorsqu’il réalisa que je ne bougeais pas, Hayden soupira :
- Promis, je ne regarde pas ! J’ai passé l’âge de ce genre d’enfantillages tu sais ! Ajouta-t-il en m’adressant un sourire sardonique. Et tu n’es certainement pas le premier homme que je vois nu !
A ces mots, je ne pus m’empêcher de m’empourprer violemment. Après un dernier regard à Hayden pour être sûr qu’il ne me regardait pas, j’entrepris de me déshabiller, tentant de maitriser au mieux les tremblements de mon corps. Il ne me fallut pas longtemps pour me changer. Une fois habillé de sec, je me sentais déjà mieux, mais j’avais toujours aussi froid, comme si mon sang avait gelé et malgré tous mes efforts, je ne pouvais m’empêcher de trembler. A l’aide de la faible lueur que nous proccurait la lampe de poche, j’allais m’asseoir contre la parois de la grotte, ramenant mes jambes contre moi.
- Je crois que nous allons attendre là jusqu’à ce que l’averse se calme, déclara alors Hayden en venant s’asseoir à mes côtés. Ca va toi ? Ajouta-t-il en reportant son attention sur moi.
- Je… J’ai froid…
- Attend, souffla Hayden en se relevant. Ne bouge pas.
Il s’éloigna de quelques pas et je l’entendis vaguement s’affairer. Puis, l’instant suivant, il reprit place à mes côtés et nous recouvrit de ce que je supposais être son duvet. Les tremblements qui parcouraient mon corps s’arrêtèrent alors et les claquements de mes dents s’espacèrent, mais j’avais toujours l’impression d’être gelé de l’intérieur.
- Ca va mieux ? Demanda doucement Hayden en caressant doucement mes cheveux.
- Un peu… Oui… Je… Euh… Merci…
J’eu à peine le temps de terminer ma phrase que je sentis Hayden passer un bras puissant autour de mes épaules, m’attirant à lui.
- Viens contre moi, souffla-t-il. Il n’y a rien de mieux que la chaleur humaine pour réchauffer. Et si vraiment ça marche pas, reprit-il un court instant plus tard, je connais une autre méthode autrement plus agréable…
- Hein ? M’exclamais-je en me redressant légèrement.
- Ca va ! Pouffa Hayden. Je plaisantais ! Allez, viens-là !
Docilement, je me laissais aller contre Hayden, allant même jusqu’à poser ma tête contre son épaule. Je n’aurai su dire combien de temps nous restâmes ainsi, à écouter silencieusement la pluie tomber en un grondement assourdissant. Puis, brisant le silence qui nous enveloppait, je demandais doucement, apaisé par la douceur de ses doigts qui passaient encore et encore dans mes cheveux, en une tendre caresse :
- Hayden ?
- Mmh… Oui ?
- Tu es né où ?
- A Lyon, répondit-il distraitement.
- Lyon ? Répétais-je, hésitant. Je ne connais pas cette ville… C’est où ?
- En France.
- En France ? Tu es né en France ? J’aurai jamais deviné… Tu n’as aucun accent !
Pour toute réponse, Hayden esquissa un sourire amusé avant de répondre, après un instant de silence :
- Quand on passe beaucoup de temps dans un pays, on finit par apprendre la langue…
- Beaucoup de temps ? Répétais-je, surpris. Tu es en Angleterre depuis longtemps ?
- Quelques années oui, répondit-il.
- Et tu as beaucoup voyagé avant ça ? Tu as vu quels pays ?
- Non. Je suis venu directement en Angleterre après avoir quitté la France. J’avais besoin de m’éloigner pour oublier… Enfin, voilà, je suis venu ici…
- C’est quand ta mère est morte… C’est ça ? Demandais-je, hésitant.
- Oui… Mais, s’il te plait… Je ne veux pas en parler…
- Oh… Je comprend… Pardonne-moi, soufflais-je, en me réinstallant plus confortablement.
Le silence nous enveloppa de nouveau et j’étouffais un bâillement. Puis, lentement, bercé par les caresses d’Hayden, je finis par sombrer dans le sommeil. Je me réveillais en sursaut, le coeur battant à tout rompre dans ma poitrine. Bientôt, un coup de tonnerre résonna violemment dans la grotte et apeuré, je me collais un peu plus contre Hayden. Celui-ci sembla le sentir car il raffermi sa prise autour de mes épaules, dans un geste qui se voulait réconfortant.
- Hey ! Calme-toi… Souffla-t-il. Ce n’est que le tonnerre.
- Je… Je déteste les orages… Et là, dehors, c’est… C’est encore pire… Soufflais-je, en fermant les yeux après un nouvel éclaire, enfouissant mon visage dans la chemise de mon aîné.
- Ca va aller, murmura-t-il doucement. T’inquiète pas, c’est rien… Tu ne crains absolument rien… Je suis là…
- J’ai dormi longtemps ? Demandais-je en étouffant un bâillement. Il est tard ?
- La nuit est déjà tombée… Nos dormirons ici cette nuit. Déclara-t-il. Tu as faim ?
- Oui, un peu, répondis-je en lui adressant un petit sourire.
- Bien, par contre, je suis désolé, mais pas de repas chaud pour ce soir ! A moins que tu ne souhaites sortir dehors et que tu pries très fort pour trouver un bois sec ! Pour ma part je n’y crois pas trop, mais après tout, qui ne tente rien n’a rien, comme on dit ! Ajouta-t-il en m’adressant un clin d’oeil.
- Sans façon, répondis-je en lui rendant son sourire. Froid, ça ira très bien ! Je suis pas difficile tu sais !
- Ah bon ? J’aurai pourtant parié le contraire !
- Oui bon… Tout est relatif ! Déclarais-je en esquissant un mouvement pour me lever.
- C’est bon, reste assis ! J’y vais ! M’assura-t-il en se levant.
Attrapant la lampe de poche, Hayden relacha son étreinte autour de moi et alla jusqu’au sac duquel il sortit un bout de jambon avec une tranche de pain et une pomme. Les mains pleines de nourriture, il revient s’asseoir tout contre moi et me tandis ma part. Nous mangeâmes dans un silence presque monastique. Une fois rassasié, je repoussais le duvet et me levais, sous le regard intrigué d’Hayden :
- Où vas-tu ?
- Il faut que je marche un peu, répondis-je, lui adressant un petit sourire. J’ai mal aux jambes… Et aux fesses !
- C’est d’être resté trop longtemps assis ! Moi aussi ça me le fait ! Ajouta-t-il en m’imitant.
Pour toute réponse, j’entrepris alors de faire les cent pas afin de me dégourdir les jambes. Je m’ennuyais à mourir… Soudain, une idée me traversa l’esprit et me tournant vers Hayden, je demandais :
- Dis ! Tu pourrais m’apprendre à parler français ?
- T’apprendre à… ? Répéta Hayden surpris. Tu sais, reprit-il après un instant d’hésitation. J’essaye d’oublier tout ce qui à atrait avec mon pays d’origine… Ca fait des années que je n’ai pas parlé français…
- Je comprend, soufflais-je, un peu déçu.
Hayden ne répondit rien, et je repris mes aller retour dans le noir, jusqu’à ce qu’une nouvelle question me vienne à l’esprit :
- Hayden ?
- Quoi ? Demanda-t-il peu être un peu trop brusquement.
- Tu ne t’es jamais attaché à quelqu’un au point de vouloir rester avec ?
- Tu as fini avec tes questions débiles ? S’exclama-t-il agressivement, me faisant sursauter.
Blessé par la façon dont il venait de me parler, je lui tournais de dos et allais chercher mon propre duvet. Après quoi, j’allais m’installer contre le mur opposé de la grotte. Fatigué, je m’allongeais et remontais le duvet au dessus de ma tête. Des bruits de pas étouffés me parvinrent et je devinais qu’Hayden s’était approché de moi, mais je restais obstinément sous mon duvet, lui tournant le dos.
- Ecoute, Gwen… Commença-t-il. Je suis désolé, je n’aurai pas du te parler sur ce ton… Mais, je… Je n’aime pas parler de moi…
- Parce que cela justifie peut être la façon dont tu m’as parlé ? Demandais-je, vexé.
J’entendis Hayden marcher près de moi, et lorsque je crus qu’il était enfin parti, sa voix résonna près de moi :
- Tu sais, la raison pour laquelle j’essaye d’oublier mon passé, c’est parce que je n’en suis pas fier…
- Ton passé à fait de toi ce que tu es… Pourquoi le fuir ? Demandais-je, un peu calmé.
- Ah oui ? Parce que tu ne fuis pas toi, peut être ? Demanda-t-il avec hargne.
- Mais ça n’a rien à voir avec moi ! M’exclamais en me redressant.
- Tien donc ! C’est pourtant pas l’impression que j’ai !
- Je ne fuis pas mon passé ! M’écriais-je. Je ne fuis pas la personne que je suis ! Je suis comme je suis, c’est tout ! Je fais avec ! Je fuis un avenir dont je ne veux pas ! Je fuis une vie insignifiante pour moi !
- Une vie à ton image ! Cracha Hayden.
A ces mots, choqué par tant d’agressivité, je ne pus retenir les larmes qui coulèrent silencieusement sur mes joues.
- Comment peux-tu être aussi méchant ? Demandais-je, d’une voix étranglée.
En cet instant, je n’avais qu’une envie. C’était de partir loin, très loin de cet endroit. Me détournant de lui, j’attrapais mon duvet et souhaitant mettre le plus de distance entre lui et moi, j’allais m’installer à l’entrée de la grotte. Une fois dans mon duvet, je me laissais aller à caller ma tête contre la parois humide, regardant la pluie tomber.
- Gwendal… Commença Hayden en posant une main sur mon épaule.
- Laisse-moi ! Crachais-je avec hargne en me dégageant. Dégage !
Réprimant un sanglot, j’essuyais violemment du revers de la main les larmes qui maculaient mes joues. J’avais mal… Comment avait-il pu dire une chose pareille ? Je ne saurais dire combien de temps je pleurais toutes les larmes de mon corps avant de finalement m’endormir, épuisé.
Lorsque j’ouvris les yeux, ce fut avec l’impression que quelque chose n’allait pas. Le coeur battant, je sortis la tête de mon duvet, ignorant le froid glacial qui me faisait trembler violemment et à ce moment la, un coup de tonnerre particulièrement puissant retenti, faisant vibrer la grotte, comme si elle allait s’écrouler. Terrifié, je ne pus retenir un cri d’effroi tandis que dans un mouvement incontrôlé, je me terrais un peu plus contre la parois. J’avais toujours détesté les orages, même à l’abris dans ma chambre, mais jamais encore je n’avais eu aussi peur. J’avais l’impression que le monde autour de moi allait s’effondrer et disparaître dans les ténèbres.
Un deuxième coup de tonnerre retenti, aussi assourdissant que le premier et sans plus réfléchir, je quittais mon duvet à la hâte et courrais me réfugier auprès d’Hayden, manquant de tomber en trébuchant sur le sol inégal de la grotte. Un éclair illumina alors la grotte et je pus voir durant ce laps de temps, Hayden écarter les bras, comme pour m’inviter à venir m’y réfugier. Et en dépit de ma rancoeur, je cédais et me précipitais entre ses bras, tremblant de peur et de froid.
- Tu es glacé, souffla Hayden après un noueau coup de tonnerre. Tien moi ça ! Demanda-t-il en me tendant la lampe de poche. En zippant les duvets ensembles on pourra se tenir plus chaud, qu’en dis-tu ?
- Je… D’accord ! M’empressais-je de répondre alors qu’un éclair illuminait la grotte.
Sans attendre, Hayden s’affaira à attacher ensemble nos deux duvets. Lorsque cela fut fait, il se rallongea et m’invita à venir prendre place à ses côtés, chose que j’acceptais sans tarder, prenant tout de même soin de lui tourner le dos, me tenant le plus possible éloigné de lui. Fermant les yeux, un peu rassuré tout de même par la présence d’Hayden près de moi, je tentais alors de retrouver le sommeil, sans grand succès pourtant.
- Arrête de trembler, souffla Hayden, agacé.
- Je tremble si je veux ! Me donne pas d’ordres, j’en ai pas à recevoir de toi ! Répondis-je, sur le même ton avant de me réfugier sous le duvet alors que le tonnerre grondait inlassablement.
Contre toute attente, je sentis alors les mains d’Hayden s’activer dans mon dos, le frottant vigoureusement comme s’il tentait de me réchauffer. Malgré moi, je me laissais aller à pousser un soupir de bien être alors que la chaleur s’insinuait lentement en moi.
- Cela ne suffira pas à te réchauffer. Tu es complêtement glacé… Allez, viens par là ! Ajouta-t-il en m’attirant vers lui.
Instinctivement, je me tendis imperceptiblement à son contact avant de finalement me relacher. Bientôt, épuisé, et malgré l’orage qui faisait rage, je ne tardais pas à m’endormir. Je me réveillais le lendemain matin avec l’horrible impression d’avoir le mal de mer. Ouvrant difficilement les yeux, je tombais alors nez à nez avec Hayden qui me secouait vivement :
- Et ben, pour te faire ouvrir les yeux c’est quelque chose ! Fit-il remarquer. Allez, lève-toi !
Je ne répondis rien, me contentant de lui adresser un regard assassin avant de me tourner de l’autre côté. J’entendis Hayden soupirer, mais il n’insista pas et s’éloigna. Satisfait, je pris le temps de me réveiller calmement, m’étirant longuement, le corps douloureusement courbaturé d’avoir dormi à même le sol. A contrecoeur, je finis par me lever et allais rejoindre Hayden. Cependant, même si je lui étais reconnaissant pour cette nuit, je ne lui adressais pas le moindre mot, me contentant de l’ignorer. Après avoir mangé, j’entrepris de faire un brin de toilette.
Il nous fallut près de vingt minutes pour finir de nous préparer et plier toutes nos affaires. C’est toujours dans un silence monastique que nous reprîmes la route. La pluie avait cessée, laissant place à un grand soleil qui, de part l’humidité ambiante, rendait l’air lourd et oppressant.
Comme l’avait prédit Hayden, il nous fallut presque la journée pour arriver chez son ami. Durant les heures qu’avait duré notre voyage, nous n’avions pas échangé plus de trois phrases. Je n’avais pas pardonné à Hayden sa méchanceté de la veille et en toute honnêteté, je n’étais pas prêt de lui pardonner ! C’est en début de soirée que nous arrivâmes dans un petit village perdu au milieu de nulle part. Littéralement épuisé, je marchais derrière Hayden, mettant un pied devant l’autre en un mouvement qui tenait plus du réflexe automatique que de ma volonté propre. D’un pas assuré, il se dirigea vers le bar qui donnait sur la place publique. Là, il entra et s’approchant du comptoire, il déclara :
- Salut ! Dis-moi, est-ce que Max travaille toujours ici ?
- Ca s’pourrait bien ! Ca dépend qui le demande ! Répondit le barman en posant sur Hayden un regard sceptique.
- Dit lui simplement qu’Hayden demande à le voir !
Le barman le jaugea un instant du regard avant de disparaître par une porte située derrière le comptoire. L’instant suivant, il réapparaîssait accompagné d’un homme âgé d’une trentaine d’années, les cheveux bruns et coupés très courts. Lorsqu’il vit Hayden, il s’approcha de lui et ils s’étreignirent ave force :
- Hayden ! S’exclama le nouveau venu. Ma parole, ça fait une paye que je ne t’avais pas vu ! Je n’y croyais plus !
- Que veux-tu ! La vie nous réserve des surprises ! Répondit Hayden en se libérant de son étreinte. Alors, qu’est-ce que tu deviens ? Toujours à pourir dans ton trou à rats ?
- Comme tu vois ! On ne se refait pas ! S’exclama son ami en riant bryament.
Avec attention, j’entrepris de détailler son ami et plus je le regardais, plus je le trouvais bizarre. Il ne m’inspirait pas la moindre confiance. Peut être était-ce du à la façon dont il se pavanait devant Hayden… Hayden qui semblait avoir complêtement oublié ma présence depuis que nous étions rentré dans ce taudis. Vexé, je ne fis cependant aucun commentaire, me contentant de l’observer, les bras croisés sur la poitrine :
- Et qui est cette charmante personne ? Demanda alors le rustre en se tournant dans ma direction, posant sur moi un regard qui faillit me faire vomir de dégoût.
- Laisse tomber, Max ! S’exclama Hayden. Il est trop bien pour toi ! Max, je te présente Gwen ! Un ami de voyage ! Gwen, voici Max !
- Enchanté, Gwen ! Souffla la brute en insistant sur mon prénom d’une façon qui me déplus fortement. C’est un plaisir de faire ta connaissance !
- Et bien, sachez que je ne vous retourne pas la politesse ! Déclarais-je en évitant soigneusement de serrer la main qu’il me tendait.
- Fait pas attention ! Déclara Hayden en se tournant vers lui. Il est assez spécial !
Me tournant vers Hayden, je lui adressais un regard furibond, le maudissant intérieurement de m’avoir ammené ici. J’aurai mille fois préféré revivre la nuit précédente que de mettre les pieds dans cette bicoque. Cet homme était tout simplement répugnant ! Après m’avoir adressé un regard libidineux qui me répulsa violemment, il se tourna vers Hayden et déclara :
- Je t’offre un verre ?
- Avec plaisir ! Répondit Hayden en s’asseyant au comptoire.
Je l’imitais et lorsque le dénomé Max me proposa quelque chose à boire, je refusais simplement. Je ne buvais pas et je n’avais pas l’intention de commencer ce soir.
- Alors, s’exclama Max en reportant son attention sur Hayden. Quel bon vent t’ammene ?
Tandis qu’Hayden entamait une discussion animée avec son ami, je reportais mon attention autour de moi. Jamais encore je n’avais mis les pieds dans un tel endroit. Le bruit y été particulièrement élevé et la télé diffusait un match quelconque. Bientôt, gagné par la fatigue, je ne tardais pas à m’assoupir, la tête dans mes bras croisés sur le comptoire. Je n’aurai su dire combien de temps je somnolais ainsi avant d’être brusquement ramené à la réalité, quelqu’un me secouant doucement :
- Gwen ! Réveille-toi ! Souffla une voix que je reconnue comme étant celle d’Hayden.
Pour toute réponse, je lui adressais un grognement qui se voulait dissuasif, n’ayant qu’une seule envie, dormir.
- Ne reste pas là ! Insista-t-il. Viens, je vais te montrer ta chambre ! Allez lève-toi !
Rassemblant le peu de forces qui me restaient, j’entrepris de me lever, manquant de m’écrouler. Je ne dus mon salut qu’aux réflexes d’Hayden qui me retint par le bras, m’empêchant de m’écrouler lamentablement sur le sol.
- Ca va ? Demanda-t-il sur un ton dans lequel je crus percevoir une pointe d’inquiétude.
Pour être honnête, je n’étais pas certain que c’était le mot qui convenait. J’avais l’impression que ma tête allait exploser. Cependant, retrouvant mon équilibre, je suivis Hayden qui me conduisis au premier étage.
- Voilà, c’est ta chambre pour cette nuit. Repose-toi, tu as l’air d’en avoir besoin.
- Hn… Merci, soufflais-je simplement.
L’instant d’après, la porte se refermait derrière moi. Sans prendre le temps d’allumer la lumière, je me dirigeais à tâtons vers le lit sur lequel je m’effondrais brusquement. L’instant d’après, je sombrais dans une bienheureuse inconscience.
Lorsque j’ouvris de nouveau les yeux, j’eu l’impression que ma tête était sur le point d’exploser et mon corps tout entier était douloureux. J’avais mal à des muscles dont je n’aurai jamais imaginé l’existence auparavant. Cependant, c’était une toute autre chose qui m’avait tiré du sommeil. A cet instant, une sorte de gémissement suivit d’un cri me parvint depuis ce que je supposais être la chambre voisine, bientôt suivis par des voix. C’est alors que je compris… Hayden et ce Max étaient en train de coucher ensembles.
Mortifié, j’enfoui la tête sous l’oreiller, tentant d’échapper à ces sons abjects sans grand succès pour autant. De plus, je percevais les paroles qu’ils s’échangeaient… C’était tout simplement répugnant… Comment pouvaient-ils seulement se dire de telles choses ?
Sans que je ne comprenne réellement pourquoi, je sentis un élan de haine à l’égard d’Hayden, m’envahir. Comment pouvait-il seulement agir de cette manière? Quel genre d’homme était-il ? Etait-ce cela son concept de la liberté ? Sauter sur tout ce qui bougeait ? Je n’arrivais pas à comprendre l’intérêt d’un tel comportement. Qu’est-ce que cela pouvait bien lui apporter ?
Je n’aurai su dire combien de temps je passais à maudire Hayden. Car en plus de supporter leurs cris bestiaux, je me sentais vraiment mal. Jamais encore je ne m’étais sentis comme ça. J’allais mourir… Mon corps me brûlait de l’intérieur, comme si mon sang s’était subitement transformé en lave en fusion et quelqu’un s’amusait à jouer du tambour dans ma tête. De plus, j’avais l’horrible impression que j’allais me mettre à vomir à tout instant. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. De toute ma vie, je n’avais encore jamais été malade… Etait-ce ce qui était en train de m’arriver ? Etais-je malade ? Je n’eu pourtant pas l’occasion de m’apesantir davantage sur la question, car de nouveau, je me sentis sombrer dans les ténèbres…
De nouveau je fus réveillé par Hayden qui m’appelait d’une voix tremblante d’inquiétude :
- Gwen ! Gwen, réveille-toi ! Allez ouvre les yeux !
Obéissant, j’entrepris d’ouvrir les yeux avant de les refermer aussitôt, aveuglé par la clarté de la pièce tandis qu’un violent mal de tête s’emparait de moi. Lentement, je reprenais peu à peu conscience de mon corps. Je n’arrivais plus à bouger. La moindre parcelle de mon corps était douloureuse et le moindre mouvement me demandait un effort considérable. Je réalisais alors qu’Hayden m’appelait toujours et je tentais de le faire taire, lui adressant une giffle qui n’eut pas l’effet escompté, ma main retombant mollement sur le lit avant même d’avoir atteint sa cible :
- Nom de Dieu, Gwen ! S’exclama alors Hayden. Ne me refais jamais une peur pareille ! Ca fait une demi-heure que j’essaye de te réveiller et que tu restes aussi immobile qu’un cadavre ! Est-ce que tout va bien ?
- Ca va ! Déclarais-je, d’une voix rauque, la gorge en feu.
Je mentais, mais je n’avais pas envie de donner encore à Hayden un prétexte pour se moquer de moi et je voulais encore moins qu’il m’approche.
- Tu es sûr ? Tu as vraiment mauvaise mine !
- Ca va ! Répétais-je avec un maximum de conviction.
- Très bien ! Je te laisse te préparer ! Rejoins moi en bas, lorsque tu sera prêt, nous partons d’ici une heure !
Sans attendre de réponse, il quitta la pièce, me laissant me préparer seul. Rassemblant le peu de force qu’il me restait, je me levais, ignorant les protestations de mon corps. Il me fallut plus de trois quart d’heure pour me laver et m’habiller de propre. Après avoir rangé mes affaires, je descendis rejoindre Hayden. Là, je ne lui adressais pas le moindre mot, je n’étais certainement pas disposé à lui pardonner ce qu’il m’avait fait subir et je n’avait qu’une envie, quitter ce trou à rats au plus vite.
Lorsque nous reprîmes la route, je me sentis soulagé de ne plus avoir à supporter la présence de Max. Cet homme m’insupportait depuis le premier regard que j’avais posé sur lui. Nous marchâmes près d’une heure en silence et je tentais tant bien que mal de suivre le rythme qu’Hayden nous imposait, lorsque brusquement, il se tourna vers moi et croisant les bras sur sa poitrine, il déclara :
- Bon ! Tu m’expliques ce que tu as depuis hier soir ? Tu as été excécrable envers Max qui a eut la gentilesse de t’héberger !
- Et bien, la prochaine fois, qu’il s’abstienne ! Répliquais-je avec toute la colère qui m’habitait, m’efforçant de faire abstraction de mon malaise. Je préfère encore mille fois dormir dehors sous un orage que de revivre une nuit comme celle que je viens de passer !
- Ah oui ! S’exclama Hayden. Et son altesse pourrait-elle m’expliquer ce qui lui arrive cette fois-ci ? T’as tes règles où quoi ?
- Ce qui m’arrive ? Criais-je à bout de nerf. Il m’arrive que tu es quelqu’un d’excécrable ! Tu n’es qu’un égoïste ! Tu agis toujours sans la moindre considération pour moi !
- Pardon ? S’étrangla Hayden.
- Tu m’as bien compris ! Poursuivis-je. Tu crois que je ne vous ai pas entendu cette nuit ? C’est… C’est tout simplement répugnant !
- Oh ! Et je peux savoir ce qui te dérange ? Répliqua Hayden avec sarcasmes. Tu es jaloux ?
- Moi jaloux !? Crachais-je avec tout le mépris dont j’étais capable. Plutôt mourir ! C’est malsain et… Immonde ! Pourquoi tu as fait ça ? Je t’ai dit que j’avais de l’argent pour payer des chambres d’hôtel ! Mais non, toi tu as préféré te vendre !
Sans attendre de réponse, je m’éloignais de lui, souhaitant mettre le plus de distance possible entre nous. Cependant, Hayden ne semblait pas être de cet avis car il m’attrapa par le bras et me força à me retourner. D’un geste brutal et avec une force que je ne me soupçonnais pas, je me dégageais de sa poigne de fer :
- Ne me touche pas ! M’exclamais-je. Je sais pas où tes mains ont trainées !
Subitement, je me sentis très mal. Mon corps entier me brûlait et toute force semblait m’avoir désertée. Reculant de quelques pas, je posais sur Hayden un regard empli de tristesse, blessé et déçu de ce manque flagrant de confiance en moi. Puis, je me retournais et esquissais un mouvement pour m’éloigner. J’avais besoin d’être seul un moment. Cependant, alors que j’avais fait quelques pas, ma vision se brouilla et tout devint noir autour de moi et je me sentis chuter. Je sombrais dans l’inconscience avant même d’avoir atteint le sol…

 

6
mai

Beyond the invisible - chapitre 02

   Ecrit par : shinilys   et classé dans Beyond the invisible

Chapitre 02 par Shinigami
Lorsque j’ouvris les yeux, la lune inondait ma chambre de sa lumière blanche et fantomatique. Je sentis alors un courant d’air glacé pénétrer sous mes draps, et tournant la tête pour en déterminer l’entrée, je me rendis compte que je n’avais fermé ni les volets, ni la fenêtre. A cette constatation, je fus parcouru de violents frissons, comme si mon corps cherchait à se réchauffer par ses propres moyens. Prenant mon courage à deux mains, je m’extirpais de mon lit et me dirigeais machinalement vers la fenêtre. Alors que je m’apprêtais à la fermer, un détail dans le ciel attira mon attention. Un long trait de lumière blanche traversa le ciel pour aller se perdre à des années lumières de là où je me trouvais… Je n’étais pas superstitieux et ne croyais pas à ce genre de choses, mais étrangement, il me vient l’envie de faire un voeux, comme le voulait la coutume.

Sans trop savoir pourquoi, mes sens, comme guidés par une puissance et une volonté autre que la mienne, échappèrent à ma volonté, et je fermais les yeux. Mentalement, je formulais un vœux qui, au fond de moi, j’en étais intimement convaincu, ne se réaliserait jamais.

Je restais encore un instant accoudé au rebord de la fenêtre, contemplant sans vraiment les voir les constellations qui parsemaient le ciel nocturne. Je ne saurais en expliquer la cause ou la raison, mais en cet instant, je fus saisi d’un excès de mélancolie. Mon coeur fut saisi d’un sentiment de solitude et de tristesse dont je ne parvenais pas à déterminer l’origine. Était-ce cela l’origine de ce vœu insensé que je venais de faire ? Me sentant partir dans des réflexions irrationnelles au possible, j’esquissais un sourire amer avant de regagner mon lit, abandonnant la lune à son éternelle solitude. En fait, je me sentais comparable à cet astre qui régnait sur le monde à la nuit venue, malgré les étoiles qui l’entouraient, celle-ci devait se sentir bien seule… Et il en était de même pour moi… Certes j’étais entouré de monde, je n’avais pas d’amis à proprement parler mais je m’entendais pas trop mal avec quelques personnes et cela me suffisait amplement. J’aimais ma solitude et exigeais par dessus tout que l’on respecte celle-ci.

Transi de froid par la fraîcheur de la nuit, je tirais mes couvertures à moi et fermais les yeux dans le but de trouver le sommeil qui me fuyait depuis maintenant plusieurs jours, et cela régulièrement depuis des années. Je ne savais pas d’où me venait ce soudain dérèglement de mon horloge interne, mais pour être honnête, cela ne m’inquiétait pas d’avantage. J’étais juste intrigué.

Finalement, je tentais de me vider la tête, souhaitant me reposer au maximum à défaut de me rendormir. Demain serait une journée chargée et je me devais d’être en forme si je voulais tenir. Laissant mon esprit vagabonder, je me mis à penser à mon emploi du temps du lendemain, qui tout compte fait, n’était plus très loin. Dès mon réveil, il me faudrait perdre le moins de temps possible si je voulais réussir à caser toutes mes obligations avant la fin de la journée. En premier lieu, il me faudrait aller chercher Rune au pré et le ramener pour pouvoir le ferrer et tout cela avant neuf heures, heure à laquelle commençait la leçon. Ensuite j’avais rendez-vous avec un éleveur qui avait une proposition à me faire pour la vente d’une de ses juments. Une magnifique jument quarter horse. Autant dire que j’étais plus qu’intéressé par l’affaire, au vue de son palmarès et de ses géniteurs. Cette jument avait un sens du bétail inné qui promettait d’être très prometteur. Avec un peu d’entraînement, je pensais qu’elle pourrait faire des miracles. Mais avant tout, je voulais la voir, afin d’établir un début de relation et ainsi juger des réelles qualités d’écoute de la jument. Car même si celle-ci avait un très bon potentielle, si elle ne me convenait pas niveau caractère, je la laisserais à qui veut l’acheter. Je n’avais que faire d’un animal avec lequel je devais constamment me battre afin de réussir à construire un semblant de quelque chose. Cela me paraissait être du temps foutu en l’air et je ne pouvais me le permettre. D’accord, cela pourrait constituer une très bonne expérience, mais je ne me ressentais ni l’envie ni la patience de me lancer dans ce genre de défit pour le moment.

Finalement, je dus me rendormir car lorsque j’ouvris les yeux pour la seconde fois, les ténèbres de la nuit commençaient à faire place aux premières lueurs matinales. Confortablement emmitouflé dans mes couvertures, je me tournais péniblement vers mon réveil et regardais l’heure. Cinq heures quinze… J’avais encore une bonne heure avant de devoir me lever pour de bon. Je décidais de traîner encore un peu au lit, remontant les couvertures jusque sous mon menton, appréciant la douce chaleur qui régnait au dessous.

Cette fois-ci, le sommeil se refusa à moi, et je restais bien trois quarts d’heure ainsi, puis, lassé de rester sans rien faire, je décidais de me lever. Je me dirigeais vers mon armoire pour en sortir des affaires propres avant de prendre la direction de la salle de bain. Là, je posais tout en vrac dans le lavabo et entrais dans la douche, ouvrant le robinet d’eau chaude sur le maximum. J’en ressortais le temps que l’eau chauffe, ne supportant pas l’eau glacée, et encore moins à peine six heures du matin. Lorsque de la vapeur commença à envahir la cabine de douche, j’entrais de nouveau et me laissa aller à pousser un long soupir de bien être, appréciant avec volupté la chaleur bienfaitrice de l’eau sur ma peau fraîche.

Dix minutes plus tard, je prenais sur moi pour quitter le sauna qu’était devenu la douche et attrapant la serviette de bain, je la nouais négligemment sur mes hanches et attrapait la seconde que j’utilisais pour essorer au maximum mes cheveux qui me tombaient jusque sur les omoplates. Je m’habillais à la hâte, sans prendre le temps de sécher les quelques gouttes qui coulaient sur ma peau, pestant contre mon t-shirt trop étroit qui collait avec l’eau. Je bataillais un moment avec mon t-shirt avant de parvenir à l’enfiler et je m’ébouriffais les cheveux afin de les essorer au maximum. J’adorais mes cheveux, pour rien au monde je ne les aurais coupés, mais qu’est-ce que cela pouvait être chiant parfois…

Je finissais de m’habiller et quittais la pièce, prenant le risque de ne pas me coiffer, quitte à souffrir ce soir lorsque je devrais le faire, mais je n’avais présentement pas la patience de le faire. Mieux valait donc éviter les dégâts…

De retour dans ma chambre, j’allais ouvrir la fenêtre pour aérer un maximum, et après avoir enfilé mes chaussures de tous les jours, j’allais prendre mon petit déjeuner au réfectoire, espérant que personne ne s’y trouverait, n’ayant pas envie de jouer les bouche trous déjà de bon matin…

Par chance, j’étais le premier, les autres devaient encore dormir… Etant donné l’heure, c’était on ne peu plus normal… La plupart du temps, personne ne se levait avant huit heures, et cela était tout dans mon intérêt. Je pouvais ainsi profiter de la tranquillité matinale sans avoir à supporter les soupirs et les ronchonnements des autres employés. Le seul que j’arrivais à supporter ici, c’était le patron, et pour tout dire, il me le rendait plutôt bien. J’étais le seul à avoir certains privilèges, comme pouvoir utiliser sa voiture personnelle pour mes propres déplacements et quelques autres avantages de ce genre. Il faut cependant préciser que je suis sans aucun doute le meilleur élément de notre fine équipe. Et j’affirme cela sans prétention aucune. Pourquoi cacher les faits ?

Je me rendis aux cuisines et me servis directement dans les placards. Nous, les employés, n’en avons normalement pas le droit, mais étant donné qu’à cette heure tout le monde dort, alors pourquoi me gêner ? Je fouillais dans les placards, râlant envers les morfales qui me servaient de collègues, et qui en moins d’une semaine, vidaient toutes les provisions, laissant les placards désespérément vides. Ils sont nés avec un gouffre à la place du ventre ou quoi ? Parce que je veux pas dire, mais là, les placards ils ressemblent plus à un trou noir qu’à autre chose.

Enfin de compte, je devais avoir une bonne étoile qui veillait sur moi, car je trouvais miraculeusement un paquet de céréales au chocolat pas encore entamé. J’attrapais le survivant et ouvrait le frigo à la recherche d’une bouteille de lait. Je la trouvais finalement en bas de la porte. Je la saisie et constatais avec mauvaise humeur que celle-ci était également en fin de vie. Jurant mentalement, je posais le tout sur le plan de travail avant d’aller chercher un bol et une petite cuillère.

Une fois mon petit déjeuner préparé, je retournais dans le réfectoire et m’asseyais à ma place habituelle, dans l’angle au fond de la pièce, là où personne sauf moi n’allait jamais. Je n’avais même pas prit le temps de faire chauffer mon lait. Résultat des courses, au lieu de me brûler la langue, je me gelais les dents… Et le premier qui me dit que je suis de mauvaise humeur, je sais pas ce que je lui fais… Parce que celui qui finit la bouffe des autres c’est pas moi !

Je terminais mon bol et le ramenais à la cuisine avant de cacher en lieu sûr l’ultime boîte de céréales.

Ceci fait, je retournais dans ma chambre et me lavais les dents. Je me glaçais une nouvelle fois les gencives en me rinçant la bouche, l’eau étant particulièrement froide en cette fin d’automne. Pour couronner le tout, j’inspirais un grand coup par la bouche, accentuant la sensation de froid dut au dentifrice à la menthe. Attrapant mon élastique que j’avais laissé sur la petite étagère au dessus du lavabo, je m’attachais les cheveux en queue de cheval haute, après avoir vérifié qu’ils étaient bien secs. Oui, je déteste m’attacher les cheveux alors qu’ils sont encore mouillés ou humides parce qu’après ils prennent la forme et ça fait con ! Et j’ai pas envie d’avoir l’air d’un crétin fini avec les cheveux qui partent dans tous les sens… Je sortis de la salle de bain et enfilais mon pull qui traînait sur la chaise qui trônait près de mon lit, fermais la fenêtre et quittais définitivement ma chambre.

Je prenais la direction de l’écurie qui se trouvait à seulement quelques dizaines de mètres du pensionnat afin d’aller chercher le licol de Rune. Rune de Balrog était un magnifique Quarter Horse palomino de treize ans. Ce cheval, c’était une perle, d’un calme et d’une patience à toute épreuve, il était idéal pour les cavaliers débutants. Pour être honnête, j’ai été très déçu lorsque Philippe m’a annoncé vouloir le faire castrer. Il aurait pu faire un excellent cheval reproducteur et si ses poulains avaient hérité de son tempérament, ils auraient eu beaucoup de succès lors des compétitions.

Arrivé près du parc, j’émis un bref sifflement, et aussitôt, un hennissement me répondit au loin, très vite suivit par un bruit de cavalcade endiablée. Un sourire resplendissant illumina mon visage à la vue du troupeau lancé au galop dans le pré, guidé par Crystal’s Jewel, la jument dominante du groupe. A mes yeux, rien n’existait de plus beau qu’un troupeau de chevaux en liberté. Voir ce mouvement de masse multicolore plein de grâce et de noblesse se déplacer avec légèreté dans la brume du matin avait quelque chose d’enchanteresse et de féerique que je ne me lassais jamais d’admirer. Les crins volant dans la brise matinale, scintillant comme un voile de soie ajoutait à cette vision irréelle quelque chose de magique.

Mettant arrêté pour admirer ce spectacle qui s’offrait à moi, je repris ma progression et pénétrais dans le parc, passant sous la clôture par flemme d’ouvrir la barrière. Puis, lentement, je m’approchais près de Rune qui s’était arrêté à quelques pas de là. Arrivé à moins de deux mètres de lui, je stoppais ma progression, et tendant la main vers Rune, je l’appelais d’une voix douce mais ferme. Lorsqu’il franchit de lui-même les derniers pas, je le félicitais, le caressant longuement derrière les oreilles et le long de l’encolure, zones que je savais particulièrement sensibles et appréciées chez lui. Puis je déposais un bisou sur la peau fine et au duvet incroyablement doux du bout de son nez avant de lui faire baisser la tête et de lui passer le licol.

Lui intimant l’immobilité, je sautais lestement sur son dos et après avoir trouvé la bonne place sur son dos dépourvu de toute protection, je me penchais légèrement en avant et baissais les mains, lui donnant l’ordre d’avancer. Sensible au mouvement de mon corps, Rune partit d’un pas cadencé vers l’entrée du parc. Je plaçais ma monture parallèle à la clôture et ouvrais la barrière. Je le fis sortir et refermais immédiatement la porte du parc empêchant ainsi les autres de suivre. Ils émirent de longs hennissements de protestation, puis, voyant qu’ils ne parviendraient à rien, ils repartirent aussi vite qu’ils étaient arrivés.

Je menais Rune jusqu’au lieu où je ferrais les chevaux et sautais à terre à quelques mètres de là, ne voulant pas donner de mauvaises habitudes à ma monture. Laissant la longe posée sur le garrot pour ne pas qu’il marche dessus au cas où elle traînerait par terre, je précédais Rune qui me suivit docilement jusqu’à la barre d’attache. Je saisis alors la longe et effectuais le noeud d’attache conventionnel par mesure de sécurité. Je caressais une nouvelle fois Rune pour le remercier et allais chercher la caisse d’outils et les fers dont j’aurais besoin.

Je mis environ une heure trente pour ferrer les quatre pieds de Rune et alors que je coupais le dernier clou, je vis Cobalt débouler de derrière le bâtiment, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il était là, volant les bouts de corne coupés qu’il allait mastiquer un peu plus loin. Cobalt était le Husky de Philippe. Il l’avait nommé ainsi à cause de la magnifique couleur de ses prunelles d’un bleu profond. Si Cobalt était là, cela signifiait qu’il devait être huit heures passé, et que les cavaliers de la première leçon allaient bientôt débarquer. Ce qui arriva effectivement une minute plus tard. Je rangeais mon matériel de ferrage et allais accueillir Ophélie, une jeune fille agréable et souriante, toujours prête à donner un coup de mains en cas de besoins. Je crois même que s‘était mon élève préférée. Elle ne se mêlait jamais aux autres qui aimaient passer du temps dans la sellerie après une leçon, rassemblés autour d’une tasse de thé. Non, elle, à chaque fois que je la voyais, c’était dans le box du cheval qu’elle avait monté, en train de lui refaire une beauté, le bichonnant comme une poupée. Elle aimait les chevaux et ils lui rendaient bien cet amour.

J’allais ensuite détacher Rune et l’emmenais dans le box qui restait toujours vide, afin qu’en cas de besoin, il soit toujours à disposition. Après un moment de réflexion, je décidais d’accorder à Ophélie le privilège de monter Tenbu Horin, un magnifique Appaloosa au caractère bien trempé, chose plutôt rare pour un cheval de cette race.

Une bonne heure plus tard, tous les chevaux étaient finalement réunis dans la grande carrière située un peu plus loin. Debout au milieu du rectangle de sable, j’observais chaque cavalier, corrigeant leurs erreurs et les encourageant à poursuivre lorsqu’ils faisaient quelque chose de bien. Cependant, je remarquais au milieu du groupe d’élève, que l’un d’eux semblait en difficultés avec sa monture. Je m’approchais de lui et lui demandais ce qu’il voulait lui faire faire.

- Je n’arrive pas à le faire partir au galop à gauche…

Je contenais avec difficultés un soupir de consternation. Non mais c’est vrai quoi… Je lui avais donné exprès Odysseas, le doyen du club, un petit cheval obéissant et gentil comme tout. Masquant du mieux que je pouvais mon exaspération, je lui répondis :

- Met-toi sur la piste et passe au galop au prochain virage. Pour le faire partir au galop à gauche, tu recules ta jambe droite et presse légèrement le flan de ta monture avec ton mollet gauche. Il devrait partir tout seul.

Je constatais avec soulagement qu’il y arriva parfaitement du premier coup, s’évitant ainsi une remarque désobligeante de ma part. Je suis patient mais il y a quand même des limites.

Je reportais mon attention sur Ophélie qui semblait n’avoir aucun mal avec Tenbu Horin. Elle maîtrisait parfaitement son cheval, le faisant reculer ou galoper à sa guise, sans gêner ses camarades. Après un dernier tour au galop, je lui demandais de laisser son cheval souffler un moment avant de remonter, terminant la séance par quelques tours de piste au pas, les rênes posées sur l’encolure. Après cinq minutes, j’allais ouvrir la chaîne qui fermait la carrière et m’écartais pour laisser passer les chevaux, marchant docilement en file indienne.

Je restais pour vérifier que tous les cavaliers prenaient convenablement soin de leur monture avant d’atteler le van et de sauter dans le 4×4 de Philippe.

Après une longue heure de route j’arrivais au domaine du Sabot d’Argent, pour mon rendez-vous. J’entrais dans la cours où un vieil homme avec une grande barbe m’attendait. J’arrêtais le moteur, sortais de la voiture et allais rejoindre l’homme. Nous échangeâmes une poignée de main et je me présentais à lui :

- Bonjour Monsieur Landman, je viens pour voir la jument dont vous m’avez parlé l’autre jour.

- Oui, je me souviens de vous ! Rappelez-moi votre prénom ?

- Gabriel, répondis-je.

- Ah oui, maintenant que vous me le dites… Vous savez, à mon âge, la mémoire commence à faire défaut, fit remarquer le vieil homme sur le ton de l’amusement.

Je souriais à sa réplique et le suivais, tandis qu’il ajoutait :

- Venez, allons voir la jument.

Je le suivis jusqu’au paddock où se trouvait la jument, et lorsque je l’aperçu, je fus subjugué par la beauté et la prestance de cet animal. Elle était là, fière, droite, nous toisant de toute sa hauteur alors qu’elle avait levé la tête pour nous regarder arriver. Je crois que je peux affirmer sans exagération que c’était un animal magnifique. Sa robe dorée et ses crins argentés brillaient au soleil et m’éblouissaient tellement que je dus plisser les yeux.

Avec respect et admiration, je m’approchais d’elle, lentement, lui parlant calmement.

Quelques secondes plus tard, j’étais dans le parc et flattais la jument d’une caresse sur l’encolure, la manipulant afin de tester ses réactions. Après avoir vérifié que ma présence ne lui était pas hostile, je quittais le paddock et attrapais en souriant le licol et la longe que Monsieur Landman était allé chercher.

Je retournais de nouveau auprès de la jument et lui faisait baisser la tête de façon à lui enfiler le licol. J’étais impressionné par la docilité de l’animal et la bonne volonté dont elle faisait preuve. Après l’avoir harnachée, je la faisais tourner dans l’enclos, testant ses réflexes et contrôlant ses aplombs et la souplesse de ses mouvements.

Deux heures plus tard, je concluais l’affaire avec Monsieur Landman. Dorénavant, la jument était mienne. Fière de mon acquisition, je la préparais au transport, lui mettant les protections et la fit monter dans le van.

De retour au centre équestre, j’arrêtais le 4×4 dans la cours et calmant mon excitation, j’entrais dans le van et détachais la jument, la faisant descendre à reculons. Si à l’extérieur je paraissais calme, intérieurement je jubilais d’excitation. Puis je menais l’animal à la barre d’attache, et lui enlevais les protections avant de lui offrir un bon pansage bien mérité. J’appréciais beaucoup cet instant entre l’homme et l’animal. Celui-ci était décisif quand à la relation que nous allions entretenir. Je me devais d’être extrêmement vigilant, ne connaissant pas suffisamment la jument pour me permettre de faire n’importe quoi avec elle. Le moindre faux pas pourrait devenir une faute irréversible. Je pansais la jument avec énergie, la récompensant lorsqu’elle le méritait, mais n’hésitant pas à la recadrer dans le droit chemin lorsqu’elle tentait de n’en faire qu’à sa tête. Elle avait beau avoir énormément de qualités, il n’en restait pas moins que comme tous les chevaux, elle chercherait à me tester, afin de savoir quelle serait ma détermination à devenir son leader et à me faire respecter.

Après un long pansage pour lequel je ne me pressa pas, je détachais la jument et la menais au paddock qui se trouvait près du pré des chevaux. Il était déjà tard, j’étais fatigué par la route et ne souhaitais pas me coucher trop tard, c’est pourquoi je reportais l’introduction de la jument dans le troupeau à demain. Je n’avais rien de prévu pour le lendemain et aurais donc toute la journée pour veiller à ce que tout se passe bien. Je ne voulais pas précipiter les choses et risquer de blesser un cheval inutilement. Surtout que l’arrivée d’un nouveau membre dans le groupe était souvent très mouvementé. Un coup de dent ou de sabot était vite parti et celui-ci pouvait très, peut être même trop, facilement être mortel.

Après avoir lâché la jument dans l’enclos, je sortais et restais un long moment à l’observer à travers la clôture. Ses hennissements avaient attiré le troupeau qui s’était rassemblé de l’autre côté, excitant la jument par leur présence. Elle n’allait pas beaucoup se reposer cette nuit, mais elle aurait le temps pour cela demain. Pour moi, c’était la sécurité des chevaux avant tout.

Lorsque le soleil déclina derrière les montagnes, je retournais à l’écurie déposer le licol dans la sellerie, songeant à ajouter un nouveau clou pour le ranger et me dirigeais ensuite vers ma chambre. Il était encore tôt et j’avais le temps de prendre une bonne douche avant le repas.

Deux heures plus tard, j’étais au lit. Je n’avais pas fait grand chose dans cette journée, mais elle avait été éreintante et chargée au niveau émotions et concentration, si bien que je me sentais exténué. Avant de m’endormir, je songeais au nom que j’allais pouvoir donner à la jument, car honnêtement, Sunny, c’est un peu téléphoné comme prénom. Je cherchais pendant un moment, sans parvenir à trouver un nom original qui pourrait lui convenir. Soudain, l’illumination se fit et je trouvais le nom idéal… Niladhëvan de Lörien… Un nom qui laissait transparaître noblesse et puissance, ce qui la qualifiait parfaitement. Content de moi, je finis par m’endormir.

Je fus réveillé par la sonnerie assourdissante de mon réveil que j’assommais d’un violent coup de poing. Je détestais ce genre de réveil en fanfare, mais je mettais toujours mon réveil au cas ou je ne me réveillerais pas à l’heure, comme aujourd’hui. Je m’étirais longuement, rechignant à quitter mon lit quand un hennissement retentit à mes oreilles. Aussitôt, je me levais, motivé pour cette nouvelle journée qui commençait. Suivant le rituel matinal, j’allais prendre une petite douche rapide histoire de finir de me réveiller totalement et m’habillais. J’allais ensuite au réfectoire, et déjeunais à la hâte, presser de me retrouver en compagnie de mes chers chevaux.

Rapidement, je filais au box d’Orphée, mon étalon. Je passais par la sellerie et attrapais mon licol avant de traverser les écuries et de me rendre au box ou m’attendais ma monture.

Cependant, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvrais la porte du box ouverte… Aussitôt, je me précipitais vers la scène du crime et mon coeur faillit ne jamais repartir lorsque j’aperçus un jeune homme qui devait avoir mon âge, en train de nettoyer la litière. Qui était-il pour ainsi entrer dans le box de mon cheval ? Ne savait-il pas qu’à part moi, personne n’avait le droit de s’en occuper ? Décidant de lui faire part de ma présence, je lui demandais vivement, ne faisant même pas l’effort de masquer la colère qui m’habitait :

- Je peux savoir ce que tu fais ici ?! Sors d’ici tout de suite !

Je le vis sursauter, ne s’attendant pas à ma présence en ce lieu et après avoir réalisé ma présence, il déclara d’un ton que je jugeais à la limite de l’insolence :

- Excusez moi, mais je fais mon travail, je viens d’être engagé ici et on m’a dit de faire les box, chose que je suis en train de faire…

Tiens donc !! Et depuis quand ? Aujourd’hui apparemment… Légèrement contrarié que Philippe ne m’ait rien dit à propos de ce nouveau venu, je le laissais s’expliquer, n’écoutant qu’à moitié ce qu’il racontait. Il fallait à tout prix que je vois Philippe, histoire de mettre les choses au clair. Finalement, agacé par son babillage, je lui coupais la parole, faisant fis des conventions de politesse :

- Ne restez pas à côté de mon cheval. Sortez de ce box !

C’est avec soulagement que je le vis sortir du box. Ce n’est pas de ma faute si j’ai les stagiaires et les débutants en horreur. C’est de leur faute, ils n’ont cas pas être aussi ignorants… Ignorance qui avait d’ailleurs failli coûter la vie à Orphée… Cet imbécile de nouveau palefrenier avait décidé de sortir Orphée en longe et l’avait emmené paître dans une prairie voisine. Jusque là pas de problème, jusqu’à ce qu’il lui laisse manger de l’if, cette plante toxique et mortelle pour les chevaux qui en ingèrent une quantité précise… Je crois que le nouveau avait eu la chance que je ne sois pas au club le jour où c’est arrivé, parce que je l’aurais tué. Du coup, il a été viré. Orphée lui, doit la vie aux réflexes de Philippe qui, passait par là par hasard et s’était précipité sur l’animal pour l’éloigner du buisson. Si ce jour là, il a échappé à la mort, il n’a pas échappé à une grave intoxication qui avait failli lui être fatale.

Cela ne justifie peut être pas le fait que je m’en prenne à lui de cette façon, mais c’est plus fort que moi. Je sens la panique m’envahir lorsqu’un étranger s’approche d’Orphée. Seul Philippe à ce privilège et c’est d’ailleurs lui qui s’occupe de mon cheval lorsque je dois m’absenter. Je suis d’ailleurs étonné qu’il n’ait pas pensé à signaler cela au bleu. Je pense que cela devrait même être spécifié dans le contrat d’embauche et une des conditions sine qua non pour pouvoir travailler ici… A méditer…

Puis, sans attendre, je me ruais dans le box d’Orphée, et le caressais longuement, inspectant son corps à la recherche d’une quelconque blessure et ignorant totalement le nouveau dont j’ignorais encore le nom. Mais pour être honnête, je m’en fichais comme de ma dernière chemise.

J’en étais presque arrivé à oublier la présence de cet homme dans l’écurie lorsqu’un bruit métallique se fit entendre. Je sursautais tandis qu’Orphée dressait les oreilles et me retournais vivement. Je posais mes yeux sur lui et constatais avec étonnement qu’il me fixait d’une manière plus que douteuse. Pourquoi est-ce qu’il me regardait ainsi ? Je me suis pas coiffé ce matin ? J’ai une feuille de salade coincée entre les dents ? Oh bordel ! Dans quelle galère je me suis embarqué moi encore ? A croire que Philippe a vraiment un don pour dégotter les pires de la planète…

Cependant, mon étonnement grandit d’avantage lorsque je le vis s’éloigner de moi à reculons, comme s’il venait de faire une rencontre du troisième type ou de croiser un pestiféré. Finalement, je décidais de ne pas m’en occuper, après tout, ce n’était pas mes affaires, et je me re-concentrais sur ma tâche première.

Après un moment, je sortais du box et allais chercher les brosses dont j’avais besoin pour le pansage d’Orphée. J’attrapais une étrille, un bouchon et un cure pieds et retournais auprès de ma monture qui gratta le sol de son antérieur en signe d’impatience. Je le brossais longuement, appréciant autant que lui ce moment d’intimité que nous offrait le temps du pansage.

Au bout d’un quart d’heure, j’allais reposer le matériel avant de me diriger vers la sellerie pour aller chercher ma selle. Je saisissais une couverture au passage et retournais auprès de ma monture, constatant avec amusement qu’il ne me quittait pas du regard, me regardant aller et venir dans l’écurie avec une certaine impatience. C’est vrai qu’il devait avoir les jambes qui le démangeaient, n’étant pas sorti hier, il avait besoin et envie de se défouler. Je le sellais rapidement, serrant le sanglage juste ce qu’il fallait pour que la selle ne tourne pas puis j’attrapais la longe et l’entraînait vers la sortie.

Je marchais devant lui, traversant le centre jusqu’à la carrière, profitant que personne ne l’utilisait pour m’en servir et parfaire le dressage de ma monture. Je fermais la chaîne et conduisit Orphée au milieu du rectangle. Là, je m’arrêtais net, faisant ainsi stopper Orphée à son tour. Cependant, contrairement à mon attente, Orphée continua sur sa lancée et me bourra d’un coup de tête. Je me retournais vivement et secouais la longe de plus en plus amplement jusqu’à ce que je le voie esquisser un mouvement pour reculer. Je stoppais immédiatement toute action et le laissait faire, constatant avec satisfaction qu’il poursuivait dans sa lancée et reculait de quelques pas. Lorsqu’il s’arrêta, il baissa sensiblement la tête et je le vis se mettre à mâcher. Je me dirigeais alors lentement vers lui et le récompensait d’une caresse sur le chanfrein.

J’entrepris ensuite de lui faire exécuter quelques exercices à pieds, lui prenant un à un chacun de ses espaces. Si au début, Orphée se rebella, il finit par accepter ma position de leader et abandonna toute tentative d’intimidation ou de rébellion à l’autorité, exécutant ce que je lui demandais sans broncher.

Lorsque je le jugeais suffisamment attentif à ma présence, je resserrais la sangle et mettais le pied à l’étrier. Une fois installé, je poussais un soupir de bien être, savourant la sensation de liberté qui s’emparait de moi à chaque fois. A cet instant, j’avais l’impression d’être au dessus de tout, que toutes les lois n’avaient plus aucun pouvoir sur moi et je me sentais libre de faire ce que je voulais. J’aimais ressentir la puissance des muscles qui s’actionnaient sous moi, sentir les muscles rouler sous mes mollets.

Pendant près d’une heure, je montais Orphée, lui faisant faire des exercices divers et variés, tantôt de dressage, tantôt des figures d’équitation western telles que le sliding stop ou le spin. Je savais que Orphée aimait beaucoup cette figure même s’il avait encore du mal à se stabiliser de l’arrière main, tournant uniquement les antérieurs. Il y arrivait parfaitement au pas, mais avait encore quelques difficultés conséquentes au trot et au galop qu’il me faudrait lui apprendre à rectifier.

Après un dernier tour de piste au pas afin de lui faire retrouver un rythme cardiaque relativement calme, je remontais au centre, heureux de ne croiser personne. J’attachais Orphée à la barre d’attache extérieure, ne voyant pas l’utilité de le rentrer au box pour le ressortir ensuite, et dessellais ma monture, posant la selle à bonne distance des dents de l’étalon. Puis, j’entrepris de lui offrir un pansage plus qu’amplement mérité après le travail intensif que je venais de lui demander. J’allais le détacher pour le ramener au pré quand je me ravisais et retournais à la sellerie prendre le licol de Niladhëvan.

Je retournais ensuite auprès d’Orphée et le détachais pour de bon, après lui avoir donné un morceau de pain bien dur que j’avais rapporté par la même occasion. Une fois Orphée au pré, je prenais la direction du paddock ou Niladhëvan semblait faire les cent pas le long de la clôture. Je me doutais qu’elle n’avait pas dû se reposer énormément la nuit dernière et que la nuit à venir ne serait pas non plus de tout repos, mais je la savais suffisamment résistante et forte de caractère pour se faire rapidement une place au sein du troupeau.

J’entrais dans le paddock, et m’approchais de la jument qui, de son côté, m’ignorait totalement, agissant comme si je n’étais pas là. Je dus la reprendre à l’ordre plusieurs fois, manquant de me prendre un coup de pied. Je la chassais violemment de moi, et lui courais après, de façon à lui faire comprendre qu’ici, c’était moi le chef et qu’elle me devait le respect. Après de longues minutes de cavalcade, elle finit par se calmer et après avoir accepté ma présence en tant que leader, de son plein gré, elle vient me demander la permission de se faire accepter par moi. Je ne la lui accordais pas du premier coup, lui faisant ainsi comprendre que je n’étais pas à sa disposition comme elle se devait de l’être avec moi, étant donné que j’étais à présent son leader.

Après plusieurs demandes consécutives de sa part, je finis par accepter, et lui passais le licol. La tête basse, en un signe de soumission, elle clignait des yeux tout en faisait acte de mâcher, preuve irréfutable qu’elle était dans un état d’acceptation de sa situation de dominée.

Je la menais hors de l’enclos et la conduisis dans le parc voisin, au milieu de ses congénères. Savant la situation dangereuse, je ne m’attardais pas plus que nécessaire et retournais près de la clôture et m’emparais de la grande longe que j’avais emmené pour plus de sûreté. On ne savait jamais ce qui pouvait se passer durant ce laps de temps délicat. Une fois libérée, Niladhëvan se dirigea vers le troupeau.

De brefs hennissements aigu ne tardèrent pas à se faire entendre, et je redoublais de vigilance.

Quelques coups de pieds partirent, mais par chance, aucun d’eux n’atteint leur cible, leur but premier étant plus l’intimidation que l’attaque. J’observais avec fierté, mon cheval faire le fier, lançant ses antérieurs en avant, roulant l’encolure et relevant la queue en panache. Il avait l’attitude du cheval dominant par excellence.

Les hennissements avaient attirés quelques palefreniers qui, comme moi, observaient la scène avec un certain pincement au niveau du coeur, éblouit par la beauté du spectacle qui s’offrait à nos yeux émerveillés mais toujours attentifs. Parmi eux, je cru reconnaître le nouveau, cependant, je ne lui accordais aucune attention et reportais mon regard sur le troupeau qui évoluait sous mes yeux.

Au bout de quelques minutes, j’entendis tout le monde repartir d’où il était venu, retournant vaquer à leurs occupations premières. Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait se lasser d’un tel spectacle. En ce qui me concernais, je pouvais rester des heures assis par terre dans le pré des chevaux, à les observer évoluer entre eux dans un cadre semi sauvage qui reproduisait à la perfection ce qu’ils étaient dans leur milieu naturel, dans les immenses plaines des Etats Unis. Je m’imaginais galopant sur l’un d’eux, libre comme le vent, rapide comme l’aigle, volant au dessus de l’herbe haute, et chassant les bisons avec uniquement un arc en bois et des flèches artisanales.

Plongé dans mes pensées, je n’entendis pas les pas derrière moi, et sursautais lorsqu’un inconnu vint s’arrêter près de moi, les bras croisés sur la clôture, le regard fixé sur le troupeau.

Je tournais vivement la tête, afin de mettre un nom sur l’opportun qui osait venir me déranger ainsi et je reconnu aussitôt “sans nom”. Il semblait hypnotisé par le spectacle qu’il voyait, comme si c’était la première fois qu’il assistait à ce genre de chose.

Je crus l’entendre parler, mais je n’aurais pu l’affirmer avec certitude. Soudain, sa voix retentit un peu plus fort cette fois-ci :

- Je crois que nous sommes partis sur de mauvaises bases toi et moi…

Je ne répondais rien, tournant sept fois ma langue dans ma bouche avant de sortir une réplique bien placée, dont j’avais souvent le monopole.

Face à l’absence de réponse de ma part, il poursuivit, se tournant cette fois-ci vers moi :

- Je m’appelle Juha…

Cela me fait une belle jambe… Tu sais, ne pas savoir ton nom ne m’aurait pas empêché de dormir cette nuit !

Du coin de l’oeil, je le vis se tourner vers moi. Mais qu’est-ce qu’il lui prend à me fixer comme ça ? C’est une manie chez lui ou quoi ? Je sais que je suis beau mais quand même, c’est pas une raison !

Lassé de le voir me fixer de la sorte, je répondais machinalement, sans pour autant le regarder :

- Gabriel…

De nouveau le silence se fit entre nous, et nous restâmes un long moment sans parler. Pour ma part, cela ne me dérangeait pas le moins du monde, j’aimais le silence, et je détestais parler pour ne rien dire. Cette situation me convenait donc à merveilles.

Finalement, ce fut lui qui brisa le silence, déclarant d’une voix emplie d’émerveillement, tel un enfant qui découvre ses cadeaux sous le sapin, le soir de Noël :

- Je n’aurais jamais cru qu’un spectacle aussi beau puisse exister…

Je ne répondis rien, de toute façon, que répondre à cela ? Et après de longues minutes, je m’arrachais à regret du spectacle. Les chevaux étant à présent relativement calmes, il était grand temps d’aller prendre le repas, midi étant passé depuis deux bonnes heures au moins, au vue de la position du soleil.

23
avr

Once in a lifetime - Chapitre 05

   Ecrit par : shinilys   et classé dans Once in a life time

 

Chapitre 05

par Lybertys 

Je me réveillai le lendemain matin assez tôt. Gwendal dormait encore à poing fermé, et je choisis de ne pas le réveiller, jugeant qu’il avait encore besoin de sommeil. Lentement, je m’extirpais du lit, enfilait rapidement des vêtements pour travailler aujourd’hui, et partais dans la cuisine rejoindre Julien qui devait déjà être en train de petit-déjeuner. En effet, celui-ci était préparait le repas, mettant sur la table de quoi nous nourrir tout les trois. Lorsqu’il m’entendit arriver, il se tourna vers moi, et m’adressa un grand sourire :
- Bien dormis ?
- Très bien, lui répondis-je en lui rendant son sourire.
- Ca me fait vraiment plaisir de te revoir ici Hayden, me dit-il en s’asseyant à table.
- Le plaisir est partagé, répondis-je. Alors, quoi de prévu pour ce matin ? Ajoutais-je en m’asseyant en face de lui.
- Après avoir ramassé les œufs des poules, j’aimerais que tu m’aide à réparer le poulailler, et puis nous irons traire les vaches. Après cela, je pense qu’il sera largement temps d’aller préparer le repas de midi. Au fait où est la belle au bois dormant ?
- Il a besoin de repos, il n’est pas habitué à mon train de vie, et la journée d’hier l’a épuisé.
- Je t’ai rarement vu papa-poule… dit-il avec un sourire vainqueur.

- Ta gueule Julien ! Répliquais-je faussement vexé.

Nous déjeunâmes en vitesse, avant de nous rendre avec un grand panier en osier dans le poulaiiller. Nous le posâmes au centre, sur la paille, et ramassâmes les œufs.

- Dis moi Julien, ta femme… lui-dis-je. Elle est partit pourquoi?

- Notre enfant est souffrant. Elle ne pouvait plus dormir, s’occupant de lui toutes les nuits, et avec le travail, mon aide était trop minime. Elle est partie chez sa mère pour l’aider un peu et pouvoir se reposer. Notre couple battait de l’aide.

- J’espère que tout cela va s’arranger… Dis-je sérieusement peiné pour mon ami.

Nous n’approfondîmes pas ce sujet, comprenant qu’il n’avait pas plus envie d’en parler que cela pour le moment. Après avoir rassemblé tous les œufs, nous passâmes un long moment à réparer le poulailler pour le protéger des renards. Puis, une fois cela terminé, nous nous rendîmes au milieu des vaches, dans le but de les traire. Je n’avais pas oublié les gestes et cela nous permis de reprendre tranquillement une discussion plus sérieuse. Désirant malgré moi en savoir plus à son sujet, je lui demandais :

- Dis moi Julien, ça va quand même s’arranger avec ta femme ?

- J’espère. Souffla-t-il. Je suis en train de chercher une personne à engager définitivement pour m’aider afin d’avoir plus de temps à lui accorder, bien qu’il sera plus difficile de joindre les deux bouts avec un salaire à verser tout les mois. Tu ne serais pas intéressé par l’offre ? Me demanda-t-il alors plein d’espoir.

- Je suis désolé, dis-je un peu mal à l’aise. Mais tu me connais… Je ne suis pas fait pour rester dans un lieu, j’ai besoin de…

- Besoin de liberté. Poursuivit-t-il en me coupant. Je sais. Ce serait quand même bien que tu t’arrêtes un jour. Certes tu es encore jeune, mais Hayden, est ce que ta liberté te rend vraiment heureux.

Il prit un temps avant d’ajouter.

- Je m’inquiète pour toi Hayden. Regarde ce qui t’es arrivé avec ces voleurs. Tu aurais pu y laisser ta peau. Tu as eu de la chance et j’ai bien peur que cela ne soit plus le cas un jour…

- Nous avons déjà eus cette discussion soupirais-je, lassé de ce genre de conversation.

Désirant volontairement changer de sujet, je demandais alors, cette question me brûlant les lèvres depuis un long moment :

- Dis-moi Julien, tu ne m’as jamais dis si ta femme savait pour nous deux, pour la relation que nous avons eus…

Nous avions été amant par le passé. C’était peut-être l’homme avec lequel j’étais resté le plus longtemps et avec lequel je m’étais réellement attaché. Mais le désir de liberté avait été plus fort et je l’avais finalement laissé.

Après un silence, Julien finit par répondre :

- Tu sais.. A l’époque où nous étions ensemble, je ne connaissais pas encore Marie. C’est quand tu es parti que je l’ai rencontré, un peu comme si le destin ou dieu voulait me faire oublier la douleur de t’avoir perdu… Pour répondre à ta question, Marie et moi n’avons aucun secret l’un pour l’autre. Elle sait et elle l’a bien prit. Elle dit qu’elle a confiance en moi et que le passé est le passé. Elle sait que je l’aime et même si au fond de moi je ne parviendrais jamais à t’effacer entièrement, jamais je ne la tromperais. J’aime ma femme…

- Cela t’honore, répondis-je avec un grand sourire. Donc ça veut dire que si jamais elle arrive, elle ne risque pas de me chasser à grands coups de rouleau à patisserie ? M’exclamais-je en riant, faussement soulagé.

- Tu n’as pas à t’en faire… A moins que tu ne tentes quoi que ce soit… Renchérit Julien en riant à son tour.

- Alors là, tu ne risque absolument rien… Je n’aime pas partager…

Sur ces mots, nous rîmes de bon cœur. Julien resterais toujours malgré notre passé, un homme que j’aimais profondément.

- Et ce jeune-là… Gwendal… Il n’est pas un peu trop jeune pour toi ? Me demanda alors mon ami. Tu les prends encore au berceau maintenant ?

- T’es con, Ju ! Soufflais-je en perdant mon sourire tout en lui envoyant un chiffon qui traînait près de moi à la figure.

- Rho allez, insista Julien. Ne m’dit pas qu’il n’est pas à ton goût !! Il a un beau visage, fin et délicat, des cheveux soyeux, poursuivit-il. Et je suis sûr qu’il est batti comme une statue de dieu grec.

- C’est vrai qu’il est mignon, répondis-je ne pouvant qu’être sincère, même si je ne l’ai jamais vu nu. Mais le seul truc qui pèche, c’est son côté bourgeois… Un peu trop aristo pour moi, si tu vois ce que je veux dire…

- Oh tu es dur, répondit Julien en riant. Je suis sur qu’il n’a jamais rien pu faire par lui même, et qu’il ne demande que cela, même si ça va prendre du temps. C’est vrai que vous n’avez pas du tout la même éducation.

- Sûrement, mais je ne l’envie pas, soupirais-je, soudain plonger malgré moi vers des souvenirs que j’aurais préférés oubliés.

Julien n’ajouta rien, comprenant sûrement mon silence. Il n’était jamais bon d’évoquer mon passé. Je finissais toujours par me replier sur moi-même, exactement comme en cet instant.

Je finis cependant par me détendre et il me tira de mes pensées par une remarque qui me fit rire. Il était l’heure de manger lorsque nous nous dirigeâmes vers sa maison. Alors que Julien allait s’affairer dans la cuisine, j’allais voir si Gwendal s’était enfin extirpé de son lit. Ce fut non sans surprise que je le trouvais assis sur le fauteuil plongé dans sa lecture.

- Hey, Gwendal ! Enfin réveillé ? M’exclamais-je.

Il ne m’adressa pas le moindre regard et posa son livre avant de se lever et de quitter la pièce. Je le regardais partir, intrigué, sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait. Comprenant cependant son besoin de solitude, je ne cherchais pas à le suivre, désirant plutôt me rendre utile et d’aider mon ami à faire à manger.

- Qu’est ce qu’il fait ? Me demanda Julien, surpris de ne pas le voir avec moi.

- Il s’est levé du pied gauche. Quand je te disais que c’était un petit bourgeois capricieux. Dis-je amusé.

Une fois le repas prêt, Julien appela Gwendal en criant afin qu’il nous rejoigne. Celui ci resta silencieux tout le temps que dura le repas, se contentant d’écouter d’une oreille distraite notre conversation.

- Dis Gwendal, tu peux me passer le plat de patates, s’il te plait ? Lui demandais-je simplement.

Il me passa le plat sans un regard pour moi et continua son repas. S’en fut trop pour moi et je lui demandais alors, loin d’être patient :

- Mais qu’est ce que tu as depuis ce matin ? T’as tes règles ou quoi ?

Il m’adressa alors un regard offusqué avant de se lever brusquement et de quitter la table. Alors qu’il disparaissait vers l’étage des chambres, Julien me dit :

- Tu devrais alors voir ce qui ne va pas. Tu ne le suis pas ? Me demanda-t-il en se levant.

- A quoi bon, lachais-je, ça lui passera.

- Aller… Lève toi et suis moi, me dit-il presque autoritaire.

Soupirant, je le suivis. Arrivé devant la porte de notre chambre, Julian frappa avant de dire :

- Gwendal ? C’est Julien… Hayden voudrait te parler… Sort, s’il te plait…

Ce fut d’un air hautain et méprisable qui eu le don de m’agacer que Gwen répondit :

- Et bien tu lui feras savoir qu’il ne me sied guère d’accéder à sa requête…

Alors que Julien commençait une phrase pour tenter de le raisonner je fis preuve de bien moins de patience et l’interrompis, prenant la parole à sa place.
- Et si tu m’expliquais ce que tu me reproche au lieu de t’enfermer dans la chambre. T’as vraiment une réaction de gamin, c’est pas croyable…
- Tu sais ce qu’il te dit le gamin ?
Ce fut trop pour moi, j’attrapais Julien par le bras et l’incitais à me suivre. Il céda, ne voyant pas quoi faire de plus. Nous avions du travail et pas de temps pour ces enfantillages.
L’après-midi fut très physique. Il y avait toujours énormément à faire ici. La blessure à ma hanche commençait à sérieusement me tirer et j’avais beau eu reprendre mes plantes avant de repartir cet après-midi, je me sentais de plus en plus fébrile. Je fis cependant bien attention à ne pas en montrer les signes à mon ami. Ce fut avec soulagement que Julien me proposa d’arrêter, nous avions assez travaillé pour la journée. Ce fut une odeur de brûler qui nous heurta de plein fouet alors que nous passions le pas de la porte.

- Wow ! Qu’est-ce qui se passe ici ? S’interrogea aussitôt mon ami.
Comprenant vite d’où venait cette affreuse odeur, nous nous ruâmes dans la cuisine. Gwendal tentait pitoyablement d’aérer l’épaise fumée noire qui envahissait la cuisine.
- Gwendal ? Mais qu’est-ce que tu fous ? T’essaye de mettre le feu à la maison ou quoi ?
Remonté, Gwendal se tourna vers moi et s’exclama, énervé :

- J’ai tenté de préparer le repas figure-toi !

- Tu appelle ça un repas ? S’esclaffa Julien en riant tout en observant un plat plus que carboniser.
Alors que je souriais à la remarque de mon ami, Gwendal s’emporta :

- Pour la première fois de ma vie que je m’approche d’une cuisine, je pense m’être pas trop mal débrouillé figure-toi ! Lui cracha-t-il au visage. Mais puisque apparemment personne ne semble apprécier et prendre en compte ce que j’essaye de faire pour vous, nous n’avez qu’à vous démerder tout seul, je démissionne !

Sur ces mots, les yeux rouges, il quitta précipitamment la cuisine, nous laissant seuls. Je m’engageais aussitôt à sa suite. Il était déjà dehors, s’engageant sur un petit sentier.
- Gwendal, attend ! L’appelais-je.

Il ne m’écouta pas et continua son chemin. Peu enclin à commencer une course, surtout au vu de mon état actuel, ce fut à bout de souffle que je finis par le rattraper. Réprimant un vertige, je posais ma main sur son épaule mais il se dégagea vivement :

- Lâche-moi ! Ordonna-t-il. Retourne voir ton ami avec lequel tu t’entends si bien et laisse-moi tranquille.
Cependant, feignant de ne pas l’entendre, je demandai

- Ecoutes, je m’excuse pour ce que je t’ai dis tout à l’heure. C’est gentil de ta part d’avoir prit l’initiative de préparer le repas. Tu sais, j’ai du mal à comprendre comment quelqu’un ne peut pas savoir faire des choses aussi simple que faire à manger…
- Serait-tu en train d’insinuer que je suis manchot ? Demanda-t-il, toujours furieux. Je n’ai pas besoin de ta compassion, je veux juste que tu me foutes la paix.

Sur ces paroles, il repris son chemin. Mais d’un naturel têtu et ne voulant pas lâcher prise, je poursuivis :

- Mais tu vas t’arrêter ?
Enervé, il se retourna et cria :

- Quel mot dans « fiche-moi la paix » n’as-tu pas compris ?
- Je m’excuse ok ! M’exclamais-je, à mon tour énervé plus que je ne l’aurais cru. Qu’est ce que tu veux de plus ? Qu’est ce que tu as depuis ce matin ? Tu est carrément invivable. La moindre petite remarque on dirait que c’est la fin du monde !
- Tu veux vraiment savoir ce qu’il y a ? Cria-t-il, se mettant alors à pleurer. Il y en a que j’en ai mare de tes réflexions et de tes moqueries permanentes. Oui, on n’a pas eut la même éducation, oui ton enfance à certainement été plus compliquée que la mienne, mais ce n’est pas une raison pour me rabaisser et te moquer de moi à la première occasion ! As-tu seulement remarqué que le peu de fois où tu m’as adressé la parole en deux jours c’était pour te moquer de moi ou me reprocher telle ou telle chose ? As-tu seulement songé à ce que je pouvais ressentir à être constamment rabaissé de la sorte ? Je fais de mon mieux pour satisfaire à tes exigences, mais jamais tu ne me montre la moindre reconnaissance, comme si tout étais dû ! Tu n’est qu’un égoïste ! S’exclama-t-il.
Je restais silencieux, assimilant peu à peu ce qu’il venait de me dire. Nous n’avions définitivement pas la même manière d’appréhender les choses. Il avait en tout cas, une grosse tendance à l’exagération. Face à ma non-réaction, il en profita pour ajouter :

- Depuis que nous sommes arrivés, tu parles avec ton ami en m’ignorant totalement, comme si je n’existais pas ! Je ne te demande pas de m’inclure dans vos conversations, mais un minimum d’intérêt pour ma personne ce serait trop demandé ? Depuis que je t’ai demandé si je pouvais venir avec toi, c’est comme si tu avais toi-même scellé le boulet à tes chaînes ! Mais au risque de t’apprendre un scoop, c’est toi qui as accepté que je vienne avec toi ! Alors prends en les responsabilités ! Si vraiment c’était une charge pour toi de m’avoir avec toi, tu n’avais qu’à tout simplement me dire « non ». Je ne suis pas stupide non plus, j’aurais compris et me serais débrouillé autrement, mais voilà, tu as dis « oui » !! Alors assume !

- Tu ne crois pas que t’exagères un peu ? Demandais-je avec un calme qui contrastait avec sa colère, soudain las.

J’avais mal à la hanche, la tête me tournait et je n’aspirais qu’à une chose : rejoindre mon lit après une bonne douche…

Gwendal ne répondit rien, mais m’adressa un regard qui en disait long ce qu’il pensait de ma réflexion :

- Pourquoi attaches-tu tant d’importance qu regard des autres ? Lui demandais-je alors, le prenant par surprise.

- Je… Parce que… Cela ne te regarde pas…

Je ne pus m’empêcher de soupirer avant de reprendre :

- Ecoutes, si vraiment tu veux apprendre à faire des choses par toi-même, je suis prêt à t’aider, même si j’ai parfois des problèmes de patience, soufflais-je, touché plus que je ne l’aurais cru par sa détresse.

Il m’adressa un regard sceptique empli de méfiance, ne semblant pas me croire. Loin de chercher à me moquer de lui, je tentais de lui faire comprendre autrement :

- Alors ? Demandais-je en lui tendant la main. Marché conclu ?

Après un moment d’hésitation, il attrapa ma main et satisfait, je lui adressais un sourire de réconciliation.

Gwendal y répondit timidement, séchant du revers de sa main les dernières larmes qui perlaient encore au coin de ses yeux. Puis, sur cet accord, nous prîmes le chemin du retour.

Julien ne fit aucune réflexion lorsque nous entrâmes et je reconnaissais bien là les manières d’agir de mon ami. Il ne faisait jamais rien pour que nous nous sentions mal à l’aise dans ce genre de situation. Il avait préparé le repas et nous passâmes à table. Notre dîner se déroula dans un silence monastique.

Nous regardâmes ensuite la télévision, et Gwendal finit par attraper un livre et monter dans la chambre, nous laissant seuls. Ce ne fut que lorsqu’il fut partit que Julien ouvrit la bouche.

- Jamais, je ne dis bien jamais je ne t’ai vu prendre soin de quelqu’un comme ça Hayden. Lorsqu’on se disputait combien de fois j’ai espéré que tu me cours après. Mais jamais tu ne l’as fais…

- Tu me fais une crise de jalousie ? Lui dis-je amusé, ne voulant pas rendre cette conversation sérieuse.

- Non… je remarque juste. Ton style de vie est ce qui fait ta particularité et ton charme. Tu revendiques la liberté comme l’unique but dans ta vie et tu prônes l’indépendance. Alors, quand je t’ai vu arrivé avec ce jeune homme, je me suis dis que tu avais changé. Le Hayden que je connaissais n’aurait jamais pris la peine de partager son chemin avec quelqu’un. Quand je t’ai demandé par le passé de venir avec toi, tu as refusé…

- Parce que tu n’avais pas choisi ce style de vie Julien, le coupais-je. Parce que tu l’aurais fait pour moi et non par désir personnel. Notre histoire aurait connu une fin bien plus douloureuse. Déclarais-je en le coupant.

- Ca, j’ai fini par le comprendre Hayden. Mais… Je ne sais pas. Tu penses vraiment que tu vas continuer ta route avec lui ?

- Je ne sais pas Julien, soupirais-je. Tu sais bien que je ne me projette pas dans l’avenir. Et puis… Est-ce que tu crois vraiment qu’il se ferait à mon mode de vie…

Julien ne répondit rien, et ce fut silencieux que nous finîmes la soirée. Lorsque l’horloge indiquait une heure indécente, nous nous séparâmes et j’allais prendre une douche bien méritée. Épuisé, je refis mon pansement à la va-vite ne désirant qu’une chose : aller me coucher au plus vite. La plaie étant tout de même légèrement rouge et enflé l’ayant quelque peu maltraité avec l’effort que j’avais fournis, j’appliquais une bonne dose de désinfectant et de crème miracle qui traînait dans les tiroirs de Julien. Après m’être fait une décoction, ce fut tel un automate que je m’étendis dans le lit aux côté de Gwendal qui dormait déjà profondément.

Je me réveillais fiévreux le lendemain matin. Laissant Gwendal dormir un peu plus, et au vu de mon corps transpirant dû à la fièvre, je décidais de prendre une nouvelle douche. Refaisant mon pansement avec soin, la plaie ne me laissait rien présager de bon. Si l’état empirait demain, il faudrait que je trouve une solution pour payer un médecin. Fatigué, j’allais cependant réveiller Gwendal. Aujourd’hui, comme il le désirait, il allait se joindre à nous. Après avoir ouvert en grand les rideaux et la fenêtre, j’allais m’asseoir sur le rebord du lit. Ce fut à cet instant que Gwendal ouvrit les yeux, vite éblouis par l’afflux de lumière. M’apercevant, il poussa un soupir de lassitude et passa sa main sur son visage comme pour achever de se réveiller. On aurait dit un félin dérangé dans son sommeil. Alors que je le voyais rougir légèrement, un petit sourire de gêne étira ses lèvres :

- Bonjour, chuchotais-je en souriant également.

- Bonjour, répondit-il en un murmure.

- Bien dormis ? Demandais-je non sans me départir de mon sourire.

- Oui, mais pas encore assez, souffla-t-il en refermant les yeux et en étouffant un baîllement.

- Allez ! Debout ! M’exclamais-je en joignant le geste à la parole. Tu peux aller prendre ta douche, je l’ai déjà prise, mais ne traîne pas, aujourd’hui, on va avoir besoin de toi…

Sur ces mots, je quittais la pièce pour rejoindre Julien déjà en train de prendre son petit-déjeuner. Je me joignis à lui. Vingt minutes plus tard, Gwendal arriva vêtu de propre. Alors qu’il mangeait à son tour son petit-déjeuner, nous préparâmes le programme de la journée. Je devais faire cependant beaucoup plus d’effort pour me concentrer. N’y prêtant cependant pas attention, lorsque Gwendal eut finit son petit déjeuner, nous partîmes tous les trois en direction de l’écurie. Là, Julien lui montra comment harnacher le cheval de trait. Pendant ce temps, je m’affairais à nourrir et abreuver les chevaux qui occupaient les autres box. Si je restais inactif, j’allais tout simplement tourner de l’œil.

Alors que Gwendal achevait de boucler la sangle comme Julien lui avait demander de le faire, celui-ci lui demanda :

- Tu sais monter à cheval ?

- Je euh… Oui, bien sûr… Pourquoi cette question ? Demanda-t-il surpris.

- Très bien, répondit-il sans perdre la peine de lui répondre. Tu monteras Linoa pendant qu’Hayden et moi nous occuperons de la herse. Cela sera beaucoup plus simple pour nous si nous n’avons pas à guider la jument en plus de tenir la herse.

Alors que je m’apprêtais à rentrer dans le box pour l’aider à monter, je fus surpris de le voir sauter lestement sur le dos de l’animal. Satisfait de lui-même, il m’adressa un regard victorieux accompagné d’un petit sourire malicieux. Je ne pus que répondre à son sourire et notre petit groupe se mit en marche. Nous surplombant, Gwendal passa devant ouvrant la marche, guidé cependant par Julien qui lui indiquait la direction à prendre. Très vite, nous arrivâmes au champ à travailler et nous nous affairâmes aussitôt à attacher la herse derrière l’animal. Puis, sur l’ordre de Julien, Gwendal mit la jument en marche.

Jamais le travail ne m’avait paru aussi difficile et je n’étais pourtant pas avare en effort. Nous travaillâmes sous la chaleur étouffante du soleil d’avril pendant près de trois heures, jusqu’à ce que Julien finisse par sonner la fin de la demi-journée.
- Allez, déclara-t-il. On arrête là pour aujourd’hui, il commence à faire vraiment trop chaud. On reprendra demain. Allez, ajouta-t-il à l’attention de Gwendal, laisse lui se dégourdir les jambes, elle a bien travaillé.
Comprenant le sous entendu, Gwendal adressa un sourire de remerciement à mon ami et avant qu’il n’ait le temps de répondre, il lança la jument au galop à travers le champs. Je le regardais partir ainsi avec un sourire.
Sans l’attendre, nous reprîmes le chemin du retour.
- Est-ce que ça va Hayden, tu as l’air fatigué aujourd’hui…
- Ce n’est rien Julien. Ca ira mieux après avoir mangé, dis-je brièvement alors que j’étai saisis d’un vertige.

Je tentais de le refouler, mais celui-ci fut beaucoup trop fort. J’avais chaud, envie de vomir et des étoiles commençaient à danser devant mes yeux. Sans vraiment réalisé ce qui se passait, je m’effondrais lourdement sur le sol, tombant à moitié dans l’inconscience, ayant pour dernière sensation, une douleur sourde à la hanche.

J’entendis vaguement Gwendal crier mon nom. Mes oreilles bourdonnaient. Ma tête fut posée sur quelque chose de plus confortable que la dureté du sol, et de l’eau me fut apportée. Je luttais durement pour ne pas m’assoupir.

- Ca va ? Demanda Hayden, dont la voix était percée par l’inquiétude.
- Je… Mal au ventre, gémis-je lamentablement.

- Au ventre ? Répéta-t-il surpris avant de comprendre. Tu veux dire à ta blessure.
Je me contentais de hocher la tête en guise d’affirmation, étant incapable de prononcer un mot de plus.

C’est alors que je me sentis hisser vers le haut. Julien me releva et m’aida à marcher, prenant la situation en main. Gwendal s’en fut au galop sur la jument. Mes pas furent périlleux, chacun m’arrachant un gémissement de douleur et me demandant un effort monstre.
- Idiot, souffla Julien. Pourquoi tu ne m’as rien dit…
Je ne répondis rien, me concentrant uniquement sur mes pas. J’eus l’impression que nous n’allâmes jamais arriver. On me plaçait dans la voiture, à l’arrière, et je perdis alors véritablement conscience de là où j’étais. Le regard inquiet que Julien posait sur moi à travers le miroir du rétroviseur se transforma soudain en deux yeux que j’avais cru ne jamais revoir…

Ne comprenant plus vraiment ce qui se passait, j’eus l’impression de voir ma mère me fixer inlassablement, en un regard empli de reproche. Ce regard ne me quittait pas. Il se rapprochait de moi. Ce regard qu’elle avait si souvent posé sur moi…

 

- Qu’est ce que tu faisais ! Pourquoi tu n’étais pas là ! J’avais besoin de toi ! Hurla ma mère au moment même où je passais la porte.

Elle était furieuse et je ne connaissais que trop bien cet état. Mais je n’étais pas d’humeur ce soir-là.

- Je suis sûr que tu es encore allé traîner. Tu n’es bon qu’à cela ! Même pas capable de prendre soin de ta pauvre mère ! Ajouta-t-elle tout en s’asseyant sur le canapé.

- J’étais au collège maman, comme tous les jours.

Dans un état qui était devenu habituel, elle se redressa, et cracha haineuse :

- Menteur !

Elle s’approcha de moi. Je la dépassais presque maintenant, et elle m’inspirait toujours cette crainte. A demi voilé, je me demandais depuis combien de temps son regard n’avait pas été clair. Arrivée à ma hauteur, je reculais, sans trop savoir pourquoi, me retrouvant plaqué au mur.

- Tu étais simplement en train de traîner dans la rue ! C’est tout ce que tu sais faire. Tu n’est qu’un bon à rien de profiteur. Depuis le début, tu ne m’attire que des ennuis.

Habituellement, je ne répondais rien. Je laissais passer sa colère. C’était ainsi que j’avais obtenu d’elle qu’elle ne lève plus la main sur moi. Mais ma corpulence était maintenant proche de la sienne. Je savais que j’avais assez de force pour me rebiffer. Mais je n’étais jamais allé jusque là. C’était ma mère après tout. Elle m’empoigna par le col de mon tee-shirt et me cracha :

- Tu n’es qu’un bon à rien ! Tu n’es qu’un poids pour moi et tu vas me laisser seule. Comme ton père ! Tu ne vaux pas mieux que lui.

Sa baffe partie toute seul et sans réfléchir, alors que ma joue me brûlait déjà, mon poing partit tout seul, s’écrasant sur son visage. Sous la violence du choc, elle partit en arrière et s’étala de tout son long. Jamais je n’avais levé ma main sur ma mère et la culpabilité me saisit aussitôt. Je me ruais aussitôt sur elle. Un filé de sang coulait de son nez alors quelle semblait être sonnée.

Affolé, je pris sa tête sur mes genoux, et caressant doucement ses longs cheveux, je gémis lamentablement :

-Pardon maman… Je suis désolé… Je ne recommencerais pas… Pardonne-moi…

Ma mère ne répondit rien, me fixant simplement de son regard accusateur qui m’avait si souvent effrayé et culpabilisé, avant de sombrer doucement dans un sommeil qui m’inquiéta. Je la portais non sans aucun mal jusqu’à son lit et pris soin d’elle jusque tard dans la nuit avant de courageusement commencer les devoirs que je n’avais pas encore eu le temps de faire. Comme souvent, je m’endormis sur mon cahier pour me réveiller en sursaut le lendemain…

 

Lorsque j’ouvris à nouveau les yeux, je fus éblouis par la blancheur de l’endroit. Une douleur sourde irradiait ma hanche, mais cette douleur semblait étrangement extérieure à mon corps.
Cependant la fièvre semblait être tombée, mais il me fallut quelques temps avant de réaliser que j’étais seul dans une chambre d’hôpital. Encore une dette que j’allais devoir à Julien. Ils ne tardèrent pas à arriver et je pus lire du soulagement dans leur regards.
- Comment vas-tu ? Demanda Julien en s’approchant de mon chevet alors que je pouvais remarque Gwendal resté en arrière. Tu nous as foutu une sacrée trouille tu sais !
- Désolé, m’excusais-je mal à l’aise en riant faiblement.
J’étais en réalité épuisé, et j’aspirais déjà à retourner dans les bras de Morphée. Ca va déjà mieux, tentais-je de feindre. Merci pour ton aide, murmurais-je.
Ils restèrent une petite heure en ma compagnie et avec tous ces cachets auxquels je n’étais pas habitués, j’avais beaucoup de mal à resté éveillé avec des pensées claires. Je détestais ce genre de remèdes chimiques. Ils me rappelaient de trop près ma mère, surtout au vu de l’état dans lequel j’étais plongé. Pour moi ce n’était pas mieux que des drogues. Mais il fallait l’admettre, des drogues qui me sauvaient la vie cette fois. Le médecin finit par leur demander de partir. J’avais besoin de repos. A peine eurent-ils passé la porte que je m’endormis dans un sommeil chimique : un sommeil vide de tout rêves ou souvenirs.
Le lendemain, je fus réveillé par l’infirmière qui vient changer ma perfusion, m’apporter mes cachets et refaire mon pansement. À peine fut-elle partit que je me décidais à me lever. Mais alors que je me redressais, un violent vertige me saisit. Il me fallut dix bonnes minutes pour parvenir à rester stable. J’aurais pu rester couché, mais je n’avais pas le choix. Une nuit dans cet hôpital était déjà hors de prix et je ne pouvais pas plus m’endetter auprès de Julien.
Une fois revenu à moi, je fis des gestes précautionneux. Avec une lenteur qui m’agaçait, je finis par réussir à m’habiller et c’est à ce moment-là qu’on frappe à ma porte. Pensant qu’il s’agissait de Julien et Gwendal venu me chercher, je leur disais d’entrée. Quelle ne fut pas ma surprise de voir deux policiers entrer dans la chambre.
Méfiant, je répondis à leur question par une autre question :
- Qu’est ce que vous me voulez ?
- Vous avez été aperçut ici avec ce jeune homme selon la déposition d’une infirmière. Ce jeune homme est activement recherché depuis plusieurs jours. Déclara l’un des deux officiers qui perdait patience. Au vu de la famille Montaudry, je vous conseille d’être coopératif.

Je semblais être en véritable mauvaise posture. Aucun moyen de leur échapper et je n’étais surtout pas en état de me lancer dans une course-poursuite. Il ne fallait pas être idiot pour comprendre qu’ils allaient bientôt m’accuser de l’avoir enlevé.

- Je réitère ma question Monsieur Darcy, connaissez vous Monsieur Gwendal de Montaudry ? S’impatienta le policier.

- Je ne vois pas de qui vous voulez parler, tentais-je de feindre.

Mais au même moment, ce fut Julien et Gwendal qui pénétrèrent dans la chambre, palissant en me voyant en si mauvaise compagnie. Les policiers se retournèrent et remarquant aussitôt Gwendal, l’un d’eux me fit à nouveau face avec un sourire vainqueur avant de dire :

- Je crois bien que si…

Puis, m’ignorant avec superbe, ils me tournèrent le dos et reportèrent toute leur attention vers Gwendal.

- Vous voilà enfin jeune homme. Vous n’avez pas été difficile à trouver. Déclara froidement l’un d’eux.

Je vis Julien nous lancer à tous un regard d’incompréhension, tandis que Gwendal faisait plus que pâle figure.

- Voilà, ce que je vous propose, ajouta l’homme en uniforme devant le silence de Gwendal. Vous nous suivez bien gentiment pour rentrer chez vous, et nous oublierons tout sur l’implication des deux hommes ici présents.

Je pus lire de la peur dans le regard de Gwendal. Je voulais lui dire qu’il devait faire son choix indépendamment de nous, mais je savais que cela été vain. Il allait devoir rentrer chez lui. Si seulement j’avais accepté de me rendre chez le médecin plus vite… Malgré moi, l’idée de ne plus le voir, alors que je le connaissais à peine, m’affectait plus que je ne l’aurais cru.

- Je vous suis, soupira Gwendal, résigné, sans hésiter une seconde.

Notre duo prenait donc fin. Ma route allait continuer seul et je ne le verrais plus jamais.

- Bien, vous avez pris la bonne décision. Veuillez nous suivre, dit l’autre policier avant de prendre la direction de la sortie.

Ce fut douloureux de voir Gwendal m’envoyer un dernier regard effrayé. Il venait de goûter à la liberté, à peine quelques jours, et on venait de la lui reprendre. N’aurais-je pas du rejeter sa demande de me suivre et de partir avec moi ? Cela lui aurait évité de connaître mon style de vie et de croire à un autre futur que son père avait dessiné pour lui. La porte se ferma derrière lui, nous laissant seul avec Julien. Il s’approcha alors vers moi et me demanda, l’air sérieux :

- Dis moi, Hayden, où est-ce que vous vous êtes rencontré ? Ne me dis pas que c’était une grande battisse, semblable à un château, pas très loin de chez moi ?

- Je… Je ne sais pas vraiment, répondis-je déjà vaseux à cause de mon état.

- Ne me dit pas qu’il s’agissait de Gwendal, le fils unique de Monsieur De Montaudry ? Dit-il en écarquillant encore plus les yeux.

- Je… Euh… Si…

- Mon dieu ! C’est le fils du comte ! Et il était chez moi ! Et on l’a traité comme… Tu as eu de la chance que la police n’aille pas plus loin ! Tu te rends compte de ce que tu risquais. Son père a vraiment les bras longs. Pourquoi je ne l’ai pas réalisé ! J’aurais dû m’en apercevoir ! Paniqua-t-il en marchant en rond dans la pièce.

- Et, calme toi, dis-je en passant mes mains sur mes tempes. Tu me donnes le tournis. Qu’il soit le fils d’un comte ou de je ne sais qui, qu’est ce que ça change. C’est Gwendal un point c’est tout, celui que tu as rencontré en toute simplicité il y a quelques jours.

- Tu es vraiment différent, ria nerveusement Julien.

Nous nous tûmes ensuite quelques instants. Nous étions seuls, et je retournais à ma vie quotidienne.

- On a assez traîné ici, finis-je par dire, brisant le silence.

- Je préfère avoir l’avis du médecin pour savoir si tu es en état, répondit Julien.

- Je le suis, claquais-je sèchement.

- Ne dis pas de bêtise, si tu voyais ta tête.

- Je ne peux pas me permettre de rester plus longtemps Julien. Il va déjà me falloir du temps pour te rembourser cette nuit, je ne veux pas m’endetter encore plus avec toi. Si cela ne te dérange pas, je préfère me reposer chez toi que dans cet endroit, répondis-je, jouant la carte de la sincérité.

- Ne dis pas de bêtise Hayden, tu me devras rien.

- Je ne veux pas de ça Julien. Je ne suis pas le genre à profiter des autres. Je ne veux pas te devoir quelque chose.

S’énervant un peu, Julian trancha, apparemment déçu :

- Tu sais Hayden, ton mode de vie, ta liberté… J’en vois les limites aujourd’hui… Tu refuses même un geste de la part de ton ami car tu as peur de me devoir quelque chose. Qu’est ce que tu crois, que je vais t’attacher et t’empêcher de partir tant que tu ne m’auras pas rendu chaque centime.

- Je n’ai jamais dis ça, répondis-je en soupirant, blessé plus que je ne l’aurais voulu par ses paroles.

- Bon, je vais voir avec le médecin s’il est possible que tu sortes aujourd’hui, répondit-il après un court silence, coupant net cette discussion.

Le médecin ne me laissa pas partir de gaîté de cœur et fit promettre à Julien de me laisser une semaine de repos, où je devrais rester allongé la plupart du temps avant de reprendre doucement les taches physiques.

Le trajet fut lourd, aucun mot ne fut échangé, et l’effort que m’avait demandé de marcher jusqu’à la voiture refusant la chaise roulante me rendait déjà somnolent. Aussi, ce ne fut pas à contre cœur que j’allais m’étendre dans mon lit, transpirant rien qu’après la montée des marches de la maison, refusant l’aide de mon ami.

Aussi, ce ne fut pas à contrecœur que j’allais m’étendre dans mon lit, transpirant rien qu’après la montée des marches de la maison, refusant l’aide de mon ami. Lorsque j’ouvris les yeux et au vue de la luminosité moindre qui filtrait par ma fenêtre, je compris que nous devions être en début de soirée. Je m’étirais lentement, veillant bien à ne pas bouger plus qu’il le fallait ma hanche. Me redressant avec précaution, mes yeux se posèrent sur le sac vide de Gwendal. Il n’avait pas eu le temps de récupérer ses affaires et il ne viendrait certainement jamais les chercher. Après tout, son père lui en achèterait d’autres. Soupirant malgré moi à l’idée qu’il n’était plus là, et à l’entente du bruit en bas dans la cuisine, je décidais d’aller rejoindre mon ami. Mon estomac se crispa lorsque je sentis la bonne odeur des plats de mon ami. Alors que je descendais, Julien m’arrêta en plein milieu des escaliers :

- Je n’ai pas encore fini de faire à manger, va prendre une douche, et je repasserais te faire ton pansement, le médecin m’a expliqué comment faire. Puis tu retournes au lit, je t’apporterais ton repas. Et ne discute pas, ajouta-t-il en voyant mon expression. Ordre du médecin !

N’étant pas de taille à l’affronter, je m’exécutais, remontant les marches en bougonnant. Une fois ma douche prise, j’attendis patiemment Hayden dans la chambre, assis sur le lit. J’examinais ma plaie découverte. Si elle était toujours légèrement rouge, l’inflammation était partie. Celui-ci ne tarda pas à arriver avec un petit plateau garnis dont l’odeur ne fit qu’accroître mon appétit. Déposant le plateau sur la table, il vint s’installer près de moi avec un sachet de médicaments donné par l’hôpital.

- Allonge toi… Me demanda-t-il avec douceur.

Lentement, je m’exécutais, remontant mon t-shirt et baissant légèrement le bas de mon pantalon et de mon boxer pour qu’il est une entière mobilité. Avec un soin tout particulier, il s’appliqua à me désinfecter et à me refaire mon pansement. Ses doigts effleurant ma peau me firent frémir malgré moi. Julien avait été un amant hors pair et sûrement le meilleur. Mais tout cela était loin derrière nous. Il était marié maintenant, et pour rien au monde je n’aurais voulu détruire la famille qu’il avait réussie à fonder. Mon visage s’obscurcit à la pensée que jamais je n’avais connu une véritable famille et jamais je n’en connaîtrais.

Julien m’invita à me redresser et m’apporta ensuite un grand verre d’eau et les cachets que je rechignais à avaler.

Il resta près de moi durant tout le repas. Nous qui étions si jovials et si bavards, nous étions ce soir parfaitement silencieux. Etait-ce à cause de notre échange plus tôt dans la journée ? Ou alors, à cause du départ d’un être que nous connaissions finalement si peu ? Cela devait être un peu des deux. Ce fut en me souhaitant une bonne nuit, qu’il quitta ma chambre, me laissant à ma solitude. Alors que je m’installais dans mon lit, je regardais la place vide que Gwendal avait si peu de fois occupée. Il ne s’était rien passé entre nous, et le seul contact physique avait été la nuit que nous avions passé dehors, alors qu’il s’était collé contre moi. Alors pourquoi ressentais-je cette impression de manque et de solitude que je n’avais jusqu’alors jamais connu vis à vis de personne ?

Ce fut avec cette sensation étrange, que je sombrais encore minablement dans le sommeil. Cette semaine s’annonçait particulièrement pénible. Rester inactif n’était habituellement pas dans mes cordes.

Cela faisait six jours que Julien me confinait dans ma chambre. J’allais beaucoup mieux même si je restais très fatigué. Je passais le plus clair de mon temps à dormir, mais aujourd’hui, ce rythme commençait à sérieusement me peser. J’étais devant la grande armoire où Gwendal avait rangé ses affaires, et je les laissais tomber une à une dans son sac. Je me demandais ce qu’il faisait maintenant. Est-ce qu’il pensait encore à Julien et moi ? Etait-il finalement heureux d’avoir retrouver son confort et sa vie ?
Poussant rageusement le sac dans un coin de la pièce, je grimaçais de douleur face au geste qui avait tiré les points de ma hanche. Ne supportant plus de rester dans cette chambre, je choisis de descendre dans le salon. Nous étions en fin d’après-midi, et Julien ne devait pas tarder à revenir. J’avais encore le temps de descendre jusque dans le salon sans qu’il m’empêche de quitter ma chambre.
Descendant avec soin, j’avais l’impression d’être courbaturé. Ce fut à mon plus grand désaroi, tout essoufflé que j’arrivais dans le canapé. Cela ne pouvait définitivement plus durer. Il fallait que je me remette vite ou j’allais exploser. N’ayant rien à faire, j’allumais la télévision, espérant que cela me changerait les idées.
Mais j’avais espéré trop vite. La première image que je vis, fut le visage souriant de Gwendal. Jamais je ne l’avais vu ainsi. Au titre de cette édition spécial : « Le mariage du Gwendal De Montaudry ». Il était donc à ce point important… La mariée était jolie. Il allait avoir une vie douce avec elle, mais une vie emplie de tout ce que j’exécrais pour la mienne.

Gwendal affichait un visage dans lequel il était difficile de décrire ses émotions. Il affichait un sourire radieux, sourire que je n’avais jamais vu son visage lorsqu’il était avec moi. Cependant, en le regardant de plus près, ses yeux ne souriaient pas. Etait-il véritablement heureux ?

- Qu’est ce que tu fais ici ? Me reprocha aussitôt Julien me faisant sursauter.

- Écoute Julien, arrête d’être autoritaire avec moi comme ça. Je n’ai pas cinq ans, et je sais prendre soin de moi. Claquais-je, plus qu’agacé.

- Ne le prend pas si mal. Je m’inquiète juste pour toi… Dit-il apparemment blessé.

- Je ne suis pas en sucre, et tu sais bien que j’ai connu pire, dis-je maintenant las.

- Non, je ne sais pas justement. Je ne connais rien de ton passé. Répliqua-t-il amère avant de disparaître vers la cuisine.

Je poussais un soupir de soulagement, heureux qu’il n’insiste pas à ce sujet. Mon passé n’avait rien de glorieux et je ne voulais surtout pas en parler… C’était la publicité, l’émission allait bientôt reprendre.

Julien ne tarda pas à revenir avec deux bières et déclara avec un sourire quelque peu forcé :

- Et si on fêtait ton rétablissement !

J’attrapais la bière et changeais de sujet :

- Regarde… Dis-je en montrant d’un bref mouvement de tête la télévision et en montant le son.

Les détails du mariage étaient expliqués. Le mariage aurait lieu demain et les journalistes étaient vraiment intrigués de la rapidité de ce choix. Sûrement était-il déjà prévu depuis longtemps mais seulement dévoilé au grand public maintenant. L’émission ne tarda pas à être clotûrée, laissant au générique la photo des deux futurs mariés.

- Jamais je n’aurais imaginé Gwendal marié, surtout à une fille comme ça. Il semble si jeune, commenta alors mon ami.

- J’espère simplement qu’il est heureux ainsi…

- Tu ne peux pas faire grand chose de toute façon. Et Gwendal ne se serait jamais fait à la vie que tu mènes.

- Cela a sûrement du être un jeu pour lui, soupirais-je.

J’étais finalement plus touché que je ne voulais l’admettre. Je n’avais jamais pu vraiment dire au revoir à Gwendal, et je n’avais pas la moindre idée comment il allait maintenant. Ces fausses images télévisuelles ne traduisaient pas la réalité. Mais la question qui me taraudait le plus était de savoir si Gwendal avait choisit de partir avec les policiers aussi facilement uniquement pour ne pas me cause d’ennuie, ou avec un grand plaisir, enfin libérer de la compagnie rustre de mon ami et moi.

La soirée fut simple, et j’insistais auprès de Julien pour obtenir de l’aider un peu demain, lui promettant de m’arrêter dès que je me sentirais trop fatigué. Me cédant, nous nous séparâmes en fin de soirée, ayant prévu de nous lever tôt le lendemain.

À vrai dire, je préférais m’occuper demain plutôt que de penser au mariage d’un homme que j’avais à peine connu.

Le réveil du lendemain fut plus difficile que je ne l’avais cru. J’avais pris de mauvaises habitudes. M’étirant, je pris aussitôt une forte dose de ces médicaments chimiques. Moi qui les avait toujours fui… Puis j’allais rejoindre mon ami déjà présent dans la cuisine, s’attelant à faire le petit déjeuner.

Ayant promis à Julien de ne pas en faire trop, je fis tout de même du mieux que je pus, prenant fréquemment de courtes pauses. Me retrouver à l’air libre me fit cependant le plus grand bien. Un petit vent frais permettait de rendre la chaleur de l’été tout à fait supportable. Ce fut cependant avec soulagement que nous décidâmes d’aller prendre le repas de midi. Nous marchions tranquillement, échangeant des paroles légères, retrouvant enfin la bonne humeur que nous avions perdu depuis mon accident et ce fut à ce moment que Julien s’arrêta brusquement, fixant sa maison. Ne comprenant pas, je suivis son regard et eut la même réaction que lui.

Là, sur le perrons de sa maison, assis sur les marches, se tenait Gwendal, un sourire timide étirant ses lèvres. Souriant à mon tour, ayant du mal à réaliser qu’il était là et ne comprenant pas pourquoi, je m’approchais de lui, suivit de Julien. Nous apercevant il se releva aussitôt. Il n’avait aucun bagage, et étais débraillé dans un costume bien trop beau et luxueux pour être traité ainsi. Arrivé à sa hauteur, je restais muet, ne sachant pas vraiment quoi dire. Gwendal semblait être encore plus mal à l’aise et ce fut Julien qui brisa aussitôt cet étrange silence.

- Et bien ! Tu ne devais pas te marier aujourd’hui ? Qu’est ce que tu fais ici ?

- Je… Commença alors à dire Gwendal hésitant.

Il semblait perdu. Ce n’est qu’à ce moment-là que je remarquais ce qui se cachait derrière son sourire. Il avait une mine affreuse. Ses yeux étaient rouges et il semblait manquer de sommeil.

- Est-ce que tu peux nous laisser seul. Demandais-je alors peut être un peu trop gravement à Julien.

Celui-ci sembla pourtant comprendre et n’opposa aucune résistance. Il contourna Gwendal et referma la porte de sa maison derrière lui. Ce ne fut qu’une fois qu’il fut parti, que j’ouvris la bouche.

- Si nous allions nous installer vers le ruisseau, je pense que nous avons beaucoup à nous dire et ce sera plus frais et plus agréable la bas.

Gwendal me suivit sans la moindre résistance. Le trajet n’étais pas très long, mais j’appréciais de m’asseoir sur le tronc d’arbre une fois arrivé. Si Gwendal avait la moindre idée de tout ce que nous avions fait avec Julien près de ce ruisseau, j’aurais pu être sûr qu’il n’aurait jamais voulu ne serait-ce qu’approcher cet endroit.

- Assied-toi… Lui proposais-je en lui montrant la place libre.

Hésitant, Gwendal s’installa à côté de moi, tout en gardant une distance respectable. Le silence s’instaura aussitôt et comprenant que Gwendal n’entamerait pas la conversation, je me décidais à ouvrir la bouche.

- Je comprends le choix que tu as fait Gwendal. Mais est-ce que c’est vraiment ce que tu désires ? Tu n’as pas fait ça sur un coup de tête ? Tu comprends ce que tu laisses derrière toi ?

- Je comprendrais si tu ne voulais pas que je te suive, répliqua aussitôt Gwendal, mésinterprétant mes paroles. Quel idiot, je m’impose à toi, sans savoir si cela te dérange.

- Ce n’est pas véritablement pas choix que je me suis lancé dans ce style de vie. Au fond, j’ai toujours été un peu ainsi, même si j’ai commencé à errer à partir de mes 16 ans. Je n’ai jamais eu tout ce que tu as eu Gwendal. À vrai dire, j’ai commencé la vie avec moins que rien. Cette liberté est quelque part pour moi la seule chose que je possède maintenant, et parfois j’ai même l’impression que c’est elle qui me possède.

Gwendal continuait de m’écouter silencieusement avant que je finisse par dire :

- Mais si tu veux vraiment venir avec moi, si tu es certain de ton choix, et que tu sais ce qui t’attends, c’est à dire 0 confort mais une vie vécu à 100% alors je serais heureux de te le faire découvrir.

Le silence revint à nouveau lorsque je cessais de parler, mais je lui laissais patiemment le temps de trouver sa réponse. Il finit par répondre, après un temps :

- Je… Je ne suis pas parti sur un coup de tête. Je suis parti parce que je ne veux pas de cette vie que mon père a décidé pour moi… Dit-il d’une voix faible. Je veux être libre de faire ce que je veux faire de ma vie et je serais vraiment heureux de faire ce voyage avec toi… Si tu acceptes, bien sûr.

- Alors nous voilà compagnons de voyage ! M’exclamais-je avec un sourire. Pour le meilleur et pour le pire, ajoutais-je amusé en lui tentant la main.

Sans la moindre hésitation, répondant à mon sourire, il serra ma main, liant ainsi nos chemins.

Nos mains se lachèrent, et nous nous mîmes tous deux à fixer le ruisseau. Je savais qu’en l’acceptant à mes côtés, cela amenait nécessairement la fuite. Son père ne le laisserait pas partir ainsi. Mais je ne voulais pas ajouter ce genre de réflexion à Gwendal maintenant. Il pouvait au moins prendre cette après-midi pour se reposer. Il finit par me demander :

- Comment tu vas ?

- Avec le repos forcé que m’a imposé Julien, beaucoup mieux. Ce n’est pas encore ça, mais encore quelques jours et je serais parfaitement remis sur pied !

Ce fut à mon tour de poser une question qui me brûlait les lèvres :

- Comment tu as fait pour retrouver ton chemin jusqu’à chez Julien ?

- Je… je suis venu à cheval jusqu’au village tout proche très tôt ce matin. Puis j’ai laissé mon cheval à un gîte en leur donnant le numéro de mon père pour qu’ils les appellent et puisse le récupérer. Je leur ai fait promettre d’appeler dans deux jours. Un petit billet et ils ont été facile à convaincre.

- J’ai pensé à prendre de l’argent cette fois ! Ajouta-t-il fier de lui.

- Et si nous retournions voir Julien, il doit être en train de nous attendre pour manger.

Gwendal acquiesça, et nous prîmes tous deux la direction de la maison, à nouveau réunis.

La journée se passa tranquillement. Nous aidâmes Julien du mieux que nous pûmes et Gwendal trouva rapidement sa place parmi nous. Julien ne cachait pas sa joie de revoir Gwendal, lui posant de nombreuses questions. Le repas du soir fut gargantuesque et après avoir chacun pris une bonne douche pour enlever la sueur, nous nous installâmes dans le salon, parlant de tout et de rien. Gwendal fut le premier à aller se coucher, et ce fut au moment ou j’entendis la porte de notre chambre se fermait que j’entamais un sujet bien particulier avec mon ami.

- Julien, cela me gêne de te demander cela, mais est-ce que tu peux attendre un peu plus longtemps pour que je te rembourse ? Tu te doutes bien qu’avec toutes les histoires de Gwendal, nous ne pouvons malheureusement plus rester ici… Je reviendrais ! Et j’espère que cela ne te dérange pas pour la quantité de travail qu’il reste à faire… Tu sais ça m’embête de…

- Ne dis pas de bêtise. Comment crois-tu que je fais sans toi ? Et tu ne me dois rien. Mais cela ne t’empêche pas de revenir me voir.

- Merci… Dis-je avec sincérité, ne sachant pas ce que je pouvais faire pour lui pour véritablement lui rendre la pareille.

J’avais l’impression d’être un simple profiteur.

- Ca va aller dans ton état pour reprendre la route ? Me demanda-t-il inquiet.

- J’ai connu pire ! Dis-je avec un sourire. Ne t’inquiète pas, grâce à toi, je suis presque remis sur pied. Ajoutais-je avec un peu plus de sérieux.

- Tu vas me manquer Hayden… J’aurais bien aimé que tu restes plus longtemps…

Sans trop réfléchir, je l’attirais à moi dans une simple étreinte. J’avais ressentis un puissant besoin de le sentir contre moi et il ne refusa pas ce contact. Nous restâmes ainsi un long moment, profitant juste de la chaleur que l’autre avait à nous apporter. Nous finîmes par aller nous coucher chacun de notre côté, après quelques dernières paroles échangées.

Lorsque j’entrais dans la chambre, il me sembla entendre un reniflement. Intrigué, je m’approchais du lit, et m’assis près du corps recroquevillé de Gwendal.

- Gwendal ? Appelais-je tout bas.

Il ne me répondit pas, mais à voir son corps frémir, je sus qu’il m’avait entendu. Posant délicatement une main sur son épaule, je tentais à nouveau :

- Qu’est ce qui ne va pas Gwendal ? Tu sais que tu peux m’en parler…

Gwendal se tourna vers moi, le visage en larme, et bredouilla aussitôt :

- Je… j’ai peur Hayden. Je viens de réaliser que j’ai tout abandonné, mais pour quoi ? J’ai simplement peur…. Je suis terrifié !

- Viens là, dis-je, ouvrant mes deux bras et l’invitant à pleurer sur mon épaule.

Gwendal hésitait. Il n’osait apparemment pas faire ce geste. Après tout, mes penchants sexuels devaient l’inquiéter. Il était vrai que nous étions dans un lit, mais je n’étais pas le genre d’homme à lui sauter dessus. Il n’avait vraiment rien à craindre de moi.

- Viens, insistais-je, sans pour autant le forcer physiquement.

Gwendal hésitant encore quelques instants avant de finir timidement vers moi. Il ne m’en fallut pas plus pour l’aider à annihiler cette distance qui nous séparait en l’enserrant de mes deux bras. Son corps était tout tremblant et ce ne fut que lorsque sa tête fut enfouie tout contre mon torse qu’il se laissa aller à nouveau à pleurer. Ne sachant pas trop comment me comporter avec lui, je passais lentement ma main dans ses cheveux et dans son dos, afin de l’apaiser. Je ne connaissais pas sa peur en tant que telle. Jamais je n’avais eu à quitter quelque chose pour partir vers l’inconnu car quelque part ma vie avait toujours été dans cet inconnu même.

Je ne sus combien de temps nous restâmes ainsi et ce ne fut que lorsque ses sanglots prirent fin qu’il consentit à m’en dire un peu plus.

- Quand je suis rentré, l’accueil était plus que glacial… Souffla-t-il. Mon père m’a reproché toute la semaine d’être partit sans rien dire. Il m’a dit que…

Il prit une pause, s’écartant un peu de moi. Comme pour l’encourager à poursuivre, j’essuyais avec tendresse les traces de larmes qui maculaient encore ses joues. Frémissant étrangement à mon contact, il ne reprit la parole que lorsque j’eus terminé.

- Mon père m’a dit qu’il comptait sur moi, et que je l’avais profondément déçu. Ma mère ne m’a pas une seule fois adressé la parole… Mais… Mais ce qui a été le plus dur, c’était de me rendre compte que mon père ne me voyait finalement que comme un moyen d’assurer sa position sociale.

Il prit une profonde inspiration avant de poursuivre, tremblant à nouveau :

- Je ne voulais pas de cette vie. Je ne voulais pas vivre ce que mon père avait planifié pour moi… Et… Je ne sais pas si celle que je choisis est meilleure. J’ai peur de faire une grosse erreur, et je sais que mon père ne me le pardonnera jamais. Je ne peux plus revenir en arrière.

Sa voix s’arrêta. Un long silence suivit sa déclaration, et sentant qu’il ne dirait pas un mot de plus, je pris la parole à mon tour :

- Tu trouveras ta voie Gwendal. Laisse-toi juste le temps de prendre du recul. Toi seul parviendra à juger de ton choix, mais tu ne peux plus revenir en arrière. Alors fait avec et regarde plutôt vers l’avant. Ne regrette pas. Profite de ce que la vie va maintenant pouvoir t’offrir. Je ne te promets rien… Je ne sais pas si ce mode de vie te conviendra. Mais je suis là… Et je t’apporterais tout ce que je pourrais dans une moindre mesure. Et surtout, si tu as des doutes, n’hésite pas à m’en parler…

Gwendal ne répondit rien, me souriant simplement en guise de remerciement. Puis, fatigué tout autant l’un que l’autre, nous nous installâmes pour dormir, prenant un repos bien mérité.

Le lendemain matin, comme à notre habitude, je me réveillais bien avant lui. Mais cette fois, je ne me levais pas tout de suite. Me redressant légèrement, je m’appuyais sur un coude, et observais avec plus de précision l’homme qui allait partager un bout de chemin avec moi.

Son visage était aussi fin que son corps et il était particulièrement clair qu’il n’avait pas au premier abord, le physique pour mon train de vie. J’allais devoir m’adapter tout autant que lui. Cependant, les courbes graciles de son corps que je ne pouvais voir qu’à travers ses vêtements laissaient tout de même imaginé qu’il était finement musclé. Sa peau semblait particulièrement douce, et ses lèvres… Ce fut au moment où mes yeux se posèrent sur ses lèvres qu’une envie me pris. Une envie que je refrénais aussitôt en me levant et en commençant à m’activer sur ce qui devait être fait.

J’allais prendre une bonne douche, et pris soin de refaire mon pansement. Puis je commençais à empaqueter tout le nécessaire de soin avant de faire mon sac à moitié défait. Je pris le linge propre que nous avions lavé la veille avec Julien et une fois prêt, je m’occupais des affaires de mon compagnon de route.

Comme la première fois, je pris soin de faire un tri. Je n’aurais pas la force de porter plus que nécessaire. Sa nouvelle vie commençait maintenant et il devait laisser des choses derrières lui. Il pourrait de toute façon les laisser chez Julien, qui les garderait consciencieusement. Ce fut au moment ou je fermais mon sac, que Gwendal se redressant, se massant les yeux comme pour essayer de voir plus clair.

- Qu’est ce que tu fais ? Finit-il par me demander la voix endormie.

- Je prépare nos affaires, dis-je avec un sourire. Bien dormi ?

- Je… Oui… Nos affaires ? Nous partons ? Demanda-t-il intrigué.

- Je pense que ton père ne tardera pas à venir chercher ici… Alors oui, nous reprenons la route.

- Mais… Et ta hanche ! Tu n’es pas encore remis ?! S’exclama-t-il, inquiet.

- Ca ira si je me ménage, dis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. J’ai pris tes affaires importantes, que j’ai mis dans un sac que m’a prêté Julien, qui sera plus facile à transporter pour toi. Il te prête aussi un duvet. Je te laisse le soin de rajouter ce que tu veux vraiment amener avec toi. Le reste restera en sécurité ici. Je vais rejoindre Julien, nous t’attendons pour le déjeuner.

Sur ses paroles, je partis rejoindre mon ami. Un petit-déjeuner gargantuesque nous attendions, ainsi que deux sacs que je devinais remplis de nourriture pour le voyage. Julien était toujours aussi prévenant et sûrement un peu trop généreux.

Après deux petites heures, nous venions de passer le portail de Julien. Nos sacs étaient remplis, Gwendal ayant effectué un sérieux tri. Les au revoirs avaient été rapides. L’un comme l’autre, nous détestions nous attarder dans ces genres de moments. Se retournant une dernière fois, nous lui fîmes un signe de la main. Je n’avais pas la moindre idée de quand nous reviendrions le voir. Il valait de toute façon mieux que l’affaire de la disparition de Gwendal se calme. Devant nous, la route qui s’étendait à perte de vue dans la campagne et ce petit vent si particulier qui me donnait le sourire à chaque fois que je reprenais mon chemin.

- Où allons-nous ? Me demanda alors Gwendal, sans cacher son appréhension.

- Droit devant ! Là où nous le désirons, déclamais-je amusé.

- D’accord, répondit Gwendal avant d’entamer la marche.

Et ce fut ainsi que, pour la première fois de toute ma vie, j’entamais ce chemin accompagné par la personne la plus improbable, sans savoir ce que cela allait entraîner…

 

23
avr

Beyond the invisible - chapitre 01

   Ecrit par : shinilys   et classé dans Beyond the invisible

Chapitre 01

par Lybertys

Voilà maintenant dix ans que je fixe cette fenêtre. Entre les barreaux, je vois les étoiles scintiller au milieu de quelques nuages. Cet endroit reflète pour moi la liberté que je peux atteindre uniquement à l’aide de mon regard. Simple opposé de celui où mon corps se trouve à l’instant, j’aspire à y retourner depuis tant d’années.

C’est la dernière nuit que je passe ici. On m’a annoncé il y a quelques jours que je sortais plus tôt que prévu pour bonne conduite. Impossible de fermer l’œil, je suis comme prit d’un vertige. Dix ans que je suis enfermé ici, et je ne sais pas ce qui m’attend dehors. Je ressens vis-à-vis de cet endroit une sorte d’attache alors que j’y ai pourtant vécu les pires atrocités. Cependant, je m’étais fait peu à peu ma place, place que je n’aurais pas à l’extérieur. Certes j’étais encore jeune, vingt sept ans, la vie pouvait encore m’offrir beaucoup. Mais pour faire quoi ? Je n’avais aucun but précis, personne ne m’attendait dehors. Pendant dix ans, je n’avais eu aucune visite, aucun lien avec ce monde qui m’était maintenant totalement étranger.

Allongé juste au dessus de moi, mon voisin de cellule n’arrêtait pas de bouger, faisant grincer les vieux ressorts de celui-ci. Ce bruit, dès demain je ne l’entendrais plus, comme tous les autres si particuliers qui appartenaient seulement à cet endroit. Alors que ce grincement m’avait agacé pendant des années, ce soir j’éprouvais une certaine mélancolie à le quitter.

Une légère brise passa par l’interstice de la fenêtre, que j’avais entrouverte, et vint finir sa course sur une des mèches de mes cheveux. Je fermais les yeux pendant quelques secondes, profitant de sa caresse. Bientôt, je baignerais dans cet air extérieur, bientôt j’en ferais parti. Je redeviendrais un parmi tant d’autres, inconnu aux yeux de tous.

Je quittais un lieu où personne ne me regretterait, je n’avais pas vraiment d’importance bien que ma place avait été faite au fil des années. La nuit était maintenant bien entamée et le silence régnait dans la prison. Les gardes n’allaient pas tarder à faire leur ronde, nous réveillant tous avec le bruit affreux de la porte. Je ne trouvais toujours pas le moyen de m’endormir, et il m’était de toute façon impossible de fermer les yeux plus d’une minute. Une certaine forme de peur était en train de m’infiltrer, une peur au sujet de demain et des jours qui suivraient, une peur au sujet de l’avenir où je ne voyais pas ma place se tracer, et une peur de cette soudaine liberté qui allait m’être offerte. Les minutes dont je n’avais aucune conscience défilaient et cette peur commençait à s’infiltrer en moi et à se révéler à mon esprit.

Un bruit sourd raisonna, ce bruit qui aurait pu en faire cauchemarder plus d’un. La porte étant maintenant ouverte, on pouvait entendre le bruit caractéristique des pas des gardiens dans le couloir faisant leur tour de ronde. Eblouis par l’intensité de la lumière provenant de leurs lampes de poche, je dus fermer les yeux.

Cela faisait dix ans que je n’avais pas pu passer une vrai nuit, demain cela me serait de nouveau rendu possible. J’avais en fait énormément de mal à réaliser. Je ne cessais de me faire des réfections de ce genre et pourtant cela me semblait impossible d’être demain derrière ces murs. Pendant toutes ces années, j’avais aspiré à ce doux rêve de liberté, à pouvoir être libre de mes faits et gestes sans être surveillé, ne plus risquer de me faire violenter ou pire encore à chaque recoin un peu sombre et à l’abris des regards. Cette manière d’être sur le qui-vive était constante lorsque l’on vivait ici.

J’aurais dès demain, le monde à mes pieds et j’avais l’angoisse terrible de ne pas réussir à faire un seul pas à l‘extérieur de cet endroit qui était devenu mon domicile pendant les dix années de jeunesse de ma vie.

Le même bruit sourd résonna de nouveau , ils avaient fini leur tour de garde. L’agitation de chaque homme cessa bien vite, chacun retrouvant le sommeil auquel on l’avait arraché. C’était leur deuxième ronde, dans un peu moins de trois heures ce serait l’aube et surtout l’heure de se lever. Moi seul changerais de quotidien. Je ne suivrais pas les autres pour aller déjeuner, j’attendrais que l’on vienne me chercher.

J’inspirais profondément, tentant de calmer le flot d’émotions paradoxales qui grouillait maintenant en moi : l’envie et la réticente, la peur et le désir d’avancer, l’angoisse et l’attente insoutenable, la frustration, le vertige grandissant… Ces trois heures furent les plus interminables pour moi, pire encore que ces dix années. Je crus ne jamais en venir à bout. J’attendais que le soleil éclaircisse le ciel et fasse disparaître la lune et les étoiles, sans trop vraiment l’attendre non plus.

J’eu le temps de penser au jours de mon arrivée dans ce lieu. Le monde dans lequel j’avais vécu avant, pendant pourtant dix sept ans me semblait flou et irréel. L’imagination s’était mêlée à mes souvenirs, brouillant ma mémoire. Je me demandais ce qui avait pu changer à l’extérieur. Même si je n’avais personne à retrouver ou du moins personne qui ne souhaiterait me voir, tout aurait prit dix ans de plus.

Seulement, je savais que je ne resterais pas dans cette ville. Je voulais quitter tout cela. Quitte à repartir de zéro, autant marcher sur des bases nouvelles elles aussi. J’avais gagné un peu d’argent, je pourrais tenir si jamais je ne trouvais pas de travail dès ma sortie. La possibilité de travailler en prison m’avait tout de même permis d’amasser un petit pécule que je pourrais récupérer dès aujourd’hui.

Le ciel commençait enfin à s’éclaircir, bien trop vite à mon goût. Ca y est, dans moins de deux ou trois heures, je n’aurais plus ma place ici. Le ciel prenait des touches de couleurs, comme pour tenter d’égayer ce jour qui me terrifiait. Le cœur battant, je me redressais un peu et me mettais en position assise. Ca y est, je pouvais entendre ce bruit sourd de la porte qui s’ouvrait, et les gardes nous demandant de nous dépêcher afin de nous lever. J’entendis quelques injures au dessus de moi, provenant de mon voisin de cellule qui n’avait jamais été matinal.

Il ne tarda pas à descendre, tout en prenant le soin de s’étirer. Lorsqu’il me vit assis sur mon lit, adossé contre le mur, il me sourit légèrement. C’était l’une des première fois où je le voyais me faire ce sourire. Il restait encore à cet homme une trentaine d’années en prison et vu son âge, il ne sortirait d’ici que mort ou dans un état proche de celle-ci. Dans son regard envieux, je pouvais lire une sorte d’adieu.

On entendit soudain la voix d’un garde nous demander de sortir. Il était temps. Tous ces hommes, je ne les reverrais plus jamais. De sa voix grave et légèrement cassée, mon compagnon de cellule me déclara alors tout simplement :

- Profite, profite de cette liberté et va toujours de l’avant ! Ne reviens jamais ici ! Malgré ce que tu as du commettre pour arriver ici, je suis sûr que tu es quelqu’un de bien. Passe une première bonne journée Juha, profite de celle-ci pour nous tous.

Sans que je n’ai le temps de répondre quoi que ce soit, il était déjà parti. Je ne pouvais m’empêcher de ressentir un petit pincement au cœur en voyant sa silhouette s’éloigner. J’avais eu beaucoup de chance de l’avoir comme compagnon de cellule et surtout comme ami. Jamais il ne m’avait posé de problème. C’était un homme d’un âge avancé de qui j’avais beaucoup appris. Je n’ais jamais su la raison de sa présence ici, mais je le savais habité d’une grande sagesse.

Alors que tous se rendaient au réfectoire, je vis celui que j’avais toujours détesté et qui avait le même ressentit à mon égard. Il avait prit soin de prendre le chemin passant devant ma cellule et s’arrêta un instant à l’entrée de celle-ci, me fixant de son éternel air mauvais :

- Tu va me manquer Juha, enfin surtout ton petit…

Il fut interrompu par un gardien se chargeant de vérifier que personne ne traînait, s’occupant personnellement des retardataires. Il me jeta un dernier regard que je ne pu soutenir. Mon cœur qui s’était emballé dès son arrivée, commençait enfin à retrouver son rythme normal. Jusqu’à la fin, il ne m’aura pas laisser la paix.

Lorsqu’il rejoignit enfin les autres, j’eu l’impression de pouvoir respirer de nouveau. Savoir que j’allais enfin pouvoir quitter cette ambiance pesait dans la balance pour le « pour » de sortir d’ici.

Le silence retomba dans la grande pièce, contenant les cellules, seul un léger brouhaha provenant du réfectoire se faisait légèrement entendre. Cela faisait bizarre de se retrouver seul dans cet endroit totalement désert. Cela me donnait une sorte d’aspect irréel à ce lieu. Je m’étirais rapidement avant de me lever. Puis je rassemblais rapidement mes quelques écrits et les livres que j’avais acquis au fil des ans passés ici.

Le plaisir et la possibilité de lire avait été une des seules choses qui m’avait été accordée. J’aimais énormément lire, et cela m’avait d’ailleurs été indispensable dans cet endroit. Je laissais volontairement un de mes préférés sur le lit élevé, bien en évidence pour l’homme que je ne reverrais plus jamais. Un livre comme moyen d’évasion : voilà le seul cadeau que je pouvais lui faire.

Je tirai ma couverture, refaisant mon lit plus par habitude que par nécessité. Une brise fraîche s’infiltra par la fenêtre terminant sa course dans ma nuque. Je frissonnais. L’hivers était en train d’approcher, cela se sentait. En y réfléchissant, je n’avais aucune idée de la date et du jour, je savais seulement que nous étions à la fin de l’automne, n’attachant finalement que peu d’importance à cela. Savoir que nous étions en automne n’était guère compliqué à deviner lorsque l’on regardait la couleur des feuilles des grands arbres à l’extérieur. Je fermais la fenêtre, ne voulant pas laisser se refroidir la pièce plus qu’elle ne l’était déjà. On ne venait toujours pas me chercher, et j’avouais commencer à être impatient. Certes le stress qui m’habitait était atrocement élevé, mais j’avais maintenant envie que tout cela arrive une bonne fois pour toutes et que je quitte cette situation d’entre deux.

Etant planté debout dans ma cellule et me trouvant ridicule, je m’assis sur le bord de mon lit, tentant d’attendre le plus patiemment possible.

Lorsque le gardien vint enfin me chercher, il me fit sursauter. Ne regardant pas la porte mais encore une fois la fenêtre, ce fut seulement sa voix qui m’indiqua sa présence :

- Allez Juha, bouge-toi !!

Je relevais la tête vers lui, et acquiesçais. Après m’être dépêché de saisir mes affaires, je partis à sa suite, marchant symboliquement vers mon avenir. Je maîtrisais avec grand mal les tremblements de mes mains. Les jambes légèrement flageolantes, je serrais les poings me récitant mentalement de me calmer. Avant ma sortie, on m’amena dans un bureau où je devais signer quelques papiers. L’homme assis en face de moi me demanda alors avec entrain :

- Alors ? heureux de sortir ? Une petite amie à retrouver enfin ?

Je souris intérieurement. Mon homosexualité, je l’avais caché aux yeux de tous pendant dix ans. Sachant le danger que cela aurait pu entraîner pour moi si les autres prisonniers l’avaient appris. Je répondis à sa question de manière détachée, n’ayant aucune envie d’approfondir la conversation avec lui.

- Je verrai bien…

Cela sembla fonctionner car il n’insista pas et me parla de tout autre chose. Il me tendit plusieurs feuilles en me disant :

- Voilà les offres d’emploi dans cette ville et aux alentours. Puis ensuite, voici vos papiers d’identité, ainsi que vos affaires personnelles…

Il continua à me parler d’un tas de choses utiles et inutiles. Je me contentais de l’écouter bien sagement, fixant le carton où était mis les affaires avec lesquelles j’étais arrivé dix ans auparavant.

Lorsqu’il me lâcha enfin, on m’indiqua un endroit où je pouvais me changer. Mettre les habits que j’avais porté à dix sept ans, me faisait un drôle d’effet. Mon corps était comme coincé dans une époque qui datait de dix ans.

C’était étrange comme j’avais l’impression d’avoir été coupé du temps. Pendant dix ans, j’avais été mis hors de celui-ci. Seulement, il ne m’avait pas attendu, et avait continué d’avancer sans moi. J’allais devoir le prendre au vol, comme lorsque l’on cours après un train en marche avec l’intention de monter dedans.

Une fois vêtis, je regardais rapidement ce que contenait le reste du carton : une vielle montre dont la pile était trop usée pour qu’elle fonctionne, un portefeuille avec mes papiers, et quelques pièces de monnaie, un bracelet en argent et enfin une enveloppe contenant de mémoire une lettre et une photo. Je ne l’ouvris pas, me contenant de la glisser dans ma veste que je n’avais pas mise depuis des années. Elle était devenu légèrement étroite au niveau de mes épaules qui s’étaient développées. J’étais loin cependant d’avoir pris du poids et à peine levé, je sentais que mon jean glissait un peu. Je récupérais ensuite toutes mes affaires, les mettant dans le vieux sac de toile où mes livres étaient déjà. Je me remerciais mentalement d’être venu avec une écharpe dix ans auparavant, sentant que le temps à l’extérieur n’était pas clément aujourd’hui. Je fini par prendre une grande inspiration avant de sortir de la pièce, prenant sur moi pour ne pas céder à la détresse qui m’habitait.

Je suivis un autre gardien, qui me guida silencieusement jusqu’à la sortie. A chaque pas effectué, j’avais l’impression de me diriger un peu plus vers un ailleurs inconnu. Le couloir qui menait jusqu’à la sortie n’était pourtant pas très long mais il me semblait interminable. Lorsque l’homme ouvrit la porte, une bourrasque de vent s’engouffra dans le couloir, faisant entrer quelques feuilles et surtout le froid qui régnait dehors. Je n’avais pas réalisé à quel point la température était basse. Le gardien, n’ayant pas envie de rester là, me mit tout simplement dehors, après un bref “bonne chance”. La porte claqua juste derrière moi, me laissant à peine réaliser que je venais de franchir le pas de celle-ci.

Ca y est… J’étais dehors… Alors, c’était juste cela… Rien de spécial, l’air que je respirais n’avait pas changé. Encore, au sommet des trois marches, je n’arrivais pas à me décider à les descendre. J’avais l’impression d’être au bord d’une falaise et faire un pas entraînait irrémédiablement une chute, un basculement vers un autre monde, le monde de l’extérieur.

Il me fallut un nombre incalculable de minutes avant de me décider à descendre ces simples marches. Une fois les pieds posés en bas des marches, je m’arrêtais à nouveau, comme pour m’imprégner du moment.

Libre, j’étais libre… C’était donc cela la liberté ? Etre à l’extérieur des quatre murs de ma cellule, pouvoir bouger où bon me semblait faire ce que je voulais de ma vie.

Je tournais la tête à droite puis à gauche,. Je ressentais cette désagréable impression d’être observé, vestige de mes dix années de prison passées ici. Je posais un instant le sac que je portais sur l’épaule. Il fallait que je me calme. Les battements de mon cœur étaient si important que j’avais l’impression à chaque instant que celui-ci allait sortir de ma poitrine. Mon rythme respiratoire lui faisait écho. J’allais même jusqu’à m’asseoir ayant l’impression que tout tournait autour de moi : cet afflux d’émotion et ce vide, cette absence de limite était terrifiante et me faisait perdre pied.

Je me pris ensuite la tête entre les mains un instant, tentant de faire le point et de revenir à un semblant de raison. Puis me ressaisissant peu à peu, je fini par attraper mon sac et en sortir les offres d’emploi. Mes critères simples, je voulais quelque chose avec le moins de contact possible avec autrui. J’avais mes raisons. Je voulais un travail que je puisse effectuer en solitaire sans devoir côtoyer par force les autres hommes. Cela était l’unique condition pour mon propre repos.

Plus je parcourais les annonces, plus je me disais que jamais je ne trouverais aucun emploi. Soudain, je la vis. Elle avait été mise en dernier. A mon grand étonnement, elle remplissait des points importants à mes yeux , en plus de ma condition, le lieu de travail se situait à l’extérieur de cette ville à une centaine de kilomètre. L’offre était simple :

Recherche palefrenier pour centre équestre.

Aucune compétence requise

Cette annonce était bien évidemment suivit du lieu et des coordonnés.

J’arrachais le bas de la page, de toutes les annonces ; elle était l’unique qui me convenait. Je sortis ensuite la carte de paiement qui m’avait été créée pour toucher l’argent que j’avais gagné en prison et la glissais dans mon portefeuille.

J’allais devoir, avant de me rendre là bas, ou même avant de leur téléphoner, me refaire une beauté et acheter de nouveaux vêtements. En effet, le froid commençait à réellement me saisir et ma veste était bien trop légère pour lutter contre celui-ci.

J’enfonçais un peu plus la tête dans mon écharpe, tentant au mieux de garder ma chaleur corporelle. Il fallait que je bouge, si je ne voulais pas frigorifier sur place. Je pris mon courage à deux mains. J’avais maintenant un but, et surtout toute la journée devant moi. Je me levais enfin et commençais à marcher, me trouvant ridicule de presque trembler à chaque pas.

Je marchais sans savoir trop où aller. La prison était à quelques kilomètres de la ville et j’allais devoir marcher. Cette idée de pouvoir se déplacer sans aucune limite était vraiment quelque chose de plus que vertigineux. Je me déplaçais le long de la nationale, sans trop savoir quand est ce que j’allais arriver. Je me sentais terriblement vide et surtout seul. Il n’y avait plus ce brouhaha récurant et les yeux des gardiens constamment posés sur nous. Il était trop tôt pour que des voitures ne circulent et j’étais donc totalement seul. De nombreuse fois je tournais la tête dans tous les sens, ayant la désagréable impression d’être épié. Pourtant je savais pertinemment que ce ne pouvait pas être le cas.

Je finis par arriver enfin dans cette ville où tout commençait à s’éveiller. J’avais dû avoir tellement changé en dix ans que j’étais presque sûr que jamais on ne me reconnaîtrait. Cela m’allait parfaitement. La ville avait presque tout autant changée que moi et je finis par entrer chez un coiffeur qui n’existait pas à l’époque où je côtoyais cette ville. Il m’était assez difficile de communiquer avec cette femme, j’avais l’impression que je n’allais jamais arriver à lui demander ce que je souhaitais. Savais-je seulement ce que je voulais… Je finis par lui laisser une totale liberté, lui confiant mes cheveux. Ils avaient atteints une bonne longueur et ma seule consigne était que je ne voulais pas les avoir cours. Elle me sourit et commença son travail. Je me laissais faire plus perdu qu’autre chose. Je me sentais en réalité terriblement mal à l’aise, ne parvenant pas à trouver les limites de ma place sociale. Tous repères étaient partis en fumée depuis que j’avais franchi la sortie de la prison et j’étais comme égaré.

La coiffeuse ne mit pas énormément de temps, rafraîchissant ma coupe et donnant à mes cheveux noir un aspect plus léger, donnant un aspect moins dur à mon visage cerné. Devoir me fixer pendant tout le temps de la coupe dans la glace était assez difficile. Même s’il y avait des miroirs en prison je n’avais jamais passé autant de temps à m’observer. Une fois la coupe terminée, je réglais avec le liquide que j’avais retiré, et me sortais de cet endroit. Je me dirigeais ensuite dans une boutique de vêtement où je trouvais quelques t-shirts et deux jeans. J’optais aussi pour un pull noir à col roulé qui m’allait plutôt bien. Ne plus me voir dans la tenu de prison me faisait vraiment un drôle d’effet. Je m’achetais aussi quelques sous-vêtements et des chaussettes. Il m’était impossible de me sentir à l’aise. Mes gestes étaient hésitant et toujours cette impression d’être observé. Je finis par me diriger dans une boutique de manteau, et en choisit un long noir qui était taillé pour moi selon le vendeur. Je suivis ses conseils, en profitant pour me rincer les yeux sur le bas de son dos tout à fait à mon goût. Je gardais ma vielle veste qui pourrait me servir si j’étais accepté comme palefrenier.

Une fois mes achats terminés, je fus pris d’une fatigue monstre. Côtoyer toutes ces personnes et affronter ce qui m’étais devenu l’inconnu, m’avait demandé beaucoup d’énergie et le stress n’avait rien arrangé. Il ne me restait plus rien à faire dans cette ville, et le monde commençait à y grouiller. Je décidais donc de partir à la recherche d’un petit restaurant avec pour but de trouver un hôtel par la suite.

En chemin, je passais devant une cabine téléphonique et je choisis d’appeler le centre équestre. Ainsi, je serais fixé. Je savais qu’il était plus qu’important pour moi de trouver un métier, ce seras la seule entrée possible pour atteindre ce monde.

Je pris le papier que j’avais mis dans ma poche quelques heures auparavant et composais le numéro d’une manière assez fébrile. On ne mit pas longtemps à me répondre, et j’entendis une voix autoritaire me répondre :

- Allô…

- Oui bonjour…

J’inspirais pour reprendre mon calme et ne pas me mettre à bafouiller.

- Je souhaiterais savoir si vous cherchez toujours quelqu’un comme palefrenier dans votre centre. Si c’est encore le cas, je suis fortement intéressé.

- Très bien, je n’embauche jamais quelqu’un sans l’avoir vu. Veuillez être là en fin d’après-midi. Au revoir.

Je n’eu pas le temps de répondre que déjà l’homme avait raccroché. Je regardais l’heure affichée sur l’écran du téléphone : il était quatorze heure. J’avais intérêt à me dépêcher, mais avant je devais calmer ce ventre qui gargouillait de plus en plus.

Je m’arrêtais dans un petit restaurant et commandais des plats qui, je le savais, seraient différents de ceux de la prison, mais dont je n’aurais pas le temps de les savourer. En attendant que l’on me serve, je me rendis aux toilettes afin de me changer. Je devais faire un minimum bonne impression et pas rester dans ces vêtements vieux de dix ans.

J’enfilais le plus simple de ce que j’avais acheté et enfournais dans mon sac de toile tout le reste de mes achats. Je sortis, la veste noire au bras, pensant m’asseoir à ma table. La serveuse eut un instant d’hésitation lorsqu’elle vint me servir pensant s’être trompé de personne. Je mangeais aussi vite que je devais le faire en prison, n’ayant plus du tout l’habitude de manger normalement. J’étais même presque en train d’épier les autres au cas où ils viennent me voler de la nourriture.

Une fois mon repas fini, je demandais rapidement si je pouvais utiliser leur téléphone et appelais un taxi. Je n’avais jamais eu l’occasion de passer mon permis, et pour me rendre au centre équestre en fin d’après midi, je n’avais pas d’autres choix.

C’est ainsi que je me retrouvais, assis à l’arrière, la tête collée à la fenêtre de la voiture, admirant le paysage qui s’offrait à mes yeux. Plus on roulait et plus on s’éloignait de la ville et de ses habitants. Grâce au calme de cette route de campagne, je me sentais légèrement apaisé.

Le trajet dura une bonne heure et demi. Nous passâmes un petit village avant de prendre une petite route. La voiture ne pu aller jusqu’au bout, et le chauffeur me demanda de descendre. Je m’exécutais après l’avoir payé et marchais vers ce fameux centre. Les alentours avaient l’air très sympathiques. Nous n’étions pas très loin d’une petite ville et étions en même temps en pleine nature.

Je finis par arriver devant un grand bâtiment en pierre. Tout était assez calme. Seul le hennissement d’un des cheveux se fit entendre, confirmant que je me trouvais au bon endroit. Je me dirigeais vers la porte d’entrée du bâtiment où il était écris sur un panneaux de bois en toute lettre : « Accueil ». J’entrais après avoir frappé quelques coups. En face de moi, à un bureau collé contre le mur, se tenait un homme d’une quarantaine d’années en train de pester au milieu des papiers. Ayant entendu ma venue, il se tourna vers moi et me sourit rapidement avant de me demander :

- Bonjour, c’est à quel sujet ?

- Bonjour, j’ai appelé ce matin et je…

- Ah, c’est dont vous, le coupa l’homme. Vous vous appelez ?

- Juha Ahokainen

- Très bien Juha, suivez moi. Moi c’est Philippe.

Je le suivis jusqu’à une pièce qui semblait être une sorte de salon. Il m’invita à prendre place dans le fauteuil en face de lui, et commença à parler :

- Très bien. Les premières choses que je vais vous demander, c’est pourquoi êtes vous intéressé et qu’avez-vous fait avant ?

Voilà justement les deux questions auxquelles je ne voulais pas répondre. Lui dire d’où je venais dès le début réduisais à néant toutes mes chances. Et à la première que pouvais-je lui répondre ?

- Je…

- Vous … ?

Je n’avais pas le choix… Je devais lui dire. Taire tout cela était maintenant aussi dangereux que de lui dire.

- Je vais être franc avec vous. Je n’ai aucune compétence dans ce domaine. J’ai fais plusieurs boulots, mais pas dans le cadre que vous pourriez entendre. Voilà, je suis sorti ce matin de prison. J’ai besoin de ce travail. Même si je n’y connais pas grand chose en équitation, je pense pouvoir remplir ce poste. Je… Je suis quelqu’un qui apprend vite et je suis très débrouillard. Maintenant, je comprends que vous ne souhaitiez pas me prendre. Je comprendrais tout à fait vos raisons…

- Une semaine ! déclara-t-il soudain.

- Comment ?

- Vous avez une semaine pour faire vos preuves, expliqua le patron.

J’étais totalement abasourdi. Je ne savais pas trop quoi lui dire, et restait ébahi devant lui. Cela sembla l’amuser car il demanda :

- Cela ne vous convient pas ?

- Je… Si, merci beaucoup, je… Sincèrement merci.

Nous restâmes un moment à parler de toutes les conditions et les taches que j’aurais à accomplir. Il commencerait par me montrer dès demain matin à la première heure ce que je devrais effectuer. Je commencerais par me charger des boxes dès demain. Il me proposa de me louer une chambre le temps que je trouve de quoi me loger. Il précisa aussi que le fait que je sois tout juste sorti de prison ne regardait personne et que c’était uniquement mon problème.

Après avoir bu un verre avec lui et parlé du reste du travail que j’aurais à fournir, il me proposa de manger un petit quelque chose mais je déclinais l’offre, n’ayant qu’une envie à cet instant : me coucher. Je n’avais pas dormi la nuit dernière et la journée m’avait épuisé. Il ne s’en vexa pas outre mesure et me conduisit jusqu’à ma chambre provisoire avant de me laisser seul.

Une petite salle de bain individuelle se trouvait dans chaque chambre et j’allais donc pouvoir profiter de prendre une douche comme je n’avais pu en prendre depuis dix ans. Plus de crainte à avoir à ce moment là. Je serais seul et en paix. Plus de terreur liée à ce moment de la journée et à ce que j’y avais vécu.

Après m’être rapidement dévêtis, je rentrais en frissonnant dans la cabine de douche. Je ne mis pas longtemps à faire couler l’eau chaude sur mon corps qui pour une fois n’était pas tiède ou presque froide. Je ne restais pourtant pas très longtemps, ne réussissant pas à me détendre vraiment. Ce fait d’être toujours sur le qui-vive n’allait pas me quitter avant un moment, je le sentais.

Je me dirigeais après tel un zombi jusqu’à mon lit et après avoir tiré les draps, je me glissais en boxer sous les draps ayant la flemme de faire quoi que ce soit de plus. Après un rapide tour d’horizon des lieux, je fermais les eux et m’endormi.

Je pensais pouvoir passer une meilleur nuit, une nuit de réel repos et je passais la pire de ma vie. Je n’arrêtais pas de me réveiller en sursautant, mettant à chaque fois un temps à me rappeler où j’étais et que le bruit sourd de la porte de la prison qui s’ouvre n’était que le fruit de mon imagination.

Très tôt le matin, le patron vint frapper à ma porte, me demandant si j’étais prêt. Je répondit que « oui » avant de me lever et m’habiller en vitesse, de passer rapidement dans la salle de bain et de sortir le rejoindre à l’extérieur. En une petite demi heure, il me fournit les outils, une tasse de café et montrait comment faire un box.

Je me retrouvais donc une heure plus tard, avec un cheval attaché à l’aide d’une chose que l’on appelais « licol », et moi en train d’ôter les crottins et la paille souillée avant de la remplacer par un peu de fraîche. Le travail ne me faisait pas peur, et malgré mon gabarit pas énormément musclé, je m’en sortais parfaitement, mettant du cœur à l’ouvrage. Je n’avais pas peur du cheval à moins d’un mètre de moi, très calme. Je faisais mon travail et n’avais pas le temps de le faire. J’eu tout de même le temps d’admirer cette monture. Je ne m’y connaissais pas, mais cela ne m’empêchait pas de le trouver superbe. Une robe noir et de sublime taches blanches. Il semblait particulièrement calme et son contact avait quelque chose de reposant. A ses côtés j’avais l’impression d’être libre de pouvoir me laisser aller à abaisser mes barrières.

J’étais en train de finir la dernière brouette de paille lorsqu’une voix très en colère provenant de la porte du box me fit sursauter.

- Je peux savoir ce que tu fais ici ?! Sors d’ici tout de suite !

La voix provenait d’un très beau jeune homme. Ses cheveux blonds étaient ramenés en queue de cheval et ses yeux d’un bleu océan me lançaient des éclairs. N’aimant pas me faire traiter de la sorte, je répondit tout aussi sèchement, mais avec bien plus de politesse.

- Excusez moi, mais je fais mon travail, je viens d’être engagé ici et on m’a dit de faire les box, chose que je suis en train de faire…

Agacé, il me coupa :

- Ne restez pas à côté de mon cheval. Sortez de ce box.

Plus qu’énervé, je décidais de l’ignorer, ne voulant pas me disputer avec lui, ou avec quiconque, ayant pour habitude de toujours fuir ce genre de situation. Je sortis donc avec la brouette. Comme il se tenait devant la porte, nos épaules se heurtèrent. Il n’avait apparemment aucune envie d’être sympathique avec moi. Il se rua dans le box de son cheval, comme si je lui avait fais quelque chose de très grave.

C’est à ce moment là…

Je ressentis une douleur si vive au niveau du cœur que je faillis tressaillir. Une profonde tristesse, l’impression de me trouver enfermé dans son cœur et de hurler pour pouvoir en sortir sans que personne ne l’entende m’envahi. Même être dans une simple prison était doux à côté de ce que je ressentais à l’instant. Je dus un instant lâcher la brouette, une douleur vive au niveau des tempes me saisissant. Jamais je n’avais ressenti une telle tristesse, une telle souffrance, et j’avais l’impression que tout le poids du monde m’écrasait.

Il me fallut un temps pour comprendre. Un temps pour saisir ce qui était en train de m’arriver. Cette douleur n’était pas la mienne. Je levais les yeux vers cet homme qui me regardait bizarrement depuis quelques seconde. C’était lui. Il m’irradiait d’une telle souffrance que j’avais le cœur au bord des lèvres. Je ne devais pas rester là. Je ne devais pas rester près de lui. Je ne pourrais pas me reprendre tant que je restais à cette distance. Cette tristesse, cette mélancolie… Comment cet homme pouvait-il ressentir tout cela sans être à deux doigts du suicide ? D’apparence, au regard de n’importe qui, il semblait tellement heureux et insouciant. Ou était cette terrible souffrance qu’il m’avait transmis et qui m’accablait. Cela recommençait… Je marchais le plus loin possible, finissant par m’adosser contre un mur pour me remettre. Pourquoi ? Pourquoi maintenant et pourquoi lui ? N’avais-je pas assez de problème pour être l’éponge de ceux des autres. En quelques secondes, après un simple contact, mes sentiments, mes ressentis s’étaient synchronisés avec les siens, les calquant parfaitement. Le pire était qu’il ne semblait même pas s’apercevoir de souffrir ainsi. Je mettais un temps infini avant de retrouver ceux qui m’appartenaient et faire la distinction entre mes sentiments et les siens. Des gouttes de sueurs perlaient sur mon front et pourtant j’étais frigorifié.

Je glissais le long du mur afin de m’asseoir, ne tenant même plus sur mes jambes. Une migraine terrible était en train de prendre possession de moi. Je n’arrivais pas à m’en sortir et n’en voyais pas la fin. J’étais en train de me perdre en moi-même et j’étouffais. Cette impression d’être dévasté de l’intérieur, voilà longtemps que je ne l’avais pas ressenti…